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- Lettre
ouverte à Jean-Luc Vez
- par Charles Poncet
Cher
Monsieur,
Docteur
en droit de l'Université de Fribourg, vous êtes
aux commandes de l'Office fédéral de la
police. Votre officine a un site internet; elle s'y
proclame vouée à «l'exécution
de tâches préventives, notamment en matière
de protection de l'Etat». Son organigramme au
titre clinquant - fedpol.ch -vaut la visite: l'écran*
évoque d'étranges papillons aux couleurs
suspectes, capturés à proximité
de Tchernobyl, puis épinglés à
la diable dans quelque boîte entomologique pour
y être oubliés de tous...
Trêve
de plaisanteries, le sujet est sérieux: la police
dite préventive est l'art ténébreux
de faire le bien des citoyens par des méthodes
plus ou moins avouables, propres - si l'on ose dire
- à empêcher une infime minorité
de nuire à la nation. Fouché y excellait,
quitte à parfois préférer le poignard
au procès-verbal; avant lui, La Reynie assurait
au Roi Soleil un pré carré sans insectes
nuisibles, mais il avait la Bastille et la lettre de
cachet pour y contribuer; Vidocq inventa la police de
sûreté, Clemenceau les brigades mobiles.
J'ignore
auquel de ces grands maîtres vont vos préférences,
mais je crains que vos services ne cherchent ailleurs
leur inspiration: du côté de l'inspecteur
Clouzot ou des Dupont et Dupond. Louons, Monsieur, la
Providence qui met ce pays à l'abri des drames
que tant d'autres connaissent, car s'il fallait compter
sur vos spadassins pour nous protéger des tourments
du monde, nous sombrerions à coup sûr dans
l'anarchie et le désespoir.
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- Jean-Luc
Vez, directeur
- de l'Office fédéral de
la police.
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Vos
services sont peuplés d'incapables et leur balourdise
donnerait à rire si elle n'était angoissante.
L'épisode
grotesque du Centre islamique de Genève illustre
le propos. Prêter à son directeur, Hani
Ramadan, l'intention d'organiser des attentats terroristes
en Suisse était à peu près aussi
plausible que de soupçonner Christoph Blocher
d'appartenir au KGB.
Ramadan
se réclame, certes, d'un islam sourcilleux et
puritain, à la manière du catholicisme
d'Ecône. Il rêve d'un monde de barbus, où
on lapiderait les fornicatrices, secrètement
troublé sans doute par l'évocation de
leur luxure, mais il n'est pas plus terroriste que vous
et moi. Quant à son officine, on y prêche
assurément des capucinades sulfureuses, mais
l'idée qu'il pût s'y tramer de sombres
complots contre la démocratie suisse ne pouvait
naître qu'au plus profond des brumes d'une bureaucratie
bernoise.
Je
soupçonne vos pandores d'avoir monté ce
coup fumant par jalousie des Renseignements généraux
français qui, eux, ont un informateur dans chaque
mosquée. Il fallait que la Suisse romande fit
aussi bien. Mais la police, c'est comme le chocolat:
on doit d'abord maîtriser les recettes de base
et vos marmitons en sont éloignés.
Un
avenir de garde champêtre dans la Veveyse ne vous
serait-il pas plus propice que la périlleuse
fonction fédérale qui vous vaut aujourd'hui
tant de malheurs ? Que cette pantalonnade vous vaille
ou non l'enquête parlementaire qu'elle déclencherait
dans une démocratie normale, vous en émergez
couvert d'un ridicule qui va vous coller aux chausses
pendant des années. Voici donc, sous vos ordres,
une police censée nous protéger et elle
est incapable de recruter un indic à peu près
sain d'esprit ?
Au
prix de Dieu sait quelles contorsions, elle force un
petit délinquant à «infiltrer»
le Centre islamique de Ramadan, vos fins limiers confiant
même à leur député un natel
fédéral pour tout moyen de communication
? On prête à tort ou à raison au
célèbre préfet Lépine la
formule brutale «Un indic ça se tient par
les c...», mais voici vos écervelés
incapables de verrouiller le comportement d'un petit
taulard ? En quelques semaines, il tombe sous le charme
de Ramadan, se convertit à l'islam, prend la
bure et se retourne contre vous dans l'hilarité
générale ? Il raconte tout à la
presse, brandit le natel sorti de la caisse fédérale
et appelle même un poulet embarrassé, qui
raccroche piteusement dès qu'il comprend que
l'interlocuteur a été «retourné»
par les barbus ?
Le
ridicule, dit-on, ne tue pas. Il est cependant des fonctions
qu'on devrait quitter quand on s'y est exposé
à ce point-là. Ne pensez-vous pas, Monsieur,
qu'un avenir de garde champêtre dans la Veveyse,
humant la senteur des forêts dans la fraîcheur
du matin, vous serait plus propice que la périlleuse
fonction fédérale qui vous vaut aujourd'hui
tant de malheurs ?
Charles
PONCET, avocat
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