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Le Centre
sur les croyances sacrifié sur l'autel budgétaire

Rachad
Armanios
SECTES -
Le Grand Conseil coupe les vivres à l'organisme né après les massacres du Temple
solaire. Ses jours semblent comptés.
Sauf retournement de situation, le
Centre intercantonal d'information sur les croyances (CIC) vit ses derniers
mois. Comme nous l'annoncions la semaine passée dans le cadre du vote sur le
budget cantonal1, le parlement genevois a biffé, vendredi 14 décembre, les 200
000 francs de subvention annuelle accordés à cette fondation de droit privé.
Basée à Genève, elle a été créée en 2002 à la suite du drame de l'Ordre du
Temple solaire (OTS). Treize ans après ces massacres qui ont entraîné la mort de
48 personnes en Suisse – à Salvan (VS) et Cheiry (FR) –, l'UDC Eric Bertinat,
auteur de la motion, estime que ce service d'information sur les mouvements
religieux n'a plus de raison d'être. Qui plus est, il juge son travail
sévèrement: «Bien des renseignements sont directement pompés sur Internet.» A
une écrasante majorité de droite, les députés ont sonné le glas de ce service
unique en Suisse romande. Les 60 000 francs reçus d'autres cantons (Vaud,
Valais, Tessin) ne changent rien au pessimisme de François Bellanger quant à un
éventuel sauvetage.
Le président du conseil de fondation pense que «le centre
pourra tenir encore trois mois». Ensuite, les deux collaborateurs (deux postes à
80%) seront licenciés sans plan social, tout comme les deux étudiants qui
collaborent un jour par semaine.
«C'est du gâchis. On ne s'y attendait pas
puisque le canton de Genève a reconnu l'utilité et la qualité du travail du
centre», affirme sa directrice Brigitte Knobel.
Un rapport
élogieux
Un rapport cantonal d'évaluation de 2005, que Le Courrier
s'est procuré, conclut en termes très positifs à l'utilité de l'institution. Il
est basé sur un sondage auprès des utilisateurs, dont la grande majorité se dit
très satisfaite des réponses fournies par le CIC. Ils approuvent également ses
principes d'action. Son travail est même jugé par ses partenaires «d'une qualité
supérieure à bien d'autres centres d'information de ce type, en Suisse ou à
l'étranger».
Rappelant qu'en Suisse, aucune liste de sectes n'est établie,
ce dernier refuse de «jouer à la police des religions». Il adopte au contraire
une approche «nuancée et neutre, qui fait sa force», commente Jörg Stolz,
directeur de l'Observatoire des religions, un institut de recherche
universitaire à Lausanne.
Aux interrogations du public sur un mouvement
religieux, le CIC répond en envoyant une large documentation, provenant du
mouvement lui-même, des milieux antisectes, de la presse ou du monde
scientifique.
Certaines voix au sein des associations de lutte contre les sectes
auraient voulu que le CIC adopte des positions plus tranchées sur ces dernières.
«Ce guichet d'information peut se révéler un outil à double tranchant, poussant
des personnes dans les bras des sectes», note François Lavergnat, président du
Groupement de protection de la famille et de l'individu.
«Un
premier pas»
Cela ne l'empêche pas de dénoncer avec vigueur la mise à
mort du CIC, un organisme qu'il qualifie prudemment de «premier pas timide vers
la prévention, mais un premier pas tout de même».
En outre, des victimes ou
des proches s'attendent peut-être à recevoir du centre un soutien au-delà d'une
volumineuse enveloppe pleine de documents. Mais il n'en a ni le mandat ni les
moyens. Il aiguille alors ces personnes vers des structures d'aide psychologique
ou des associations d'aide. A cet égard, une enquête de L'Hebdo de juillet
concluait que la Suisse institutionnelle n'en faisait de loin pas assez
concernant la prévention et le soutien contre les pratiques sectaires.
Alors
que trois institutions similaires au CIC existent en Suisse alémanique (deux à
Zurich et une à Bâle), Jörg Stolz déplore la perte de cet outil unique en Suisse
romande. «Il y a un besoin d'information pour les 'consom- mateurs' du religieux.»
Mme Knobel abonde: «Surtout à Genève, ville qui accueille le plus de mouvements
controversés. On ne peut assurer la liberté de croyance sans donner un accès à
une information dans ce marché non réglementé.»
En cinq ans d'existence, le CIC
a fourni plus de 2500 réponses écrites (cette année, 37 demandes par mois et 400
dossiers constitués), provenant de particuliers, mais aussi de médias, écoles,
institutions religieuses ou services administratifs (police, protection de la
jeunesse, impôts, santé publique ...).
Mais, pour Eric Bertinat, il y a
suffisamment de services d'administration compétents pour rassurer les angoisses
de la population sur les sectes. Et même si l'Observatoire des religions dit
effectuer un travail différent du CIC, il serait parfaitement compétent pour
renseigner sur les croyances, avance le député. Sa croisade: «La chasse aux
doublons, car, vu l'état des finances publiques, on ne peut plus se disperser.»
Note : Voir l'édition du 15 décembre.
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