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Les gourous chouchous de la Croix-Rouge Charlie Hebdo, 20 juin 2006 par Antonio Fischetti
[Texte intégral]
- L'association humanitaire de
la Croix-Rouge utilise les dons récoltés pour le tsunami
- pour collaborer avec un groupe mystico-religieux d'origine indienne.
Il ne fait aucun doute que la Croix-Rouge est un organisme respectable dont
on admire les actions humanitaires, notamment à l'égard des victimes du tsunami.
Aucun doute, mais à condition de ne pas y regarder de trop près. Car la
Croix-Rouge a passé un accord avec une ONG indienne, appelée «M.A. Math», ONG
ayant la fâcheuse particularité d'être sous la coupe d'une certaine Amma, gourou d'une multinationale bigote à la sauce
indienne, et dont l'antenne en France se nomme «Maison Amrita».
Selon ses adeptes, Amma est «énergie de compassion au service de toutes
les souffrances». L'énergie en question parcourt les grandes villes du
monde pour organiser des shows où elle étreint les adeptes à la chaîne. Lors de
sa dernière venue à Paris, notre stagiaire, Gregory, y était en espionnage :
«Amma est au bout d'un long tapis rouge. Il faut prendre un numéro et faire
la queue. Dès qu'on est à moins d'une vingtaine de mètres, on avance, assis ou à
genoux. On attend plusieurs heures. Puis, Amma vous serre contre son sein, vous
caresse un peu la joue, et vous dit quelques mots en indien. Ça dure cinq à dix
secondes.» Désintéressée, la caresse ? Certes non, car «chacun
apporte une offrande. Les gens achètent des bonbons ou des bouquets de fleurs
qu'ils ont payés sept euros. Les cadeaux sont déposés aux pieds d'Amma, puis
revendus à nouveau aux adeptes». Au final, de quoi alimenter de
jolis comptes en banque, vu qu'il arrive aux bras d'Amma d'engouffrer trente
mille personnes en trois jours.
Bientôt, du secourisme par imposition des mains
Je ne sais pas si l'organisation d'Amma peut être qualifiée de secte au sens
strict, mais elle en possède d'indéniables traits. Comme l'idolâtrie du gourou —
ainsi peut-on lire sur le site Internet du centre français d'Amma que «les
mots du maître nous indiquent la Vérité» et que «le guru est comme le
soleil, il brille simplement». Ou comme l'abrutissement des adeptes, fiers
de réciter des prières «de l'aube au
crépuscule».
Comme les
guérisons miraculeuses, encore. Car, bien que les soins ne soient pas refusés,
il est fortement suggéré qu'Amma possède des pouvoirs de guérisseuse, étant
donné qu'on vient la voir pour «des problèmes de santé, soit personnels,
soit chez un proche ...». D'ailleurs, le livre Amma la mère de la béatitude
immortelle, sa biographie, révèle comment un lépreux a été sauvé par l'énergie
de compassion : «C'était un spectacle à vous retourner le sang que de voir
Amma lécher les plaies purulentes [...], toutes ses plaies sont guéries [...],
la salive d'Amma fut son baume divin.»
Mais que fait donc la Croix-Rouge dans ce merdier ésotérique ?
Officiellement, elle finance la reconstruction de cinq cents maisons en Inde.
Après tout, pourquoi pas, on ne va pas aider ou abandonner les gens en fonction
de leurs croyances. Le gros ennui, c'est que l'appui de la Croix-Rouge dépasse
la simple aide financière, puisqu'elle a signé ni plus ni moins qu'un véritable
partenariat avec les fous d'Amma. Et ces derniers, forcément, ne se privent pas
d'exhiber un tel gage de sérieux. Sur leur site Internet, ils affichent des
logos de la Croix-Rouge, ainsi que la photo de son directeur, Olivier Brault, et
proposent même un stage de secourisme, entre divers week-ends de récitation de
mantras ou d'initiation à la médecine traditionnelle indienne.
À Quand la chirurgie mantras anesthésiants!
Je ne suis pas sûr que tous les donateurs de l'organisation humanitaire
apprécient que leur argent serve à cautionner de tels délires mystico-religieux.
D'autant que des victimes du tsunami, il y en a bien d'autres, et sacrement plus
délaissés que les sujets du richissime empire d'Amma (richissime, car il englobe
une kyrielle d'entreprises, écoles, hôpitaux ...). Au fait, qu'en pense la
Croix-Rouge ? Eh bien, apparemment rien, car, en dépit de mes coups de fil
répétés, je n'ai jamais reçu de réponse. |