- Les manipulateurs
sont parmi nous
-

Qui sont les
manipulateurs ? Comment s’y prennent-ils pour nous tenir sous leur
emprise ? Pourquoi se com- portent-ils comme ils le font ? En sont-ils
conscients ? Leurs victimes portent-elles aussi une responsabilité ? Quels sont les moyens pour nous protéger de
ces terroristes
du sentiment ?
Isabelle Nazare-Aga, thérapeute, comportementaliste et cognitiviste
répond dans son livre qui s’adresse à la fois aux professionnels de la
relation d’aide, au corps judiciaire et à chacun directement.
Statistiquement, nous
rencontrons tous un manipulateur dans notre existence.
Pour gérer le stress,
plusieurs méthodes sont enseignées, une forte résistance à l’efficacité de
toutes ces tech- niques est cependant constatée lorsque le facteur de stress - le
stresseur- se révèle être une personne
proche. Quelle est cette réalité
qui perturbe l’ensemble des domaines comportementaux, cognitifs, émotionnels et
relationnels ?
- Chapitre
I: Les masques du manipulateur traditionnel
Les manipulateurs sont passés
maîtres dans l’art de modifier a volonté selon la personne, la situation ou le
but vise, les faux visages.
- Le manipulateur dit «sympathique»
est de loin le plus fréquent.
Il offre l’image de quelqu’un
d’aimable au sens plein du terme, qui sait se montrer attentif aux autres et se
positionne: la place que vous occupez devient naturellement la sienne. Le
processus de manipulation est
difficile à repérer quand il est paré de qualités agréables. Dans la nature ce
processus existe aussi : par exemple, la blennie copie à la perfection le
rason, petit poisson nettoyeur-associé d’un gros poisson, pour tromper sa proie
et lui prélever des morceaux de bronchies et de nageoires.
- Quels
sont les facteurs engendrant la
sympathie ?
Quelle différence entre le
manipulateur dit sympathique et l’individu vraiment sympathique ?
Il n’est pas question de se
méfier de tout individu sympathique et surtout de ceux qui affirment clairement
et sincèrement leurs opinions, leurs désirs, leurs sentiments tout en respectant concrètement ceux des autres.
Il faut savoir cependant que 60% des manipulateurs tentent de créer des relations d’amitié le
plus rapidement possible en étant souriants, généreux, attentifs en
utilisant la flatterie. Ceux qui sont passifs ou naïfs risquent le plus de ne
pas déceler l’aspect caché quoique sympathique d’un manipulateur, parce qu’ils
n’ont pas pris conscience de leurs
besoins, qu’ils n’ont pas accès a leur jardin émotionnel, s’expriment rarement,
ne disent pas ce qu’ils sentent.
Ce sont eux les plus vulnérables parce qu’ils fonctionnent
selon le schéma inverse : refoulant un ego qui s’accommode alors des
frustrations et permet la soumission, il leur est plus important de satisfaire
les besoins et demandes des autres que leurs besoins personnels.
Or seule cette connaissance produit le choc nécessaire.
Comment peut-on distinguer les
vraies qualités des fausses qualités ? Avec le temps, les failles
deviennent des évidences. Elles sont cependant d’autant plus difficiles à
accepter qu’elles concernent une figure
d’autorité comme un parent ou un supérieur hiérarchique et que l’on soit persuadé de la compétence de
celui-ci. En effet, pourquoi devrions-nous nous attendre à une réalité
inverse ? La plupart du temps, la question ne se pose même pas.
Pourtant, chez le manipulateur
au masque sympathique, les qualités qu’il met si bien en valeur masquent une
toile d’araignée qu’il tisse tranquillement. Ses qualités bien réelles lui
servent à dissimuler la manœuvre au
milieu de comportements tout à fait acceptables voire souhaitables pour toute
relation amicale et de complicité quand elle s’investit dans une tâche commune.
Un tel climat de confiance est
instauré qu’il ne serait pas légitime dans ces conditions de se méfier: révisez l’idée qu’une personne sympathique
ne peut pas vous faire de mal ! Et ce, d’autant que le manipulateur
sympathique ne le sera que jusqu’à une certaine limite: il ne supporte
pas les remarques et les reproches qu’il retournera aussitôt contre vous.
- Le manipulateur séducteur use du charme et des compliments comme arme
d’influence pour plaire et faire naître chez l’autre un sentiment plus
dangereux que l’admiration: la fascination.
(Etymologie latine: «fascinum: charme, maléfice»). La
fascination nous réduit, jamais, elle
ne nous grandit.
- Le manipulateur altruiste nous donne tout et
nous fait tout sans que nous ayons besoin de le demander. Ceci implique
implicitement le principe social établi, de réciprocité. Autrement dit, il
donne tout, mais on ne peut rien lui refuser ! S’agit-il de s’aider ou
céder ?
Le principe de réciprocité bien connu des manipulateurs stipule
qu’il faut payer en retour les avantages reçus d’autrui. Cette règle s’ancre
d’autant plus que l’on est ou a été rendu conscient que l’on a beaucoup reçu.
Ce principe de réciprocité est si puissant qu’il peut s’appliquer au-delà de
la sympathie que l’on a pour le quémandeur: il peut déclencher un sentiment de dette, chaque fois que nous
est donné quelque chose que nous n’avons pas sollicité . Le manipulateur va en
profiter à loisir.
C’est la mise en situation d’obligation de recevoir qui rend la
règle si facile à exploiter alors que
le principe de réciprocité n’engage qu’à rendre ! Cela crée une asymétrie
dans la situation faisant que, non seulement ce n’est plus vous qui choisissez
le moment et la façon d’acquitter votre dette, mais il vous sera désormais
difficile de dire «non».
Le manipulateur est capable
d’avoir une attitude généreuse et logique mais en contrepartie, il exigera des efforts de notre part en fin
de compte, bien plus considérables.
Il instaure par ce biais la
dépendance envers lui. Le «gentil» piége est refermé
!
- Le manipulateur cultivé est subtilement méprisant envers ceux qui ne possèdent pas autant
de connaissances que lui. Son ton et sa
manière de parler font supposer un grand savoir, voire une sagesse, qui
n’appartiennent qu’à lui et à un petit groupe d’heureux élus et privilégiés. Il
monopolise la parole pour étaler «sa science», ses mérites, ses
diplômes, sa formation, son expérience, son âge.
- Comment
se fait-il qu’un individu nous fasse une telle impression ?
Le sentiment de
«déférence envers l’autorité» selon Stanley Migram directeur de
recherche en psychologie (Université de New York) a un caractère automatique. («Soumission a
l’autorité» Paris, Calmann-Lévy, 1995)
Nos réactions de bienveillance s’activent systématiquement au contact
de figures d’autorité très respectées. Des études le prouvent. Les
résultats furent contre toute attente des chercheurs et psychiatres, lors de l’expérience
suivante, menée sur 40 sujets tous sains de corps et d’esprit (vérification
effectuée). Un chercheur vêtu de blanc présente la situation sous forme
«d’étude des effets de la punition concernant l’apprentissage et la
mémoire ». Il s’agit pour un participant appelé le moniteur, d’administrer
des chocs électriques d’intensité croissante chaque fois que l’élève, sur le
bras duquel des électrodes ont été placées, se trompe. Il est expliqué avant de
commencer que, les décharges peuvent être douloureuses mais qu’elles ne
provoquent pas de lésions irréversibles.
Le test commence. L’élève se
trompe et les décharges se font de plus en plus fortes au point qu’il hurle
«arrêtez ! Laissez-moi sortir d’ici !». Le moniteur
hésitant à continuer à administrer les chocs, se tourne vers le chercheur.
Celui-ci utilise alors une des trois «incitations verbales» prévues
à cet effet:
-
«Continuez, s’il vous
plaît» ou «Je vous prie de continuer»
-
«L’expérience exige que
vous continuiez»
-
«Vous n’avez absolument pas le choix, vous devez
continuer»
Le ton du chercheur est ferme
et courtois. Les décharges passent à 300 volts. L’élève crie alors qu’il ne
répondra plus aux questions. Le moniteur considère cette abstention comme une
mauvaise réponse. Le voltage augmente inexorablement. Le moniteur annonce
chaque fois le degré avant de l’infliger, jusqu’au dernier voltage: 450
volts alors que l’élève n’est plus en état ni de crier ni de bouger. Fin de
l’expérience : qu’est-ce qui a pu expliquer qu’un individu moyen comme
vous et moi, soit capable d’infliger à une victime innocente un tel
supplice ? Aucun de ces sujets, je le répète, n’étant pervers ou malade
psychologiquement, la réponse s’explique par la présence du chercheur ayant
donné les consignes. Il représente l’autorité. Il sait ce qu’il fait. Notre
instinct naturel ne remet pas en cause son statut. Il ne rencontre aucune
opposition chez les 40 sujets.
Dans une autre expérience, les
rôles du chercheur et de l’élève furent intervertis : 100% des sujets
refusèrent d'administrer une seule décharge supplémentaire. Quand le moment
devenait critique pour le chercheur, la question ne se posait même pas de
continuer l’expérience ou non. D’autres variantes de ce type d’expérience
confirment la soumission des sujets aux
directives de l’autorité. Un manipulateur qui possède une forme d’autorité
même illusoire, a donc le pouvoir de
nous subjuguer et de nous faire
admettre ce qu’il veut. Parce que
cette influence agit a notre insu, nous sommes vulnérables, tant aux symboles de l’autorité qu’à ses réalités.
- Le manipulateur timide, difficile à déceler est
plutôt rare. C’est souvent une femme. Elle utilise son conjoint ou collègue
pour faire parvenir ses critiques a la personne cible, s’attribuant ainsi la
caution involontaire du messager.
- Il dit détester les conflits, mais
les déclenche subtilement.
- Le manipulateur dictateur lui, est facilement repérable pour autant qu’il
n’invoque pas des motifs, pour justifier sa violence. La peur qu’il génère y
est pour beaucoup. Il est convaincu que la faiblesse affective est un défaut
inconcevable dans le cadre professionnel ou personnel. Aucun sentiment ne doit
faire d’ombre sur l'efficacité et la volonté d’atteindre tous les objectifs
prévus. Ce que vivent et ressentent les autres, ne l'ntéresse absolument pas.
Pour lui, l’humain doit être parfaitement contrôlé. Toute faiblesse est du
domaine de la honte et de la réprimande. Le dictateur décide seul que ses
principes soient appliqués sur tous les membres de son entourage. Il peut être
pervers et donc conscient de son exigence et de son autorité souveraine
- Ch. II. Les caractéristiques du manipulateur
relationnel
Un individu qualifié de
manipulateur agit au moins selon 14 caractéristiques de la liste exhaustive suivante:
1. Il culpabilise les autres, au nom du lien familial, de
l’amitié, de la conscience professionnelle, etc.
2. Il reporte la responsabilité sur les autres ou se démet
des siennes propres
3. Il ne communique pas clairement ses demandes, besoins,
sentiments, opinions.
4. Il répond souvent de façon floue, donne l’impression
qu’il n’y a pas d’interlocuteur.
5. Il change ses opinions, ses comportements, ses
sentiments selon les personnes ou les situations.
6. Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses
demandes.
7. Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits,
ne jamais changer d’avis, tout savoir pour répondre immédiatement aux demandes
et aux questions.
8. Il met en doute les qualités, la compétence, la
personnalité des autres : il critique sans en avoir l’air, dévalorise
et juge.
9. Il fait faire ses messages par autrui ou par
intermédiaires (lettres ou téléphone au lieu d’un face-à-face).
10. Il sème la zizanie et engendre la suspicion,
divise pour mieux régner.
11. Il
sait se placer en victime pour qu’on le plaigne maladie, surcharge de travail etc..)
12. Il
ignore les demandes (même s’il dit s’en occuper)
13. Il
utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins (notions
d’humanité, de charité, racisme, bonne/mauvaise mère etc..).
14. Il
menace, de façon déguisée ou par chantage : ouvertement.
15. Il
change carrément de sujet au cours d’une conversation.
16. Il
évite l’entretien, la réunion ou bien s’en échappe.
17. Il
mise sur l’ignorance des autres et fait croire à sa supériorité.
18. Il
ment.
19. Il
prêche le faux pour savoir le vrai.
20. Il
est égocentrique.
21. Il
peut être jaloux même s’il est un parent, un conjoint.
22. Il
ne supporte pas la critique et nie les évidences.
23. Il
ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres.
24. Il
utilise très souvent le dernier moment pour demander, ordonner ou faire agir
autrui.
25. Son
discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes, ses actes ou son
mode de vie répondent au schéma opposé.
26. Il
utilise des flatteries pour nous plaire, fait des cadeaux ou paraît aux petits
soins.
27. Il
produit un état de malaise ou un sentiment de non liberté (piège)
28. Il
est efficace pour atteindre ses propres buts, mais aux dépends d’autrui.
29. Il
nous fait faire des choses que nous n’aurions pas faites de notre gré.
30. Il
est constamment l’objet de discussions entre gens qui le connaissent, même
quand il n’est pas là.
Cette forme de
terrorisme relationnel n’empêche pas le manipulateur de vous accuser,
de vous faire passer vous, pour un monstre d’égoïsme, pour celui qui n’a rien
compris, pour le premier responsable de tous les maux qui lui sont reprochés.
- Sommes nous tous des manipulateurs
?
- La première différence à souligner est celle qui existe
entre faire et être. Le fait de mentir quelques fois, de vous plaindre un peu
ou d’être jaloux occasionnellement, ne fait pas de vous un menteur, une victime
ou un possessif pour autant. Le processus d’autoévaluation globale est
fréquent, mais il est erroné car on ne peut se définir par rapport un
mode de comportement isolé. Par contre, si tous vos comportements relèvent du
même qualificatif (p.e égocentrique) vous pouvez vous définir comme tel.
- La deuxième différence est qu’il n’y a pas de commune
mesure entre faire de la manipulation et être manipulateur…
Il faut différencier un
comportement passager d’une une personnalité
manipulatrice.
Le manipulateur manipule parce qu’il ne peut pas faire autrement. Il
s’agit pour lui d’un système de défense. Contrairement aux apparences, il
ne s’affirme pas. En fait, il ne peut exister sans la présence de l’autre. Il
se construit toujours par rapport à l’autre mais en introduisant une donnée
fort néfaste : celle de la dévalorisation. Il ne respecte pas l’autre.
Son entourage n’est qu’un
instrument l’aidant à sortir sa propre tête de l’eau. Ce n’est qu’en
dévalorisant et culpabilisant qu’il se valorise et se déresponsabilise en
conséquence. En nous faisant remarquer nos défauts, il ne peut qu’être
différent. C’est ainsi que nous nous faisons piéger par une logique erronée mais qui fait son tout
effet. Par phénomène de projection, le manipulateur reproche à son
interlocuteur des lacunes ou des fautes qui sont les siennes. Alors que l’on a
tendance à penser «S’il me reproche cela, c’est qu’il ne l’est
pas », notre émotion nous empêche d’accéder à une perception juste de la réalité. C’est le lien qui relie ces
coordonnées qui se révèle erroné.
C’est une fausse évidence qui nous
piège et nous déstabilise.
- Qu’est-ce qui pousse une personne à devenir
manipulatrice ?
Il est le mode systématique qui permet au manipulateur
de communiquer car il a constaté que l’effet produit lui donne du pouvoir. Et
ce pouvoir le rassure. Le mécanisme du manipulateur est différent à mesure
qu’il s’automatise
- Sommes nous entourés de manipulateurs
?
Le pourcentage est de 2 à 3 %.
La motivation de cette étude tient aux dégâts psychologiques qu’ils peuvent
créer chez les individus de leur entourage. Le fait qu’ils soient peu nombreux
ne diminue en rien le danger qu’ils représentent sachant qu’ils sont invisibles.
- Le manipulateur est-il conscient de l’être
?
20% le sont et confondent ce
pouvoir avec l’intelligence. Ceux-là sont pervers. La plupart cependant ne sont
pas des manipulateurs conscients. Ils ne se rendent pas compte des véritables
conséquences chez autrui à la perte de l’estime de soi, la confiance en
soi, le malaise, le stress extrême,
voire la destruction psychique avec répercussions sur le plan psychologique et
physique. Ils considèrent dans tous les
cas qu’ils n’ont rien à se reprocher.
L’attitude défensive du
manipulateur est analogue à celle du paranoïaque.
La personnalité de ce type relève de la psychose, caractérisée par la
surestimation du moi, la méfiance, la défiance systématique, la susceptibilité,
l’agressivité. C’est aux autres qu’elle attribue des intentions, soient
mauvaises soient persécutrices.
Le manipulateur ne se remet
donc pas en question. Alors quel est, dans ces conditions, son degré de
conscience ? L’égocentrisme d’un manipulateur est tellement puissant qu’il
est probable que ce seul facteur suffise à expliquer sa non conscience face à
ce que les autres ressentent, son inconscience en général, sa désinvolture en
particulier.
Si on le lui reproche, il
rétorque que «c’est parce que tu le veux bien» et nous fait
passer pour consentants. Oser lui
opposer un refus dans tous les cas, constitue le moyen indéniable de sauver
notre intégrité car il essayera par
tous les moyens de rendre ce refus impossible en utilisant la culpabilisation
et les grands principes comme s’il
s’agissait de vérités universelles.
Il sera d’autant plus difficile
de refuser aussi qu’existe un puissant désir
de cohérence. En effet, quand bien même nous avons été poussé à nous
engager dans une action non consentie par manœuvre manipulatrice, le simple
fait d’avoir agi, crée un désir
d’être et de paraître cohérent pour justifier notre comportement.
Les plus culpabilisés dans ce
domaine du refus possible ou non, n’attendent même pas la demande de la part du
manipulateur, ils l’anticipent.
- Le manipulateur et l’éthique.
Il n’en a pas. Et parfois
exerce un métier qui empêche totalement d’imaginer qu’il n’en a pas.
Sa profession lui donne souvent
une garantie de respectabilité. La logique est simple: l’image que nous
avons de cette profession est celle des personnes altruistes ayant
«sacrifié»-comme ils aiment le dire- leur vie aux autres. Quelle
meilleure couverture que de se cacher derrière d’honorables statuts
sociaux ? Le manipulateur profite souvent de son statut social pour
dissimuler les zones d’ombre de sa personnalité. Il affirme des choses comme des vérités alors qu’il ne fait que les
interpréter. Nous y croyons, tout
simplement.
Les schémas sociaux nous
dictent depuis notre enfance des attitudes. L’automatisme fait le reste. Il
nous permet de ne pas soupçonner cette figure d’autorité. C’est une bonne chose
en général mais certains abusent de leur pouvoir. C’est à partir de faits
anormaux que l’on peut commencer à douter des personnes. C’est leur
intérêt, pour la sauvegarde de leur image et de leur place dans la société, de
les nier. Souvent, ce sont les collaborateurs ou secrétaires qui réparent les
dégâts, avant même que ceux-ci ne soient connus du manipulateur pour éviter des
reproches inévitables par la suite. Dans les deux cas, il est difficile de
faire accepter et reconnaître ces faits.
- Le
non verbal
Les mots rapportent un contenu.
Un message classique entre un émetteur et un récepteur est constitué d’un fond
et d’une forme. Mais les influences du non verbal (les gestes, les mimiques,
les attitudes, le regard, la voix, volume, débit, intonation) sont de 80%, certains
parlent même de 93%. Cette influence est la plupart du temps inconsciente.
A. Le manipulateur
fait de l’écoute aversive,
c’est-à-dire qu’il regarde ailleurs pendant que nous parlons. Cette forme de
réception est agressive et instaure une sensation de gêne chez le récepteur qui
se déstabilise. C’est une stratégie chez le manipulateur qui veut montrer que
votre personne ne représente rien d’important
B. Son regard est fuyant ou alors dominateur. Le regard
d’une personne affirmée assure un bon contact
C. Le volume de la voix
du manipulateur est soit plus
fort que celui des autres, soit plus faible selon l’impact qu’il veut avoir sur
ses interlocuteurs.
D. Le ton utilisé porte des messages verbaux codés.
E. Ses attitudes corporelles, imposantes ou effacées sont représentatives d’un état.
(posture souvent en décalage). Dans tous les cas, il se veut hors norme, hors
masse
F. Les gestes du manipulateur sont variables sécurisants,
hostiles, ambigus
G. L’expression de son visage ne laisse apparaître que ce
qu’il souhaite. Visiblement, il est quelqu’un qui ne se laisse pas
impressionner.
Il
y a donc un décalage entre le sentiment
profond et ce qui est montré. Les signaux non verbaux ne trompent pas.
- Ch. III. Les dégâts
psychologiques et somatiques
Chacun a le droit
d’exister avec le système de défense qu’il peut mais nul n’a le droit de
destruction sur autrui. Voilà pourquoi, nous nous intéressons de plus près aux
personnalités manipulatrices. S’il existe des gens ennuyeux, fatigants voire
irritants, ces gens la ne vous détruisent pas au plus profond de vous-mêmes.
Cette illusion d’existence réussie que se donne le manipulateur est
inadmissible. Que se passe-t-il pour la plupart d’entre nous. 10% reste dans
une forme d’indifférence affective tandis que 90% dit « Il me ronge, il me
pompe toute mon énergie ». Si vous ressentez ce malaise, c’est qu’il
existe un dysfonctionnement dans la relation dont vous n’êtes pas
obligatoirement la cause directe.
Un contact prolongé avec
un manipulateur engendre des sentiments de culpabilité, d’agressivité,
d’anxiété, de peur, de tristesse qui mettent de plus en plus en échec nos
stratégies de réussite et d’épanouissement. C’est une affaire sérieuse. Les
conséquences organiques des ruminations et émotions négatives qui en découlent
sont nombreuses. La maladie la plus fréquente due a la présence d’un
manipulateur est la dépression nerveuse. Heureusement la majorité des
manipulateurs n’acculent pas au suicide. Le manipulateur souvent envoie l‘autre
faire soigner ses troubles. C’est alors en partie vrai car, victime d’une
machination invisible, vous vous êtes rendu malade.
- Le stress
Certains ressentent un
énorme stress dès qu’ils sont en contact avec un manipulateur.
Le stress est la réaction
de l’organisme qui, face a une nouvelle situation tente de s’adapter. Avec la
difficulté, apparaissent les symptômes.
Il n’est pas alors
suffisant de s’entraîner a l’affirmation
de soi. Il faut savoir reconnaître le facteur de stress. Plus le stress est
intense, plus les réactions psychologiques, somatiques et comportementales sont
importantes. Le processus passe par des déclenchements hormonaux de
l’hypotalamus, de l’hypophyse et des glandes surrénales qui secrètent
l’adrénaline –entre autres hormones de stress- et les glucocorticoïdes. Toutes
ces substances agissent sur le cœur, la
respiration, la pression artérielle. Les symptômes varient d’une personne
à l’autre.
A. Sur le plan psychologique, ce peut être de
l'anxiété, de la dépression, de la démotivation, de la fatigue, de la
perte d’estime de soi, de l’irritabilité.
B. Sur le plan somatique apparaissent plusieurs troubles
comme:
- les troubles du sommeil (insomnies totales ou
partielles, cauchemars)
- les troubles digestifs (douleurs au ventre, ulcères,
nœuds a l’estomac)
- les troubles alimentaires (perte de l’appétit,
anorexie, boulimie.)
- les tensions musculaires (dos, cou, épaules, mâchoires)
- dysfonctionnements biliaires (douleurs sur les côtes
droites, nausées, ballonnements, gastrites, diarrhées)
- les troubles cutanés (herpès, boutons, démangeaisons,
psoriasis, chute des cheveux)
- les troubles sexuels (inhibition du désir, insuffisance d’érection.)
- les trouble gynécologiques (dysfonctionnement des règles, diminution de
fertilité)
- les symptômes cardiovasculaires (gêne respiratoire,
modification de la respiration, augmentation de la tension artérielle,
tachycardie, douleurs autour du cœur)
C. Sur le plan comportemental, le stressé peut devenir
agressif ou au contraire, inhibé. Il peut montrer des signes d’hyperactivité et
d’agitation ou au contraire d’hypotonie, des troubles de l’humeur (euphorique,
soit dépression)
D. Sur le plan de la performance, les difficultés de
concentration, les trous de mémoire, les troubles de la faculté de
compréhension perturbent la productivité.
Une personne affirmée n’a
pas de tendances habituelles a s’auto accuser. Le manipulateur fait en sorte
que cela puisse se produire. Il a l’art, tout en se démettant des
responsabilités propres à sa fonction ou à son état, de convaincre l’autre que
c’est lui qui a manqué à son devoir. Ce dernier occulte alors les preuves qu’il
n’en est rien et les oubliant à son insu est prêt à être convaincu.
- Le manipulé, a-t-il une part de responsabilité ?
Nous
portons, en partie, la responsabilité
des manipulations que nous subissons quand le manque de discernement et un
présumé besoin du jugement d’autrui, sont les principales causes de notre
naïveté. Ainsi l’influence des autres,
peut-elle être systématique voire permanente. Déceler un manipulateur
relationnel, est la première étape pour regagner sa liberté á 50%. Diminuer son taux de culpabilité, sa
vulnérabilité, changer ses croyances et ses attitudes comportementales,
résoudront le reste.
La
manipulation se branche directement, sur les circuits codifiés et pré-établis
socialement qui nous régissent. Le manipulateur sait les utiliser à son
bénéfice en les détournant de leurs valeurs réelles. La culpabilité, par
exemple: que deviendrait la société humaine sans la notion de bien et de
mal ? A la moindre occasion par colère ou frustration, nous serions libres
moralement d’éliminer l’objet de nos souffrances. Par le meurtre tant qu’à
faire !
Les
problèmes surviennent, quand la culpabilité est exagérée, dépasse les limites
du rationnel. La plupart des individus de type non affirmés ne perçoivent pas
cette limite. Les manipulateurs les repèrent facilement et exploitent leurs
lacunes. Mieux encore, ils s’arrangent pour que cette limite n’existe plus afin
d’en abuser a leur guise.
Il faut donc apprendre à exister pour
nous-mêmes tout en incluant les autres dans notre vie. Un concept
irrationnel et inconscient qui nous fait craindre de nuire au bien-être
d’autrui lorsque nous nous faisons plaisir, nous rend passifs, soumis,
vulnérables, la manipulation.
A priori,
rien ne nous oblige à nous laisser stresser et dévaloriser par quiconque. Mais le manipulateur exerce un pouvoir sur les autres réel et
psychologique, puisqu’il fait appel au domaine sentimental. Contre toute attente, il dépasse
l’éthique en général et notre éthique en particulier. Cette éthique de notre
civilisation judéo-chrétienne, si profondément ancrée, nous fait croire qu’une
mère ne peut pas vouloir de mal à ses enfants, un mari ne peut pas détruire
moralement sa femme qu’il a choisi d’aimer toute sa vie, qu’un religieux ne
peut tromper.
Face à cela, nous sommes vulnérables: nous ne pouvons imaginer que, des proches ou des
personnes éthiquement correctes apparemment, puissent nous détruire à petit
feu.
Nous
allons expliquer maintenant «pourquoi et le comment» la
manipulation aboutit à de tels résultats. Pourquoi peut-elle si bien
fonctionner ? Quels moyens sont à prendre pour se désengager d’un tel processus ?
- Ch. IV.
Il culpabilise les autres
Culpabiliser autrui est un
phénomène fort courant. Il correspond au report d’une responsabilité sur
l’autre, espérant que celui-ci éprouve
le sentiment en question. De cette culpabilité naissent des attitudes et des
comportements avantageux pour l’auteur de la culpabilisation. Qui n’a jamais eu
recours à ce procédé pour amener l’autre à réagir selon son bon vouloir ou ses
valeurs morales ? L’utilisation systématique de la culpabilisation produit
des effets dévastateurs. Nous verrons que le manipulateur réussit à vous rendre coupable de fautes
imaginaires. Cependant, certains culpabilisent les autres à outrance sans être
des manipulateurs pour autant.
- Fautes
réelles ou imaginaires
La culpabilité est un état propre à celui qui
commet une faute. La faute, cependant peut être réelle ou imaginaire. La
culpabilité réelle, objective émane d’une violation majeure d’une règle sociale
(ne pas tuer, escroquer, mentir, exploiter, faire volontairement du mal…).
Notre développement corporel et psychique s’effectue sous l’influence de notre
milieu socioculturel qui a mis en place des règles de savoir-vivre. Dès la
naissance d’un individu, il y a selon le mode de vie familial et social:
modèles, sanctions, compliments, discours, explications, principes émis
verbalement etc. La famille initie l’individu aux lois culturelles du groupe
social.
Tout petit, l’enfant est face aux modèles du père et de la mère, puis à
un environnement social plus élargi: celui de la famille, des
enseignants, des figures religieuses, des amis, des médias. Notre personnalité
y trouve ses références au bien et au mal. Un assassin qui n’aurait aucun sentiment
de culpabilité serait dangereux pour notre société en ce qu’il ne mettrait pas
de limite restrictive à ses pulsions vis-à-vis d’autrui. Le sens de la
culpabilité est un sentiment normal et sain chez l’être humain, il devient
pathologique lorsqu’il ressemble de près ou de loin au sentiment de faute subjective. Intense il détermine la
névrose et peut devenir la source de problèmes psychologiques encore plus
graves.
Un type de culpabilité
subjective et inconsciente consiste à croire que nous avons fait du mal à nos
parents ou à nos proches (surpasser les siens, être un fardeau, voler l’amour
de ses parents ou les abandonner, trahir les siens, être mauvais profondément).
Elle diminue notre estime de nous-mêmes, notre propre valeur: nous
doutons de nos instincts les plus sains, les intentions les plus pures. Le seul
moyen pour éviter d’affronter les situations reste la fuite : nous
acceptons alors sans mot dire les accusations injustes, les mauvais traitements
que nous ne méritons pas (ici, il n’y a pas de faute réelle). Ce sentiment peut
se manifester par des malaises divers troubles digestifs, difficultés
respiratoires, tensions dans tout le corps, troubles du sommeil ou de
l’alimentation, d’anxiété latente ou permanente- mais il diminue à chaque forme
d’autopunition et de sabotage.
Ce qu’il y a d’étonnant dans
l’existence de ces crimes imaginaires, c’est qu’ils nous rendent inconsciemment
fautifs d’intentions et aspirations que nous approuvons consciemment:
nous voulons réussir professionnellement, nous voulons être heureux, nous
voulons avoir de bonnes relations avec autrui. Mais c’est comme si le fait
d’effleurer ces objectifs nous faisait penser (inconsciemment) que nous faisons
du mal aux autres.
Cette deuxième forme de
culpabilité se retrouve chez de nombreux individus et le manipulateur sait la
repérer de façon intuitive. Il tente de la créer (ce qui est très facile pour
un parent vis-à-vis de son enfant par exemple) ou de la maintenir. Il amène à
croire que ce crime imaginaire n’est pas illusoire mais qu’il existe bel et
bien (envers lui tout au moins).
A partir de cet instant, la confusion s’installe. Elle est difficilement
décelable puisqu’une partie de cette culpabilité n’est pas consciente et que
certains d’entre nous en sont victimes. La forme de logique que va utiliser le
manipulateur va donc s’inscrire sur des rails pré-établis: ceux de la
logique de cause à effet. Par exemple la phrase «Ton grand-père est
décédé pour que toi, tu puisses naitre» s’inscrit dans le registre de la
culpabilité du survivant.
C’est aussi ce même énoncé d’un
principe moral chez l’émetteur qui peut devenir une culpabilisation chez le
récepteur. Par exemple celle qui déclare comme une évidence «Si je n’ai
pas divorcé de votre père – et Dieu sait qu’il m’a fait souffrir- c’est à cause
de vous» fait de ce qui semble au premier abord l’énoncé d’un principe
moral, une culpabilisation indissociable chez le récepteur.
C’est aussi un moyen de
déplacer sa responsabilité ou de ne pas se responsabiliser totalement et de se
retrouver au stade de pauvre victime… pour faire le bien !
Cette notion de sacrifice est
un atout apprécié des manipulateurs.
Le manipulateur ne peut
s’empêcher d’exprimer bien haut ce que d’autres auraient gardé pour eux afin de
ne pas créer de malaise. Il se veut bon
samaritain, mais chacun entend quel en est le prix et combien il souffre pour
vous. Quand les enfants arrivent à une
autonomie la notion d’abandon est fort bien exploitée par un parent
manipulateur. Ou est la faute si vous souhaitez devenir plus indépendant dans
vos actes, vos choix, vos pensées ? Vous souhaitez devenir plus
responsable de votre vie et vous séparer d’eux. Il n’y a aucune faute à ces
désirs. Vous êtes adulte mais le manipulateur va les considérer comme
illégitimes. Ce sera pour lui de la cruauté, de l’injustice, de l’ingratitude.
Vous devenez coupable de son malheur comme si le bonheur dépendait de vous et
surtout de votre présence physique auprès de lui.
Tel l’exemple de Joyce qui a 20
ans et a pu finalement partir en vacances un mois sans ses parents. Elle
affirme qu’elle est tout à fait libre de ses mouvements, en fait, il n’en est
rien: elle doit encore mentir pour justifier un soir passé avec son petit
ami. Son autonomie semble devoir se gagner en secret par le mensonge et l’hypocrisie.
Ce qui est intéressant, est qu’elle ne semble pas consciente que les stratégies
qu’elle a mis en place sont justifiées, uniquement parce qu’elle craint
d’afficher son indépendance par culpabilité d’abandonner ses parents.
Il ne lui est pas permis de
faire des petits boulots et de gagner son argent de poche. En la privant
d’expériences extra familiale, elle est retenue dans un milieu sécurisant mais
on lui enlève toute possibilité de s’en détacher en entretenant le lien entre
la culpabilité et la dépendance. «Je gagne assez pour toute la
famille» cela semble logique et c’est tout de même pratique pour le jeune
adulte.
Dans cet exemple, le
manipulateur sait créer la culpabilité de deux manières: par le
comportement auprès de sa fille et par le discours critique devant ses enfants
à propos de la mère qui n’est pas de son avis.
Le manipulateur qui culpabilise
réussit même à inverser la situation
qui peut se retourner jusqu’à son extrême contraire.
La réalité est là pour trouver
la bonne réponse à l’accusation d’une faute prétendument commise contre toute
apparence.
- La
double contrainte («double
bind» pour les spécialistes)
Dans une situation de double
contrainte, il s’agit pour le manipulateur d’utiliser simultanément deux
messages opposés qui font que, si vous obéissez à l’un, vous désobéissez à l’autre. C’est une situation aliénante et
perturbante si vous ne décelez pas le paradoxe et n’en faites pas immédiatement
part à l’instigateur. Exemple classique: «Je voudrais que tu
m’embrasses spontanément.» Que vous embrassiez ou que vous n’embrassiez
pas le demandeur, il sera insatisfait et dans les deux cas vous aurez tort.
Quelle que soit votre attitude lorsqu’il y a présence de double contrainte, le
manipulateur vous accusera de ne pas choisir la bonne solution. Il veut vous
persuader de l’existence d’une faute de comportement pour vous obliger à réagir
comme il le souhaite. Il démontre à sa manière, que la faute imaginaire est une
faute réelle pouvant être passible de sanctions morales.
Démontez alors le cas de double
contrainte et demandez lui ce qu’il préfère. Ce qui ne veut pas dire que vous
devez obéir au choix de l’autre message. Cette confrontation au paradoxe n’est là que pour faire repérer au
manipulateur l’illogisme du problème et lui imposer une position claire. La
rationalité est le principal outil de défense.
Le «double bind»
n’est cependant pas le fait exclusif des manipulateurs : ainsi, une femme
peut demander à son mari de bien gagner sa vie et en même temps se plaindre de
ne pas assez le voir parce qu’il travaille trop. L’idée est de trouver un
équilibre.
Le manipulateur est le roi des contradictions. La double contrainte
fait partie d’un ensemble de proces- sus paradoxaux qu’il manie fréquemment.
- Ch. V. Le manipulateur et la responsabilité
La démission: La démission face
aux engagements, aux promesses et aux tâches incombant à son rôle spécifique
(professionnel, parental) est fréquente chez le manipulateur. En se démettant
de ses responsabilités, il les reporte sur autrui ou sur un système
(entreprise, institution, supérieur hiérarchique). Malgré les apparences, il craint d'endosser les responsabilités. Il
utilise son pouvoir de décision à des fins personnelles. Ses formes de
démission face à la responsabilité sont multiples.
L’évitement:
Echapper aux confrontations - qu’elles soient pacifiques ou hostiles-
évite au manipulateur de s’engager (réunion) de se positionner (décision) ou de
résoudre un problème (conflit). Il évite les situations qui le dérange en les
reportant, en s’absentant par de fausses excuses, en prétextant leur inanité ou
les minimisant au maximum ou tout simplement en refusant d’en aborder le premier mot: «On ne
peut pas communiquer avec vous !» «Je ne veux pas prendre part
à vos histoires».
L’appropriation:
Le manipulateur est très fort quand il s’agit de s’approprier seul, les
résultats positifs ou efficaces d'actions mise en œuvre par son entourage. Il
s’en attribue systématiquement les mérites avec un aplomb qui ne laisse aucune
place pour une mise au point. L’appropriation de résultats obtenus par les
autres cependant, ne se fait pas toujours ouvertement.
Le
report sur autrui: Une autre tactique est de reporter la
responsabilité sur l’autre quand les choses ne vont pas tout à fait comme il le
souhaite. Un manipulateur, se voyant soudain déçu de son pouvoir de manœuvre
sur un ami dira: «Qui t’a monté la tête ?»
La
non-décision: Pretextant de multiples rendez-vous ou une autre
occupation, le manipulateur ne se rend pas disponible pour régler les difficultés.
Ses collègues n’ont pas toutes les informations et autorisations indispensables
pour mener à bien le travail demandé. Collaborer avec un supérieur hiérarchique
engendre un grand stress. L'incertitude sur ce qu’il est bon de faire et de ne
pas faire devient une constante et provoque le doute quant aux capacités de
chacun. Cela rappelle la situation du double
bind: si vous ne prenez pas d’initiatives ou de décisions, vous avez
tort, vous êtes qualifié d’incapable. Mais quand vous décidez seul et que cette
décision n’amène pas les résultats escomptés, vous avez aussi tort et vous
donnez une occasion supplémentaire au manipulateur de vous faire croire que
cela est une preuve de votre incapacité. Tout se joue comme si vous deviez
avoir tout pouvoir sur les événements.
Cette situation est horriblement confuse pour celui qui la vit.
Saviez-vous qu’un manipulateur
peut saboter votre processus décisionnel afin que vous obteniez des mauvais
résultats ? Bien sur s’il fait partie de votre équipe, il tiendra un
discours de souffrance et de compassion plutôt que de l’assimiler à sa propre
responsabilité. Pour se décharger de toute responsabilité, il reportera la
responsabilité sur les autres (même si c’est lui qui les a influencés à prendre
cette décision). Il suffit pour lui, de ne pas donner les informations
indispensables. Il n’est pas clair, fuit les questions, fuit les personnes et
garde les informations pour lui tout en faisant des pirouettes et parfois des
rires. Le manipulateur agit en sorte que vous vous sentiez responsable des
erreurs, en utilisant les croyances mises en place depuis votre plus tendre
enfance. Penser systématiquement que vous n’auriez pas du faire ce choix et que
vous avez donc agi stupidement est votre première faiblesse. Il va l’exploiter
immédiatement comme s’il s’agissait d’une vérité, et va s’arranger pour
entretenir le malaise. Apparaissent alors de puissants sentiments de
culpabilité et de dévalorisation. Vous pouvez vous les créer tout seul, mais
ils sont indéniablement amplifiés par cet être qui insistera sur vos lacunes et
vous laissera croupir dans vos difficultés.
Si vous souhaitez lutter contre
les manipulateurs, remettez en cause vos propres croyances. De fausses idées
qui sont le plus souvent irrationnelles – mais vous ne le savez pas, vous y
croyez- sur la responsabilité et la culpabilité vous rendent incroyablement
vulnérable aux attaques d’un manipulateur.
La protection face aux
manipulateurs de notre entourage implique une sérieuse remise en question de
notre interprétation de la réalité. Le manipulateur est doué pour nous faire
entrevoir la réalité comme il le souhaite. Di nous ne la percevons pas
correctement, il réussira sans peine aucune à le découvrir et utilisera nos
propres croyances pour nous déstabiliser.
L’utilisation
d’intermédiaires: Le seul moyen de ne pas s’engager est de se
tenir loin de tout le monde. Le manipulateur qui a besoin de vous ou
d’informations que vous détenez emploie des intermédiaires. Les petits billets,
les «post-it»: autant de moyens de ne pas vous laisser de droit de
réponse.
Faites cependant la différence
entre un message, laissé dans but de vous réduire à l’impuissance et celui qui
vous permet une coordination et une communication efficaces entre plusieurs
personnes. Entre le téléphone et le face- à- face, le contact direct ou le
collègue ou le conjoint qui sert d’intermédiaire. A son insu, le messager
devient «responsable» de ce qu’il transmet. Malgré l’illogisme de
ce phénomène inconscient, cela se passe comme si, l’intermédiaire cautionnait
le message du manipulateur de par la tâche qu’il accomplit (il est lui-même
manipulé le plus souvent).
C’est pour le manipulateur
relationnel, un excellent moyen d’une part, de dévier symboliquement sa propre
responsabilité et d’autre part, empêcher le récepteur de refuser.
- Ch. VI. Le manipulateur et la
communication
Le manipulateur ne communique
pas de façon claire et directe ses besoins, ses demandes, ses sentiments, ses
opinions. Pourtant nous avons l’impression qu’il passe son temps qu’il passe
son temps à nous communiquer ses propres besoins, ses jugements sur nous et sur
autrui et ses opinions sur le monde. La plupart de temps nous décodons ses formules verbales et
l’aspect non verbal de ses messages. Nous percevons un deuxième discours derrière
le premier. Une des caractéristique inhérentes au manipulateur est l’absence de
communication simple et saine avec autrui. Une écoute respectueuse existe
rarement chez lui, sauf s’il a quelque chose à y gagner. Ses idées sont
arrêtées comme s’il s’agissait de vérités universelles. Il est habile à glisser
du particulier au général. Son discours semble logique mais il s’appuie le plus
souvent sur une croyance ou un postulat erroné. Une fois les arguments avancés,
nous oublions de revenir à la base même du problème. Nous sommes alors
embarqués dans des discussions ou considérations qui ont un autre sens, malgré
l’apparence. Il n’y a donc pas de véritable communication et les conséquences
pour l’entourage peuvent être très graves.
- Opacité
Pour aborder les mécanismes
d’une mauvaise communication, il faut d’abord définir les critères d’une bonne
communication.
Un émetteur envoie un message à
un récepteur. L’émetteur est porteur d’une intention appelée «A».
Le but de l'émetteur est de bien se faire comprendre. Il fait alors en sorte
que le récepteur reçoive correctement le message «A» correspondant
a son intention. Dans un premier temps, la bonne communication va dépendre de
l’expression du message par l’émetteur. Il est véhicule par un contenu sous
forme de mots et de phrase, de non verbal aussi. Le message s’entend par
l’enchainement des mots les uns par rapport aux autres et par la signification
a laquelle il se rapporte. L’intention, quant a elle, reste toujours mentale et
interne a l’émetteur. Si le message énoncé ne correspond pas a l’intention
(intention «A» «message «B»), il y a eu
interférence de la part de l’émetteur. Ces interférences appelées parasites ou
filtres sont: l’anxiété, les émotions, les expériences passées, les
préjugés, la culture et bien entendu, le manque de clarté. Si l’émetteur domine
la présence éventuelle de ces filtres, il exprime un message clair pour le
récepteur qui reçoit effectivement le message «A». La bonne
communication est celle ou l’effet perçu par le récepteur correspond à
l’intention émise. Rappelons que, toute émission non claire d’un message, ouvre
le champ à l’interprétation.
Prenons le cas ou l’intention
s’exprime mal. Le refus de communiquer est en fait une sorte de communication.
Il revient au récepteur de décoder cette forme de communication parallèle.
Le manipulateur peut fort bien
choisir de passer sous silence une partie de la réalité. Le silence et le flou
peuvent lui permettre quand cela s’avère utile pour lui, de modifier ses
attitudes, ses prises de positions ou ses opinions en fonction de la tournure
des évènements.
Etre clair, c’est être clair d’emblée – sans appeler à des questions
supplémentaires. Le but est de bien se faire comprendre pour que
l’efficacité soit optimale. Toutes les informations doivent être soumises
d’emblée pour qu’il n’existe aucun quiproquo, aucune interprétation possible.
La demande de clarification part d’une intention saine.
La manipulation fonctionne
quand elle opère dans le domaine du mystère.
Dans le registre de l’opacité, il existe une technique qui consiste à ne donner
qu’une partie de l’information dans le but «d’accrocher»
l’interlocuteur. C'est ainsi qu’existent dans diverses entreprises le système
du parrainage. C’est une démarche
manipulatrice par laquelle le parrain, souvent à son insu - est supposé
accompagner le «nouveau» en lui transmettant les infor- mations qu’il
a reçues avant lui - «pour son bien». Le manipulateur reste souvent
flou pour:
- ne pas se sentir coincé ni découvert.
- se donner une forme d’autorité et faire croire qu’il
sait mieux que tous les autres.
- nous laisser interpréter de manière à changer d’opinion
- nous dévaloriser si nous nous trompons
- se déresponsabiliser
- séduire par le mystère (cela en fait fantasmer certains
sûrement)
- Comment procède-t-il
?
A.
Le manipulateur ne complète pas ses phrases. Si vous
exprimer tout haut votre interprétation, il peut dire qu’il n’a jamais
dit cela !
B.
Le manipulateur utilise des mots vagues à
significations multiples. Le caractère équivoque du mot employé est suffisant
pour attiser l’attention dans un premier temps, puis la suspicion et le malaise
dans un deuxième temps puisque le mystère reste entier. Le non-dit crée alors
le trouble et la réflexion. Et puisque cela n’est pas explicite, il y aura donc
du négatif à camoufler, de l’interprétation naturelle à faire. En restant
suffisamment équivoque sur le plan verbal, le manipulateur a le loisir de
changer facilement son intention. A la moindre réaction, il devient la personne
la plus bienveillante qui soit. Il est difficile pour la victime de détailler
l’aspect non verbal apparaissant simultanément pour expliquer la raison de son
malaise. Les observations dussent-elles
être réfutées, il n’y a plus de traces de manipulation.
C.
Le manipulateur peut aussi s’exprimer avec un jargon spécifique face à des interlocuteurs qui ne peuvent pas
tout comprendre. Le jeu consiste à ne pas être compréhensible. En tant
qu’interlocuteur, nous avons la conviction qu’il sait beaucoup de choses et est
très cultivé. Le manipulateur est en fait dans un monologue qui ne profite qu’à
lui-même. Même s’il semble attaquer la pauvre société dans laquelle nous
vivons, a travers Héraclite, par exemple, c’est vous qu’il remet en cause
personnellement en vous faisant comprendre que vous êtes ignorants de cet
auteur. D’ailleurs, les gens n’osent pas poser des questions. La preuve sociale
convainc: si personne n’intervient, c’est que tout le monde comprend sauf
vous! A la fin du discours, les gens sont impressionnés par sa teneur et
s’interrogent sur leurs propres facultés de compréhension. Ils sont à la fois
mal à l’aise et séduits.
Le
manipulateur a l’art de faire croire
aux autres qu’ils doivent tout savoir tout en espérant qu’ils ne sachent pas.
- Les demandes détournées
Le
manipulateur ne demande pas. Il impose. Et ce, de manière intelligente:
il commence par poser une question. Le récepteur pressent une demande. Le
manipulateur utilise alors sa logique pour coincer l’interlocuteur. Le dialogue
semble amorcé. Mais il n’en est rien. La première question est fermée
c’est-à-dire qu’elle amène une réponse unique, courte comme «oui»
ou «non». Une question ouverte, au contraire, permet a celui qui y
répond d’amener un développement et des nuances de points de vue. Le
manipulateur le sait et c’est pourquoi il ne dévoile pas tout. Il laisse
l’interlocuteur s’engager sachant qu’il est difficile de se désister même si les données sont inverses aux éléments
qui nous ont poussés à promettre quelque chose à quelqu’un. En dernier lieu,
les demandes mal formulées par un manipulateur sont entendues par ses
interlocuteurs au niveau de leur subconscient (messages subliminaux). Alors
qu’ils sont convaincus que rien ne leur a été demandé, déjà ils pensent offrir
leurs services ou ont agi sur leur propre
initiative !
- Prêcher
le faux pour savoir le vrai
C’est une des techniques de
manipulation des plus notoires. La pratique courante consiste à poser une question incluant un élément
erroné. C’est le moyen d’éviter à la personne de poser une question
directe. Cette fois, il n’y a aucune agressivité, au contraire, le manipulateur
tente de créer un climat de confiance pour obtenir une information que vous ne
lui auriez pas donnée spontanément ou qu’elle n’aurait pas osé vous demander
directement. Votre réaction est rapide et vous rétablissez aussitôt la vérité
sur la fausse information prodiguée avec une apparente naïveté. Le manipulateur
sait instaurer un climat de complicité pour diminuer la vigilance de
l'interlocuteur. Il peut mentir. Pour camoufler un problème qui le tourmente.
L’interlocuteur ne soupçonne pas le mensonge et sans méfiance, donne des
informations apparemment accessoires.
Noyées au milieu d’autres considérations, elles sont en fait le principal objet
d’intérêt du manipulateur. Soyez vigilants !
Les
réponses évasives:
Le «A votre
avis ?» est un des renvois favoris du manipulateur qui ne dévoile
pas mais oblige, en quelque sorte, l’autre a dévoiler l’idée qu’il peut avoir.
Il y a une inversion rapide de la situation. Le questionneur devient questionné.
La
tentation du hors sujet: Le manipulateur peut soudain
changer de propos en introduisant une critique a votre égard (de type général,
comme par ex «il faut être humain !» ou en cherchant à
dévaloriser la manière de penser de celui qui est évoqué.
Un autre moyen de détourner la
conversation consiste à transformer vos dires et vos intentions. Cela se
traduit par l’interprétation en communication.
La différence, entre prêcher le
faux pour le vrai, le mensonge, la demande déguisée et le sujet détournée est
parfois inexistante dans les procédures de certains manipulateurs. Elles ont
été dissociées afin de les nommer.
Pouvoir nommer, c’est reconnaître.
La reconnaissance est la
première étape vers le discernement.
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