La psychanalyse suscite parfois le
scepticisme. Cette méthode est pourtant bienfaisante, surtout en cas de
troubles psychiques sévères. C'est
ce qui ressort d'une étude soutenue par le Fonds national suisse de la recherche
scientifique (FNS).
L'étude publiée hier a été
réalisée par une équipe dirigée par Joachim
Kuchenhoff, médecin-chef de la clinique psychiatrique cantonale de Liestal et
professeur de psychiatrie et de psychothérapie à l'Université de Bâle.
Des méthodes quantitatives et qualitatives ont
permis d'évaluer les thérapies de 47
patients conduites sur au moins douze mois par 37 thérapeutes en Suisse
alémanique.
Les chercheurs ont constaté une réduction significative des troubles,
des problèmes relationnels et autres symptômes, relève le FNS. Pour plus
de la moitié des patients, les troubles sévères dont ils souffraient
avaient disparu après une année. La plupart des autres patients avaient
amélioré leur état mais restaient
perturbés. Une aggravation des symptômes n'a été observée
que dans quatre cas.
Des thérapies longues ont aussi été
examinées. Dans la plupart des cas, il s'est avéré que l'essentiel de la modification des troubles survient au cours
de la première année de traitement.
Au début de la thérapie, seule la moitié des patients s'estimaient gravement malades alors que, selon leur
thérapeute, plus de 90% d'entre eux souffraient d'une affection évidente,
voire exceptionnellement sévère. Les résultats de la thérapie étaient
meilleurs pour les cas lourds que pour les cas légers. Ces cas légers, qualifiés
de «névrosés avant acquis une
certaine maturité», étaient considérés
jadis comme des cas classiques à traiter par
une psychanalyse.
Certains patients affirment présenter davantage de symptômes pendant la thérapie qu'auparavant. Pour
Joachim Kuchenhoff, cela montre que les thérapies psychanalytiques accroissent la capacité à l'autoperception. Le patient a besoin d'une période
de thérapie pour identifier clairement certains problèmes. Or, le fait de
mieux en prendre conscience peut provoquer une grande souffrance,
que le patient doit affronter avec son thérapeute.
Les thérapeutes sont efficaces surtout lorsqu'ils se mettent très exactement au diapason des besoins et des
capacités de leurs patients. «Rien ne
sert de livrer des interprétations compliquées à des personnes incapables
de les comprendre», explique Joachim
Kuchenhoff.
A relever que la psychanalyse classique
n'était pas l'objet de l'étude. Les
traitements d'au moins trois heures hebdomadaires durant de nombreuses années ne sont en effet pas courants en
Suisse. Les thérapies les plus demandées sont celles qui durent environ
deux ans et impliquent une à deux heures de face-à-face par semaine.
C'est ce type de thérapies qui a été
examiné.
AP