- À
la vérité ...





- Pauvre Benjamin,
il fait une belle marionnette ! Lui qui déteste
se trémousser, le voila embarqué dans une boum ...
de son plein gré ! Comment ce finaud de Jonathan
s'y est-il pris ?
-
- Il s'est
directement inspiré d'une autre technique de manipulation
: «l'amorçage».
Cela consiste à faire prendre une décision à quelqu'un
(« je viens à la boum») en lui faisant miroiter
un avantage fictif (Jonathan sait déjà que Séverine,
dont Benjamin est fou amoureux, ne viendra pas,
mais il s'en sert d'appât) ou en lui dissimulant
un inconvénient (à un autre ami radin, Jonathan
omettra de mentionner le prix de la soirée).
-
- Puis,
un certain laps de temps après que la personne a
pris sa décision, de rétablir la vérité, en lui
laissant la possibilité de changer d'avis. Aussi
incroyable que cela puisse paraître, nombreux sont
ceux qui, comme Benjamin, ne reviennent
pas sur leur décision. Et ce, alors même que
les raisons qui les ont incités à la prendre ont
changé (Séverine n'est plus là, la soirée n'est pas
gratuite).
-
- Comme on lui a laissé le choix, Benjamin
n'a pas eu l'impression d'être piégé. Pourtant, il s'agit
bien de manipulation. Cette technique s'appuie sur des
processus psychologiques très profonds qui font que
lorsque nous avons pris une décision, il nous est souvent
difficile de faire marche arrière.
Et elle peut donner
des résultats étonnants : grâce à elle, des chercheurs
ont obtenu par amorçages successifs que de grands fumeurs
(plus de 5 cigarettes
par jour) acceptent d'arrêter de fumer pendant
dix-huit heures. Dans un premier temps, ils ont recruté
des étudiants, tous gros consommateurs, pour participer
à une expérience
scientifique d'une heure sur la concentration
des fumeurs. Puis ils les ont recontactés
une semaine plus tard en leur annonçant que leur candidature
avait été retenue, mais qu'ils devraient se rendre deux
fois au laboratoire: une fois à 18 h et le lendemain
à midi:
100% acceptent
(premier amorçage). Vient le jour du rendez-vous. Lorsqu'ils
arrivent au laboratoire, ils apprennent que pour les
besoins de l'expérience, ils devront arrêter de fumer
pendant dix-huit heures. A ce stade, les étudiants peuvent
décider de rester ou de partir: finalement 95,2 % acceptent
de prendre part à la recherche
et 90,5 % se privent effectivement de cigarettes !
Par
comparaison, lorsque les chercheurs demandent directement
à des étudiants s'ils accepteraient de participer à
une expérience nécessitant de leur part une privation
de tabac durant dix-huit heures et deux rendezvous
au laboratoire, seuls 12,5 % acceptent et 4,2 % se privent
effectivement de fumer !
Question gogo, notre Benjamin
se pose décidément là ! Après Jonathan et sa boum il tombe dans
le panneau du premier magasin du coin ! Pourtant, dépenser
tout son argent de poche dans un pantalon, ce n'est
pas son genre. D'ailleurs, ce qui lui plaisait dans
le baggy en vitrine, c'était avant tout son prix. Alors,
quand il a su qu'il n'en restait plus, pourquoi n'est
il pas ressorti ?
C'est là tout le secret de la technique
du leurre.
Elle
consiste à amener un individu à prendre librement
une décision avantageuse pour lui (acheter un baggy
soldé) puis, une fois prise (il rentre dans le magasin),
de lui annoncer que les circonstances ont changé (la
taille n'est plus disponible) et qu'il n'a plus la possibilité
de concrétiser
cette décision. En compensation, on lui offre l'opportunité
de prendre une autre décision moins avantageuse (acheter
un autre baggy non soldé) ! Et cette fois encore, plutôt
que d'arrêter
là, comme le voudrait la raison, de nombreuses personnes
adoptent le comportement. de substitution.
Certes, cela
ne marche pas à tous les coups. Mais peu importe, le
leurre est surtout là pour attirer
les clients dans le magasin. Une fois à l'intérieur,
tous n'essaieront pas le pantalon. Mais
même s'ils ne sont que 10% à l'acheter à
la fin, c'est déjà ça de gagné !
Remerciements
à Robert-Vincent Joule, chercheur en psychologie sociale
à l'université
d'Aix-en-Provence.
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