| La vague des nouveaux protestants
DOSSIER PRÉPARÉ PAR PHILIPPE
BARRAUD ET SYLVIA FREDA

Les jeunes pasteurs en plein repli
Les jeunes pasteurs ont le souci de revenir à un
message davantage centré sur le Christ, à un message clair de l'Evangile: il a
été tellement dilué dans les préoccupations ambiantes !» Olivier Rosselet,
pasteur stagiaire à Blonay-Saint-Légier, s'est toujours senti partagé entre les
deux sensibilités. «Finalement, je suis resté du côté réformé car je m'y sens
à l'aise. On doit accepter la règle, mais on nous laisse notre liberté de
convictions. J'essaie de garder en moi les deux approches, c'est une richesse
qui m'a été donnée des deux côtés.»
Jeune pasteur «oecuménique», Olivier Rosselet n'est pas tout à fait
représentatif de ceux qui seront pasteurs au début du 2Ie siècle.
La génération précédente de pasteurs était marquée par la révolution des
idées des années d'après 1968. Aujourd'hui, la dimension sociale et politique a
été reléguée à l'ossuaire des idées périmées. Karl Marx, connais pas. Plus de la
moitié des nouveaux étudiants en théologie, à Lausanne, viennent des milieux
évangéliques. Beaucoup pourtant choisissent la filière officielle, plutôt que
les nombreuses autres formations théologiques qu'offre leur mouvance (par
exemple l'Institut d'Emmaüs, ou la faculté d'Aix-en-Provence).
Certains, très minoritaires, y font délibérément de l'entrisme (on se forme à
l'université officielle pour changer l'Eglise de l'intérieur), mais la plupart
arrivent à la faculté bardés de certitudes et bien décidés à faire le gros dos.
Des fois que, comme le dit la rumeur, on perdrait la foi en entrant à la
faculté... L'important, pour eux, c'est d'accéder à une fonction
institutionnelle.
On sent, chez le vice-doyen de la Faculté, Pierre Gisel, une certaine
amertume : «En majorité, ce sont des étudiants qui ne s'expriment pas, qui
manifestent peu de personnalité et adoptent un comportement scolaire. Ils
viennent ici apprendre l'approche critique et historique de la Bible parce qu'il
faut bien le faire, mais ne s'exposent pas à la discussion.» L'un d'eux
déclara tout de go à un nouvel étudiant, en présence du doyen: «Ce qui
compte, c'est ta foi. Les théories des profs, ça me coule dessus comme sur les
plumes d'un canard !»
Ainsi, les «théories» sont ramenées au rang d'opinions, elles sont donc
toutes possibles et dignes d'attention, mais non crédibles. «Dans ce
système, remarque Pierre Gisel, ce qui devient crédible c'est la
sincérité de l'échange, le biographique, le sentimental. En revanche la
rationalité, l'argumentation, le débat, cela n'est plus crédible. C'est un peu
frustrant pour les professeurs, car ils n'ont pas, avec ces étudiants, la
relation dynamique et structurante qui peut naître du débat. Il est donc
impossible de les former.» Curieusement d'ailleurs, dans les séminaires de
théologie, ceux qui participent et animent les discussions sont les étudiants
en ... lettres, qui suivent le cours d'histoire des religions : «Les jeunes
théologiens, eux, sont en plein repli.» Un repli qui est dans l'esprit du
temps, et qui touche d'autres domaines de la vie en société, observe Pierre
Gisel : ce sont les mêmes réflexes qui sont à l'oeuvre dans les nationalismes
renaissants, dans les réflexes identitaires. La perte de l'identité religieuse
et le besoin de sécurité psychologique peuvent conduire au fondamentalisme, à la
recherche de certitudes.
Ce refus du risque, cette incapacité à se remettre en question est un
appauvrissement, une occasion manquée de repousser ses propres limites. «J'ai
découvert le doute en faculté, admet Olivier Rosselet. Du doute, on ne
parle pas chez les évangéliques, car pour eux, douter c'est manquer de foi. Pour
les réformés au contraire, le doute fait grandir.»
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AUTRES
TEXTES DU DOSSIER
:
source
: L'HEBDO N° 20, 15 mai
1997
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