Incompétence des autorités suisses

Incompétence du chef de la police suisse en matière de dérive sectaire

Lettre ouverte à Jean-Luc Vez, directeur de l'Office fédéral de la police, par Charles Poncet (L'Hebdo - 18 mai 2006)

 

Lettre ouverte à Jean-Luc Vez
par Charles Poncet

Cher Monsieur,

Docteur en droit de l'Université de Fribourg, vous êtes aux commandes de l'Office fédéral de la police. Votre officine a un site internet; elle s'y proclame vouée à «l'exécution de tâches préventives, notamment en matière de protection de l'Etat». Son organigramme au titre clinquant - fedpol.ch -vaut la visite: l'écran* évoque d'étranges papillons aux couleurs suspectes, capturés à proximité de Tchernobyl, puis épinglés à la diable dans quelque boîte entomologique pour y être oubliés de tous...

Trêve de plaisanteries, le sujet est sérieux: la police dite préventive est l'art ténébreux de faire le bien des citoyens par des méthodes plus ou moins avouables, propres - si l'on ose dire - à empêcher une infime minorité de nuire à la nation. Fouché y excellait, quitte à parfois préférer le poignard au procès-verbal; avant lui, La Reynie assurait au Roi Soleil un pré carré sans insectes nuisibles, mais il avait la Bastille et la lettre de cachet pour y contribuer; Vidocq inventa la police de sûreté, Clemenceau les brigades mobiles.

J'ignore auquel de ces grands maîtres vont vos préférences, mais je crains que vos services ne cherchent ailleurs leur inspiration: du côté de l'inspecteur Clouzot ou des Dupont et Dupond. Louons, Monsieur, la Providence qui met ce pays à l'abri des drames que tant d'autres connaissent, car s'il fallait compter sur vos spadassins pour nous protéger des tourments du monde, nous sombrerions à coup sûr dans l'anarchie et le désespoir.

Jean-Luc Vez, directeur
de l'Office fédéral de la police.

 

Vos services sont peuplés d'incapables et leur balourdise donnerait à rire si elle n'était angoissante.

L'épisode grotesque du Centre islamique de Genève illustre le propos. Prêter à son directeur, Hani Ramadan, l'intention d'organiser des attentats terroristes en Suisse était à peu près aussi plausible que de soupçonner Christoph Blocher d'appartenir au KGB.

Ramadan se réclame, certes, d'un islam sourcilleux et puritain, à la manière du catholicisme d'Ecône. Il rêve d'un monde de barbus, où on lapiderait les fornicatrices, secrètement troublé sans doute par l'évocation de leur luxure, mais il n'est pas plus terroriste que vous et moi. Quant à son officine, on y prêche assurément des capucinades sulfureuses, mais l'idée qu'il pût s'y tramer de sombres complots contre la démocratie suisse ne pouvait naître qu'au plus profond des brumes d'une bureaucratie bernoise.

Je soupçonne vos pandores d'avoir monté ce coup fumant par jalousie des Renseignements généraux français qui, eux, ont un informateur dans chaque mosquée. Il fallait que la Suisse romande fit aussi bien. Mais la police, c'est comme le chocolat: on doit d'abord maîtriser les recettes de base et vos marmitons en sont éloignés.

Un avenir de garde champêtre dans la Veveyse ne vous serait-il pas plus propice que la périlleuse fonction fédérale qui vous vaut aujourd'hui tant de malheurs ? Que cette pantalonnade vous vaille ou non l'enquête parlementaire qu'elle déclencherait dans une démocratie normale, vous en émergez couvert d'un ridicule qui va vous coller aux chausses pendant des années. Voici donc, sous vos ordres, une police censée nous protéger et elle est incapable de recruter un indic à peu près sain d'esprit ?

Au prix de Dieu sait quelles contorsions, elle force un petit délinquant à «infiltrer» le Centre islamique de Ramadan, vos fins limiers confiant même à leur député un natel fédéral pour tout moyen de communication ? On prête à tort ou à raison au célèbre préfet Lépine la formule brutale «Un indic ça se tient par les c...», mais voici vos écervelés incapables de verrouiller le comportement d'un petit taulard ? En quelques semaines, il tombe sous le charme de Ramadan, se convertit à l'islam, prend la bure et se retourne contre vous dans l'hilarité générale ? Il raconte tout à la presse, brandit le natel sorti de la caisse fédérale et appelle même un poulet embarrassé, qui raccroche piteusement dès qu'il comprend que l'interlocuteur a été «retourné» par les barbus ?

Le ridicule, dit-on, ne tue pas. Il est cependant des fonctions qu'on devrait quitter quand on s'y est exposé à ce point-là. Ne pensez-vous pas, Monsieur, qu'un avenir de garde champêtre dans la Veveyse, humant la senteur des forêts dans la fraîcheur du matin, vous serait plus propice que la périlleuse fonction fédérale qui vous vaut aujourd'hui tant de malheurs ?

Charles PONCET, avocat