Moon et ses infiltrations
Les juges admettent l'intérêt du public à «connaître les engagements associatifs particuliers pouvant avoir des répercussions sur une activité publique»

«Le Courrier» gagne une manche contre Yves Nidegger

Le Courrier / 22 FEVRIER 2006 (quotidien suisse) par Olivier Chavaz
[Texte intégral]

Ni atteinte à l'honneur ni violation de la sphère privée.

Dans un jugement daté du 16 février, le Tribunal de première instance de Genève a débouté le député UDC Yves Nidegger de son action intentée contre Le Courrier. M.Nidegger avait attaqué notre journal en raison de la publication de son nom dans un article relatant le conflit qui l'opposait à son ancien employeur, l'Association des commis de Genève (ACG), un syndicat qui se dénomme désormais Unia.

Dirigé à l'époque par un certain Charles Beer, l'ACG avait licencié en 2001 Yves Nidegger, juriste du syndicat, après avoir eu la preuve de ses liens avec la secte Moon.

Paru en février 2004, l'article du Courrier rendait compte du verdict émis par la Cour d'appel du Tribunal des prud'hommes, qui reconnaissait d'une part le bien-fondé de ce licenciement (incompatibilité entre l'idéologie de Moon et celle d'une organisation de défense des salariés proche de la gauche), mais condamnait d'autre part l'ACG pour la méthode utilisée (mise en congé immédiate) et pour la publicité que Charles Beer avait donnée à ce conflit (interview dans un hebdomadaire romand).

Quelques mois plus tard, le Tribunal fédéral confirmait, en substance, le jugement cantonal. Dans la foulée, Yves Nidegger a porté plainte contre notre journal, arguant du fait que l'article incriminé était «de nature à diminuer l'estime et la considération sociale et professionnelle» dont il jouissait, parce qu'il faisait état de son passé mooniste.

Il a même demandé et obtenu des mesures provisionnelles, finalement annulées au printemps dernier par la Cour de justice. Au contraire, Le Courrier a toujours estimé que le caractère public du personnage (candidat aux élections nationales de 2003 et assistant parlementaire UDC au Grand Conseil genevois), la publication antérieure de son nom par deux médias, ainsi que l'évocation des faits sur le site Internet personnel de l'intéressé justifiaient pleinement la manière dont il a traité le sujet. Une argumentation que les juges ont donc suivie. Ces derniers relèvent d'abord que l'article du Courrier est rédigé «de manière somme toute neutre, évoquant les griefs retenus contre les deux parties et en faisant part, en guise de conclusion, de la position de chacune d'entre elles».

Au sujet des liens que M.Nidegger entretenait avec Moon, le tribunal rappelle qu'ils ont été abordés par le plaignant lui-même dans la presse dès 2002; et que l'évocation de leur existence jusqu'en 2003 (ce que l'élu UDC conteste, affirmant avoir rompu en 1994) n'est qu'une reprise des constatations de la Cour d'appel des prud'hommes.

Enfin, les juges admettent l'intérêt du public à «connaître les engagements associatifs particuliers [d'Yves Nidegger] pouvant avoir des répercussions sur son activité publique», étant donné son implication dans le monde politique genevois. D'autant plus que le plaignant a encore renforcé sa visibilité politique (député au Grand Conseil, candidat au Conseil d'Etat) ces dernières années, souligne le tribunal. En bref, Le Courrier n'a fait que jouer son rôle d'organe de presse : l'information du public. Débouté et condamné aux dépens (dont une participation de 2'000 francs à nos honoraires d'avocat), Yves Nidegger nous a annoncé qu'il fera recours.

Affaire à suivre, donc.

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