Laxisme des autorités suisses

 AU TRIBUNAL FÉDÉRAL

Le Juge Roland Schneider happé par une secte

Le Matin, 31 octobre 1996, Olivier Grivat
[Texte Intégral]
 
Le juge fédéral Roland Schneider a annoncé hier - dans les colonnes de la NZZ - qu'il rompait ses liens avec l'association spirituelle Shri Ram Chandra Mission, présidée par un maître indien. Il répondait ainsi à la question posée mardi par le journal 24 Heures, qui s'interrogeait sur la nature de ses liens avec le gourou Rajagopalachari.
 
La démission du juge Schneider, élu au Tribunal fédéral en 1987 dans les rangs de l'UDC, intervient à quelques semaines de la prochaine réélection des juges de Mon-Repos par l'Assemblée fédérale. Comme le précise la NZZ, «Roland Schneider épargne ainsi à lui-même et à ses collègues un pénible débat et rend service aux plus hautes instances judiciaires».
 
Fondée en Inde en 1945, l'association religieuse de tendance hindouiste a été présidée par trois gourous successifs. L'actuel est un Tamoul qui voyage beaucoup de par le monde et sous le règne duquel ses disciples ont acquis de nombreuses résidences, avec un siège européen installé dans un château près de Dôle (Doubs), un autre siège dans un château au Danemark et, plus récemment, un ashram de cinq étages installé dans un immeuble à la ruelle de Bourg, au centre de Lausanne, pour un million de francs. Le contrat d'achat a été signé cet été par le gourou indien, qui préside aussi aux destinées de la branche suisse, et son vice-président helvétique, le juge Holand Schneider, d'origine thurgovienne et glaronaise.
 
La mission suisse était même domiciliée jusque-là aux Cullayes, sur les hauts de Lausanne, où réside le magistrat alémanique. L'association compte environ 300 membres en Suisse, 2000 en France et près de 50'000 sur les cinq continents.
 
En privilégiant ses responsabilités professionnelles au détriment de ses activités spirituelles, le magistrat a fait un choix qui s'imposait. Du moins vu de l'extérieur et à la lumière des tragiques événements de l'OTS, avec laquelle la Shri Ram Chandra Mission n'a du reste aucun lien. Mais l'extension des sectes allait bien un jour rattraper les juges de Mon-Repos.
 
On ne voit pas comment l'indépendance d'esprit d'un juge ainsi lié à la voix de son maître pouvait être sauvegardée. Rien à voir avec une sorcière ou une interdiction professionnelle, mais pour une pure question de crédibilité ...
 
Telle la femme de César, un juge fédéral doit être au-dessus de tout soupçon.
 
Il ne pourrait pas davantage tenir la crosse d'un évêque catholique ou siéger au conseil d'administration d'une banque suisse. Curieusement ou peut-être aveuglé par l'enseignement du gourou, le juge Schneider, n'avait pas vu qu'il était assis sur une bombe à retardement.