Une autre plainte, déposée en 1998, est toujours à l'instruction. Mais le
dossier principal a réellement débuté le 13 avril 1989 sur le bureau de
Marie-Paule Moracchini, juge d'instruction à Paris.
Un certain Juan Esteban Cordero se plaignait d'être allé, l'année précédente,
dans un centre de dianétique (méthode d'éveil personnel) où on lui avait
expliqué qu'il était dépressif et que l'Eglise pouvait l'aider. Il avait versé
300 francs pour suivre des cours, puis un stage qui l'avait laissé "euphorique"
sur le plan mental, moins sur le plan financier : il a signé un chèque de 47 391
francs, puis de 10 000 dollars, puis de 19 840 dollars pour des livres et des
conférences à Philadelphie. Il a enfin versé 51 780 dollars pour passer à
l'étape supérieure. Son amie a voulu s'y mettre, c'est lui qui a réglé les 24
000 dollars.
Juan Cordero a fini par prendre ses distances avec la scientologie fin 1988,
non sans avoir encore versé un épais reliquat, ponctionné sur le compte de sa
mère dont il avait une procuration. Il dit avoir payé, au total, 1 112 986
francs à l'Eglise (169 667 euros).
Deux autres plaintes ont été jointes, en 1989, puis une série d'autres en
1991 et 1992, mais les plaignants se sont désistés les uns après les autres, en
raison de "négociations amiables" et parce que leur différend avait été
"résolu à la satisfaction de tous".
En janvier 1992, 16 membres de la scientologie ont été mis en examen, de son
président, Jean-Paul Chapelet, à Danièle Gounord, porte-parole de l'Eglise,
incarcérée trois semaines dans un dossier parallèle instruit à Lyon, où elle a
finalement été relaxée. Une pincée d'autres a suivi, dont un médecin du
18e arrondissement.
PÉRIPÉTIES JUDICIAIRES
Les premières difficultés ont commencé en 1998 quand la chambre d'accusation
a découvert qu'un tome et demi du dossier avait disparu. Deux ans plus tard, un
autre juge était désigné, puis deux autres, après mille péripéties judiciaires
et d'ardus problèmes de prescription.
Le parquet, dans son réquisitoire du 4 septembre 2006, a finalement estimé
que "l'information n'a pas permis d'établir que les remises de fonds
effectués par les plaignants aient procédé de démarches frauduleuses". De
même, "il ne peut être considéré que l'incitation à faire du sauna, prendre
des vitamines et courir pour se "purifier" constitue un délit d'exercice illégal
de la médecine."
Le parquet réclame ainsi un non-lieu général. "Je ne suis pas très
inquiet, indique Me Olivier Morice, l'un des avocats des
plaignants, on verra ce que décide la chambre de l'instruction. Et il y a
beaucoup d'autres procédures où la scientologie est sévèrement mise en
cause." Me Alexis Gublin, défenseur de la plupart des mis en
cause, ne souhaite pas faire de commentaires. Juan Esteban Cordero, lui, ne
saura pas le mot de la fin : il s'est noyé en 1993 dans une rivière en crue en
Equateur.