Extrait du dispositif de la Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
Demain, la Mission interministérielle de vigilance
et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes)
rendra public un rapport annuel qui traduit une volonté
de fermeté. Au fil des 199 pages de ce document,
que Libération a pu consulter, on découvre
que l’Etat déploie des moyens plus opérationnels
que les autres années pour contenir les mouvements
sectaires. Le pragmatisme succède à l’éloquence.
Les auteurs dévoilent des dispositifs inédits
établis ces derniers mois dans trois ministères,
à la Santé, au Travail et au ministère
de l’Intérieur. Avec des contrats d’objectifs
passés entre eux et la Mission interministérielle.
Des médecines douces à surveiller
A l’invitation de la mission, la Direction générale
de la santé a mis en place un groupe d’appui
technique (GAT) pour recenser l’ensemble des psychothérapies
alternatives. C’est-à-dire les pratiques qui
échappent aux principales écoles de la
discipline. Car si la Fédération française
de psychothérapie reconnaît officiellement
38 méthodes, suivies par un personnel diplômé,
on répertorie en revanche une soixantaine de
méthodes alternatives, d’inspiration plus ou
moins ésotérique, utilisés par
des personnels non encadrés (depuis la méthode
de «libération des cuirasses» jusqu’à
la méthode de «déprogrammation biologique»).
Le rapport identifie un «intérêt
de la mouvance sectaire pour ces techniques»,
qui les emploie pour provoquer «la mise en état
de sujétion de l’adepte». Sur le fond,
la psychologue clinicienne Delphine Guérard,
citée par les auteurs, souligne que certaines
de ces techniques permettent d’établir des «relations
d’emprise». Le GAT du ministère de la Santé
doit se réunir prochainement, «à
la fin du premier semestre 2009», pour proposer
un premier plan d’action contre ces dérives.
Les coachs dans le collimateur
La délégation à l’emploi et
à la formation professionnelle du ministère
du travail est l’objet de toutes les attentions. La
Miviludes signale depuis le début des années
2000 des cas de sectes qui créent des organismes
de formation professionnelle pour profiter d’un agrément
officiel et recruter de nouveaux membres. Mais, depuis
environ deux ans, la mode du coaching a accru ce phénomène.
La Miviludes soutient en outre des séances de
formation des inspecteurs du travail pour sanctionner
les mouvements qui exploitent financièrement
le bénévolat de leurs adeptes.
Des équipes sur le pied de guerre
Depuis une directive du 23 janvier 2009 de la ministre
Michèle Alliot-Marie, le pouvoir répressif
entre dans une nouvelle ère dans ses relations
avec les sectes. Selon le rapport, le ministère
de l’Intérieur demande à ses troupes de
former des équipes pluridisciplinaires chargées
de surveiller les sectes afin de qualifier pénalement
leurs actes. Un modèle directement inspiré
des groupes d’intervention régionaux (GIR). Ces
équipes devraient entrer en activité d’ici
à la fin de l’année. Une initiative qui
répond à une demande déjà
ancienne de la Miviludes.
Le rapport qui démonte la secte machine
Par Guillaume
Dasquie
«Libération» a eu accès
au document ministériel qui s’alarme de
l’entrisme
sectaire dans les instances internationales
La bagarre gagne en férocité entre
les sectes et leur principal détracteur en France,
la Mission interministérielle de vigilance et
de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).
Demain matin, cet observatoire dépendant du Premier
ministre rendra public son rapport annuel dans un contexte
tendu. Le document de 199 pages, que Libération
a consulté dans son intégralité
(lire page suivante), révèle comment certaines
sectes pénètrent les instances internationales
sous couvert d’ONG défendant les libertés
religieuses. Ces dernières visent à légitimer
les sectes comme de simples «minorités
de conviction», ni plus ni moins. A leur tableau
de chasse : l’ONU et l’Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe (OSCE). Un service
de l’OSCE se montrerait particulièrement perméable
à cette stratégie, selon les auteurs du
rapport : le Bureau des institutions démocratiques
et des droits de l’homme.
Inspecteurs. Ironie de ces stratégies d’entrisme
: la Miviludes vient de subir les conséquences
de ce lobbying, de manière surprenante, au moment
même où elle s’apprête à le
dénoncer dans son rapport publié demain.
Mardi dernier, trois inspecteurs de ce bureau de l’OSCE
se sont en effet présentés au siège
de la Miviludes, rue de Bellechasse à Paris.
Motif de leur visite : auditer cette émanation
des pouvoirs publics français pour vérifier
qu’elle ne porte pas atteinte aux droits de l’homme
et à la liberté religieuse. «Un
comble», selon un fonctionnaire habitué
à travailler avec les experts de la mission de
lutte contre les sectes. Interrogé sur cet épisode,
le président de la Miviludes, Georges Fenech,
n’a pas souhaité le commenter. Mais, dans son
entourage, on souligne le caractère «désagréable»
d’une telle initiative. Elle s’interprète comme
une victoire pour les mouvements sectaires, et en particulier
pour l’Eglise de scientologie. Au mois de mars, dans
la dernière livraison de son périodique
promotionnel dirigé par Danièle Gounord,
l’Eglise de scientologie en appelait explicitement à
l’OSCE pour qu’elle «surveille étroitement
les activités de la Miviludes et de son nouveau
président, afin de détecter toute violation
des principes de liberté de religion».(Ethique
& Liberté, numéro 40, page 4).
Cellule. Au nombre des ONG suspectées de relayer
ce lobbying des scientologues à l’échelle
internationale, la Miviludes distingue surtout The Institute
on Religion and Public Policy (IRPP) et la Coordination
des associations et particuliers pour la liberté
de conscience (CAP LC). Selon le rapport, cette dernière,
fondée en France en 2004, a défendu devant
les instances internationales des requêtes soumises
par «l’avocat américain de l’Eglise de
scientologie».
Ces tensions entre la Miviludes et les sectes redoublent
depuis quelques mois, comme en écho aux objectifs
fixés par Georges Fenech. Interrogé par
Libération, celui-ci concède: «La
Miviludes n’a pas d’équivalent en Europe. Mais
je m’active beaucoup en ce moment pour qu’un vaste programme
sur les dérives sectaires soit lancé à
l’échelle de l’Union. Il pourrait être
abrité par l’Agence européenne des droits
fondamentaux.»
A l’échelle nationale, l’ancien
juge d’instruction se félicite qu’en France,
«on est passé de la phase de dénonciation
à la phase d’action». A Matignon, dans
les prochains jours le Premier ministre, François
Fillon, rendra un arbitrage au sujet de la création
d’une cellule d’assistance judiciaire contre les sectes.
Composée de chercheurs spécialisés,
elle serait mandatée pour épauler policiers
et magistrats travaillant sur des dossiers dans lesquels
des mouvements sectaires apparaissent. Si François
Fillon valide le projet, le lobbying antisecte de la
Miviludes enregistrera un premier succès.
Trois experts en religion membres du Bureau des Droits
de l'Homme de l'OSCE (Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe) ont rendu visite
à la Miviludes, a indiqué lundi à
l'AFP son président Georges Fenech, confirmant
une information parue dans Libération.
Ces trois experts, un Français, un Italien
et un Américain, sont venus la semaine dernière
"à la suite de récrimination de certaines
ONG qui accusent la France d'atteintes aux droits de
l'Homme dans le cadre de la lutte contre les dérives
sectaires", a ajouté le président
de la Miviludes (Mission interministérielle de
vigilance et de lutte contre les dérives sectaires),
précisant que cette visite s'était "bien
passée".
M. Fenech a jugé "normal" que ces
experts qui ont été saisis de plaintes
fassent leur enquête. Il a expliqué qu'il
s'était rendu à Varsovie en octobre pour
le congrès du bureau des droits de l'Homme de
l'OSCE où il avait expliqué la politique
de la France contre les dérives sectaires. "Il
avait été convenu alors de poursuivre
nos contacts", a-t-il ajouté.
"Ces plaintes pour atteintes aux droits de l'Homme
émanent du lobby sectaire" qui veut discréditer
la Miviludes, a insisté M. Fenech, rappelant
que la Miviludes avait dénoncé ces pratiques
de lobbying dans ses rapports annuels, l'an dernier
et cette année encore (le rapport annuel 2008
est remis lundi soir au Premier ministre).
Il a refusé de considérer cette visite
d'experts comme une tentative d'intimidation à
quelques jours de l'ouverture du procès de sept
membres de l'Eglise de Scientologie pour "escroquerie
en bande organisée", le 25 mai devant devant
la 12e chambre du tribunal correctionnel de Paris.
En revanche, l'Eglise de Scientologie considère
que la Miviludes participe au "lynchage médiatique"
dont elle fait l'objet avant ce procès.
Alerte en France sur l'utilisation de "thérapies"
par les sectes
Les organisations considérées en France
comme des sectes investissent dans le secteur de la
psychothérapie et plus largement la santé,
estime une mission interministérielle dans son
rapport annuel. Lire la suite l'article
La Mission interministérielle de lutte contre
les dérives sectaires (Miviludes), autorité
administrative créée en 1996, présente
ce phénomène comme une stratégie
délibérée pour diffuser les idéologies
et remplir les caisses de ces groupes.
"Cette préoccupation a pris en 2008 une
place véritablement prépondérante,
liée à la multiplication d'offres relatives
au bien-être et à l'épanouissement
personnel, dépourvues de toute évaluation
sérieuse, et dont certaines présentent
un risque réel pour la santé", peut-on
lire dans le rapport.
Le foisonnement des méthodes de psychothérapie
- 200 à 400 actuellement selon le rapport - et
l'extension de cette approche aux soins à la
délinquance, au chômage, au stress au travail,
aux victimes des catastrophes, de handicaps, avec environ
trois millions de Français concernés,
a donné lieu à de nombreux abus, estime
le rapport.
L'intérêt pour les sectes serait notamment
la "mise en état de sujétion"
du patient et donc le conditionnement mental qui est
à la base des techniques d'enrôlement dans
les sectes.
La Miviludes, qui parle de "bulle psy",
critique la pratique du "ticket psy", calquée
sur celle du ticket restaurant et par laquelle les employeurs
financent l'accès aux thérapies.
THÉRAPIES ALTERNATIVES
Plus généralement, sont mises en cause
certaines thérapies dites "douces"
ou "alternatives", dont la liste, dressée
par la mission, va de "l'aromathérapie"
au jeûne au passant par la "musicothérapie",
la numérologie, la naturopathie, le "tarot
psychologique" ou encore la "thérapie
par le souffle".
La Miviludes rappelle la problématique connue
de la formation des psychothérapeutes, qui ne
sont que minoritairement des médecins ou des
psychiatres. Un encadrement législatif du titre
de psychothérapeute voté en 2004 n'est
toujours pas appliqué, souligne le rapport.
La "nouvelle médecine germanique"
du docteur Ryke Geerd Hamer s'est notamment développé
récemment, avec des conséquences tragiques,
ajoute le rapport.
Ce médecin soutient que toutes les maladies,
et notamment les cancers, résultent de graves
conflits psychologiques non résolus. Les adeptes
refusent donc tout soin traditionnel et peuvent mourir
dans de grandes souffrances.
La pratique consistant à susciter de faux
souvenirs d'abus sexuels familiaux chez les patients,
afin de les arracher à leur environnement et
les placer en état de sujétion, est épinglée.
Les charlatans étendent leur action au domaine
de la formation professionnelle, énorme secteur
économique financé largement sur fonds
publics. Les problèmes apparaissent notamment
dans les actions de formation "liées au
domaine de la santé ou du bien-être",
relève le rapport.
Alors que le caractère qualifiant de ces formations
n'est pas démontré et que leur évaluation
est problématique, elles permettent à
certaines sectes d'obtenir une forme de reconnaissance
de l'Etat, via un "agrément" administratif
dont elles se prévalent pour se légitimer.
La Miviludes propose plusieurs mesures d'encadrement
administratif pour fermer la porte du marché
de la formation aux groupements douteux. Un groupe technique
ad hoc placé auprès du ministère
de la Santé pourrait aussi être créé.
Le président de la Miviludes, Georges Fenech,
a plaidé en présentant son rapport en
faveur de la publication d'une nouvelle liste officielle
des mouvements sectaires après celle de 1995
qui avait suscité une vive controverse, la définition
légale de la notion de "secte" posant
toujours problème.
Il s'agirait de décrire les méthodes
des organisations suspectes ou ayant connu des démêlés
judiciaires. La liste est prête et il ne manque
que l'accord du Premier ministre pour la publier sur
internet, précise Georges Fenech.
Plus de trois millions de Français
consultent un « psy ». Des méthodes
diverses fleurissent.
Certaines sont le faux nez de
pratiques sectaires.
Le rapport annuel de la Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
(Miviludes), publié hier, parle « d'une
explosion de la bulle psy accompagnée de nombreuses
déviances ». Dépression, mauvaise
image de soi, mal-être à la maison, au
travail... Les Français consomment beaucoup d'antidépresseurs
et consultent à tout va les «psy».
Du coup, l'offre de soins a suivi et explosé
elle aussi. On recenserait 200 à 400 pratiques
différentes, dont beaucoup ne sont ni contrôlées
ni évaluées, notamment tout ce qui relève
de l'épanouissement personnel. À l'affût,
certains mouvements sectaires. Notre santé les
intéresse, la santé mentale particulièrement.
Nouvelle médecine germanique
Delphine Guérard, psychologue clinicienne,
décrit dans ce rapport les éléments
qui permettent de repérer ces pratiques psychothérapeutiques
déviantes. C'est le cas quand le psy adopte une
position de toute puissance. Quand il est particulièrement
inquisitorial. Quand il enjoint son patient de rompre
avec sa famille. Ce n'est pas un thérapeute,
c'est un gourou.
Au cours des derniers mois, la Miviludes a été
alertée sur ce qu'elle appelle la nouvelle médecine
germanique, inspirée par le docteur Hamer. À
la suite d'un drame personnel, ce médecin a développé
la thèse que toute maladie, en particulier le
cancer, naît d'un grave conflit psychologique
non résolu parce qu'inconscient. Suffit donc
de le résoudre et la guérison est assurée.
Cet Hamer pseudo-freudien et sa thèse ont
fait l'objet de condamnations pour mise en danger d'autrui,
non-assistance, escroquerie et exercice illégal
de la médecine. Cela n'a pas empêché
tout un réseau de thérapeutes de se constituer.
Faux souvenirs induits
Autre théorie inquiétante, celle des
souvenirs induits ou la falsification de la mémoire
retrouvée. La technique consiste à persuader
le patient - une femme le plus souvent - que ses troubles
relèvent d'une maltraitance pendant l'enfance,
d'un abus sexuel par exemple, que lui aurait fait subir
son père ou sa mère... Une association
de défense des victimes de ces thérapeutes
déviants s'est d'ailleurs constituée,
l'Afsi, «Alerte aux faux souvenirs induits».
Ces gourous charlatans font-ils beaucoup de victimes
? La Miviludes est dans l'incapacité de le savoir
actuellement. Il ne faut sans doute pas exagérer
le risque. Selon une étude, 84 % des clients
des psychothérapeutes s'affirment satisfaits
des soins prodigués. On ne compterait donc que
16 % d'insatisfaits. Les plaintes restent rares. Vigilance
tout de même, car 25 à 30 % des psychothérapeutes
ne sont en réalité ni psychiatres, ni
psychanalystes, ni psychologues. C'est pourquoi la loi
encadrant cette profession doit être revue et
corrigée.
Bernard Le Solleu
Les faux psychothérapeutes inquiètent
des experts français
PARIS "La mouvance sectaire investit largement
le champ de la santé", et notamment celui
de la psychothérapie, s'inquiète dans
son rapport publié mardi la Mission interministérielle
(française) de vigilance et de lutte contre les
dérives sectaires (Miviludes), qui dit avoir
reçu ces derniers mois des "témoignages
inquiétants sur deux types de déviance":
"la nouvelle médecine germanique" et
"la falsification de la mémoire retrouvée".
Son président, Georges Fenech, indique que
le ministère de la Santé va recenser et
évaluer "toutes les pratiques non conventionnelles
à visée thérapeutique".
"Aujourd'hui, les psychothérapies sont
au coeur de nos préoccupations car l'offre de
soins explose", souligne-t-il dans un entretien
au Figaro. "Les gens qui souhaitent se tourner
vers un psychothérapeute ne savent pas comment
faire le bon choix."
Selon le rapport, seuls 50 à 65% des praticiens
ont reçu une formation reconnue par l'Etat: doctorat
de médecine, master en psychologie clinique ou
formation de psychanalyste (encadrée par la profession).
Les autres, 25 à 30%, se réclament de
"disciplines diverses" et ont des "parcours
de formation hétérogènes".
Or, les instituts, universités et facultés
libres disant former à la psychothérapie
"ne sont l'objet d'aucun contrôle de l'autorité
publique sur la conception des programmes", remarque
la Miviludes. "Aucune garantie n'est donc donnée
sur la qualité des formations ni sur la valeur
des diplômes délivrés, dont aucun
d'ailleurs, quelle que soit la méthode psychothérapeutique
enseignée, n'est aujourd'hui reconnu par les
pouvoirs publics.
"Même si la majorité des psychothérapeutes
exercent leur art de manière satisfaisante",
un tel contexte est favorable aux dérives, note
le rapport. "Au cours des derniers mois, la mission
a plus particulièrement été alertée
par des témoignages inquiétants sur deux
types de déviances dans le champ de la santé."
La première, la "nouvelle médecine
germanique", inspirée par le Dr Ryke Geerd
Hamer, "développe la thèse que toute
maladie et en particulier les cancers naissent de graves
conflits psychologiques non résolus (...) enfouis
dans l'inconscient du malade. Le décryptage de
ce conflit conduit à la guérison".
Les praticiens qui l'appliquent disent en général
que leurs méthodes se réfèrent
à "la psycho-généalogie, l'hypnose,
la sophrologie, les constellations familiales, la kinésiologie,
le rebirth".
La seconde déviance repose sur la "falsification
de la mémoire enfouie". Le "psychothérapeute"
diagnostique systématiquement "des maltraitances
ou agressions sexuelles commises sur le client au cours
de son enfance, dans un cadre intrafamilial". Il
suggère en outre au client d'en "tirer toutes
les conséquences", autrement dit de rompre
avec sa famille.
"Il ne s'agit nullement de suspecter toutes
les médecines douces. Mais on sait qu'elles attirent
des charlatans", souligne Georges Fenech, en précisant
que le ministère de la Santé va recenser
et évaluer "toutes les pratiques non conventionnelles
à visée thérapeutique". "Les
premiers résultats de ce travail seront consultables
sur Internet en 2010", indique le président
de la Miviludes, selon qui une loi pourrait être
alors adoptée afin d'interdire certaines pratiques.
Le marché de l’épanouissement personnel
serait la cible des mouvements sectaires
Malgré une publicité plus ou moins
restreinte, les sectes n’ont jamais semblé aussi
bien se porter. C’est ce qui ressort du rapport annuel
rendu public hier par la Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
(Miviludes). Pour son président Georges
Fenech, la France compterait aujourd’hui entre
500 et 600 mouvements sectaires, contre 172 recensés
en 1995.
Gare à l’épanouissement
Selon la Miviludes, le marché de l’épanouissement
personnel est une des nouvelles “niches” des mouvements
sectaires. “Nous avons vu l’arrivée de pratiques
douteuses qui interpellent”, expliquait hier Georges
Fenech, citant des “pratiques liés à la
Kinésiologie ou à l’exploitation de faux
souvenirs induits”. Pour le président de la Miviludes,
certaines pratiques liés à la psychothérapie
sont tout aussi inquiétantes. Soulignant que
l’Assemblée planche actuellement sur un amendement
visant à règlementer la profession de
psychothérapeute, il a ajouté hier que
près d’un tiers de la profession “était
probablement issu des milieux sectaires”.
“Dans la société d’aujourd’hui, bien
des gens éprouvent le besoin de se tourner vers
des thérapies, ou des médecines alternatives,
dont certaines sont plus que douteuses. Il est normal
que la vigilance soit accrue”, a réagi hier Catherine
Picard, présidente de l’Union nationale des associations
de défense des victimes des sectes (Unadfi),
précisant “qu’environ un million de Français
pouvaient être touchés par les dérives
sectaires”. Le gouvernement promet des mesures d’actions
concrètes. Alors qu’un “groupe d’appui technique”
chargé d’étudier “les pratiques non conventionnelles
à visées thérapeutiques” a été
mis en place en février par le ministère
de la santé, celui de l’éducation nationale
va se pencher sur les dérives sectaires liés
à l’éducation à domicile.
Pour la première fois, la Miviludes a demandé
à chaque ministère de se fixer un certain
nombre d’objectifs en matière de lutte contre
les dérives sectaires. Trois d’entre eux ont
été retenus comme des « priorités
».
Éducation: le ministère a lancé
une enquête nationale visant à recenser
tous les enfants qui reçoivent une instruction
à domicile, afin d’avoir une idée «
des effectifs concernés, des motivations des
familles » et des risques éventuels de
certaines situations.
Travail: l’un vise à mieux contrôler
les organismes de formation, l’autre à renforcer
la traque au travail illégal dans certaines communautés.
Santé: des « groupes d’appui technique
», formés de spécialistes, ont été
créés en février dernier pour faire
le tri entre les bonnes et les mauvaises pratiques et
en informer le public.
Le rapport de la Miviludes, présidée
par Georges Fenech, doit être remis aujourd'hui
au premier ministre. Crédits photo: Le Figaro
INTERVIEW - Georges Fenech, président de la
mission de lutte contre les sectes, estime qu'un tel
recensement est nécessaire pour informer le public.
C'est un sujet sensible auquel s'attaque Georges
Fenech, président de la Miviludes (Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).
En 1995, une commission d'enquête parlementaire
avait suscité une forte controverse en répertoriant
les mouvements sectaires. Depuis, l'établissement
de listes avait été abandonné.
Le ministère de l'Intérieur n'y est toujours
pas favorable. Le dossier est désormais rouvert.
LE FIGARO. - Faut-il à nouveau établir
une liste des sectes en France ?
Georges FENECH. - Nous travaillons à un outil
de référence mis à jour régulièrement.
Il s'agit de créer un référentiel
regroupant les structures à dérive sectaire
avec un descriptif de leurs méthodes, leurs pratiques,
leurs démêlés avec la justice. On
y ajoutera la parole des victimes, mais aussi des responsables
des communautés afin de respecter le contradictoire.
Nous ne voulons pas simplement passer en revue tout
ce qui peut s'apparenter à une secte en France.
Nous ne nous intéressons qu'aux structures posant
problème. En cela, il s'agit d'élaborer
une liste des mouvements à dérive sectaire.
Qui pourrait la consulter ?
J'attends l'arbitrage du premier ministre pour la
rendre accessible au public sur Internet comme cela
se fait en Belgique. J'y suis favorable car cela répond
à un vrai besoin d'information. Pour le moment,
c'est un outil de travail interne.
Vous sentez-vous soutenu dans votre action ?
Les pouvoirs publics sont passés de l'incantation
à l'action. Les ministères sont pour la
première fois tenus de communiquer leurs objectifs
pour combattre le phénomène sectaire.
Quelle autre priorité fixez-vous à
votre action ?
Aujourd'hui les psychothérapies sont au cœur
de nos préoccupations car l'offre de soins explose.
Les gens qui souhaitent se tourner vers un psychothérapeute
ne savent pas comment faire le bon choix. Or la mouvance
sectaire investit largement le champ de la santé.
Que vous a répondu le ministère de
la Santé ?
Il ne s'agit nullement de suspecter toutes les médecines
douces. Mais on sait qu'elles attirent des charlatans.
Le ministère va recenser toutes les pratiques
non conventionnelles à visée thérapeutique
et les évaluer. Les premiers résultats
de ce travail seront consultables sur Internet en 2010.
À partir de cette évaluation, les pouvoirs
publics pourraient interdire certaines pratiques par
voie législative.
Quel est l'objectif du ministère de l'Éducation
nationale ?
Xavier Darcos a décidé de recenser
tous les enfants qui bénéficient d'une
instruction à domicile. Grâce à
cette enquête lancée depuis janvier, on
disposera pour la première fois d'une vue générale
de la situation et on connaîtra les motivations
des familles, en général tout à
fait légitimes. On pourra ainsi déceler
les enfants évoluant dans des communautés
à caractère sectaire.
La formation professionnelle est-elle aussi concernée
par les dérives sectaires ?
Insuffisamment encadrée et vecteur de prosélytisme,
la formation professionnelle va être réformée.
Rappelons que ce sont des fonds publics qui financent
la formation professionnelle à hauteur de 25
milliards d'euros. À ce jour, des entreprises
sont abusées. Des employés qui viennent
pour développer leurs capacités de communication
ou d'organisation tombent sur des gourous. Aujourd'hui,
pour proposer une formation professionnelle, il suffit
de faire une déclaration aux organismes publics.
Or nombre de charlatans font croire que ce système
déclaratif vaut validation par l'État.
Le système doit être changé.
Le président de la Mission de lutte contre
les dérives sectaires envisage de dresser des
listes de mouvements potentiellement dangereux, contre
l’avis de l’intérieur
L’antagonisme ne date pas d’hier. Matignon et la
Miviludes, d’un côté, s’opposent au bureau
des cultes, qui dépend du ministère de
l’intérieur, de l’autre (1). En jeu, deux conceptions
différentes de ce que doit être la lutte
contre les sectes. Mardi 19 mai, Georges Fenech, le
président de la Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires,
a tenté de faire prévaloir sa vision des
choses.
Dans un entretien au Figaro, il a annoncé
son intention de « créer un référentiel
regroupant les structures à dérives sectaires
avec un descriptif de leurs méthodes, leurs pratiques,
leurs démêlés avec la justice ».
Un projet auquel le ministère de l’intérieur
est formellement opposé, comme en témoigne
un courrier que vient d’adresser Michèle Alliot-Marie
aux préfets.
En 1995, l’Assemblée nationale avait publié
une liste de 170 mouvements qualifiés de sectes,
suscitant une vaste controverse. Se retrouvaient là
des groupes disparates (dont certains pleinement reconnus
par les Églises), épinglés pour
des raisons obscures sans avoir eu la possibilité
de faire valoir leur point de vue. Certains obligeront
d’ailleurs les députés à se déjuger.
Cet épisode sera en partie à l’origine,
en 2002, du recentrage de la politique de lutte contre
les sectes, avec la création de la Miviludes,
dont le gouvernement veut désormais placer l’action
« dans le champ des libertés publiques,
et non plus dans celui d’un combat militant »,
explique-t-on alors à Matignon. Plus question
de partir en guerre contre tous les groupes suspects
: désormais, ce sont les « agissements
attentatoires à l’ordre public, aux droits de
l’homme ou aux lois » qui doivent être surveillés.
Une consigne incompatible avec la constitution de «
listes ».
Des "référentiels"
Il ne s’agira pas de «listes», mais
de «référentiels», a plaidé
mardi Georges Fenech en présentant le rapport
annuel de la Miviludes. La différence ? «Il s’agit, lorsque nous sommes saisis de plaintes –
c’est-à-dire qu’il y a un danger réel
– d’ouvrir des dossiers, des référentiels
qui serviront à répondre aux maires, aux
présidents de conseils généraux,
etc., quand ceux-ci nous interrogent sur tel ou tel
mouvement. Nous avons déjà commencé,
et répertorié environ 200 mouvements ou
pratiques qui posent un problème. Il devrait
y en avoir 500 ou 600 à terme. Ces référentiels
seront à disposition des professionnels qui pourront
venir les consulter dans nos locaux. Ils respecteront
le contradictoire : les organisations seront informées
du fait qu’elles sont répertoriées et
leurs observations seront versées au dossier.»
Pour Georges Fenech, cette façon de procéder
est conforme à l’objectif assigné à
la Miviludes, à savoir «informer sur les
structures qui posent un problème». «Seule la question de savoir si nous devons publier ce
référentiel est soumise à l’arbitrage
de Matignon», précise-t-il.
D’après nos informations, le premier ministre
n’a pas encore tranché. Et pour cause : lors
d’une réunion interministérielle, le 11
mars dernier, le ministère de l’intérieur
a émis de fortes réserves à l’idée
de listes qui, de source bien informée, «
stigmatiseraient certaines organisations, provoqueraient
la réaction de plusieurs associations cultuelles,
et dont, par ailleurs, la valeur ajoutée en matière
de police administrative serait limitée ».
Pour preuve, ce courrier adressé le 15 mai
par Michèle Alliot-Marie aux préfets,
préfets de police et directeurs de la police
et de la gendarmerie et ayant pour but le « renforcement
du caractère opérationnel » de la
lutte contre les dérives sectaires: «Comme vous le rappelait ma circulaire du 23 janvier
2009, je vous demande de privilégier, dans votre
action, la logique visant à rechercher et à
qualifier juridiquement les faits pouvant être
réprimés, et non une logique de liste
de mouvements susceptibles de commettre des dérives
sectaires.»
Le ministère estime par ailleurs que ce dispositif
risque de contrevenir à la Convention européenne
des droits de l’homme, notamment à l’article
9 qui protège la liberté de pensée,
de conscience et de religion.
Marianne GOMEZ et Anne-Bénédicte HOFFNER
(1) Cf. «Révolution culturelle dans
la lutte antisectes», de Raphaël Liogier,
dans Le Monde du 4 mars 2008.
Faut-il publier la liste des mouvements sectaires
?
Dans son rapport annuel, rendu public mardi 19 mai,
la mission interministérielle de vigilance et
de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes),
présidée par l'ancien magistrat Georges
Fenech, s'inquiète une nouvelle fois des déviances
sectaires observées dans un certain nombre de
pratiques de psychothérapies, liées à
l'épanouissement personnel.
Le foisonnement des méthodes de psychothérapie
– deux cents à quatre cents, selon le rapport
– et l'extension de cette approche aux soins à
la délinquance, au chômage, au stress au
travail, aux victimes des catastrophes, de handicaps,
concernerait trois millions de Français. Mais
ces pratiques ont donné lieu à de nombreux
abus, estime le rapport, pour qui ce phénomène
est délibérément utilisé
par des groupes sectaires pour diffuser leur idéologie
et remplir leurs caisses.
Autres problématiques abordées dans
le document, le rôle d'Internet comme "amplificateur
du risque de dérives sectaires", ou encore
le satanisme, qui peut "amener de jeunes adolescents
à développer des idées de suicide,
se rapprocher de groupes extrémistes proches
des idéologies néo-nazies".
Au total, la Miviludes dénombre "cinq
cents à six cents" mouvements sectaires
opérant en France. Comment la Miviludes, dont
la mission est de "favoriser la coordination de
l'action préventive et répressive"
(article 1er du décret du 28 novembre 2002 instituant
la mission), peut-elle protéger le citoyen contre
la menace sectaire ?
"RÉFÉRENTIEL"
La piste la plus évidente : rendre publics
les noms de ces cinq cents à six cents mouvements.
Au citoyen de faire le nécessaire pour se tenir
à l'écart – ainsi que ses proches – du
groupe suspect. Mardi matin, en rendant son rapport
au premier ministre, M. Fenech a fait un pas dans cette
direction, estimant qu'"il était temps de
moderniser l'outil de travail" de la mission en
réunissant les dossiers concernant les mouvements
sectaires à partir des signalements ou des plaintes
reçues. Dans un entretien au Figaro, l'ancien
député UMP du Rhône précise
qu'"il s'agit de créer un référentiel
regroupant les structures à dérive sectaire
avec un descriptif de leurs méthodes, leurs pratiques,
leurs démêlés avec la justice. On
y ajoutera la parole des victimes, mais aussi des responsables
des communautés afin de respecter le contradictoire".
Un "référentiel", donc, pas
une "liste". Le sujet est sensible, le mot
presque tabou. Fin 1995, une commission d'enquête
parlementaire présidée par Alain Gest
publie une liste de cent soixante-douze groupes dangereux
qualifiés de sectes et évalue à
deux cent cinquante mille le nombre d'adeptes occasionnels
ou réguliers. Un observatoire des sectes est
créé. Mais la publication de cette liste
déclenche une vive polémique. La méthode
est critiquée : à l'origine, le document
est un outil de travail des renseignements généraux,
qui n'a pas vocation à être rendu public.
De nombreuses voix estiment, pêle-mêle,
qu'une telle publication risque de stigmatiser des mouvements
qui n'ont rien de sectaire, de déligitimer le
phénomène religieux, de créer une
inquiétude disproportionnée dans la population.
Les opposants à la liste l'emportent, le principe
est abandonné. En 2005, Jean-Pierre Raffarin,
premier ministre, signe une circulaire qui semble mettre
un terme définitif à l'utilisation de
cette méthodologie.
Opposante de toujours aux listes, Nathalie Luca,
chercheuse au CNRS, se dit "stupéfaite"
de voir leur retour évoqué, même
sous le vocable, trompeur selon elle, de "référentiel".
"C'est dramatique de constater que l'on a régressé
depuis 1995", estime cette ancienne de la Miviludes.
Selon elle, le débat se pose aujourd'hui exactement
dans les mêmes termes qu'à l'époque.
"Etablir une liste est contre-productif : on stigmatise
au lieu de protéger. Par la seule existence d'une
liste, les gens ont l'impression d'être vaccinés
contre les sectes. Ils sont en fait moins vigilants,
et donc plus vulnérables."
PRÉVENTION CONTRE STIGMATISATION
Quant à la façon de constituer les
listes, elle est sujette à caution : "Les
mouvements réellement sectaires sont souvent
plus habiles que les enquêteurs, ils évoluent
et sont difficilement identifiables, relève Nathalie
Luca. Surtout, on risque de se retrouver, comme en 1995,
avec des groupes répertoriés abusivement."
A l'époque, la chercheuse a enquêté
sur plusieurs des cent soixante-douze groupes recensés.
"On y a retrouvé l'Eglise à laquelle
appartenait Bill Clinton, ou encore une petite association,
l'Arbre au milieu, fondée par un psychothérapeute
spécialiste des questions de maltraitance. Le
dossier sur cette association était complètement
vide, mais le mal a été fait, le psychotérapeute
a perdu toute sa clientèle."
Sans informer en détail, et sans donner de
noms, comment l'Etat peut-il protéger les citoyens
? "En faisant de la prévention, martèle
Nathalie Luca. Il faut apprendre aux gens à se
méfier, pas les endormir avec des chiffres invérifiables.
C'est bien beau de mettre en garde contre le satanisme,
mais il faut avant tout expliquer aux parents comment
aborder le sujet avec leurs enfants, leur fournir un
argumentaire."
Pour l'heure, rien n'est tranché. Le travail
de recensement effectué par la Miviludes sera
à la disposition des professionnels, a expliqué
Georges Fenech, mardi matin. La question de le publier
ou pas sera soumise à l'arbitrage du premier
ministre.
SECURITE - Georges Fenech, son président,
a évité d'employer le mot de «liste»,
trop sensible. Pourtant, le besoin de repérer
les groupes sectaires demeure...
Ne pas répéter l'erreur de 1995. Georges
Fenech, nommé à la tête de la Miviludes
depuis le début de l'année, a relancé
le débat ce mardi sur la nécessité
de recenser les mouvements sectaires. En évitant
soigneusement de prononcer le mot de «liste»,
trop sensible.
Quinze ans plus tôt, un groupe parlementaire
étudiant ce phénomène avait publié
à partir d'informations des Renseignements généraux
une liste d'environ 200 noms, vivement critiquée
par les organisations citées, qui s'estimaient
stigmatisées. Dix ans après, Jean-Pierre
Raffarin avait demandé quelques jours avant son
départ de Matignon «le retrait de cette
liste noire». En février 2008, c'était
au tour d'Emmanuelle Mignon, alors directrice de cabinet
de Nicolas Sarkozy, de s'ériger contre cette
liste «scandaleuse», provoquant au passage
une vive polémique en déclarant que les
sectes étaient un «non-problème»
en France.
Liste rapidement devenue obsolète
Entre temps, cette liste est vite devenue obsolète,
de nombreux mouvements ayant rapidement changé
de nom ou d'adresse.
Georges Fenech souhaite donc plutôt établir
«un référentiel» des dossiers
concernant les mouvements sectaires. «Etablir
une liste exhaustive des mouvements sectaires n'est
pas dans notre domaine de compétence, mais nous
savons définir ce qu'est une dérive sectaire»,
a-t-il expliqué en présentant le rapport
annuel de la Mission interministérielle de vigilance
et de lutte contre les dérives sectaires, au
Premier ministre ce mardi.
Juridiquement, la secte, comme la religion, n'est
pas définie dans la loi française. Respectant
la liberté de conscience, l'Etat se borne à
lutter contre les dérives sectaires et non pas
les sectes elles-mêmes.
Les sectes déjà recensées en
interne
Un outil interne à la Miviludes permet déjà
de réunir les dossiers concernant les mouvements
sectaires, à partir des signalements ou des plaintes
reçues. «Nous avons commencé à
élaborer cet outil qui se veut fiable, pour être
en mesure de renseigner ceux qui nous interrogent»,
a précisé Georges Fenech, citant les magistrats,
les élus, les maires.
Afin de ne pas tomber dans l'écueil d'un listing
rapidement obsolète et arbitraire, «notre
référentiel respectera le contradictoire»,
a expliqué le président de la Miviludes.
Autrement dit, «les organisations mentionnées
pourront faire leurs observations et éventuellement
modifier leurs pratiques. Ce travail de recensement
sera à la disposition des professionnels. La
question de le publier ou pas est actuellement soumise
à l'arbitrage du Premier ministre», a ajouté
Georges Fenech, qui prône une mise en ligne sur
Internet, comme cela se fait en Belgique. Contacté
par 20minutes.fr, Matignon ne s'était toujours
pas exprimé sur la question ce mardi après-midi.
A l’origine, il s’agit d’un groupe plus ou moins
important de fidèles qui se sont détachés
de l'enseignement officiel d'une religion et qui ont
créé leur propre doctrine. Ainsi, le christianisme
s'est d'abord développé comme une secte
au sein du judaïsme, dont il a repris une partie
des enseignements.
Au fil du temps, des sectes totalement indépendantes
d’une religion-mère ont vu le jour. La grande
diversité de ces mouvements spirituels et de
leur niveau de dangerosité rend difficile une
acception commune du terme.
Pas définie par la loi
C’est toutefois la définition négative
du mot qui prime dans le langage actuel: «Une
communauté fermée, d'intention spiritualiste,
où des guides, des maîtres exercent un
pouvoir absolu sur les membres», peut-on lire
dans le dictionnaire Le petit Robert.
En France, la secte, comme la religion, n'est pas
définie par la loi. Respectant la liberté
de conscience, l'Etat se borne donc à lutter
contre les dérives sectaires a posteriori (devant
les tribunaux) et non pas contre les sectes elles-mêmes.
Comment la loi combat les sectes. Car c’est bien
ainsi que se pose la question, quoi qu’en pense Emmanuelle
Mignon. L’état du droit en la matière,
est aux antipodes des déclarations de la directrice
du cabinet d’un Président de la République
qui a pour ami un des plus éminents membres de
la scientologie, à savoir Tom Cruise.
La définition juridique de secte
La loi française ne définit pas directement
la notion de secte, dans la mesure où elle n’utilise
pas le qualificatif, mais elle s’est beaucoup approchée
par la loi du 12 juin 2001 dite loi About-Picard.
Comment se pose le problème, en droit ? A
l’origine, existent des groupements privés de
toutes sortes. Un certain nombre se réunit autour
d’une idée qu’il qualifie de religieuse, essentiellement
pour récupérer de nouveaux adeptes. La
recherche du label « religion » est moins
recherchée pour la com. que pour les avantages
sociaux ou fiscaux.
Il faut alors aborder deux problèmes successifs.
D’abord l’analyse des croyances. Une croyance est
une pensée qui, pour une partie, est indémontrable.
La jurisprudence, de tout temps, au nom de la liberté
de pensée, refuse de qualifier les croyances.
Mais, toute croyance n’est pas religieuse. Pour que
la qualification religieuse soit possible doit être
prouvée l’existence d’une foi partagée
incluant une réflexion sur la transcendance.
Ensuite, l’analyse des pratiques. Ces pratiques,
qui sont les phénomènes d’extériorisation
de la croyance, doivent respecter l’ensemble des lois
s’agissant de l’éducation, de la santé,
du droit social, du droit fiscal … Ainsi, le droit ne
s’intéresse pas à la notion de secte,
qui est inopérante, mais aux abus pratiqués
par ces groupements, que l’on regroupe sous le nom de
dérives sectaires.
Les armes juridiques européennes
Le Conseil de l’Europe a surtout mis l’accent sur
la prévention, mais il encourage très
clairement à l’action, avec deux recommandations
l’une de 1992 relative aux sectes et aux nouveaux mouvements
religieux, l’autre de 1999 relative à l’activité
illégale des sectes. La réflexion, conduite
à partir des 47 Etats du Conseil de l’Europe
est très intéressante. Elle met en évidence
l’émergence des très nombreux nouveaux
mouvements religieux, dont tous ne méritent pas
la qualification de secte. Les grandes religions «
traditionnelles » ne sont pas les seules. Il y
a une véritable éclosion, qui est une
réalité de fait.
La législation française
En droit interne trois lois apportent leur concours
à la lutte contre les sectes.
La loi du 18 décembre 1998, au titre
du contrôle de l’obligation scolaire, prévoit
des hypothèses punissables de refus d’inscription
d’un enfant dans un établissement d’enseignement
(article 227-17-1 du Code pénal).
La loi du 15 juin 2000 a permis aux associations
de lutte contre les sectes d’exercer les droits reconnus
à la partie civile (article 2-17 du Code de procédure
pénal.
Le texte de référence est la loi n°
2001-504 du 12 juin 2001 dite loi About-Picard qui traite
«des mouvements sectaires portant atteinte aux
droits de l’homme et des libertés fondamentales». Cette loi permet de poursuivre les faits que
l’on peut qualifier «d’abus frauduleux de l’état
d’ignorance ou de faiblesse» (Code pénal
article 313-4), avec des circonstances aggravantes lorsque
sont concernés des enfants ou des personnes en
situation de faiblesse (article 223-15-2). Le mouvement
peut être déclaré responsable pénalement
lorsque l’abus de faiblesse a été commis
par son compte.
Si la loi est insuffisamment appliquée, ce
n’est pas la peine de taper sur la mission interministérielle
MIVILUDES. Il suffit que le Garde des Sceaux donne des
instructions aux procureurs pour surveiller ces mouvements
et enclencher les poursuites dès qu’il est opportun.
La Scientologie
S’agissant de la Scientologie , il ne faut tout de
même pas dire n’importe quoi. La Scientologie
a essayé à maintes reprises de faire reconnaître
son activité religieuse par la Cour Européenne
des Droits de l’Homme, et ces recours ont tous été
écartés au niveau de la recevabilité.
La Scientologie abuse, et manifestement parvient
à convaincre parfois, en communiquant de manière
très erronée à partir d’un arrêt
rendu par la Cour Européenne des Droits de l’Homme
le 5 avril 2007. Par cet arrêt la Cour avait condamné
la Russie pour les obstacles administratifs qu’elle
avait levés face à une demande de la Scientologie
pour obtenir le statut de religion. C’est à propos
de ces tracasseries artificielles et abusives que la
Russie a été condamnée. Mais cela
ne donne aucun droit à la Scientologie pour réclamer
un statut de religion.
Le site mentalementvotre.com affilié
à la Scientologie/DR
INTERVIEW - Henri-Pierre Debord, de la Miviludes,
explique comment les sectes se servent d’Internet...
Entre 500 et 600 mouvements sectaires sont établis
en France, contre moins de 200 il y a quinze ans, profitant
notamment du marché florissant de l'épanouissement
personnel. C’est le principal enseignement tiré
du rapport annuel de la Miviludes (Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)
remis ce mardi à François Fillon. Internet est un fort vecteur de développement
pour ces nombreux réseaux sectaires. 20minutes.fr
a interviewé Henri-Pierre Debord, qui a étudié
cette question pour la Miviludes.
Concrètement, comment une secte recrute-elle
des adhérents sur le Web ?
Les sectes prennent place sur le Net en achetant
des noms de domaine liés à des mots-clés
incontournables quand on s’intéresse au bien-être,
au développement personnel, à l’accomplissement
de soi et au management des hommes. Ces sites, qui sont
des faux-nez renvoyant à des organisations sectaires,
sont noyés dans une masse de sites sur ces thématiques.
Les gens qui ont besoin de trouver des solutions toutes
faites à leur mal-être peuvent être
tentés de faire des recherches sur le Web, et
prennent le risque de tomber sur ces sites aux intitulés
apparemment anodins [exemples: non-stress.com et mentalementvotre.net
liés à la Scientologie, NDLR]. L'internaute
sera alors incité à acheter un livre ou
à s’inscrire à un stage. Il rentre alors
dans le circuit: après un premier stage, il y
en aura un deuxième, puis un troisième.
On perçoit moins le risque sur Internet que quand
on est accosté dans la rue.
Les sectes sont-elles présentes sur les réseaux
sociaux comme Facebook ?
Il y a quelques informations à notre disposition
qui nous laissent penser que le sectes sont présentes
sur Facebook mais je resterais extrêmement prudent.
Une chose est sûre: les sectes sont très
friandes de données personnelles. Traditionnellement,
elles font passer des tests de personnalité pour
mieux cibler d’éventuels nouveaux adhérents.
Sur Facebook, une partie de ces données sont
immédiatement disponibles.
Dans le rapport annuel, vous faites état de
tentatives de contrer la Miviludes sur Google...
Oui, en effet, certaines sectes créent des
sites reprenant les termes utilisés par la Miviludes
pour essayer de nous mettre la tête sous l’eau
sur Google. L’objectif est d’essayer d’apparaître
le plus haut possible sur les moteurs de recherche pour
détourner l’attention des internautes.
"Un tiers des psychothérapeutes viennent
des milieux sectaires"
Court
extrait d'une interview de Georges Fenech, président
de la Miviludes
Un tiers des psychothérapeutes viennent des
milieux sectaires - Actualité France - Société
- Radio Europe1.flv)
Quelque 5 à 600 mouvements sectaires sont
établis en France, profitant notamment du marché
florissant de l'épanouissement personnel, révèle
Georges Fenech, président de la Miviludes, dans
son rapport annuel sur les sectes publié mardi.
Un "recensement de toutes les psychothérapies
déviantes" va être organisé
dès le mois de septembre, avec l'objectif de
mieux informer le public, a indiqué le président
de la Miviludes Georges Fenech, mardi matin sur Europe
1. Les mouvements sectaires se portent bien en France
: ils sont aujourd'hui entre 500 à 600, contre
moins de 200 il y a 15 ans, selon les conclusions du
rapport annuel sur les sectes, rendu public mardi par
la Miviludes.
"On peut considérer qu'il y a probablement
un tiers des psychothérapeutes qui viennent des
milieux sectaires ou charlatans", a estimé
Georges Fenech. La Miviludes décrit ainsi dans
son rapport, remis lundi au premier ministre François
Fillon, les risques d'emprise mentale, caractéristique
de la dérive sectaire, dans certaines pratiques
et méthodes de la psychothérapie ainsi
que dans des formations fantaisistes et déstabilisantes.
"L'année 2008 marque "un vrai tournant
dans l'attitude des pouvoirs publics face aux dérives
sectaires. On passe vraiment à l'action",
s'est félicité Georges Fenech. Le ministère
de la Santé a par exemple mis en place un "groupe
d'appui technique" en février "sur
les pratiques non conventionnelles à visée
thérapeutique". Le ministère du Travail
traque de son côté les cas de "travail
dissimulé" dans des organisations qui font
travailler leurs adeptes sans les rémunérer.
Quant à l'Education nationale, elle va se
pencher sur les dérives sectaires liées
à l'école à domicile pour déterminer
combien d'enfants sont concernés, pour quelles
raisons ils ne sont pas dans le système scolaire
et pour contrôler leur niveau d'instruction.
La formation professionnelle, terrain de chasse des
sectes
Interview du président de la Miviludes,
Georges Fenech (3'58")
C’est aujourd’hui que la Miviludes, la Mission Interministérielle
de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires,
publie son rapport annuel. Où l’on apprend que
les sectes occupent un terrain prospère, celui
du développement personnel, mental, comportemental...
Aujourd’hui, ce sont environ 20 % des formations
dispensées en France qui présentent des
contenus sujets à caution : développement
personnel, hygiène mentale, etc... Dans un tiers des cas, selon la Miviludes, on a affaire
au mieux à des charlatans, au pire à de
dangereux gourous, spécialistes de la manipulation.
C’est la mésaventure qui est arrivée
à six jeunes femmes, qui croyaient participer
l’an dernier à une formation en "réflexologie
et kinésiologie plantaire" - deux disciplines
para-médicales admises où l’on travaille
sur la voûte plantaire.
Une formation de six mois, facturée 1'870
euros
Les jeunes femmes n’étaient pas au bout de
leurs surprises... Dans l’appartement qui leur servait
de salle de classe, les stagiaires n’ont jamais vu personne,
à part une étrange professeure-gourou.
Au bout de trois mois, toutes les six ont décidé
d’arrêter les frais. Elles ont même, depuis,
entamé une action en justice.
De l’argent public
La formation professionnelle est une cible toute
choisie pour les sectes. D’abord parce qu’elle dispose de budgets conséquents: 25 milliards d’euros, selon le magistrat Georges Fenech,
président de la Miviludes. Ensuite, parce le secteur est encore relativement
peu contrôlé: il suffit aujourd’hui de
se déclarer comme formateur en préfecture,
et le tour est joué ! L’activité n’est
véritablement contrôlée qu’après
deux ans d’exercice.
Pour la Miviludes, il est donc urgent de faire le
ménage dans le secteur. Elle propose que l’Etat
mette en place des règles plus restrictives.
Et surtout, qu’il fasse des contrôles en amont
un peu plus resserrés.
Georges Fenech, le président
de la Miviludes. AFP/ François Guillot
Le président de la Miviludes interviewé
par Laurent Doulsan:
La question centrale du rapport de la Miviludes 2008:
La protection de la santé publique (2'02")
5
à 600 mouvements sectaires sont recensés
aujourd’hui; ils étaient moins de 200 il y a
quinze ans. C’est ce que révèle la Miviludes,
dans son rapport annuel publié aujourd’hui.
Elles font rarement parler d’elles, et pour cause
: les sectes avancent masquées. Identifiées
comme telles, elles feraient plutôt figure de
repoussoir. Aussi changent-elles souvent de nom, et
d’attribution. Et il est un terreau qui leur est particulièrement
favorable: le développement personnel - les
psychothérapies en tout genre.
C’est la Miviludes, la Mission interministérielle
de lutte contre les dérives sectaires, qui tire
le signal d’alarme. Dans son rapport annuel, publié
ce matin, elle explique ainsi que quelque 500 à
600 mouvements sectaires sont établis en France,
contre moins de 200 il y a 15 ans. Un triplement, donc,
dû à des “niches nouvelles”, selon le mot
du président de la Miviludes, Georges Fenech.
Et la mission de décrire par le menu un certain
nombre de formations fantaisistes - c’est assez innocent
- et déstabilisantes - ça l’est moins.
La Miviludes demande officiellement qu’un recensement
de ce type de pratiques et des différents organismes
soit fait. Car, dit-elle, la demande est très
grande et l’offre assez disparate...
La riposte des pouvoirs publics
D’ailleurs, les pouvoirs publics s’en mêlent
- et la Miviludes s’en félicite.
Le ministère de la Santé a mis en place
un “groupe d’appui technique sur les pratiques non conventionnelles
à visée thérapeutique”, en février
dernier.
Le ministère du Travail, lui, traque les cas
de travail dissimulé. Il va également
réformer la formation professionnelle, pour doter
les organismes d’un agrément administratif (actuellement,
une simple déclaration suffit pour être
répertorié comme organisme de formation
professionnelle).
Quant à l’Education nationale, elle va se
pencher sur les dérives sectaires liées
à l’école à domicile.
La Miviludes souligne que de nombreux groupements
sectaires invoquent l’instruction dans les familles
pour justifier la scolarisation sur place, alors que
cette pratique doit être limitée à
deux familles.
Pour l’heure, il n’existe pas de liste des mouvements
sectaires opérant en France. Il y avait bien
eu, en 1994, un rapport parlementaire qui avait publié
une liste, d’environ 200 noms. Mais celle-ci était
rapidement devenue obsolète : de nombreux mouvements
avaient rapidement changé de nom ou d’adresse...
Pas question d’établir une nouvelle liste
aujourd’hui; le président de la Miviludes propose
plutôt d’établir un "référentiel",
sorte de répertoire des pratiques à risque.
Georges Fenech,
président de la Miviludes
- photo d'archive Joël Philippon
C'est dans un pari difficile que s'est lancé
Georges Fenech, le nouveau président de la Miviludes
(Mission interministérielle de vigilance et de
lutte contre les dérives sectaires).
En choisissant
de donner un second souffle à cette institution
au moment où la lutte contre les dérives
sectaires ne paraît plus être une des principales
préoccupations du moment, mais surtout en décidant
d'adopter une stratégie beaucoup plus offensive
alors même que l'on assiste à une certaine
crispation autour de la question de la laïcité,
l'ancien magistrat lyonnais - et ancien député
du Rhône - s'est, en effet, engagé sur
une voie étroite. Même si, dans cette démarche,
il bénéficie du soutien du Premier ministre
et de la coopération de l'ensemble des ministères.
Le rapport 2008 de la Miviludes, remis hier soir
à François Fillon, reflète ce nouvel
état d'esprit qui veut qu'après avoir
longtemps privilégié les dénonciations
et autres mises en garde, l'institution passe aujourd'hui
à l'action. «Il n'y a pas de liberté
absolue, mais des libertés fondamentales qui
doivent s'inscrire dans le cadre de la loi» nous
a déclaré hier Georges Fenech, visiblement
peu impressionné par les diverses accusations
dont la France a été l'objet pour le peu
de cas qu'elle ferait «de la liberté religieuse». Ce qui est d'ailleurs pour lui «un vrai
dogme» l'a d'ailleurs conduit à intervenir
auprès des autorités catholiques pour
attirer leur attention sur les pratiques discutables
de deux communautés, l'une située en Gironde,
«la communauté des béatitudes»
et l'autre dans le Jura, le groupe «amour et
miséricorde». «Dans les deux cas,
la Miviludes a été accueillie avec bienveillance
et entendue» constate aujourd'hui le président.
Pour autant, le rapport 2008 de la Miviludes ne néglige
pas non plus la lutte contre les formes plus habituelles
de dérives sectaires. A ce titre Georges Fenech
est particulièrement satisfait d'avoir obtenu
l'engagement des ministères de la Santé,
du Travail et de l'Éducation: «Il s'agit
d'intervenir dans les secteurs des pratiques médicales
non conventionnelles, de l'enseignement pratiqué
hors du système scolaires et de la formation
professionnelle. Trois domaines d'activité où
les sectes sont particulièrement actives ».
Enfants et parapsychologie au menu de la lutte contre
les sectes
Le chiffre est stupéfiant : selon Georges
Fenech, président de la Miviludes, Mission interministérielle
de Vigilance et de Luttes contre les dérives
sectaires, 5000 enfants seraient privés d'école
par leurs parents, adeptes de sectes. (Voir la vidéo
1)
Vidéo
1: Enfants et parapsychologie au menu de la
lutte contre les sectes
Cette situation est la principale préoccupation
manifestée dans le rapport remis lundi soir au
Premier ministre par Georges Fenech.
Pour mener à bien son travail, la Mission
a eu largement recours aux différents ministères
qui participent à l'action contre les dérives
sectaires. En tout premier lieu le ministère
de la Santé, particulièrement inquiet
de la prolifé- ration des pseudos psychologues
qui promettent monts et merveilles à des malades
atteints de maladies graves, parmi lesquelles les cancers.
Jusqu'à des promesses de guérison assurée,
sans traitement. (Voir la vidéo 2)
Vidéo
2: Enfants
et parapsychologie sectaires
Le 25 mai va s'ouvrir devant le tribunal correctionnel
de Paris un important procès où l'Eglise
de Scientologie est poursuivie en tant que personne
morale par plusieurs personnes se considérant
comme victimes de pratiques sectaires déviantes.
La Miviludes attend d'une condamnation un sérieux
coup de frein aux pratiques qu'elle dénonce.
Comme chaque année depuis sa création,
en 2002, la Mission interministérielle de vigilance
et de lutte contre les dérives sectaires a publié
son rapport annuel. A l'occasion d'une conférence
de presse mardi, son président, Georges Fenech,
a dénoncé le "dévoiement des
pratiques psychothérapeutiques à des fins
sectaires". Les médecines dites alternatives
sont notamment visées.
Le président de la Miviludes,
Georges Fenech, a présenté mardi le détail
du rapport 2008. (Maxppp)
"Une explosion de la bulle psy accompagnée
de nombreuses déviances." Voici le nouveau
chantier de la Miviludes, auquel le rapport 2008 consacre
une large part. Georges Fenech, le président
de la Mission interministérielle de vigilance
et de lutte contre les dérives sectaires, en
a détaillé les grandes lignes mardi matin
lors d'une conférence de presse. Le magistrat
a mis l'accent sur le danger inhérent au manque
de règlementation de la profession de psychothérapeute.
Si selon lui, la plupart des professionnels "exerce
leur discipline en conscience", les "infiltrations
de groupements à caractère sectaire"
sont monnaie courante.
Kinésiologie*, reiki**, médecine germanique
du Docteur Hamer***... la liste est longue. Ce que la
Miviludes dénonce, ce n'est pas tant l'efficacité
de ces méthodes, mais leurs conséquences,
à savoir, dans bien des cas, la marginalisation
sociale, professionnelle et familiale de ces "patients".
"On leur recommande d'abandonner la médecine
traditionnelle. Par manque d'informations, ils tombent
dans le piège. On leur dit par exemple que le
cancer n'est pas d'origine biologique mais psychologique
; qu'il faut 'déprogrammer' la maladie de leurs
cerveaux", dénonce ainsi Georges Fenech.
*Au moyen d'un test musculaire, la kinésiologie
décèle les douleurs psychologiques
**Médecine non conventionnelle d'origine japonaise
basée sur des soins énergétique
par imposition des mains
***Emprisonné à deux reprises, en Allemagne,
puis en France, le Docteur Hamer fait du cancer la conséquence
d'un choc psychologique
Recenser les techniques psychothérapeutiques
Face à l'augmentation de ces pratiques - et
à la multiplication des procès - les pouvoirs
publics ont fini par s'emparer du problème. En
la matière, la Miviludes travaille main dans
la main avec le ministère de la Santé.
Au début de l'année, la Direction générale
de la santé a d'ailleurs mis sur pied un groupe
d'appui technique, destiné à "recenser
ces techniques psychothérapeutiques". Selon
Georges Fenech, il s'agit de "faire le tri entre
les bonnes et les mauvaises pratiques".
Les élus se penchent aussi sur la question.
Philippe Vuilque, député socialiste des
Ardennes et président du groupe d'études
sur les sectes à l'Assemblée nationale,
était d'ailleurs présent mardi à
la conférence de presse. Pour lui, il s'agit
de mieux réglementer la profession afin d'éviter
les dérives de caractère sectaire. Déjà
en 2004, l'amendement Accoyer, du nom de l'actuel président
de l'Assemblée nationale, visait à encadrer
la profession. Mais le texte, en raison de sa difficulté
d'application, n'a jamais été suivi de
décret.
Aujourd'hui, l'amendement est repris
- et amélioré en vue d'une application
effective - dans le cadre de la loi Hôpital, votée
par les députés le 5 mars dernier et en
cours d'examen au Sénat. Selon Georges Fenech,
il fixe "les conditions d'attribution du diplôme
de psychothérapeute", terme qui recouvre
à la fois la psychiatrie, la psycho- logie, la
psychanalyse et la psychothérapie. "Une
très bonne nouvelle", selon le président
de la Miviludes.
La Mission interministérielle de vigilance
et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes)
a publié le 19 mai son rapport d’activité
2008 dans lequel elle pointe les risques de dérives
sectaires chez les psychothérapeutes et dans
le domaine de la formation professionnelle.
Les sectes continuent leurs mutations pour rester
insaisissable. Aperçues hier dans le soutien
scolaire, elles se développeraient aujourd’hui
dans la formation professionnelle. Une enquête
de la Miviludes révèle en effet une augmentation
des déclarations d’organisme qui se déclarent
spécialisés dans «le développement
des capacités mentales, comportementales, les
formations en développement personnel, et parfois
la psychologie et la santé» qui représentent
«près de 20% du nombre total de prestataires
de formation déclarés».
«La formation professionnelle doit concrètement
servir à l’emploi et au poste de travail et/ou
au développement des connaissances. C’est pourquoi
les actions de développement personnel n’entrent
généralement pas dans le champ de la formation
professionnelle continue», signale la mission.
«Très souvent, le caractère professionnel
ou professionnalisant de ces formations n’est pas démontré,
d’autant plus que les objectifs ou programmes demeurent
imprécis, ou ne font état d’aucune progression
pédagogique, ne définissent pas de prérequis
ou de situation professionnelle particulière
des personnes formées. Elles ne proposent pas
non plus de dispositif d’évaluation permettant
d’apprécier les compétences acquises.»
Contrôle de l’Etat
Trois groupes de travail ont été constitués
depuis le début de l’année pour améliorer
cette offre de formation et notamment pour lutter contre
les organismes qui font passer leurs déclarations
d’existence pour un agrément d'Etat.
Ils recommandent
notamment:
d’améliorer la visibilité de l’offre
par un mécanisme d’inscription des organismes
de formation sur un portail-répertoire;
de clarifier les conditions d’exonération
de TVA aujourd’hui accordée automatiquement sur
simple demande, y compris pour des prestataires commerciaux
à but lucratif;
et qu’à l’issue de chaque formation, une attestation
mentionnant les objectifs de l’action et le succès
aux épreuves lorsqu’elles ont eu lieu soit délivrée
au bénéficiaire.
La Miviludes suggère aussi «un contrôle
régulier par l’État des procédures
qu’ils mettent ou ne mettent pas en œuvre en ce domaine,
(afin) de démultiplier l’efficacité du
contrôle et de contribuer à l’amélio-
ration
de la qualité de l’offre dans son ensemble».
Vers un statut de psychothérapeute ?
Le rapport 2008 revient aussi sur un problème
plus ancien : la pratique du métier de psychothérapeute.
«L'explo- sion de la bulle "psy", très
insuffisamment maîtrisée par les différents
acteurs publics, professionnels et associatifs, inquiète
par les nombreuses déviances qui l’accompagnent»,
note-t-il.
25 à 30% de ces professionnels n’auraient
ni diplôme lié directement à cette
pratique, ni encadrement ou régula- tion par leurs
pairs. Certaines formations à ce métier
seraient données par des organismes non reconnus
par les pouvoirs publics, sans garantie de qualité
et dont les diplômes seraient sans valeur.
Un amendement à la loi de santé publique
de 2004 appelait à un décret visant à
encadrer le titre de psychothé- rapeute, mais ce
texte d’application n’a jamais vu le jour. «Ce
texte constitue un immense espoir pour les victimes,
les familles, les associations de défense et
les professionnels qui constatent les dégâts
de groupes ou d’individus de la mouvance sectaire»,
indique la Miviludes.
Toutefois, la ministre de la Santé Roselyne
Bachelot a fait modifier à l’Assemblée
le texte relatif à l’hôpital, actuel- lement
examiné au Sénat, afin de poser des règles
de formation et de pratique de cette profession ainsi
que d’en sanctionner les dérives.
Référentiel des structures
Dans ce bilan annuel, la Miviludes met également
en garde contre l’utilisation d’internet par les mouvements
sectaires et face au développement du satanisme
déjà évoqué dans un précédent
rapport.
Le président de la mission, Georges Fenech,
a profité de la remise du document au Premier
ministre François Fillon pour lui proposer la
mise en place d’un «outil de référence
mis à jour régulièrement (et) regroupant
les structures à dérive sectaire avec
un descriptif de leurs méthodes, leurs pratiques,
leurs démêlés avec la justice»,
indique Le Figaro du 18 mai. Un dispositif plus réactif
que la liste publiée en 1995 par la commission
d’enquête parlementaire sur les sectes et qui
avait été vivement critiquée.
C’est aujourd’hui que la Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
(Miviludes), présidée par Georges Fenech,
rend son rapport annuel au Premier ministre.
Et c’est à une tâche ardue que s’est
attelée la Miviludes. En 1995, une Commission
d’enquête avait déjà tenté
d'établir la liste des mouvements aux dérives
sectaires, mais avait dû y renoncer après
de multiples controverses. Pourtant, le dossier est
de nouveau à l’ordre du jour. Il s’agit, selon
Georges Fenech, interrogé ce mardi par le Figaro,
de «créer un référentiel
regroupant les structures à dérive sectaire
avec un descriptif de leurs méthodes, leurs pratiques,
leurs démêlés avec la justice».
Cette liste se concentre sur les «structures
posant problème», et non pas à
toutes les pratiques sectaires en France. Georges Fenech
se prononce par ailleurs en faveur de la diffusion sur
le net de cette liste, afin de répondre à
un vrai besoin d’informations.
Mais la Miviludes doit faire face aux réticences
d’instances internationales parmi lesquelles l’Organisation
pour la sécurité et la coopération
en Europe (OSCE). Trois inspecteurs de ce bureau se
sont en effet rendus au siège de la Miviludes
afin de vérifier que les travaux ne portaient
pas atteinte aux principes de la liberté religieuse.
L’Eglise de scientologie aurait explicitement
appelé l’OSCE à surveiller étroitement
les activités de la Miviludes.
Le rapport s’attaque également à la
pratique de la psychothérapie, car, selon les
dires de Georges Fenech, «la mouvance sectaire
investit largement le champ de la santé»,
et l’on doit éviter aux patients de remettre
leur santé dans les mains de charlatans.
Malgré l’ampleur de la tâche, Georges
Fenech, interrogé par Libération, félicite
les pouvoirs publics d’être «passés
de la phase de dénonciation à la phase
d’action». Si François Fillon valide dans
les prochains jours la création d'une cellule
d’assistance judiciaire contre les sectes, le lobbying
antisecte de la Miviludes enregistrera un premier succès.
Quelque 500 à 600 mouvements sectaires sont
établis en France selon le rapport annuel de
la Miviludes sur les sectes rendu public mardi. Ils
étaient moins de 200 il y a 15 ans. Plusieurs
de ces mouvements sectaires investissent le champs de
la santé et plus particulièrement de la
psychothérapie.
"On peut considérer qu'il y a probablement
un tiers des psychothérapeutes qui viennent des
milieux sectaires ou charlatans", estime Georges
Fenech, président de la Miviludes.
L'année 2008 marque "un vrai tournant
dans l'attitude des pouvoirs publics face aux dérives
sectaires. On passe vraiment à l'action",
dit M. Fenech. Les ministères sont pour la première
fois tenus de communiquer leurs objectifs pour combattre
le phénomène sectaire.
Au ministère de la Santé, la Direction
générale a mis en place un groupe d’appui
technique (GAT) pour recenser, à partir du mois
de septembre, l’ensemble des psychothérapies
alternatives, c’est-à-dire qui échappent
aux princi- pales écoles de la discipline. Les
premiers résultats de ce travail seront consultables
sur Internet en 2010. À partir de cette évaluation,
les pouvoirs publics pourraient interdire certaines
pratiques par voie législative, a précisé
M. Fenech au Figaro. Il ne s'agit nullement de suspecter
toutes les médecines douces, précise-t-il,
mais on sait qu'elles attirent des charlatans.
La formation professionnelle, qui est financée
par des fonds publics, est aussi investie par des sectes.
Des employés qui s'inscrivent à une formation
pour développer leurs capacités de communication
ou d'organisation tombent sur des gourous.
Aujourd'hui,
pour proposer une formation professionnelle, il suffit
de faire une déclaration aux organismes publics.
Or nombre de charlatans font croire que ce système
déclaratif vaut validation par l'État.
Le système doit être changé.
Psychomédia avec source:
Le Figaro
Europe 1
Voyez également:
Multiplication de psychothérapeutes
liés à des sectes (rapport de la Miviludes,
mai 2009)
Sectes: un rapport alerte contre la montée
du satanisme et autres dérives (Milivudes, 2008)
Les sectes de plus en plus actives dans le
domaine de la formation (Milivudes, 2007)
Les sectes de plus en plus actives auprès
de mineurs (Milivudes, 2006)
Interview
de Georges Fenech: "La
fermeté c'est quoi
?"
La Mission interministeriérielle de
vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
(Miviludes) rendait son rapport mardi. La Mission entend
bien déployer des moyens plus opérationels
que les autres années pour contenir les mouvements
sectaires. Elle pointe la dérive des psychothérapies
alternatives.
Eglise
de scientologie - Photo: Camarade
Tova
C'est le préambule du rapport 2009 qui donne
le ton. «La societé est en crise économique
mais aussi en crise morale, en manque de repère.
Les gens sont particulièrement vulnérables
et manipulables». Le rapport met en garde plus
particulièrement cette année contre les
dérives sectaires des psychothérapies
alternatives.
La Fédération française
de psychotérapie reconnait officiellement 38
méthodes suivies par un personnel diplômé
mais on répertorie une soixantaine de méthodes
de psychotérapie ésotérique comme
«la libération des cuirasses» avec
risque d'emprise mentale.
Dans le domaine professionnel, le rapport de la Mission
souligne aussi le besoin de vigilance concernant le
coaching, très en vogue actuellement, qui est
souvent une couverture pour les adeptes de la scientologie.
La Mission se déclare pour plus de fermeté,
c'est le crédo du président de la Miviludes,
Georges Fenech, qui veut créer ce qu'il appelle
un «référentiel» des mouvements
sectaires, c'est-à-dire une sorte de répertoire
des pratiques à risque établi à
partir des signalements ou des plaintes reçues.
Georges Fenech, président de la Miviludes
«Il y a des gens qui se tournent vers vous
en faisant croire qu'ils ont des réponses immédiates
pour satisfaire vos besoins; c'est là que le
danger commence.»
Les dérives sectaires du bien-être
et de la santé en France(France 24 - 19 mai
2009)
Un rapport dénonce les dérives sectaires
de certaines formations psychothérapeutiques.
Georges Fenech, président de la Mission interministérielle
de lutte contre les dérives sectaires, témoigne
de ces pratiques dans Focus.
Dans un petit local d'un pavillon de la banlieue
parisienne, nous retrouvons Laurence. Ce n’est pas une
ostéopathe ni même une podologue, mais
une ex-employée du secteur bancaire qui vient
juste de se reconvertir dans le bien-être.
Laurence est ce qu'on appelle une réflexologue
plantaire, une discipline par laquelle on veut provoquer
un effet de détente par le toucher. Chaque partie
du pied est censé correspondre à un organe
du corps. Seulement voilà, cette discipline n'est pas
reconnue en France et n'est pas validée par le
corps médical. Mais Laurence y croit et vient
d'obtenir son certificat de réflexologie. Un
certificat sans valeur mais obtenu auprès d'un
centre de formation bien réel.
Des formateurs peu scrupuleux
En France, il en existe des centaines et parmi eux
figurent parfois des centres de formation peu scrupuleux.
Laurence en a d'ailleurs fait les frais, elle a dû
tout recommencer après une première formation
non satisfaisante.
En général, ces cours ont lieu au domicile
du formateur. Sylvie était l’une des six étudiantes
des cours proposés par un centre de formation
parisien du même acabit.
Au départ, cette proximité de travail
en petit en groupe restreint, avait séduit cette
auxiliaire de soins. Mais elle a tout arrêté
quand elle s'est sentie manipulée.
"Nous nous sommes rendus compte qu'au bout de
trois mois de formation que cette personne nous manipulait.
Qu'elle nous donnait des ‘phrases-cadeaux’ qui détruisaient
des gens autour de nous, alors que nous étions
là en tant que professionnels. Nous estimons
que ces ‘phrases-cadeaux’ étaient plus de la
manipulation mentale qu'autre chose et qu'on ne pouvait
pas les distribuer gratuitement aux gens", raconte
Sylvie.
"Je n'ai pas ma place dans mon milieu familial,
j'ai le cul entre deux chaises", c'est un exemple
de ces fameuses "phrases-cadeaux" que le formateur
demande aux étudiants d'appliquer à leurs
patients.
Les personnes doivent se répéter ces
phrases de façon à en être convaincues.
Tout cela caché derrière de la kinésiologie.
Une méthode censée permettre de tester
et de corriger les déséquilibres de l'organisme…
Dérives
C'est ce genre de dérives qui alertent la
Miviludes, une structure affiliée aux services
du Premier ministre, chargée d'identifier les
dérives sectaires et de mesurer les risques d'atteinte
de l'intégrité physique et mentale des
personnes.
"Ce qui nous inquiète c'est qu'il y a
toute une offre de formations qui ne sont absolument
pas encadrées, qui n'entrent pas dans le cadre
de la formation professionnelle et qui délivrent
des formations dites ‘certifiantes’, indique Françoise
Chalmeau, conseillère santé à la
Miviludes. On est dans une zone à haut risque
qui manie beaucoup les outils psychothérapeutiques
qui sont des outils qui, lorsqu'ils sont dévoyés,
vous entraînent dans des techniques de manipulation
mentale qui peuvent aboutir jusqu'à l'emprise
mentale de celui qui a suivi ce type de stage."
Les femmes qui suivaient les cours ont décidé
de tout arrêter mais ont versé près
de 2'000 euros. Contacté par FRANCE 24, le formateur
n’a pas souhaité s'exprimer devant notre caméra.
Aujourd’hui, ces femmes ont porté plainte.
Le dossier est maintenant entre les mains de la justice.
Les méthodes de recrutement évoluent,
mais la manipulation est toujours la même. Photo
Thierry PonsLe nouveau rapport 2008 de la Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
(Miviludes), remis hier au Premier ministre, a recensé
500 à 600 mouvements sectaires établis
en France, quasiment quatre fois plus qu'il y a 15 ans,
époque où l'on n'en comptait que 200.
Cette croissance exponentielle est due à l'investissement
par les mouvements de «niches nouvelles»
pour reprendre le mot de Georges Fenech, président
de la Miviludes, en l'occurrence le marché florissant
de l'épanouis- sement personnel où sont
à l'œuvre une multitude de psychothérapies
alternatives ou de formations fantaisistes. Ce phénomène
en plein boom constaté par les associations de
terrain (lire ci-dessous) s'appuie notamment sur un
entrisme particulièrement pointu dans des manifestations
à la thématique bien être, écologie,
etc.
Mais si les méthodes évoluent, la finalité
des charlatans ne change pas : exercer sur leurs victimes
une emprise mentale, caractéristique de la dérive
sectaire.
Selon Georges Fenech, l'année 2008 marque
«un vrai tournant dans l'attitude des pouvoirs
publics face aux dérives sectaires. On passe
vraiment à l'action», se félicite
le président de la mission, en citant les propositions
des divers ministères qui traduisent «une véritable sensibilisation au phénomène.
Groupe de travail au ministère de la Santé
« sur les pratiques non conventionnelles à
visée thérapeutique»; traque des
cas de «travail dissimulé» dans
des organisations qui font travailler leurs adeptes
sans les rémunérer; recherche par l'Éducation
nationale du nombre d'enfants scolarisés à
domicile et éventuellement concernés par
les dérives sectaires.
Le rapport publie également un chapitre sur
le satanisme qui gagne du terrain par le biais d'internet,
sur les méthodes de lobbying des sectes à
l'ONU, sur l'utilisation d'internet par les sectes ou
encore sur la lutte contre les dérives sectaires
en France et en Europe.
Au-delà de ces constats, la Miviludes souhaite
passer à la vitesse supérieure et se doter
d'un nouvel outil. Car pour l'heure, il n'existe pas
en France de liste des mouvements, sectaires seulement
le rapport parlementaire de 1995, très critiqué
et aujourd'hui obsolète, qui recensait 200 noms.
Hier, Georges Fenech a donc plaidé pour que
soit établi « un référentiel
» réunissant les dossiers concernant les
mouvements sectaires à partir des signalements
ou des plaintes reçues.
« Notre référentiel respectera
le contradictoire », assure le président.
Le travail de recensement sera à la disposition
des professionnels mais sa publication sera arbitrée
par le Premier ministre.
Le nouveau rapport 2008 de la Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
(Mivi- ludes), remis hier au Premier ministre, a recensé
500 à 600 mouvements sectaires établis
en France, quasi- ment quatre fois plus qu'il y a 15 ans,
époque où l'on n'en comptait que 200.
Cette croissance exponentielle est due à l'investissement
par les mouvements de « niches nouvelles »
pour reprendre le mot de Georges Fenech, président
de la Miviludes, en l'occurrence le marché florissant
de l'épanouissement personnel où sont
à l'œuvre une multitude de psychothérapies
alternatives ou de formations fantaisistes.
Ce phénomène
en plein boom constaté par les associations de
terrain (lire ci-dessous) s'appuie notamment sur un
entrisme particulièrement pointu dans des manifestations
à la thématique bien être, écologie,
etc.
Mais si les méthodes évoluent, la finalité
des charlatans ne change pas: exercer sur leurs victimes
une emprise mentale, caractéristique de la dérive
sectaire.
Selon Georges Fenech, l'année 2008 marque
«un vrai tournant dans l'attitude des pouvoirs
publics face aux dérives sectaires. On passe
vraiment à l'action», se félicite
le président de la mission, en citant les propositions
des divers ministères qui traduisent «une véritable sensibilisation au phénomène.
Groupe de travail au ministère de la Santé
«sur les pratiques non conventionnelles à
visée thérapeutique»; traque des
cas de «travail dissimulé» dans
des organisations qui font travailler leurs adeptes
sans les rémunérer; recherche par l'Éducation
nationale du nombre d'enfants scolarisés à
domicile et éventuellement concernés par
les dérives sectaires.
Le rapport publie également un chapitre sur
le satanisme qui gagne du terrain par le biais d'internet,
sur les méthodes de lobbying des sectes à
l'ONU, sur l'utilisation d'internet par les sectes ou
encore sur la lutte contre les dérives sectaires
en France et en Europe.
Au-delà de ces constats, la Miviludes souhaite
passer à la vitesse supérieure et se doter
d'un nouvel outil. Car pour l'heure, il n'existe pas
en France de liste des mouvements, sectaires seulement
le rapport parlementaire de 1995, très critiqué
et aujourd'hui obsolète, qui recensait 200 noms.
Hier, Georges Fenech a donc plaidé pour que
soit établi «un référentiel»
réunissant les dossiers concernant les mouvements
sectaires à partir des signalements ou des plaintes
reçues.
«Notre référentiel respectera
le contradictoire», assure le président.
Le travail de recensement sera à la disposition
des professionnels mais sa publication sera arbitrée
par le Premier ministre.
Scientologie: procès à risque
L'association spirituelle de l'Église de scientologie
comparaît devant le tribunal correctionnel de
Paris, à partir de lundi prochain, pour répondre
«d'escroquerie en bande organisée.»
Un procès à haut risque pour la Scientologie
en France puisqu'une condamnation pourrait ouvrir la
voie à sa dissolution. L'association est suspectée
d'avoir trompé les victimes à l'aide de
manœuvres frauduleuses», de les avoir «persuadées faussement que le Centre de scientologie
était en mesure d'identifier et de résoudre
leurs difficultés psychologiques» et d'avoir
eu pour «seul but de capter leur fortune.»
C'est la première fois que la justice s'attaque
aux méthodes même de la Scientologie en
temps que personne morale. Pendant une dizaine de jours,
les magistrats vont décortiquer les pratiques
de l'association. Ils se pencheront notamment sur les
vitamines que vend l'association et sur l'«électromètre», cet appareil électrique vendu 4'847
€ et qui est censé «mesurer les variations
de l'état mental d'une personne et tirer ainsi
des conclusions sur sa personnalité.»
Gérard Fodor est président de l'Association
de défense des familles et de l'individu victimes
de sectes (Adfi) en Midi-Pyrénées.
La Dépêche du Midi: Comment accueillez-vous
le nouveau rapport de la Miviludes.
Gérard Fodor: Très favorablement,
car les thèmes qu'il met en exergue sur le problème
des psychothérapies sauvages est l'un de ceux
sur lequel nous travaillons depuis longtemps. C'est
vraiment notre quotidien. Ce n'est pas un phénomène
nouveau ; il existe depuis plusieurs années,
mais il est en pleine explosion. C'est un phénomène
de plus en plus aigu, de plus en plus important. Sur
les quelque 600 appels que nous recevons lors de nos
perma- nences dans l'année, 9 sur 10 concernent
ce type de pratiques. Ce que l'on constate, c'est que
plus le psycho- thérapeute est formé à
minima, plus il va en rajouter sur sa carte de visite,
ce qui est paradoxal. Parfois il affiche 4 ou 5 lignes
de «spécialités», ce qui
est absurde. Mais c'est un marché de l'absurde…
Quelle est votre action contre ces pratiques ?
Outre l'aide que nous apportons aux personnes qui
nous sollicitent, nous avons entamé un travail
de recensement de tous les tracts qui promeuvent ces
thérapies. C'est affolant tant il y en a. Surtout,
nous avons constaté que ces psychothérapeutes
investissaient de plus en plus de manifestations traitant
du développement durable. C'était encore
le cas le week-end dernier à Muret où
lors d'une «éco-foire, citoyenne et décomplexée», des conférences étaient tenues
par des charlatans. Ces manifestations (bien-être,
santé, écologie) servent de «masque
sectaire» à ces charlatans qui profitent
de leurs labels et en tirent une sorte de respectabilité.
C'est dans ce type de manifestation où ils rôdent
leur discours que naissent les gourous en herbe.
Le Grand Sud est-il touché ?
À Toulouse, nous connaissons ce phénomène
mais il est également présent dans des
zones rurales qui sont attrayantes comme l'Ariège,
le Tarn et l'Aveyron.
Quelles suites attendez-vous du rapport ?
Des mesures concrètes qui concernent le statut
des psychothérapeutes dont 70 % sont corrects.
Il faut pourvoir s'assurer que les psychothérapeutes
sont correctement formés.
Adfi Midi-Pyrénées. Tél. 05
34 41 44 95
Téléchargez le rapport de la Miviludes au format
PDF, cliquez ici(PDF -
2.2 Mo)
Trois experts en religion membres du Bureau des Droits
de l'Homme de l'OSCE (Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe) ont rendu visite
à la Miviludes, a indiqué lundi à
l'AFP son président Georges Fenech, confirmant
une information parue dans Libération.
Ces trois experts, un Français, un Italien
et un Américain, sont venus la semaine dernière
"à la suite de récrimi- nation de certaines
ONG qui accusent la France d'atteintes aux droits de
l'Homme dans le cadre de la lutte contre les dérives
sectaires", a ajouté le président
de la Miviludes (Mission interministérielle de
vigilance et de lutte contre les dérives sectaires),
précisant que cette visite s'était "bien
passée".
M. Fenech a jugé "normal" que ces
experts qui ont été saisis de plaintes
fassent leur enquête. Il a expliqué qu'il
s'était rendu à Varsovie en octobre pour
le congrès du bureau des droits de l'Homme de
l'OSCE où il avait expliqué la politique
de la France contre les dérives sectaires. "Il
avait été convenu alors de poursuivre
nos contacts", a-t-il ajouté.
"Ces plaintes pour atteintes aux droits de l'Homme
émanent du lobby sectaire" qui veut discréditer
la Miviludes, a insisté M. Fenech, rappelant
que la Miviludes avait dénoncé ces pratiques
de lobbying dans ses rapports annuels, l'an dernier
et cette année encore (le rapport annuel 2008
est remis lundi soir au Premier ministre).
Il a refusé de considérer cette visite
d'experts comme une tentative d'intimidation à
quelques jours de l'ouverture du procès de sept
membres de l'Eglise de Scientologie pour "escroquerie
en bande organisée", le 25 mai devant devant
la 12e chambre du tribunal correctionnel de Paris.
En revanche, l'Eglise de Scientologie considère
que la Miviludes participe au "lynchage médiatique"
dont elle fait l'objet avant ce procès.