DOM: Prévention contre les sectes

Les sectes en pleine expansion dans les DOM

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ADFI Martinique

Les victimes mordent à l'hameçon d'internet. En Martinique, l'ADFI recense déjà plusieurs affaires «louches» (France-Antilles Martinique 30 avril 2009)

«Guérisseuse» au Honduras depuis un an et demi (France-Antilles Martinique 30 avril 2009)

Selon la Miviludes les territoires ultramarins compteraient 20% des dérives sectaires du territoire français

Jacqueline Burguière (ADFI-Provence): "La Mivilude a mis l'accent à juste titre sur les psychothérapies"  (laprovence.com - 19 mai 2009)

Les victimes mordent à l'hameçon d'internet

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France-Antilles Martinique 30.04.2009
[Texte intégral
En Martinique, l'ADFI recense déjà plusieurs affaires «louches»
(ADFI: association de défense des familles et de l'individu, victimes de sectes)

Fans des nouvelles technologies de communication, les jeunes sont des proies faciles pour les mouvements sectaires. Internet devient alors une arme redoutable, difficile à contrer.

Blog, SMS, petites annonces sur internet... Les organisations sectaires ont su s'adapter aux récentes évolutions technologiques. En Martinique, l'ADFI (l'association de défense des familles et de l'individu, victimes de sectes) recense déjà plusieurs affaires «louches» . Elles concernent souvent de jeunes gens, sensibles à ces modes de communication modernes.

Sur la toile, les groupes sectaires deviennent quasiment insaisissables. Et leurs ramifications s'étendent désormais sans limite de frontières. Pour les proches, l'expérience est particulièrement difficile: face à cet ennemi invisible, seuls les changements de comportements soudains peuvent mettre la puce à l'oreille.

Une mère de famille martiniquaise raconte comment sa fille d'une vingtaine d'années a failli partir sur un coup de tête en Amérique du Sud. «Elle voulait rejoindre des amis qu'elle a connus sur internet, d'abord pour de simples vacances. Puis ses projets ont changé: elle voulait s'installer là-bas, reprendre ses études et monter une entreprise» . Pas forcément inquiète au départ, cette maman relève ensuite plusieurs détails qui lui paraissent suspects.

Hantée par le doute

«Lorsqu'elle nous a parlé de son projet, j'ai demandé qu'elle me présente les gens avec qui elle allait monter cette affaire avec la webcam. Bizarrement, lorsque je posais des questions, il y avait des différences entre ce que ma fille m'avait raconté et ce que l'on me répondait».

Peu de temps après, elle apprend que sa fille a déjà envoyé 1'500 euros (placés sur un compte que ses parents lui avaient interdit de prélever) pour l'entreprise qu'elle espère ouvrir. En échange, son billet d'avion est déjà à moitié payé. «Elle n'a finalement pas pu partir car nous avons refusé de financer le reste» , explique sa mère.

Depuis, c'est le mutisme. La jeune fille refuse désormais qu'on fasse la moindre allusion à son projet. Sa mère ignore même si elle continue de «tchatter» avec ses amis sud-américains: «Son ordinateur est verrouillé par un code d'accès. C'est très difficile de savoir ce qu'elle fait avec. Quand je m'approche, elle se précipite pour refermer les fenêtres de navigation. Et quand je pose des questions, soit elle ne répond pas, soit j'ai l'impression qu'elle ment» .

Après en avoir parlé autour d'elle, cette maman a découvert qu'elle n'est pas la seule à être hantée par le doute. D'autres ont vu leurs enfants partir pour l'Amérique du Sud, dans des groupes situés dans des lieux très isolés, difficilement accessibles. Pour les faire revenir, l'opération s'avère très délicate et longue.

Dossier réalisé par Liza Marie-Magdeleine


«Guérisseuse» au Honduras depuis un an et demi

Bac + 5 en poche, C. est une brillante étudiante en langues étrangères. Originaire de la Martinique, elle a brusquement décidé de rejoindre une communauté de missionnaires au Honduras, après un stage en médecine naturelle aux Etats-Unis puis en Roumanie. Elle serait convaincue d'avoir des pouvoirs de guérison. Partie en septembre 2007 pour six mois, C. vit encore là-bas, dans le plus grand dénuement.

Dans l'un de ses derniers mails, elle répond à ses parents qui projettent de lui rendre visite. Extrait du courrier à sa mère, au sujet des conditions très strictes à respecter pour pouvoir venir dans la communauté.

Jupes longues et pantalons

«Il faut juste que je vous mette au parfum avant de venir, car ici je suis dans un institut chrétien et il y a quelques règles à observer [...]. Première chose, la tenue vestimentaire: pour toi, ou les femmes en général, seules les jupes qui arrivent au moins à hauteur des genoux sont permises et pas plus courtes, mieux encore les jupes longues. Aucun débardeur ni décolleté n'est permis, si ce n'est au-dessus ou en dessous d'un t-shirt. ?[...]

Et pour papa, ou les hommes, les shorts ne sont pas permis, seuls les pantalons quels qu'ils soient. Ah et juste une note, pour les chaussures, je vous conseille de prendre des bottes et des chaussures de marche, c'est la broussaille ici !

Deuxième chose, ne pas amener et partager des aliments nocifs à la santé. Je ne pense pas que ce soit votre cas, mais bon je le dis quand même, ne pas amener de la musique ou vidéo ou photo, images obscènes ou violentes.

Ce sont quelques détails, mais bon, ils sont tout de même à prendre en compte. Mais j'espère bien que vous êtes prêts à tous les efforts et sacrifices pour venir me voir!» Depuis octobre 2008, C. n'a pas donné de nouvelles.

Alertée par les parents, l'ADFI s'inquiète: « On ne peut pas être sûr à 100% qu'il s'agit d'une secte, mais l'on a de fortes suspicions». Il n'y a pas de délit, car elle reste de son plein gré. La loi ne peut rien faire.

Par petits groupes dans les villas

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Lucien Zecler et Philippe Bouvier militent au sein de l'ADFI Martinique,
afin de lutter contre les nouvelles méthodes des mouvements sectaires.

En novembre dernier, le Centre contre les manipulations mentales (CCMM de Roger Ikor) a tenu un colloque en Guadeloupe. Bilan de cette rencontre: les sectes seraient en pleine expansion dans les DOM. Aux côtés du président de la mission interministérielle de lutte contre les sectes, Georges Fenech, Lucien Zecler, président de l'ADFI Martinique, a participé aux débats. Il fait le point pour nous.

«Désormais, les sectes n'apparaissent plus comme de grandes organisations, avec un gourou emblématique, comme autrefois l'Ordre du Temple solaire ou l'Ordre uni des saints de la Guadeloupe. Aujourd'hui, on se réunit dans les villas, où un leader donne des méthodes » .

Entrées filtrées

«C'est le début du conditionnement, car dès les premières réunions, on donne l'envie d'approfondir, de persévérer au lieu de sortir du mouvement.» Groupes restreints, entrées filtrées. Les stratégies de recrutement ont changé: elles passent par le bouche à oreille et internet.

Quant aux thèmes abordés, ils sont beaucoup plus concrets. Non plus tournés vers une recherche métaphysique mais ancrés dans l'ici et maintenant, on recherche le bien-être physique et intellectuel. C'est ainsi que les problématiques liées à la santé sont très prisées. Recherche d'un emploi, d'un compagnon de vie, la moindre de nos aspirations peut aussi nous transformer en proie.

Les métiers intellectuels sont particulièrement ciblés, car on peut souvent être très instruit mais absolument pas rationnel. Les jeunes représentent aussi un potentiel intéressant: main d'oeuvre gratuite, ils représentent une garantie pour l'avenir, et ils maîtrisent le web. Chez les personnes âgées, ceux qui possèdent des biens mais pas de descendance peuvent être victimes de tentative de captation d'héritage.

La manipulation mentale punie par la loi

L'actualité récente a rappelé la puissance et l'organisation des sectes : le gourou de la secte «coeur douloureux et immaculé de Marie » Juliano Verbard, s'est évadé par hélicoptère de la prison de Domenjod à Saint-Denis à la Réunion. Il était toujours introuvable hier. Plusieurs de ses anciens disciples ont été placés en garde à vue. (AFP)

La manipulation mentale, difficile à prouver, est définie comme la création ou l'exploitation d'une dépendance psychologique ou psychique au sein d'un groupement, dont les activités contribuent à accroître cette dépen- dance. Elle consiste aussi à exercer sur l'une des personnes de ce groupe des pressions graves et réitérées, ou d'utiliser des techniques propres à altérer son jugement afin de la conduire, contre son gré ou non, à un acte ou une abstention qui lui est gravement préjudiciable. Ce délit est puni de trois ans d'emprisonnement et 43'000 euros d'amende.


Les dix critères de dangerosité

Pour légiférer, les parlementaires français se sont appuyés sur les 10 critères suivants (utilisés par les Rensei- gnements généraux):

    1. La déstabilisation mentale
    2. Le caractère exorbitant des exigences financières
    3. La rupture induite avec l'environnement d'origine
    4. Les atteintes à l'intégrité physique
    5. L'embrigadement des enfants
    6. Le discours plus ou moins antisocial
    7. Les troubles à l'ordre public
    8. L'importance des démêlés judiciaires
    9. L'éventuel détournement des circuits économiques traditionnels
    10. Les tentatives d'infiltration des pouvoirs publics

D'autres critères nous semblent également importants pour repérer un mouvement sectaire: par exemple le mensonge, les contradictions.


- REPÈRES

Comment reconnaître une secte ?

  • La séduction. Avec une approche attrayante, la secte exploite souvent des aspirations légitimes :développement personnel, quête spirituelle, amélioration de la fraternité humaine.
  • La présence d'un gourou. L'autorité réside en une personne, ou en une organisation, au pouvoir absolu.
  • La rupture sociale. La fréquentation de la secte amène à s'isoler de ses amis, de ses voisins, de sa famille. Les liens naturels se distendent, puis se coupent.
  • La déstabilisation mentale. L'adepte, souvent coupé de ses repères, devient psychologiquement fragile. Il perd son esprit critique et devient perméable à l'enseignement dispensé.
  • Les exigences financières. Convenables au début, elles ne cessent de croître, jusqu'à l'inacceptable.
  • L'asservissement. Dans la secte, les contraintes sont énormes. Elles sont souvent liées à la pression psychologique du groupe. Il est aussi difficile de sortir d'une secte qu'il est facile d'y entrer.
     

Quelques conseils

Si l'un de vos proches semble être pris par une secte, gardez le contact. Soyez à l'écoute, ne jugez pas, ne critiquez pas, ne rejetez pas. Renseignez-vous. Ne dites pas «n'importe quoi» . Une mauvaise information fera toujours beaucoup de mal. Prenez plutôt contact avec des personnes compétentes. (Source: info-sectes.org )

Qui contacter en Martinique ?

L'ADFI - Martinique

L'association de défense des familles et de l'individu victimes de sectes. Créée en 1984 par Lucien Zecler, cette association réunit aujourd'hui une quarantaine de familles.

Entretien sur rendez-vous au 05 96 71 67 07
ou par mail adfi.mart@orange.fr

La MIVILUDES

(mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les sectes)

En Martinique, le représentant de la Miviludes est André Faure, conseiller d'éducation populaire et de jeunesse à la direction départementale Jeunesse et Sportsde la Martinique.

Contact: 05 96 59 03 27

Pour suivre l'actualité sur le sujet rendez-vous sur le site www.miviludes.gouv.fr

Version .pdf de cet article

Selon la Miviludes les territoires ultramarins compteraient
20% des dérives sectaires du territoire français.

Les nouvelles stratégies des mouvements sectaires

http://www.laprovence.com/ - 19 mai 2009
[Texte intégral

Jacqueline Burguière, présidente de l'ADFI Provence (association de défense des familles et de l'individu victimes de sectes),
 a été confrontée à 10'000 cas dans la région en 24 ans. Photo Sophie Spitéri

Jacqueline Burguière, la présidente de l'ADFI Provence (association de défense des familles et de l'individu victimes de sectes) revient sur le rapport annuel sur les sectes présenté ce matin par la Miviludes.

Dans son rapport annuel présenté au Premier ministre ce matin, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) n'a pas établi de liste des mouvements sectaires installés en France comme avait pu le faire le groupe parlementaire étudiant ce phénomène en 1994. Elle a en revanche dressé un état des lieux global des risques et des moyens permettant de les limiter. Son président, Georges Fenech, a notamment proposé d'établir une sorte de répertoire des pratiques sectaires, en particulier concernant les "niches nouvelles" que constituent certaines méthodes de la psychothérapie.

Une initiative que salue Jacqueline Burguière, la présidente de l'ADFI Provence (association de défense des familles et de l'individu victimes de sectes).

- Que retenez-vous de ce rapport ?

Jacqueline Burguière: La Miviludes a mis l'accent à juste titre sur les psychothérapies. En matière de sectes, on n'a plus affaire à de grandes multinationales mais à tout un tas de praticiens proposant des médecines douces, du coaching, développant l'idéologie du Nouvel âge ou promettant le bien-être. C'est entré dans les moeurs et c'est d'autant plus dangereux que l'aspiration au bonheur est légitime. On est confronté à un éclatement des mouve- ments sectaires.

- Vous traitez donc plus de cas ?

J.B.: "Non et c'est ce qui nous inquiète. Le nombre de personnes venant vers nous a été en nette progression pendant un certain nombre d'années et est maintenant en régression. Seulement, cela ne veut pas dire qu'il y a moins de victimes mais que l'individualisme croissant les isole et que certains se renseignent plutôt sur Internet, ce qui est voué à l'échec.

- La région est-elle particulièrement touchée ?

J.B.: Les chiffres de 1995 nous plaçaient parmi celles ayant les plus fortes densités, exception faite des Alpes de Haute-Provence et des Hautes-Alpes. C'est certainement toujours le cas.

- La Miviludes n'a pas dressé de liste cette année, ce n'est pas un outil efficace ?

J.B.: Non, répertorier les sectes est impossible et n'a pas d'intérêt. Après la parution de la dernière liste, beaucoup de gens nous la demandaient, je la donnais avec réserve parce que cela ne protégeait personne. Une multitude d'associations ou entreprises peuvent dépendre d'un mouvement comme la scientologie, sans compter que les sectes changent de nom, s'adaptent. L'essentiel est qu'on les connaisse, qu'on puisse les définir, pour mettre en garde le public.

Le président de la Miviludes a évoqué un "tournant dans l'attitude des pouvoirs publics", ajoutant: "on passe vraiment à l'action", c'est votre sentiment ?

J.B.: La Miviludes fait du bon travail, en étant de plus en plus active, on sent qu'il y a une vraie volonté, mais sur le terrain ce n'est pas encore évident, Il faut dire que les pouvoirs publics sont assez limités puisque qu'il n'y a délit ni de secte ni de manipulation mentale donc il n'y a pas de sanction. On ne peut s'en remettre qu'à la prévention et les moyens manquent.

Cela fait 28 ans que j'étudie les sectes, 24 ans que je suis sur le terrain, j'ai rencontré 10'000 cas sur la région et je peux vous dire que c'est un phénomène qui peut toucher n'importe qui. Dans l'esprit des gens, c'est tellement stupide que ça ne peut concerner que des personnes stupides, du coup personne n'est sur ses gardes."

ADFI Provence,

www.unadfi.com

permanence téléphonique les lundi et jeudi après-midis de 14h30 à 18h30 au 04 42 17 97 96,

 

Articles de presse concernant le rapport annuel de la MIVILUDES