Mouvements évangéliques

Une marche pour Jésus et des «séminaires de guérison» !

Le mouvement évangélique Charisma propose des séminaires de guérison ! (liberation.fr/ - 3 avril 2008)

L'association «Marche pour Jésus» défile dans les rues de Paris ! (liberation.fr/ - 26 mai 2008)

«Merci, merci, merci, Jésus, Jésus, Jésus»

Source: http://www.liberation.fr/ - 3 avril 2008
[Texte intégral]
 
Immersion dominicale au sein d'une eglise évangélique, en banlieue parisienne

«Genèse 18 verset 22, tout le monde y est ?» Cahier de notes sur les genoux et stylo à la main, les fidèles ouvrent leur bible. Le passage mentionné s'affiche sur les écrans de télévision. «Les hommes s'éloignèrent et allèrent vers Sodome.» Les mains s'affolent, feuillettent fébrilement le livre saint pour trouver la citation. Trop tard, Nuna Pedro, pasteur de Charisma Eglise chrétienne, «l'une des plus grandes congrégations de l'histoire du christianisme en France, avec plus de 7 000 personnes en communion», selon son site Internet, est déjà passé à autre chose. Micro à la main, son image retransmise sur plusieurs écrans géants, le pasteur arpente la scène, alterne chuchotements et hurlements. Saute du coq à l'âne. «J'ai un ami, et cet ami m'a invité dans sa maison de Santa Barbara, en Californie», raconte-t-il. «Alleluia», dit la salle. «Et vos amis, ils vous invitent où ?» Rires. «Normalement, les riches fréquentent les riches et les pauvres fréquentent les pauvres», poursuit le pasteur. D'ailleurs, «nous avons un président qui a des amis très riches. Lorsqu'il a été élu, un copain lui a prêté un avion». «Alleluia», dit encore l'assistance. «Non, pas un bateau, un yacht», rectifie le pasteur.

Des «séminaires de guérison» !

Hangar bondé. Nous ne sommes pas à Santa Barbara, ce dimanche 30 mars, mais à Saint-Denis (Seine-Saint -Denis). Et pas dans une megachurch à l'américaine mais dans un hangar bondé. Comme chaque dimanche, Charisma propose trois cultes, à 9 heures, 11 heures et 16h30. Le samedi, une messe spéciale est réservée aux jeunes. L'Eglise offre aussi des «séminaires de guérison». Natalie, l'épouse du pasteur anime «l'Ecole de puissance». Ce dimanche, l'assistance est noire à 90 %. Quelques Blancs dont Nuno Pedro et sa blonde moitié. Une longue heure de chants. Une interminable heure de prédication.

«Ouvrez votre bible s'il vous plaît.» Après un passage sur l'homosexualité («je n'ai rien contre les homosexuels»), et le cannabis («c'est tellement banalisé»), suit un long développement sur l'ego. «Jésus est venu pour que tu crucifies cet ego», aboie le pasteur. Si Fourniret a violé et tué c'est à cause de son ego qui l'empêche de penser aux autres.

Les fidèles participent intensément. Mains levées, visages dressés vers le ciel. «Merci, merci, merci, Jésus, Jésus, Jésus», psalmodie une femme.

Maquis administratif. Sur son site, Charisma se présente comme une «Eglise chrétienne» appartenant au «mouvement évangélique». «En fait, ils n'ont aucun contact avec les autres, ils sont en totale autarcie», affirme Robert Limb, spécialiste des groupements «pseudo protestants» à l'Association de défense des familles et de l'individu (Adfi).

Des fidèles très sollicités

Pour lui, cette Eglise a des aspects sectaires. Culte de l'argent: les fidèles sont très sollicités. «Le fait que Pedro soit beaucoup plus riche qu'eux ne les gêne pas, c'est la preuve qu'il est béni par Dieu», explique Robert Limb. Discours culpabilisant du pasteur à l'égard des fidèles. «Si tu n'as pas d'argent, c'est que tu n'a pas assez prié, si tu es malade ou pauvre, même scénario», résume Robert Limb.

Au bureau des cultes du ministère de l'Intérieur, en revanche, on connaît cette Eglise mais on n'a rien relevé de particulier à son sujet. Il y a quelques années, les responsables de Charisma étaient entrés en relation avec la Fédération protestante de France (FPF). Ils étaient en délicatesse avec le fisc et la FPF aide les Eglises protestantes, même non membres, à se dépatouiller du maquis administratif. Charisma avait alors cherché à adhérer à cette fédération. En vain. Pourquoi ? A la FPF, on élude. Du côté de Charisma, le pasteur n'a pas répondu à nos demandes de contact.

COROLLER Catherine

Les évangélistes, accros à Dieu et prosélytes en diable

Source: http://www.liberation.fr/ - 26 mai 2008
[Texte intégral]

«Ça décape, hein ?» lance l'homme avec un grand sourire. Le bruit est effectivement infernal. «On parle toujours du "petit" Jésus mais Dieu, c'est la puissance», hurle-t-il. Samedi à Paris. Dans un déluge de décibels, la 19e Marche pour Jésus vient de quitter la place de la République pour celle de la Nation. Un premier camion emportant un prédicateur et des musiciens, sono à fond, enfile le boulevard Voltaire, suivi d'un groupe de danseurs du Centre de formation artistique chrétien Psalmodia, vêtus d'un pantalon de treillis et d'un tee-shirt blanc. «Cet après-midi, vous voyez des milliers de personnes qui marchent et chantent joyeusement dans les rues de Paris. Savez-vous pourquoi ?» interroge le tract distribué aux passants. Réponse: pour proclamer leur foi urbi et orbi.

Finie l'époque des catacombes. Les religions ne se cachent plus. Elles entendent exister au grand jour. Créée en 1991 par des «chrétiens de toutes dénominations» appartenant majoritairement à la mouvance protestante évangélique, la Marche pour Jésus rassemble chaque année quelques milliers de fidèles, noirs pour la plupart.

Retape. Le cortège a à peine quitté République qu'il s'arrête. Le pasteur, juché sur le camion de tête, bénit «M. Sarkozy, les membres du gouvernement, le maire de Paris». Certaines banderoles affichent cette même tonalité patriotique: «France, nous prions pour toi.»

Sur les trottoirs, les fidèles évangélisent les badauds. Distribuant des tracts au son d'un vibrant «Jésus vous aime», entrant dans les magasins pour porter la bonne parole à des commerçants éberlués. Un homme propose à une passante sceptique de lui donner son numéro de portable pour qu'elle l'appelle si elle décidait enfin d'ouvrir son coeur à Dieu.

Yolande et Colette, 59 et 65 ans, se présentent comme des «missionnaires». Enfants, elles ont eu une éducation catholique, mais ont entendu un jour «l'appel de Dieu» et se sont converties au protestantisme évangélique. Depuis, elles font de la retape. «Mais ça n'est pas nous qui convertissons, c'est le Seigneur qui touche les coeurs.»

Au-dessus de deux grosses cylindrées, un calicot: «Association des motards évangéliques.» Edy est l'un de ses membres. D'«origine catholique», blanc, il a été militaire pendant vingt-cinq ans. Aujourd'hui, il est musicien professionnel, membre de la très sérieuse Eglise réformée de France, mais participe également à des «groupes de louanges».

Sectes. Aux côtés des 66 églises membres de l'association Marche pour Jésus, les fidèles de l'église évangélique Charisma sont présents en nombre. Leurs revendications sont plus politiques. Ils sont venus avec des panneaux sur lesquels on peut lire: «Nous voulons des temples», «Athées en voie de disparition»,«Pour la liberté de croire», «Laïcité, la cité pour tous»

Les protestants évangéliques se plaignent d'être maltraités. Par les médias qui en font des agents des sectes américaines accusées de vouloir conquérir le monde. Et par les municipalités qui leur refusent les lieux de culte qu'elles accordent désormais aux musulmans.

Pour François Célier, pasteur et écrivain, chargé de la communication de la Marche pour Jésus, le climat est toutefois en train d'évoluer:«On peut plus facilement exprimer sa foi.» Les prises de position de Nicolas Sarkozy sur la place du religieux y ont-elles contribué ? «Il a libéré la parole», confirme-t-il.

Mais qu'est-ce que ces protestants évangéliques ont à dire ?

«Nous sommes très attachés aux valeurs de la famille, et contre l'avortement», résume Dominique Leuliet, prési- dent de la Marche pour Jésus. Pour lui, les religions doivent «sortir des lieux de culte et impacter toutes les sphères de la société». Autre position typiquement évangélique: «Il y a de grandes probabilités créationnistes», avance François Célier. En résumé, contrairement à ce qu'a montré Darwin, l'homme ne descendrait pas du singe.

Shofar. Ces militants affichent d'autres sympathies. Avant le départ de la manifestation, on avait aperçu dans la foule des petits drapeaux israéliens. Le départ du cortège a été donné au son du shofar, corne de bélier utilisée dans la tradition juive pour appeler les fidèles à des cérémonies ou au combat.

Au passage du cortège apparaît soudain un petit groupe arborant des grands drapeaux hébreux. Ce sont les juifs messianiques. Pour eux, Jésus était le Messie attendu par le peuple juif. Officiellement toutefois, la Marche pour Jésus ne roule pas pour Israël. Si 54 % des protestants évangéliques américains soutiennent l'Etat hébreu, leurs homologues français sont plus pudiques.

François Célier est pourtant vice-président de la très droitiste Union des patrons et professionnels juifs de France (UPJF) et membre directeur de France-Israël. Fabienne Petit, co-organisatrice de la Marche pour Jésus, qui sonnait gaillardement du shofar, affiche aussi ses sympathies pour l'Etat d'Israël et était présente, hier, aux cérémonies du 60e anniversaire de l'Etat hébreu.

COROLLER Catherine

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