Les groupes et églises évangéliques en France

 Le courant évangélique français est-il voisin
du courant américain ?
 
Entretien avec Sébastien Fath, sociologue et historien au CNRS

Auteur, en 2004, de Dieu bénisse l'Amérique et de La Religion de la Maison Blanche (Seuil) et, en 2005, de Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France (Labor et Fides)

«Ces réseaux vont de plus en plus peser sur les enjeux de société»

Les ordres de grandeur sont très différents. Le protestantisme évangélique représente aux Etats-Unis un grand quart de la population et influence toute la vie religieuse, culturelle et, pour une part, politique. En France, il ne touche que 0,5 % de la population !

Les évangéliques français restent marqués par la culture de leur pays, notamment l'héritage protestant. Ils portent volontiers la croix huguenote, vont nombreux chaque année à l'Assemblée du désert, dans les Cévennes. D'où des décalages dans les pratiques : aux Etats-Unis, le culte ressemble à une sorte de «show», alors qu'en France, la majorité des assemblées évangéliques comptent encore des moments de prière spontanée et très silencieuse. Les évangéliques américains sont abstinents, antialcooliques, alors que les Français n'ont aucun problème avec un bon bordeaux ou un bon bourgogne !

Il y a toutefois des traits importés des Etats-Unis ...

Le protestantisme évangélique est transnational. Il passe par des réseaux, plus que par la tradition des Eglises nationales, et l'influence américaine pèse sur le terrain français. Quand on ouvre la presse évangélique, ou quand on assiste à certains cultes, on mesure la montée d'une sorte d'optimisme «entrepreneurial» typiquement américain, ressemblant au dynamisme expansionniste de pionniers. Les cultes liturgiques en France mettent aussi de plus en plus l'accent sur l'orchestre, la guitare électrique, une sono débridée et tout cet attirail spectaculaire des cultes pentecôtistes...

D'où vient le discours antipermissif ?

On le trouvait avant l'influence américaine. Le protestantisme a toujours compté des tendances ascétiques, plus fortes chez les évangéliques, sans que l'influence américaine ne soit en cause.

Mais il est vrai qu'on observe une instrumentalisation par les évangéliques français, comme aux Etats-Unis, du thème de l'avortement. Des groupes comme le Comité protestant pour la défense de la dignité humaine (CPDH) fonctionnent sur le modèle de la nouvelle droite chrétienne américaine. On matraque les mêmes thèmes : le droit absolu à la vie, le rejet de l'homosexualité, de l'avortement, de la recherche sur les cellules souches d'embryon. Ces thématiques ont été longtemps étrangères à la culture évangélique française, mais on les trouve mises en oeuvre aujourd'hui par des réseaux qui restent, cela dit, assez marginaux.

Pensez-vous que ce protestantisme évangélique puisse progresser en France ?

Oui, car le nombre de ces réseaux est en hausse et tendra à peser demain sur les enjeux de société. Ils ont des objectifs éthiques et familiaux précis et entendent déjà peser au plan international. Ils ont des alliances stratégiques avec des catholiques conservateurs et défendent la ligne intransigeante du magistère romain.

Mais l'influence américaine en France décline par rapport aux années 1980. A ce moment-là, on comptait 780 missionnaires américains. Il n'y en a plus que 633. Les Américains se redéploient en Europe, par exemple dans les anciennes démocraties populaires de l'Est.

Ce qui est incontestable, en revanche, c'est une montée des évangéliques venus des pays lointains et du Sud. A Paris par exemple, il y a plus d'églises évangéliques chinoises que d'églises réformées. Les églises africaines sont aussi très nombreuses et il ne faudrait pas oublier les communautés évangéliques laotiennes, vietnamiennes, coréennes, etc. L'Eglise évangélique coréenne, dite «de toutes les nations», implantée en France, envoie déjà des missionnaires francophones au Burkina Faso ! La tendance est donc plutôt à la montée de ces Eglises-là.

Propos recueillis par Henri Tincq

Le Monde - 24 décembre 2005

 PROTESTANTISMES

Les chiffres officiels de la Fédération Protestante de France

Extrait d'un article publié sur ule site www.ppkaltenbach.org

NB : La Fédération n’est pas une église. C’est un modeste comité technique dont les seuls pouvoirs sont de refuser de nouveaux membres et de gérer ceux des services que les membres jugent préférable de gérer en commun. La Fedération emploie une vingtaine de salariés et dispose d’un budget voté pour 2005 de 1'245'000 euros. Par comparaison la seule église réformée affiche un budget du siège de 6 millions d’euros et établit 600 bulletins de salaraires. Normalement une telle institution n’aurait jamais du soulever le moindre problème de légitimité.

Mais la Fédération accapare depuis une quarantaine d’années le droit de parler au nom du protestantisme sans trop consulter, ce qui dans une société hyper médiatique constitue un privilège rare en même temps qu’un risque redoutable de fracture entre le Haut et le Bas. Il en résulte une succession tensions qui affaiblisent notamment l’église avant hier encore dominante l’Eglise Réformée, laquelle avait pris soin contrôler la Fédération depuis sa création en octobrebre 1905.

«La Fédération Protestante de France rassemble la plupart des Eglises et des Associations protestantes de France. Ces Eglises appartiennent à toutes les sensibilités du protestantisme qui se sont manifestées depuis la Réforme : luthérienne, réformée, évangélique, baptiste et pentecôtiste. Quant aux associations, ce sont essentiellement des institutions, des oeuvres ou des mouvements travaillant dans des secteurs d'activité très divers : enfance, personnes âgées, action sanitaire et sociale, loisirs et vacances, éducation, communication, expression artistique, relations internationales et développement, etc .».

Commentaire. En protestantisme, on distingue traditionnellement deux catégories d’églises : les «multitudinistes» et les «confessantes». Ces termes méritent précision car il est difficile de faire comprendre à un français normal que 44'000 cotisants constituent une multitude (cas de l’ERF).

I. S’il s’agit d’églises «multitudinistes» : on compte donc comme membres même les adultes connus mais qui ne cotisent pas et nécessairement aussi les nourrissons. La FPF aboutit ainsi au chiffre de prés de 1000 membres par paroisse dans l’église réformée de l’intérieur et l’église concordataire d’Alsace Moselle. En Région Ile de France, l’ERF ne compte que quatre paroisses de plus de 400 cotisants. Or en 2003 pour toute la France, l’ERF compte seulement 43.808 foyers nominatifs cotisants en 383 paroisses soit 117 foyers, donc au plus 234 adultes cotisants par paroisse. Les efectifs cotisants et les recettes décroissent chaque année régulièrement depuis quarante ans. les réformés restant se concentrent dans les paroisses riches : l'offrande nomitaive par foyer a ainsi augumenté de17 % de 1987 à 2003 pour atteindre en moyenne nationale 350 euros par foyer et par an, l'effort se concentrant sur le local au détriment du national (fléchissement en 2001, décrochage en 2003.)

II. S‘il s’agit d‘églises «confessantes», on ne compte que les membres adultes engagés personnellement dans la vie d’église ; l’effectif moyen est de 60 membres.

Le contraste ainsi révélé est donc le suivant : un «confessant» pèserait 165 «multitudinistes». Or les évangéliques ne comptent pas les nourrissons.


Les Eglises et unions d'Eglises

A) « MULTITUDINISTES »

Total 641 000 membres en 690 paroisses soit 927 membres par paroisse.

  • Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Moselle (ECAAL)
    218 000 membres, 206 paroisses ( NDLA : plus de 1000 membres par paroisse)
  • Eglise Evangélique Luthérienne de France (EELF)
    40 000 membres, 47 paroisses
  • Eglise Réformée de France (ERF)
    350 000 membres, 383 paroisses (NDLA : environ 900 membres par paroisse)
  • Eglise Réformée d'Alsace et de Moselle (ERAL)
    33 000 membres, 54 paroisses ( 550 membres)
  •  
B) « CONFESSANTES »

Total 94.000 membres en 341 paroisses soit 266 par paroisse

  • Union Nationale des Eglises Réformées Evangéliques Indépendantes de France (EREI)
    13 000 membres, 37 paroisses
  • Fédération des Eglises Evangéliques Baptistes de France (FEEBF)
    6500 membres professants, 110 paroisses
  • Union des Eglises Evangéliques Libres (UEEL)
    2500 membres professants, 56 paroisses
  • Armée du Salut
    43 postes, 39 avant-postes d'évangélisation
  • Eglise Apostolique (EA)
    2800 membres professants, 24 paroisses
  • Eglise de Dieu en France
    595 membres professants, 15 paroisses
  • Mission Evangélique Tzigane de France (METF)
    70 000 membres professants, 114 lieux de culte

Rappel des chiffres du courant évangélique selon La Croix et S.Fath : 350'000 membres en France en 1800 lieux de culte soit 194 membres par lieu de culte. 400.000 dans l’Express du 23 mars 2005 «Des islamistes aux évangéliques».