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Mgr Bernard Genoud: «Je suis bouleversé. Pardon»
- Le Matin
- 1 février 2008
- par
Stéphane
Berney
- Mgr Genoud (à g.) a expliqué que
son cancer avait retardé sa prise de parole et qu'il avait confié à l'official
Nicolas Betticher le soin de répondre aux médias, car il s'agissait de
questions juridiques et judiciaires relevant de sa compétence.
- photo
Laurent Crottet
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En pleine crise des prêtres pédophiles, Mgr Bernard Genoud, évêque de
Lausanne, Genève et Fribourg, s'exprime enfin. Après quatre semaines de scandale
au sujet des prêtres pédophiles, il a pris la parole pour la première fois hier
Mgr Bernard Genoud, n'êtes-vous pas complètement dépassé par l'ampleur du
phénomène des prêtres pédophiles en termes de communication ?
Oui, je ne
m'attendais pas à ça. La tourmente médiatique liée aux affaires de pédophilie a
coïncidé avec le début du nouveau ministère de mon porte-parole, l'abbé Nicolas
Betticher. Ce qui ne nous a pas laissé la possibilité de nous organiser pour
opérer une meilleure distinction entre les deux responsabilités. Nous ne
disposons tout simplement pas des postes et du personnel apte à répondre au pied
levé à une telle situation de crise.
Et vous-même, pourquoi avoir attendu quatre bonnes semaines avant de
prendre la parole ?
J'ai demandé dès le début à notre nouvel official,
Nicolas Betticher, de répondre aux questions des médias dans la limite du
respect de la sphère privée et de la présomption d'innocence. Car il s'agissait
de questions juridiques et judiciaires relevant de sa compétence.
Votre cancer a-t-il joué un rôle dans votre silence
?
Je subis
actuellement une chimiothérapie qui n'est pas sans effets secondaires. Ce qui a
retardé ma prise de parole, en effet. J'avais aussi décidé de ne pas intervenir
plus tôt pour laisser la communication se faire sur des faits concrets.
Aujourd'hui, je réagis à tout ce qui s'est passé pour en tirer des leçons
claires.
D'accord, alors quelles leçons tirer d'hommes d'Eglise qui utilisent leur
autorité morale pour avoir des relations sexuelles avec des enfants ?
Je
suis bouleversé lorsque je lis dans la presse toutes ces descriptions terribles.
Le silence a conduit à des situa- tions dramatiques que nous connaissons
aujourd'hui. Notre demande de pardon sincère doit d'abord passer par l'examen de
conscience, par la purification de nos mémoires. Nous devons tous collaborer. Ce
thème douloureux nécessite une conscientisation collective.
Justement, en votre âme et conscience, comment réagissez-vous lorsque
certains des prêtres incriminés n'avouent que des crimes prescrits ?
Ne
devrait-il pas y avoir d'imprescription pour ces délits ?
Comme le droit
civil, le droit canonique prévoit aussi une prescription. Mais l'Eglise peut,
pour des raisons graves, lever la prescription. L'Eglise ne connaît pas le
principe absolu de la prescription parce qu'elle ne peut l'accepter au sens
moral, c'est-à-dire l'idée de l'oubli ! Comment un enfant pourrait-il oublier ce
qu'il a subi de la part d'un adulte ou d'un prêtre ?
Concrètement, c'est quoi, la pédophilie, pour vous
?
C'est une
pathologie. Une déviance sexuelle qui n'a rien à voir avec le célibat. La
pédophilie interpelle toute la société, pas seulement l'Eglise. Il ne faut pas
stigmatiser l'Eglise dans son ensemble, alors que ces crimes sont le fait de
quelques-uns de ses ministres.
Quelques-uns? Alors combien d'appels avez-vous reçus sur la hotline mise
en place à l'évêché pour que les victimes puissent se confier ?
Il y en a
eu 14. Dont 9 personnes qui voulaient simplement parler. Cinq ont demandé un
rendez-vous et j'en ai déjà reçu deux. De manière plus générale, il y a
actuellement une dizaine de cas traités.
Selon vous, peut-on soigner les prêtres pédophiles
? Comment éradiquer ces
atrocités ?
Le séminaire commence par une année de discernement, où le
candidat est examiné en détail pour détecter d'éventuelles déviances.
J'ai pour l'instant eu un seul cas. Il y
avait un doute, alors j'ai préféré dire non à son entrée.
Autrement, quoi d'autre
?
Dès lundi, une commission appelée SOS
Prévention, que nous avons créée, entrera en action. Elle est composée de deux
anciennes juges d'instruction fribourgeoises, d'un médecin psychiatre, d'un
avocat et d'un prêtre. Cette commission traitera tous les cas d'abus qui nous
sont adressés. Elle établira un rapport à l'intention de l'autorité diocésaine
qui pourra ensuite le transmettre à la justice pénale.
«La pédophilie interpelle toute la société, pas seulement l'Eglise»
Mgr
Bernard Genoud"
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Faudra-t-il automatiquement passer par cette commission si on a été violé
par un prêtre ?
Non, bien sûr, les victimes peuvent aller directement vers
la justice civile. Nous le leur proposerons d'ailleurs systématiquement et au
besoin, nous les accompagnerons.
Vous êtes apparu dernièrement dans une publicité pour le mimosa du
bonheur, avec cette mention: «Comme moi, soutenez les enfants défavorisés du
canton de Fribourg en achetant votre bouquet».
N'est-ce pas maladroit en termes
de communication dans cette situation de crise ?
C'est un hasard, les
contacts avaient été pris bien avant. Et ça n'a aucun rapport.
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Les cas rendus publics
Les abus sexuels commis par des membres du clergé catholique ont fait parler
d'eux depuis les années 1990 en Suisse.
Mars 1998 L'ancien curé de Lumino et de Castione (TI) est condamné à 5
ans de réclusion pour des actes sexuels à caractère pédophile. La Cour d'assises
de Bellinzone le reconnaît coupable d'attentats à la pudeur et de pornographie à
l'égard de onze enfants de la région.
Mai 1999 Après plusieurs recours, l'ancien curé de Chiasso (TI) est
condamné à 18 mois de prison avec sursis pour actes d'ordre sexuel sur mineur
pour avoir abusé d'un servant de messe âgé de 15 ans.
Mai 2000 Le service bernois de soutien aux femmes violées rend public
le cas d'une femme abusée par un prêtre dans le canton de Fribourg à l'occasion
d'entretiens d'accompagnement spirituel. L'homme a été condamné à 5 mois de
prison avec sursis.
Juin 2001 On apprend qu'un curé pédophile à la retraite a été condamné
en début d'année dans le Jura à 3 mois de prison ferme pour pornographie. En
raison de la prescription, les accusations de pédophilie, qui remontaient à une
trentaine d'années, n'ont pas été retenues.
Juillet 2003 L'ex-curé d'Uznach (SG) est condamné à 4 ans et demi de
prison par le Tribunal de district de Gaster See pour avoir abusé d'un garçon
toutes les semaines pendant cinq ans, de 1992 à 1997. Suite à cette affaire,
l'évêché de Saint-Gall met en place une commission d'experts contre les abus
sexuels.
14 janvier 2008 Dans le cadre d'une commission rogatoire
internationale, un prêtre capucin reconnaît avoir abusé en 1992 de son neveu de
12 ans, dans la région de Grenoble (F). L'homme avoue aussi des abus sexuels
commis sur un garçon de 10 ans à Lully (FR) à la fin des années 1980.
Janvier 2008 Nicolas Betticher, official du diocèse de Lausanne,
Genève et Fribourg, dénonce à la justice deux cas de prêtres supposés d'abus
sexuels à Genève et à Fribourg.
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