THERAPIE
EN "SOPHIA-ANALYSE"?
par
Marie
«La
thérapeute disait que mes problèmes venaient du fait
qu'avec mes parents, et plus particulièrement avec ma
mère, j'avais développé une "dépendance négative"
et que pour m'en sortir et apprendre à m'ouvrir aux
autres, la seule solution serait de passer par une "dépendance
positive" avec elle.»
Parce
que je me posais beaucoup de questions concernant la
thérapie que je viens d'arrêter et qui s'appelle la
sophia-analyse, et que, m’étant renseignée, j’ai appris
que d’autres avaient déjà tiré la sonnette d’alarme
à son sujet, je prends mon courage à deux mains pour
raconter mon expérience.
Pourquoi
mon courage ? Parce que c'est douloureux pour moi de
raconter combien j'ai été "bête" de me mettre
dans ce genre de structure, parce que j'ai honte aussi,
car c'est la deuxième fois que ça m'arrive de me mettre
dans une structure sectaire, parce que j'ai peur d'être
jugée par les personnes qui recevraient mon témoignage,
parce que j'ai peur de ne pas être entendue dans ma
souffrance ou qu'on la minimise.
Alors
voilà… J’ai été en sophia-analyse durant quatre ans
en individuel et deux ans en thérapie de groupe. J'ai
bien eu quelques questionnements à certains moments,
mais lorsque j'en faisais part à ma thérapeute, elle
me disait qu'il s'agissait de défenses que je mettais
en place pour éviter d'entrer en "dépendance
positive" avec elle. Je n'ai jamais bien compris
ce qu'elle voulait dire par "dépendance positive".
Elle disait que mes problèmes venaient du fait qu'avec
mes parents, et plus particulièrement avec ma mère,
j'avais développé une "dépendance négative"
(avec l'histoire de la scission de la bonne et la mauvaise
mère !) et que pour m'en sortir et apprendre à m'ouvrir
aux autres, la seule solution serait de passer par une
"dépendance positive" avec elle.
Ma
thérapeute m'a aussi poussée à entrer dans le groupe
thérapeutique qu'elle anime avec une autre thérapeute.
Le "groupe" se passe en trois temps:
1-
les participants abordent les sujets qu'ils souhaitent
sans que les thérapeutes interviennent durant 1h30;
ensuite il y a une pause pendant laquelle les thérapeutes
font une synthèse de ce qui s'est passé.
2-
les thérapeutes font leurs interprétations et nous expliquent
les théories freudiennes,... en relation avec le thème
qu'elles ont décidé d'aborder. Durant cette partie,
nous ne pouvons pas intervenir.
3-
nous ne pouvons plus intervenir et nous parler entre
nous, nous pouvons juste parler aux thérapeutes devant
le groupe, et c'est la fin.
Le
groupe m'a apporté grâce au vécu apporté par certains.
Par contre, j'avais déjà remarqué qu’il n'était pas
très facile de quitter le groupe. Lorsque quelqu'un
part, il est obligé de le faire en trois fois et il
subit de très grosses pressions durant ces trois fois.
J'avais eu le malheur de dire à un homme qui partait
que j'étais heureuse pour lui qu'il ait trouvé sa voie
et parte.... et je me suis fait reprendre et "taper
sur les doigts" par les thérapeutes qui m'ont dit
que dire à quelqu'un "je suis contente pour toi",
cela signifie "je t'envie et je veux te détruire"
(?) et donc que je devais fortement m'interroger sur
ce que je voulais détruire chez cet homme (?). Les thérapeutes
disaient aussi qu'il n'était pas bon d'être content
quand quelqu'un s'en va car cela signifie qu'on n'a
pas réellement aimé cette personne. (?)
Comme
j'arrivais à deux ans de thérapie de groupe, et comme
c'est la condition pour pouvoir commencer la formation
et devenir thérapeute de sophia-analyse, ma thérapeute
me disait que ce serait bien que je participe à la semaine
de sophia qui a lieu chaque mois de juillet, près de
la ville d’X ! Vu le montant du prix ( plus de 600 euros)
j'ai refusé chaque fois.
Quand
je disais à ma thérapeute que la formation me semblait
fort chère ( minerval annuel de 1500 euros ne comprenant
pas la semaine de juillet à 600 euros ni le week-end
à 100 euros, ni les livres, en plus de l'obligation
de continuer sa thérapie individuelle et de groupe…),
elle me répondait que quand on veut, on peut. Que c'était
une défense que je mettais en place pour bloquer mon
évolution et que si j'étais vraiment motivée, je pouvais
toujours demander un prêt à la banque.
Enfin,
n'étant pas très heureuse dans mon métier actuel, je
me disais que cette formation serait peut-être mon salut
pour changer de profession. Prudente, je décidai de
participer d'abord au week-end de formation qui avait
lieu en mars-avril 2005, à Bruxelles (coût moins important).
C'est là que j'ai été extrêmement mal à l'aise avec
l'ambiance.
Ce
week-end était consacré aux défenses en psychologie
et les élèves en formation pour devenir thérapeutes
devaient présenter leurs travaux et réflexions par rapport
aux lectures et à ce que Freud, Winnicott, et d’autres
en disaient. Je m'attendais à assister à des présentations
rigoureuses mais j'ai été choquée de constater qu'il
s'agissait de sorte de petites saynètes, de danses ou
présentations théâtrales pour la plupart en tous cas.
J'ai
aussi été choquée d'être présentée (par des personnes
qui font partie de mon groupe thérapeutique et qui font
la formation en sophia-analyse) comme "la petite
soeur "du groupe d'origine (?). Entre eux, ils
s'appellent «petit frère» et «petite sœur» et Jacques
et sa compagne sont appelés «père» et «mère» ! (?).
J'ai
aussi été très choquée à la fin du week-end, lors de
la tenue de ce qu'ils appellent "le mammouth"
qui consiste à faire un cercle. Dans une partie du cercle
se placent les formateurs des personnes en cours de
formation et Jacques et sa femme et toutes les autres
personnes autour. Les gens en formation font leur mea-culpa
et s'accusent de méfaits ou de mauvaises pensées envers
leurs frères et soeurs et certains pleuraient très fort
et semblaient être dans une détresse terrible et tout
ce qu'on leur répondait, c'était qu'il allait falloir
travailler cela dans le groupe thérapeutique, mais on
les laissait dans leur détresse et j'ai trouvé ça terrible.
Comme
j'avais déjà fait un passage dans une structure sectaire,
voir tout cela m'a bouleversé. Je ne savais pas si je
devais dans ces conditions conserver ma confiance envers
ma thérapeute individuelle. J'en ai parlé avec elle
mais elle m'a dit que, à nouveau, il s'agissait d'une
défense et qu'en fait, j'avais très envie de faire la
formation en sophia-analyse et que dire du mal de la
sophia, c'était un moyen de détruire l'objet de mon
envie (?). J'ai donc continué la thérapie individuelle
et de groupe mais je dirais qu'à partir de ce moment,
j'ai cessé d'avoir certaines oeillères devant les yeux
et je suis restée sur mes gardes et ai adopté une attitude
de retrait.
Tout
doucement, je me suis rendue compte que je n'osais plus
dire certaines choses à ma thérapeute ou alors que je
lui disais d’autres choses que je ne ressentais pas
pour lui faire plaisir. Là où ça a été de trop, c'est
lorsque ma thérapeute m'a dit (alors que dans mon enfance
j'ai subi des attouchements de mon père) que pour m'en
sortir et pouvoir construire quelque chose avec un homme,
j'allais devoir reconnaître et assumer ma responsabilité
dans ces attouchements. Là, je me suis dit que vraiment
quelque chose clochait.
Ma
chance, c'est que depuis mars-avril 2005, je vais sur
Internet pour parler avec des personnes qui ont vécu
aussi des attouchements ou des viols. Avec ces
personnes, je me suis sentie comprise et écoutée et,
grâce à cela, je pense que les propos de ma thérapeute
ne pouvaient plus avoir d'impact sur moi.
En
juillet, j'ai donc signifié à ma thérapeute que j'arrêtais.
Je lui ai demandé si elle se rendait compte du mal qu'elle
me faisait en me disant ça par rapport aux attouchements.
Je lui ai dit que "oui, j'ai aimé mon papa et je
voulais le prendre à ma maman,..... mais pas plus ou
moins que toutes les petites filles du monde ! Que c'était
TOUJOURS à l'adulte à poser les limites et que l'enfant
n'est en rien responsable des dérapages de l'adulte
qui en plus a une position dominante par rapport à l'enfant."
Elle m'a d'abord répondu que c'était une valeur qui
faisait partie de sa formation et qu'elle n'était pas
prête à remettre en question. Quand je suis revenue
plus tard dans l'entretien sur ce point qui me posait
problème, elle a changé de discours et m'a dit que j'avais
dû mal comprendre et qu'elle n'avait jamais rien dit
de pareil (?). Elle m'a aussi dit qu'elle voulait me
revoir trois fois, mais quand je lui ai demandé de m'expliquer
le sens de cette démarche, elle n'a rien su me répondre
et je n'ai donc pas donné suite, lui disant seulement
que je continuerai la thérapie de groupe. Elle m'a dit
que ça ne marcherait pas mais ne m'a pas interdit l'accès
au groupe.
En
septembre, je suis retournée dans le groupe mais, effectivement,
ça n'allait pas pouvoir marcher. Pendant tout l'été,
j'avais continué à surfer sur Internet avec le groupe
de soutien sur psychologies.com et j'ai pu, grâce à
ce groupe, comprendre et débloquer bien des choses.
C'est là que l'absurdité du groupe de sophia m'est apparue.
Ce qui m'avait fait avancer sur Internet, c'est le partage
des vécus, me rendre compte que les personnes qui avaient
vécu la même chose que moi avaient aussi développé les
mêmes défenses dans leur vie. Je me sentais accueillie
et respectée. Des lectures m'étaient proposées qui m'ont
apporté une tout autre approche que celle de la sophia.
Bref,
le retour au groupe de sophia où les thérapeutes vous
servent une théorie freudienne, kleinienne, jungienne
ou autre, et se permettent de vous dire ce qu'il est
permis de ressentir comme émotion politiquement correcte,
ça m'a gonflé ! Je me suis dit qu'à ce régime là, dans
dix ans, je ne serais toujours pas sortie de mes problèmes.
C'est
comme ça que lors du deuxième groupe de sophia de septembre,
j'ai annoncé que je partais . Heureusement, pour ne
pas devoir me justifier car je savais que j'allais passer
un mauvais moment, j'avais appris la technique du "disque
rayé" qui est décrite dans le livre "Les manipulateurs
sont parmi nous" et dans "Osez être soi-même"
et qui consistait à répéter invariablement " Je
sens que c'est bon pour moi de partir maintenant".
Je
n'ai été soutenue que par deux personnes du groupe.
Un homme a dit qu'il pensait que je n'avais pas à me
justifier et que si je sentais que c'était bon pour
moi de partir, j'en avais tout à fait le droit. Il s'est
fait reprendre par les thérapeutes qui lui ont dit qu'être
content du départ d'une petite soeur, c'était parce
qu'ainsi il récupérerait plus d'attention des mères
et donc qu'il devait s'interroger si cela ne faisait
pas écho dans son vécu de vouloir évincer une petite
soeur!
Une
femme a fait remarquer qu'ils étaient huit contre moi
et que ça la gênait et qu'elle était mal à l'aise de
constater qu'on retenait les gens ainsi. Les thérapeutes
lui ont fait remarquer qu'il n'était pas question de
retenir qui que ce soit et qu'elles n'iraient pas chercher
les gendarmes pour me retenir ( - encore heureux !).
Elles ont aussi dit à cette femme que mon départ, alors
que j'étais en colère (?), lui faisait revivre le fait
qu'elle avait été abandonnée deux fois par suicide dans
sa vie , qu'un suicide est fait par quelqu'un en colère
et donc que je lui faisais revivre tout ça. Autrement
dit, elles me faisaient endosser le rôle de la méchante…
Je
sais que les dirigeants de la sophia-analyse font des
démarches pour que leur formation soit reconnue sans
savoir quoi au juste, puisque, pour le moment, ils donnent
un diplôme à la fin de la formation mais qui n'a pas
de reconnaissance légale. Je sais aussi qu'ils demandent
à leur thérapeute de reprendre une formation en graduat
pour ceux qui ne seraient pas de ce niveau scolaire.
Lundi
dernier, j'étais à mon cours de danse avec une dame
qui est en train de faire la formation pour être thérapeute
de sophia-analyse. Elle ne sait pas ce qui se passe
pour moi pour le moment, et elle est venue tout excitée
me dire : " Tu sais, je suis triste car comme je
termine la formation et qu'une nouvelle génération commence
( ils appellent "génération" le groupe de
personnes en formation; je crois que c'est le génération
12 qui commence en septembre 2005), je suis jalouse
car les nouveaux nous prennent nos parents !" (?)
Voilà,
c'était un peu long mais peut-être pourrez-vous faire
quelque chose de mon expérience. Vendredi, j'étais secouée
d'être confortée dans mon ressenti, à la fois heureuse
d'avoir bien senti et malheureuse de ne pas avoir réagi
plus vite. Enfin, comme on dit, on apprend aussi de
ses erreurs et maintenant, je vais continuer ma route
et la faire belle.