Le journaliste engagé est licite lorsqu’il se présente comme tel et qu’il
satisfait à des exigences journalistiques plus sévères. Lorsqu’une émission
intégralement élaborée à l’étranger est rediffusée en Suisse, elle est tenue de
se conformer au droit suisse des programmes. C’est ce qu’a constaté l’AIEP dans
sa dernière décision.
Intitulé "Témoins silencieux“, le reportage mis en cause a été
acheté à la télévision suédoise et diffusé le 14 juillet 2005 sur la première
chaîne de la TSR. Il s’agit d’une enquête sur le silence qui règnerait au sein
de l’organisation suédoise des Témoins de Jéhovah lorsque certains membres sont
soupçonnés d’abus sexuels de nature pédophile. Le reportage comprend notamment
le témoignage de enfants victimes. Les plaignants estimaient notamment que la
présentation des abus sexuels dans le reportage violait le principe de
présentation fidèle des événements.
Le reportage contesté - qui relève du journalisme engagé - adresse beaucoup
de critiques aux Témoins de Jéhovah. Pour l’AIEP, le point de vue de ces
derniers a toutefois été suffisamment exposé, en conformité au droit des
programmes. L’Autorité de plainte rappelle en outre que le présentateur de
l’émission a clairement exposé que le reportage ne visait pas la communauté
suisse. En effet, suite à une demande des plaignants qui estimaient qu’il
n’apparaissait pas de manière claire que seuls les Témoins de Jéhovah de Suède
étaient visés par cette émission, le journaliste a précisé dans son commentaire
en début d’émission qu’il s’agissait d'une affaire qui ne concernait en rien la
communauté suisse des témoins de Jéhovah. Il a également rappelé en fin
d’émission que les Témoins de Jéhovah jugeaient ce reportage "calomnieux et
mensonger“.
Lors de sa diffusion en Suède, le reportage a fait l’objet de deux plaintes,
lesquelles ont été rejetées sauf sur un point précis ayant trait à l’âge d’un
des abuseurs. Le commentaire de l’émission diffusée a été modifié par la TSR,
éliminant toute ambiguïté. Dans son commentaire à la fin du reportage, la TSR a
déclaré que les Témoins de Jéhovah suédois "ont essayé d’obtenir la
condamnation du reportage“, mais que les juges
"ont finalement
donné raison aux auteurs de cette enquête“. Cette information ne
correspondait qu’en partie à la réalité, la Commission des plaintes ayant établi
l’erreur commise par le reportage sur l’âge de l’auteur des abus, considérée
selon elle comme une violation de l’exigence d’objectivité. Le silence de la
TSR, sur ce point, est une faute. Celle-ci n’est toutefois que secondaire dans
la mesure où elle n’affecte pas de manière importante l’impression d’ensemble
qui se dégage de l’émission. De plus, la TSR a supprimé l’ambiguïté en modifiant
son commentaire.
Le principe de présentation fidèle des événements n’a ainsi pas été violé. La
plainte a été rejetée par huit voix contre une. Les décisions de l'AIEP peuvent
être déférées au Tribunal fédéral par la voie d’un recours de droit
administratif.
- Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de
radio-télévision,
Case postale 8547,