Sortir d'une secte

«Les sectes. Sortir ... Et après ?»

Un livre d'Isabelle Camara

 

ISBN 288295-468-9
160 pages - 22 euros

  • Pourquoi et comment entre-t-on dans une secte ?
  • Qu’en est-il lorsqu’on quitte une telle communauté ?
  • Quelle est la réalité vécue au quotidien? Quelles sont les difficultés rencontrées ?
  • Fait-on face et comment ?
  • Quel devenir ?
  • Quelles aides peut-on recevoir ?
  • Comment accueillir et accompagner ces personnes ?

L’auteur, par le récit de sa propre expérience, enrichi de paroles d’ex-adeptes ainsi que de sa réflexion menée sur ses années de l’«après», a désiré apporter des éléments de compréhension, des réponses et des pistes concrètes pour comprendre et accueillir ces blessés de la vie.

S’il est vrai que l’on peut se faire happer par une secte, on peut aussi refuser cette surprotection de chaque instant si propre à l'emprise sectaire. Mais bien souvent cela prend des années avant de pouvoir dire non.

Les responsables sociaux, politiciens et juges, doivent comprendre la parole des victimes et reconnaître les souffrances endurées et illusions "engrammées" au sein de la secte.

Isabelle Camara, née à Lausanne, quitte tout, à dix-huit ans, pour vivre dans la communauté de «Jean-Michel Cravanzola et son équipe». En 1992, à la dissolution du mouvement, elle doit repartir dans la vie. En 2005, elle termine avec succès un diplôme en travail social à Genève.

«Les sectes Sortir ... Et après ?»
d'Isabelle Camara  

Editions Cabédita
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Ils sortent d'une secte : et après ?

Repère social No 59 - juillet/août 2004
[Extrait]

A partir de ses propres sentiments de honte, de culpabilité, de souffrance enfouie et cachée après son retour dans la vie de tout le monde, Isabelle Camara a interrogé quelques-uns de ses anciens «frères» et «sœurs». Elle se pose, et leur pose deux questions, qui forment l'ossature de son travail : après la remise en question profonde suscitée par la désintégration de l'idéal apporté par la secte, comment affronter les difficultés de la vie «dehors» ? Et, surtout, quelle action serait véritablement aidante pour la reconstruction identitaire après cette «vertigineuse désillusion» ?

Une des caractéristiques des sectes est d'offrir une vie dont l'angoisse est absente, parce qu'elle élimine le doute. Une des principales idées reçues à propos des adeptes est que ce sont des personnes fragiles psychiquement. Au contraire, affirme Isabelle Camara : la plupart rejoignent la secte avec courage, esprit d'aventure et curiosité, pour s'améliorer et améliorer le monde.

Les premiers temps de la vie dans la secte sont heureux, marqués par un engagement total dans un projet collectif qui aide à se transformer soi-même. Hélas, les promesses de départ ne se réalisent jamais, l'initiation tant attendue est constamment reportée à plus tard et la vie des adeptes est pétrie de contraintes, inavouables aux autres autant qu'à soi-même.

Les sortants ont dû s'accrocher pour se refaire une vie, une fois estompé le sentiment de liberté ressenti à la sortie de la communauté. Ils n'avaient plus d'amis, rien que des «frères et sœurs» - qu'ils avaient quittés - plus de relations avec leur famille depuis leur entrée en secte, plus de logement, plus de métier, rien que des dettes ...

Ils ont dû se reconstruire sans aide, ou presque, car la plupart des psy n'y comprennent rien, sauf ceux qui ont traité les victimes de tortures. Les assistants sociaux sont très peu informés sur la question, et les associations spécialisées dans le domaine, si elles recueillent des informations sur les sectes, offrent peu d'écoute.

Isabelle Camara conclut par quelques propositions de voies à prospecter par les travailleurs sociaux pour prendre en compte les besoins des sortants : information des professionnels, travail pluridisciplinaire et en réseau pour les prendre en charge, développement d'une écoute empathique, reconnaissance du statut de victime des anciens adeptes, aide concrète pour la recherche de logement, de travail, de moyens de rembourser leurs dettes. 

D.G.

Le plus dur commence «après» la secte

 
La Liberté, 29 mai 2006 - Patrice Favre
[Texte intégral]
 
Témoignage ·

Une ancienne participante de l'équipe à Jean-Michel décrit son difficile retour à la vie normale. La souffrance des «sortants de sectes» est méconnue. La vigilance, elle, doit rester de mise.

«Jean-Michel et son équipe». Dans les années 70, cette secte avait fait parler d'elle en Suisse romande. Elle refait surface aujourd'hui dans le témoignage d'une ancienne adepte qui y a cru pendant dix-sept ans, jusqu'en 1992. Un témoignage important, car il montre bien que le plus difficile, dans une secte, n'est pas d'en sortir, mais de se reconstuire, de reprendre goût à la vie.

Isabelle Camara a 16 ans quand elle est séduite par l'accueil chaleureux d'une «communauté» du Jura vaudois. Elle-même vit mal le divorce de ses parents, elle a soif d'idéal et elle se sent si bien avec ses nouveaux amis: elle adhère au groupe en 1975, à dix-huit ans. Itinéraire sectaire classique.

Trente livres par jour

Le fondateur, Jean-Michel Cravanzola, est un Français arrivé en Suisse romande dans les années 60. Il se convertit à Lausanne, dans une Eglise évangélique. Désormais la Bible lui sert de guide, et il se sent appelé à sauver les paumés, les drogués. Il se finance en envoyant les adeptes vendre ses livres dans toute la Suisse et bientôt à l'étranger : 30 par jour, sinon les reproches pleuvent.

Condamné en 1979 pour «escroquerie à la charité», Cravanzola se réfugie en France. A nouveau poursuivi, il part en Floride, toujours financé par la «dîme» de 20% qu'il prélève sur les activités de ses disciples. Il les dirige par téléphone et par «confessions» interposées.

Cette vie, Iabelle Camara la raconte avec simplicité, décrivant l'amabilité de façade des adeptes et la violence cachée qui s'exerce contre les membres ou, pire encore, contre les enfants de la secte. Histoires banales, hélas.

Après 1990, le petit empire Cravanzola s'écroule : les chefs qu'il a laissés en Europe ne veulent plus payer, les enfants devenus adolescents ne veulent plus obéir, les communautés se dispersent. Isabelle revient auprès de son ex-mari à Genève. Elle a 35 ans, des dettes, pas de formation achevée. Le retour à la vie normale va être dur, très dur.

«Ce n'est pas parce qu'ils quittent une secte que la secte les quitte», disent les professionnels du centre Georges Devereux, de Paris, avec qui a travaillé Isabelle Camara. Devenue assistante sociale, elle a en effet analysé son expérience et celle de plusieurs ex-adeptes, dans le cadre d'un travail de diplôme présenté à Genève. C'est la base du livre qu'elle publie aujourd'hui.

Sept jours sur sept

La secte blesse en profondeur. Pendant des années, elle occupe toutes les pensées du disciple, sept jours sur sept, lui imposant une vie intense, sans cesse tendue vers l'objectif à atteindre : se sauver soi-même et sauver le monde. Quand il prend conscience d'avoir été trompé, le choc est terrible. Si tout n'était qu'illusion, comment croire encore à quelque chose ? Comment avoir confiance en soi-même, à ses propres choix ? Comment croire en Dieu, puisque le gourou parlait en Son nom ? Isabelle Camara dit les dépressions, le drame aussi d'une normalité sans idéal.

Une soif d'idéal

Car celui qui tombe dans une secte n'est pas nécessairement le «pauvre type fragile». Il peut avoir une personnalité forte, qui a soif d'absolu. Se retrouver dans un appartement de banlieue ne lui suffit pas : «J'étais comme tout le monde alors que j'avais donné tant d'années pour une cause que j'avais crue noble, et cela me déprimait».

Isabelle a pu se reconstruire en donnant sens à ce qu'elle a vécu. Ses questions sur le sens de l'existence, le besoin de se sentir vivante et solidaire avec les autres. Elle a retrouvé cela dans son nouveau métier, et dans le réseau qu'elle a mis sur pied pour «sortants de sectes».

«Elles font des dégâts»

Elle donne de nombreux conseils aux familles et aux thérapeutes. Elle met aussi en garde : si les sectes ne sont plus à la mode, d'autres «offres de développement personnel» les ont remplacées. Et certaines «font de gros dégâts».

Isabelle Camara, «Les sectes - Sortir... et après ?» (Editions Cabédita 127 p)

 

Télévision suisse : Isabelle Camara est l'invitée de l'émission "photo de famille"
Visionner l'émission (TSR jeudi 18 mai 2006)