Amérique du Sud et sectes évangéliques

 Conflit armés en Colombie: Quand les sectes s'en mêlent

Quand il aborde le sujet des sectes en Colombie, Francisco Fabres ne décolère pas. Selon lui, un nombre grandissant de déplacés tombent dans les filets de ces groupes évangéliques venus du nord du continent. Au vu de son expérience, le travailleur humanitaire juge ces mouvements qui concurrencent l'Eglise catholique comme très dangereux:

    «Ils sont un facteur déstabilisant de plus pour les déplacés qui subissent un lavage de cerveau en règle. Au lieu d'aider les victimes de la guerre à trouver des solutions, les sectes les déresponsabilisent et les éloignent de la réalité.»

D'après le collaborateur de la Mission Bethléem, ces sectes ont commencé à essaimer en Colombie il y a 20 ans et trouvent dans la guerre un terreau privilégié d'implantation. Et mettent en péril une cohésion sociale déjà très fragile avec leur discours infantilisant:

    «Elles expliquent par exemple aux déplacés que s'ils souffrent, c'est parce que Dieu le veut. Et qu'il ne sert à rien de réagir ou de se révolter: il vaut mieux attendre un futur meilleur dans la mort.»

Francisco Fabres a essayé de travailler avec les pasteurs de ces églises marginales, mais sans succès aucun. Pour lui, comme pour de nombreux observateurs, il est difficile de ne pas voir dans la présence de ces groupuscules une manoeuvre politique, visant à faire taire la voix des victimes et à maintenir ainsi le système en vigueur.

(sj)

Témoignages réunis par le CICR

Un conflit aux terribles conséquences

«Nous avions tout, nous n'avons plus rien» Luis Alfonso: «J'étais paysan près de Quibdo. En 1997, un groupe armé est venu me prendre un veau. J'ai refusé de le leur donner. On m'a alors menacé et traité de collaborateur. J'étais terrorisé, mais j'ai décidé de rester. Quelques jours plus tard, mes trois fils ont été assassinés. Puis, on a brûlé ma maison et volé tout mon matériel agricole. Les combats ont commencé et j'ai dû tout abandonner et fuir. Depuis, je n'ai pas pu retourner chez moi et je vis en ville dans des conditions de misère, sans espoir...»

Aurora; «Je vivais avec mon mari pêcheur dans un hameau. Moi, j'étais institutrice. Des hommes armés ont commencé à rôder autour du village. Un jour, ils ont réuni tous les professeurs de la région et nous ont accusé d'aider le camp ennemi. Ils ont voulu emmener mon mari. Devant le danger, nous avons été obligés de partir. Depuis que nous avons échoué en ville, mon mari n'a pas retrouvé de travail et il est dur de manger à notre faim.»

Maria: «Mon mari était agriculteur. Comme leader communautaire, il faisait beaucoup pour aider le village à aller de l'avant. Un matin, j'ai retrouvé son cadavre criblé de balles devant la porte. Des hommes armés sont venus et m'ont dit qu'ils avaient tué mon époux, car ils le soupçonnaient de collaboration. Pour protéger mes enfants, j'ai décidé de tout quitter. Je ne survis que grâce à l'aide de ma famille.»

José: «J'avais une ferme de 50 hectares. J'y cultivais du café et des bananes. Tout allait bien jusqu'au moment ou des hommes armés sont venus proposer à mes enfants de rejoindre leurs rangs. Agés de 17 et 18 ans, ma fille et mon garçon ont refusé. Les pressions et les menaces ont commencé. Pour protéger l'intégrité et le futur de nos enfants, nous avons pris la décision de partir. Alors que nous avions tout, nous n'avons plus rien ... Nous vivons de la charité et de l'aide de la Croix-Rouge. J'ai eu l'occasion de retourner à ma ferme. Tout a été détruit, y compris mes titres de propriété. C'est terrible, jamais je ne pourrai récupérer mes terres ...»

 (sj)