Une Bible séductrice et réductrice

Bible déjantée et controversée

Le Matin, 17 février 2006
par Jean-François Krähenbühl

ROMANEL-SUR-LAUSANNE Les milieux évangéliques indépendants lancent un Nouveau Testament «décoiffant», vendu en kiosque sous peu. Sous des dehors branchés, cet ouvrage se révèle très moralisateur. Un pasteur s'étonne.

«Je sors avec un garçon qui n'est pas chrétien. Est-ce mal ?» Réponse : «Sortir avec un non-chrétien, c'est un peu comme jouer avec le feu.» «Une fille de l'église m'a dit qu'elle était tombée amoureuse d'une de ses professeurs...» Réponse: «La Bible considère comme un péché le fait, pour une femme, d'être amoureuse d'une autre femme.» Ce sont quelques-unes des affirmations stupéfiantes qu'on trouve dans «Jeune & Vraie - Le Nouveau Testament qui décoiffe», une Bible pour adolescentes lancée par la Société biblique de Genève, Alliance Presse et la Ligue pour la lecture de la Bible, soit des milieux évangéliques indépendants.

Traduction d'un ouvrage américain, «Jeune & Vraie» sera vendu dès la semaine prochaine en kiosque avec un CD-ROM pour 24fr.90. Sous ses airs branchés, ce magazine délivre un message très rigoureux. Un avis que ne partage pas Stefan Waldmann, responsable commercial de la Société biblique de Genève: «Il y a des phrases un peu chocs, cela fait réagir les jeunes. C'est une introduction à la lecture de la Bible.

Dans le Nouveau Testament, il y a un message d'espoir qui répond à leurs besoins d'aujourd'hui. Ils recherchent des points de repère. Mais nous ne jugeons pas ceux qui font autrement.»

Edité à 10 000 exemplaires, «Jeune & Vraie» pourrait être diffusé plus tard dans une version pour les enfants et une autre pour les jeunes hommes.

Le pasteur Serge Molla, de l'Eglise réformée vaudoise, porte un regard nuancé sur l'ouvrage. «Du point de vue de la forme, je trouve le projet cohérent. Les auteurs ont vu à quel genre de littérature les jeunes filles s'intéressent.» Le théologien est beaucoup plus nuancé quant au fond: «Pour ce qui touche à l'intime et au domaine sexuel, le discours est très moralisateur. On n'y suscite pas le questionnement, et c'est dommage.»

Certaines rubriques, comme les «Tchate», font bondir le pasteur. Notamment le passage où, évoquant le viol d'une fille remontant à quelques années, les auteurs suggèrent à l'ado concernée de n'alerter les autorités que «si son oncle représente encore une menace». «C'est grave: on ne doit pas transiger avec le viol. Il y a d'autres glissements graves, comme les passages consacrés aux non-chrétiens. Les réponses données sont très courtes et très culpabilisantes.» Plus généralement, Serge Molla regrette la «littéralité des textes, sans esprit critique».