Ils ont dit

Nicolas Sarkozy: «(...) Les activités sectaires sont inacceptables, inadmissibles, il faut faire preuve de la plus grande fermeté» (21 février 2008)

Michel Thys: Avant de prétendre garantir (pratiquement) la liberté d'exprimer sa religion, ne faudrait-il pas d'abord garantir (pratiquement) la liberté d'en avoir une ou de ne pas en avoir ? (anuncioblog.com - 21 février 2009)

Gilles Alfonsi: Peut-on parler des sectes autrement qu'en formulant un jugement moral ? (Combat - mai 2001)

Didier Pourquery: Prévenir (Libération - 3 avril 2008)

Michel Boujenah: «La montée du racisme, c’est comme la montée des sectes» (Journal de Montréal - 5 mai 2007)

Jean-Luc Barbier: «La scientologie c'est du terrorisme psychique» (Quotidien Jurassien - 5 mai 2007)

Pierre Delacoste: Témoignage d'un médecin lausannois sur les sectes (L'Hebdo - 15 février 1996)

Jacques Pilet: Comprendre le succès des sectes (Le Nouveau Quotidien - 1995)

Une grande fermeté

«Ma position a toujours été claire. Les activités sectaires sont inacceptables, inadmissibles, il faut faire preuve de la plus grande fermeté.»

Nicolas SARKOZY, le 21 février 2008

Pour une approche psycho-neuro-physio-génético-éducative de la foi...
 
Avant de prétendre garantir (pratiquement) la liberté d'exprimer sa religion, ne faudrait-il pas d'abord garantir (pratiquement) la liberté d'en avoir une ou de ne pas en avoir ?

Il me paraît flagrant que le respect des libertés constitutionnelles de conscience, de pensée et de religion est actuellement plus symbolique qu'effectif... En effet, avant de prétendre garantir (théoriquement) la liberté d'exprimer sa religion, ne faudrait-il pas d'abord garantir (pratiquement) la liberté d'en avoir une ou de ne pas en avoir ?

Le plus souvent, la liberté de croire ou de ne pas croire est compromise, à des degrés divers, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale précoce, forcément affective puisque fondée sur l'exemple et la confiance envers les parents, ainsi que par l'influence d'un milieu culturel excluant toute alternative humaniste non aliénante. L'éducation coranique en témoigne à 99,99 % ...

Richard DAWKINS n'a-t-il pas expliqué que jadis, du fait de son cerveau tout à fait immature, le petit de l'homme n'aurait jamais pu survivre si l'évolution ne l'avait pas pourvu de gènes le rendant soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu) ?

Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, professeur à l'Université catholique de Louvain, avait montré qu'en l'absence d'éducation religieuse, la foi n'apparaît pas spontanément, et aussi que la religiosité à l'âge adulte en dépend (et donc l'aptitude à imaginer un "père" protecteur substitutif et anthropomorphique, fût-il "Présence Opérante du Tout-Autre"...).

D'autre part, des neurophysiologistes ont établi qu'avant les hippocampes (centres de la mémoire explicite), les amygdales (pas celles de la gorge mais du cerveau émotionnel ! ) sont déjà capables, dès l'âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients, tels que les comportements religieux, puis les inquiétudes métaphysiques des parents, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur.

Enfin, ces chercheurs ont constaté, par l'IRM fonctionnelle, que le cortex préfrontal et donc aussi bien l'esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s'en trouvent anesthésiés, à des degrés divers, indépendamment de l'intel- ligence et de l'intellect, du moins dès qu'il est question de religion (ce qui expliquerait la difficulté, voire l'impos- sibilité, pour bien des croyants, de remettre leur foi en question et leur besoin de prosélytisme).

On comprend que certains athées, comme Richard DAWKINS, ou agnostiques comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, perçoivent l'éducation religieuse, bien qu'a priori sincère et de bonne foi, comme une malhon- nêteté intellectuelle et morale.

Loin de vouloir simplifier ou réduire la complexité du psychisme humain, et en particulier le phénomène religieux, à des facteurs psycho-neuro-physio-génético-éducatifs, n'est-il pas légitime de compléter son approche tradition- nelle (philosophique, métaphysique, théologique, anthropologique, sociologique) par une approche neuroscien- tifique, bien qu'encore très partielle, afin de mieux comprendre l'origine et la fréquente persistance de la foi et donc de permettre à chacun de choisir, en connaissance de cause, aussi librement et tardivement que possible, ses convictions philosophiques OU religieuses ?

Michel THYS,
21 février 2009
Source: http://www.anuncioblog.com

 

Autre texte de Michel Thys sur notre site:

Conférence de Michel THYS (Bruxelles -24 février 2006)

Peut-on parler des sectes autrement
qu'en formulant un jugement moral ?

par Gilles Alfonsi, Rédacteur en chef de Combat face au sida

Source: http://www.combatenligne.fr/article/?id=301
[Texte intégral]

Aliénation sectaire et contrôle social : deux faces de la manipulation mentale ? Peut-on parler des sectes autrement qu'en formulant un jugement moral ? Quels pourraient être les fondements d'une approche politique du phénomène sectaire ? Il faudrait à la fois être capable de dire ce qu'est l'aliénation sectaire et proposer une visée émancipatrice pour lui faire face. Gilles Alfonsi

En quoi le discours et les pratiques sectaires se distinguent-elles des discours religieux ou même d'un engagement militant quelconque ? Les réponses des politiques, des organisations anti-sectes et des intellectuels divergent. Les uns mettent l'accent sur la dimension "totale" de l'engagement dans une secte. Ils sous-entendent une différence de nature avec l'engagement religieux classique. D'autres affirment au contraire la ressemblance entre l'inves- tissement d'une nonne auprès du Christ dans un couvent et celui d'un adepte consacrant sa vie à un Gourou.

Y a-t-il donc une différence de nature entre ces engagements ou seulement une différence de degré ? Les témoignages habituellement médiatisés montrent bien sûr que les groupes sectaires profitent financièrement et, parfois, physiquement, de leurs adeptes. Que ceux-ci sont parfois fanatisés. Que des abus terribles sont commis dans des groupes secrets, à l'abri de tout contre-pouvoir et des contrôles officiels. Mais l'on peut rétorquer que les fanatiques sont peu nombreux, les abus marginaux et les personnes "volontaires".

Dans une secte comme Elan Vital , des principes de fonctionnement "démocratiques" sont énoncés, la partici- pation est volontaire, la sérénité est de rigueur. Son Conseil d'administration mise tout sur la normalité: Elan Vital serait une association comme les autres, circulez, il n'y a rien à voir. Il est insuffisant, face à ces stratégies de banalisation, de se contenter de rappels sur l'histoire de tel ou tel mouvement et sur ses abus. Il faut être capable de dire en quoi ces mouvements posent problème, au-delà des dimensions médiatisées à l'occasion d'un drame. Il faut examiner leurs fonctions dans notre société.

Vous avez dit "manipulation mentale" Un débat est en cours entre les parlementaires, les associations et les représentants religieux sur l'opportunité de pénaliser la "manipulation mentale". Les uns, représentants de "sous"- cultures reconnues ou de milieux alternatifs "raisonnables" considèrent que le champ potentiel d'application d'une telle notion est tellement large qu'il pourrait... les concerner ! Les autres pensent qu'il est nécessaire de créer un délit spécifique permettant d'affronter juridiquement des groupes qui développent des pratiques dangereuses pour les personnes elles-mêmes et/ou pour la société.

D'autre part, à l'évidence, l'ensemble des démarches faisant appel à une recherche ou une implication spirituelle ne mérite pas d'être combattu: une telle quête relève de la liberté de chacun, elle est un puissant élément struc- turant des identités individuelles, elle est un facteur de socialisation. Reste que cela ne doit pas empêcher une réflexion sur l'ensemble des modes de contrôle social existant dans notre société. On ne voit pas pourquoi les responsables d'un mouvement sectaire seraient poursuivis tandis que les responsables d'une communauté reli- gieuse manipulant ses ouailles à des fins politiques ne le seraient pas.

Deux stratégies sont dès lors possibles pour le législateur. Soit il considère que la manipulation mentale est un combat citoyen, qui ne doit pas relever de la justice mais du débat dans la société civile et que d'autres canaux, indirects, doivent permettre à chacun de ne pas recourir à des organisations néfastes. Soit il légifère, en consi- dérant que toutes les formes de manipulation mentale (1) doivent pouvoir être juridiquement combattues, ce qui d'ailleurs n'exclut pas d'autres formes de lutte à leur encontre.

L'aliénation sectaire

Au royaume de la manipulation mentale, des formes variées de contrôle social et de normalisation, l'aliénation sectaire pourrait cependant avoir une place spécifique. Plus que le degré de manipulation, c'est le type même de processus en jeu qui fait son originalité: elle se caractérise non seulement par un comportement conforme aux attentes du groupe, mais par un engagement exclusif qui condamne tout autre investissement.

Ce n'est pas le discours du groupe qui est en cause - les mouvements sectaires manient souvent fort bien le langage -, mais la représentation concrète de l'expérience: elle seule peut apporter le Salut, par exclusion des autres formes spirituelles, ce qui en fait l'unique solution possible, une solution totalitaire.

Dans l'aliénation sectaire, l'adepte est le garant et le responsable de sa propre implication: celle-ci est non seule- ment consentie mais revendiquée, souhaitée avec passion. Sa force est moins d'instrumentaliser, de l'extérieur, la personne que de lui permettre de créer l'illusion, de permettre l'auto-illusion dans laquelle il devient possible d'être, à ses propres yeux, sur le chemin de la Paix intérieure ou du bonheur. Il ne suffit pas de renvoyer au retour à la réalité ou de vouloir briser les illusions.

C'est faire abstraction du fait que l'aliénation sectaire peut - partiellement ou pour un moment - combler un besoin - "vital" - de sécurité. Cependant, cette sécurité, la satisfaction tirée de l'emprise sectaire ou la gestion d'une angoisse existentielle ont une contrepartie: l'absence de recherche et de construction d'autres alternatives de vie, le fait de renoncer à d'autres projets possibles.

L'aliénation sectaire est l'aliénation à un ordre préétabli, rigide, mais aussi un renoncement à s'inscrire dans le jeu démocratique, fût-ce en participant à des contre-pouvoirs ou en s'inscrivant dans la recherche d'alterna- tives politiques. Elle ne supporte pas la contradiction. Maîtriser sa vie, décider, ce qui implique d'avoir le choix, suppose au contraire une liberté d'esprit... Au sens propre, l'aliénation sectaire pose donc un problème de démo- cratie, un problème au politique lorsque celui-ci destine son action à la construction dune société où chacun soit, à tout moment, aussi maître de son destin que possible.

Le temps et l'aliénation

On décèle dans les discours des anciens adeptes un sentiment de gâchis et de perte de temps. Or, le temps est une condition de l'épanouissement. Il n'y a pas d'homme libre qui n'ait le temps, précisément, de s'émanciper. Aux tentatives d'organisations qui prétendent, en définitive, régenter le temps des citoyens qu'ils recrutent, ne faut-il pas opposer, plutôt qu'un discours qui diabolise et qui exclut, une démarche qui facilite en toutes circonstances la maîtrise que chacun peut avoir de son temps, de sa vie ?


(1) Remarque du Centre Info-sectes:

    La manipulation mentale présente différents degrés de dangerosité

    La manipulation mentale peut être douce (manipulation quotidienne sans la moindre conséquence / récipro- cité possible / horizontale), elle peut être dure lorsqu'il s'agit de faire respecter la loi (école, police, justice, armée / verticale / avec des règles connues de tous et qui sont modifiables par les citoyens). Elle peut être écrasante lorsque par exemple un groupe sectaire veut s'accaparer du patrimoine d'un de ses membres et le couper de ses liens familiaux. (règles cachées ne pouvant être remises en cause / origine des ordres souvent inconnue / justice parallèle)

    En savoir plus sur la manipulation mentale
     
    Un essai que nous a communiqué le professeur Roland Huckel:
    «La manipulation mentale et ses différents degrés de gravité»

    Centre Info-sectes, 7 février 2010

Prévenir

Face aux sectes à quoi sert l'Etat, en France, pays laïque, où il ne doit justement pas se mêler de religion? La réponse est simple: il défend la liberté de croyance, mais celle-ci doit s'exercer dans le strict respect de la loi. C'est-à-dire «sans trouble à l'ordre public», sans danger pour les citoyens.

Ce qui est essentiel dans le travail de la Miviludes est l'étude, la dénonciation des «dérives sectaires». De ce qui crée chez les individus des «états de sujétion» dangereux pour eux, psychologiquement ou financièrement.

Notre société complexe et inégalitaire, place de plus en plus d'individus en situation de faiblesse. Les sectes en profitent, mais leur stratégie s'est adaptée à la méfiance qu'elles suscitent. La plupart déploie des moyens de recrutement masqués, changent de nom selon les cibles visées, s'infiltrent dans les associations et les entreprises.

La Miviludes et les parlementaires concernés ont une fonction d'information et d'alerte essentielle qu'il faut pré- server. Il faut faire connaître au plus grand nombre des Français les risques qu'ils courent à s'engager dans tel ou tel groupe dangereux. Ceux qui au nom de la liberté individuelle contestent ce travail pédagogique ne doivent pas oublier que l'Etat a aussi un devoir de prévention face à toute sorte de risques potentiels.

Informer n'est pas condamner. Et nul n'est tenu de mettre dans le même sac la scientologie et les groupes évangéliques. Mais ce n'est pas au nom du fameux adage ironique «qu'une religion, c'est une secte quia réussi» qu'il faut laisser sans protection les plus fragiles d'entre nous.

Didier POURQUERY
Editorial
Libération - 3 avril 2008

La montée du racisme, c’est comme la montée des sectes

«La montée du racisme arrive quand les gens ont une perte de repères et d’identité, alors les démagogues et manipulateurs réapparaissent. Quand on est malade et que le médecin ne trouve pas de solution, on est prêts à croire les charlatans. La montée du racisme, c’est comme la montée des sectes, c’est le même raisonnement. En période de perte, on va vers les gens qui nous donnent des réponses pour nous rassurer.»

Michel Boujenah, acteur
Journal de Montréal - 5 mai 2007

Sectes: la liberté bafouée

A propos des lettres de lecteurs sur les sectes «L'Hebdo» N° 5»

( ... ) Au cours de ma pratique médicale de bientôt quarante ans, j'ai eu l'occasion de voir plusieurs patients, hommes ou femmes, en train de se faire «happer» par des «démarcheurs», toujours très polis.

Parmi ces patients, les uns étaient déjà engagés assez loin dans la secte et n'en voyaient que des aspects positifs. Un jour, des parents m'ont parlé de leur fille de 19 ans qui s'était laissé entraîner dans une secte. Après quelques mois, la jeune fille leur a dit qu'elle voulait emporter ses meubles et les vendre pour en donner le prix retiré à la secte en question. Elle ajoutait que c'était la dernière visite qu'elle leur faisait car, aux yeux des responsables, couper les ponts avec la famille était la condition la plus importante pour «grandir dans l'esprit de la secte».

Il fallait repousser toute autre influence. Après plus de cinq ans, les parents ont vu revenir la jeune fille, amaigrie et en pleurs. Elle leur a raconté les sévices qu'elle avait dû endurer: punitions quand elle ne répondait pas aux exigences des responsables et surtout du «gourou». Car, connu ou non, il y en a toujours un qui fait la loi, et gare à ceux qui la transgressent !

Pour les détails, je vous conseille la lecture de «Esclaves du XXe siècle: les enfants dans les sectes». L'auteur, Chantal Tokatlian, est une ancienne adepte d'une secte dont, avec beaucoup de difficultés et de souffrances, elle a réussi à s'extraire. Et, en réfléchissant à son vécu, elle a décidé de l'utiliser en faisant une enquête personnelle sur un certain nombre de sectes pour en faire le matériau d'un livre exemplaire. En effet, à l'appui de nombreux exemples vécus et/ou observés, elle livre à notre réflexion une série de comportements dont l'horreur est à peine soutenable.

Le respect de l'être humain

( ... ) Alors, quand certains pensent que l'image que l'on donne des sectes est totalement fausse, ils méconnais- sent la réalité. Je veux bien que l'on invoque la liberté d'expression. les droits de l'homme, la liberté de religion... Mais je pose la question: qu'est-ce que ces droits et cette liberté impliquent de fondamental ?

C'est le respect de l'être humain quel qu'il soit à l'exclusion de toute manipulation. Or le danger, «la grande ruse» des recruteurs des sectes, quelles qu'elles soient, consiste à ne pas brûler les étapes et à approcher les gens avec une attitude bienveillante.

Ce comportement se maintient jusqu'au moment où le conditionnement est jugé suffisant pour que les êtres humains, accrochés par cette tactique insidieuse, soient progressivement «passivisés», privés de tout sens critique et ainsi manipulables à souhait.

Docteur Pierre Delacoste, Lausanne
L'Hebdo - 15 février 1996

La scientologie c'est du terrorisme psychique

«La scientologie te propose une protection, mais elle est intrusive, en réalité on te force à recréer ton passé, on te culpabilise, te reformate, c'est du terrorisme psychique, on te fait perdre ta personnalité, on te coupe du monde réel. Et bien sûr on te demande des sous sur tous les prétextes. Ah ! pour ça on t'aide, mais pas par humanisme.

A Genève par exemple j'alerte l'Instruction publique, qui me dit qu'il s'agit d'une école privée; je m'adresse au bureau de l'enseignement privé qui me répond que c'est une Eglise; j'avertis l'association des psychiatres, qui affirme que les journaux font suffisamment de prévention.

Je fais des pétitions dans le canton de Vaud, on me rétorque que c'est aux victimes de s'adresser au médecin cantonal.

Bon sang, mais c'est un problème politique, de société !»

Jean-Luc Barbier, musicien et peintre
Quotidien Jurassien - 5 mai 2007

Comprendre le succès des sectes

Editorial
Jacques PILET
Le Nouveau Quotidien (le ? 1995)

Les services secrets allemands sont priés par le gouvernement de s'intéresser à ce qu'il désigne comme un nouvel ennemi de la démocratie: l'Eglise de scientologie. Claudia Nolte, ministre de la Jeunesse, pré- cise que cette organisation, «pourvue d'une idéologie totalitaire», n'a pas à être qualifiée de «commu- nauté religieuse» et «poursuit exclusivement des intérêts économiques».

Au même moment, le rapport parlementaire français sur les sectes demande leur mise sous surveillance par un nouveau service «interministériel».Quant au conseiller d'Etat genevois Ramseyer, il souhaite carrément que les sectes figurent sur la liste des organisations dangereuses pour la sécurité de l'Etat tenue par la police fédérale dans son attentif collimateur.

Ces appels à l'État dans son autorité policière sont aberrants. Alors que le droit actuel pourrait fournir toutes les armes nécessaires à combattre les dérives criminelles, l'envie s'exprime de taper encore plus fort. Quitte à écorner les libertés fondamentales.

Cette aspiration ne résulte pas seulement des derniers drames sanglants qui ont tant ému. L'inquiétude est plus large, plus profonde. Le succès grandissant des groupes qui embrasent la foi de quelques fidèles jusqu'à la totale soumission a de quoi troubler non seulement les démocrates, les rationalistes, les croyants liés à des Eglises reconnues, mais aussi tous ceux qui craignent de voir leurs proches soudain embrigadés.

Comprendre le pourquoi de ces ferveurs

Cependant, avant de partir en guerre, confondant un peu tout dans un amalgame fumeux, les apôtres de l'Apo- calypse, les rapaces financiers déguisés en managers spirituels, d'innocents contemplatifs, des mystiques épar- pillés dans mille chapelles, ne ferions-nous pas mieux d'essayer de comprendre le pourquoi de ces ferveurs qui parfois nous déroutent ? Effort d'autant plus nécessaire que le phénomène a toutes les chances de s'élargir.

L'approche du changement de millénaire, dans sa lourde symbolique, joue un rôle mais n'explique pas tout. Le désarroi qui pousse tant d'hommes et de femmes, cultivés ou non, pauvres ou riches, à chercher une voie spiri- tuelle particulière, découle peut-être de la pesanteur d'un autre credo, bien laïque celui-là: celui de la raison économique.

Ce discours, aussi fondé soit-il, envahit tout l'espace politique et social, tout autour de la planète. L'espoir de changer le monde au nom d'une nouvelle fraternité a tourné court. Ceux qui, délibérément, aspirent à autre chose que le succès matériel, tout comme ceux qui se sentent définitivement exclus du système, se retrouvent dans une même recherche de dépassement personnel et collectif.

Et puis, il y a la peur, tout simplement. Quand plus rien n'est sûr, ni les cadres sociaux traditionnels ni l'avenir matériel, beaucoup éprouvent le besoin d'une autre sécurité, absolue, surnaturelle, exprimée dans la promesse d'une autre vie.

Les Eglises chrétiennes traditionnelles ont toutes les peines à prendre en compte ces quêtes nouvelles et désor- données. Dès lors surgissent naturellement des prêcheurs de toutes sortes, cherchant à créer leur propre paroisse, leur propre Eglise. Parfois avec générosité et foi authentique. Parfois avec des méthodes confinant à la truanderie.

L'Amérique latine offre un exemple particulièrement frappant. Ces deux dernières années, l'Église catholique n'a cessé de perdre du terrain, après avoir rompu avec la «théologie de la libération» qui lui valait la sympathie des plus pauvres, après avoir dû reconnaître par ailleurs ses odieuses compromissions avec les dictatures militaires.

Les sectes importées des Etats-Unis se répandent partout, offrant un ultime espoir aux couches les plus déshé- ritées de la population. Tout récemment, le Brésil s'est ému de voir l'habile fondateur d'une «Eglise universelle» affichant une insolente fortune... alimentée par les dons fermement sollicités jusqu'au fond des bidonvilles.

Une autre partie du monde est aujourd'hui convoitée par les prophètes sincères et les cyniques marchands de foi, c'est l'Europe de l'Est où, comme partout ailleurs, les sacro-saintes lois du marché redécouvertes ne serviront pas éternellement de religion. Là encore, les «missionnaires» débarquent massivement d'Amérique du Nord.

Que les policiers et les inspecteurs fiscaux veillent scrupuleusement à ce que les entreprises de la foi restent dans la légalité, voilà qui est bien sûr nécessaire. Mais nos sociétés ont mieux à faire que de décréter la croisade anti-sectes. C'est par le débat politique, au sens le plus profond du terme, par une réflexion intellectuelle et spirituelle sérieuse que les démocraties pourront barrer la route aux groupuscules qui trop souvent propagent, sous couvert de religion, une vision apocalyptique du monde, des mœurs totalitaires et des pratiques mercantiles.

Jacques Pilet