Genève et les sectes

A Genève la prévention contre les sectes est-elle vraiment suffisante ?

Lorsque des politiciens se mettent à servir la soupe aux sectes ...

Genève: Le Centre sur les croyances sacrifié sur l'autel budgétaire (lecourrier.ch - 22 Décembre 2007)

Polémique: Le travail de l'Observatoire des religions en Suisse (ORS) n'est pas le même que celui du Centre intercantonal d'information sur les croyances (CIC) (lecourrier.ch - 16 Décembre 2007)

Le Centre sur les croyances sacrifié sur l'autel budgétaire

lecourrier.ch - 22 Décembre 2007
Rachad Armanios

SECTES - Le Grand Conseil coupe les vivres à l'organisme né après les massacres du Temple solaire. Ses jours semblent comptés.

Sauf retournement de situation, le Centre intercantonal d'information sur les croyances (CIC) vit ses derniers mois. Comme nous l'annoncions la semaine passée dans le cadre du vote sur le budget cantonal1, le parlement genevois a biffé, vendredi 14 décembre, les 200 000 francs de subvention annuelle accordés à cette fondation de droit privé.

Basée à Genève, elle a été créée en 2002 à la suite du drame de l'Ordre du Temple solaire (OTS). Treize ans après ces massacres qui ont entraîné la mort de 48 personnes en Suisse – à Salvan (VS) et Cheiry (FR) –, l'UDC Eric Bertinat, auteur de la motion, estime que ce service d'information sur les mouvements religieux n'a plus de raison d'être. Qui plus est, il juge son travail sévèrement: «Bien des renseignements sont directement pompés sur Internet.» A une écrasante majorité de droite, les députés ont sonné le glas de ce service unique en Suisse romande. Les 60 000 francs reçus d'autres cantons (Vaud, Valais, Tessin) ne changent rien au pessimisme de François Bellanger quant à un éventuel sauvetage.

Le président du conseil de fondation pense que «le centre pourra tenir encore trois mois». Ensuite, les deux collaborateurs (deux postes à 80%) seront licenciés sans plan social, tout comme les deux étudiants qui collaborent un jour par semaine.

«C'est du gâchis. On ne s'y attendait pas puisque le canton de Genève a reconnu l'utilité et la qualité du travail du centre», affirme sa directrice Brigitte Knobel.

Un rapport élogieux

Un rapport cantonal d'évaluation de 2005, que Le Courrier s'est procuré, conclut en termes très positifs à l'utilité de l'institution. Il est basé sur un sondage auprès des utilisateurs, dont la grande majorité se dit très satisfaite des réponses fournies par le CIC. Ils approuvent également ses principes d'action. Son travail est même jugé par ses partenaires «d'une qualité supérieure à bien d'autres centres d'information de ce type, en Suisse ou à l'étranger».

Rappelant qu'en Suisse, aucune liste de sectes n'est établie, ce dernier refuse de «jouer à la police des religions». Il adopte au contraire une approche «nuancée et neutre, qui fait sa force», commente Jörg Stolz, directeur de l'Observatoire des religions, un institut de recherche universitaire à Lausanne.

Aux interrogations du public sur un mouvement religieux, le CIC répond en envoyant une large documentation, provenant du mouvement lui-même, des milieux antisectes, de la presse ou du monde scientifique.

Certaines voix au sein des associations de lutte contre les sectes auraient voulu que le CIC adopte des positions plus tranchées sur ces dernières. «Ce guichet d'information peut se révéler un outil à double tranchant, poussant des personnes dans les bras des sectes», note François Lavergnat, président du Groupement de protection de la famille et de l'individu.

«Un premier pas»

Cela ne l'empêche pas de dénoncer avec vigueur la mise à mort du CIC, un organisme qu'il qualifie prudemment de «premier pas timide vers la prévention, mais un premier pas tout de même».

En outre, des victimes ou des proches s'attendent peut-être à recevoir du centre un soutien au-delà d'une volumineuse enveloppe pleine de documents. Mais il n'en a ni le mandat ni les moyens. Il aiguille alors ces personnes vers des structures d'aide psychologique ou des associations d'aide. A cet égard, une enquête de L'Hebdo de juillet concluait que la Suisse institutionnelle n'en faisait de loin pas assez concernant la prévention et le soutien contre les pratiques sectaires.

Alors que trois institutions similaires au CIC existent en Suisse alémanique (deux à Zurich et une à Bâle), Jörg Stolz déplore la perte de cet outil unique en Suisse romande. «Il y a un besoin d'information pour les 'consom- mateurs' du religieux.» Mme Knobel abonde: «Surtout à Genève, ville qui accueille le plus de mouvements controversés. On ne peut assurer la liberté de croyance sans donner un accès à une information dans ce marché non réglementé.»

En cinq ans d'existence, le CIC a fourni plus de 2500 réponses écrites (cette année, 37 demandes par mois et 400 dossiers constitués), provenant de particuliers, mais aussi de médias, écoles, institutions religieuses ou services administratifs (police, protection de la jeunesse, impôts, santé publique ...).

Mais, pour Eric Bertinat, il y a suffisamment de services d'administration compétents pour rassurer les angoisses de la population sur les sectes. Et même si l'Observatoire des religions dit effectuer un travail différent du CIC, il serait parfaitement compétent pour renseigner sur les croyances, avance le député. Sa croisade: «La chasse aux doublons, car, vu l'état des finances publiques, on ne peut plus se disperser.»

Note : Voir l'édition du 15 décembre.

«LE CHAMP RELIGIEUX EST EN RAPIDE MUTATION»

lecourrier.ch - 16 Décembre 2007
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Lettre de lecteur
 
SECTES Jörg Stolz, directeur de l'Observatoire des religions en Suisse (ORS), rappelle que le travail qu'accomplit l'Observatoire des religions en Suisse n'est pas le même que celui que fournit le Centre intercantonal d'information sur les croyances, dont la subven- tion a récemment été coupée.

Le 14 décembre 2007, le Grand Conseil genevois a voté la suppression des subsides alloués au Centre intercan- tonal d'information sur les croyances (CIC) qui constitue et diffuse de l'information sur les mouvements religieux controversés. Ce vote sonne le glas d'un centre qui fournit à l'heure actuelle un service important en Suisse romande.

Nous apprenons également que «selon l'UDC, l'université de Lausanne qui s'est dotée d'une cellule de recherche sur cette problématique, fait très bien l'affaire» (Le Courrier, du 15 décembre 2007).

En tant que directeur de cette «cellule» qui se nomme l'Observatoire des religions en Suisse (ORS), je suis étonné que des députés se méprennent autant sur les activités respectives de l'ORS et du CIC. Les deux institutions offrent des services à la collectivité qui sont complémentaires, mais qui ne doivent toutefois pas être confondus.

Genève veux supprimer la subvention du Centre d'information Intercantonal
sur les Croyances sur la base d'arguments erronés

L'ORS (Observatoire des religions en Suisse) est une unité de recherche interdisciplinaire liée à l'université de Lausanne. Il vise à développer et coordonner la recherche spécialisée en sciences sociales et humaines des religions et participe à la formation des étudiants et à celle de la relève universitaire. En aucun cas, il ne peut accomplir le travail d'information quotidien du CIC qui est au service des familles, des administrations cantonales et communales, des écoles, des médias et du public de Suisse romande.

En tant qu'expert des changements religieux dans notre société, permettez-moi d'ajouter un autre point. Le champ religieux est en très rapide mutation; les thérapies spirituelles et groupements religieux peu connus foisonnent. Dès lors, un service pour informer et protéger les consommateurs en matière religieuse d'une manière neutre et professionnelle est nécessaire.

Tandis qu'en Suisse alémanique, trois centres d'informations et de protection des consommateurs similaires (Relinfo, Inforel et Infosecta) existent, le CIC est le seul organisme en Suisse romande qui fournit ce service important. Il est alors difficilement compréhensible que le canton de Genève veuille supprimer ce centre sur la base d'arguments erronés, sans se coordonner avec les autres cantons de la Suisse romande et sans se soucier d'alternatives possibles.


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