L'Eglise catholique suisse fait face à la pédophilie

L'évêque de Lausanne, Genève et fribourg, Mgr Bernard Genoud, demande pardon aux victimes "pour les manques de transparence voire de courage" et a annoncé une Commission spéciale pluridisciplinaire

Lettre ouverte à Mgr Bernard Genoud

Le Centre Info-sectes estime que les victimes doivent s'adresser exclusivement à des asso- ciations indépendantes. S'adresser à une commission de l'Eglise n'est pas une garantie suffi- sante pour obtenir réparation et pour avoir l'assurance que des mesures adéquates sont entreprises par l'Eglise catholique.

Par exemple, et comme nos coutumes le prévoient, une femme violée doit être reçue par une femme policière. Une victime féminine d'un prêtre abuseur devrait aussi avoir la possibilité d'être reçue par une femme évêque ou une femme prêtre.

Ne pas accorder aux femmes la prêtrise et ne pas autoriser le mariage des prêtres est une attitude préjudiciable au développement de l'Eglise catholique et à la transmission du message du Christ : lutter pour un monde de compassion, de tolérance, et sans boucs émissaires.

Mgr Genoud, il était temps d'écouter les souffrances des victimes de prêtres abuseurs. Mais il est aussi urgent maintenant d'agir pour réformer l'Eglise catholique.

Jean-Luc Barbier
Centre Info-sectes du canton du Jura, 4 février 2008

En pleine crise des prêtres pédophiles, Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, s'exprime enfin (Le Matin - 1 février 2008)

Le Centre Info-sectes critique la solution proposée par Mgr Bernard Genoud aux victimes de prêtres pédophiles (CIS - 4 février 2008)

Nouvelles critiques de l'Eglise contre les médias (LQJ - 18 février 2008)

Dessin de Chapatte

(Source : Le Temps - 3 février 2008)

 Mgr Bernard Genoud: «Je suis bouleversé. Pardon»

Le Matin - 1 février 2008
par Stéphane Berney
Mgr Genoud (à g.) a expliqué que son cancer avait retardé sa prise de parole et qu'il avait confié à l'official Nicolas Betticher le soin de répondre aux médias, car il s'agissait de questions juridiques et judiciaires relevant de sa compétence.
photo Laurent Crottet

En pleine crise des prêtres pédophiles, Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, s'exprime enfin. Après quatre semaines de scandale au sujet des prêtres pédophiles, il a pris la parole pour la première fois hier

Mgr Bernard Genoud, n'êtes-vous pas complètement dépassé par l'ampleur du phénomène des prêtres pédophiles en termes de communication ?

Oui, je ne m'attendais pas à ça. La tourmente médiatique liée aux affaires de pédophilie a coïncidé avec le début du nouveau ministère de mon porte-parole, l'abbé Nicolas Betticher. Ce qui ne nous a pas laissé la possibilité de nous organiser pour opérer une meilleure distinction entre les deux responsabilités. Nous ne disposons tout simplement pas des postes et du personnel apte à répondre au pied levé à une telle situation de crise.

Et vous-même, pourquoi avoir attendu quatre bonnes semaines avant de prendre la parole ?

J'ai demandé dès le début à notre nouvel official, Nicolas Betticher, de répondre aux questions des médias dans la limite du respect de la sphère privée et de la présomption d'innocence. Car il s'agissait de questions juridiques et judiciaires relevant de sa compétence.

Votre cancer a-t-il joué un rôle dans votre silence ?

Je subis actuellement une chimiothérapie qui n'est pas sans effets secondaires. Ce qui a retardé ma prise de parole, en effet. J'avais aussi décidé de ne pas intervenir plus tôt pour laisser la communication se faire sur des faits concrets. Aujourd'hui, je réagis à tout ce qui s'est passé pour en tirer des leçons claires.

D'accord, alors quelles leçons tirer d'hommes d'Eglise qui utilisent leur autorité morale pour avoir des relations sexuelles avec des enfants ?

Je suis bouleversé lorsque je lis dans la presse toutes ces descriptions terribles. Le silence a conduit à des situa- tions dramatiques que nous connaissons aujourd'hui. Notre demande de pardon sincère doit d'abord passer par l'examen de conscience, par la purification de nos mémoires. Nous devons tous collaborer. Ce thème douloureux nécessite une conscientisation collective.

Justement, en votre âme et conscience, comment réagissez-vous lorsque certains des prêtres incriminés n'avouent que des crimes prescrits ?

Ne devrait-il pas y avoir d'imprescription pour ces délits ?

Comme le droit civil, le droit canonique prévoit aussi une prescription. Mais l'Eglise peut, pour des raisons graves, lever la prescription. L'Eglise ne connaît pas le principe absolu de la prescription parce qu'elle ne peut l'accepter au sens moral, c'est-à-dire l'idée de l'oubli ! Comment un enfant pourrait-il oublier ce qu'il a subi de la part d'un adulte ou d'un prêtre ?

Concrètement, c'est quoi, la pédophilie, pour vous ?

C'est une pathologie. Une déviance sexuelle qui n'a rien à voir avec le célibat. La pédophilie interpelle toute la société, pas seulement l'Eglise. Il ne faut pas stigmatiser l'Eglise dans son ensemble, alors que ces crimes sont le fait de quelques-uns de ses ministres.

Quelques-uns? Alors combien d'appels avez-vous reçus sur la hotline mise en place à l'évêché pour que les victimes puissent se confier ?

Il y en a eu 14. Dont 9 personnes qui voulaient simplement parler. Cinq ont demandé un rendez-vous et j'en ai déjà reçu deux. De manière plus générale, il y a actuellement une dizaine de cas traités.

Selon vous, peut-on soigner les prêtres pédophiles ? Comment éradiquer ces atrocités ?

Le séminaire commence par une année de discernement, où le candidat est examiné en détail pour détecter d'éventuelles déviances.

Et ça marche vraiment ?

J'ai pour l'instant eu un seul cas. Il y avait un doute, alors j'ai préféré dire non à son entrée.

Autrement, quoi d'autre ?

Dès lundi, une commission appelée SOS Prévention, que nous avons créée, entrera en action. Elle est composée de deux anciennes juges d'instruction fribourgeoises, d'un médecin psychiatre, d'un avocat et d'un prêtre. Cette commission traitera tous les cas d'abus qui nous sont adressés. Elle établira un rapport à l'intention de l'autorité diocésaine qui pourra ensuite le transmettre à la justice pénale.

«La pédophilie interpelle toute la société, pas seulement l'Eglise»

Mgr Bernard Genoud"

Faudra-t-il automatiquement passer par cette commission si on a été violé par un prêtre ?

Non, bien sûr, les victimes peuvent aller directement vers la justice civile. Nous le leur proposerons d'ailleurs systématiquement et au besoin, nous les accompagnerons.

Vous êtes apparu dernièrement dans une publicité pour le mimosa du bonheur, avec cette mention: «Comme moi, soutenez les enfants défavorisés du canton de Fribourg en achetant votre bouquet».

N'est-ce pas maladroit en termes de communication dans cette situation de crise ?

C'est un hasard, les contacts avaient été pris bien avant. Et ça n'a aucun rapport.

Les cas rendus publics

Les abus sexuels commis par des membres du clergé catholique ont fait parler d'eux depuis les années 1990 en Suisse.

Mars 1998 L'ancien curé de Lumino et de Castione (TI) est condamné à 5 ans de réclusion pour des actes sexuels à caractère pédophile. La Cour d'assises de Bellinzone le reconnaît coupable d'attentats à la pudeur et de pornographie à l'égard de onze enfants de la région.

Mai 1999 Après plusieurs recours, l'ancien curé de Chiasso (TI) est condamné à 18 mois de prison avec sursis pour actes d'ordre sexuel sur mineur pour avoir abusé d'un servant de messe âgé de 15 ans.

Mai 2000 Le service bernois de soutien aux femmes violées rend public le cas d'une femme abusée par un prêtre dans le canton de Fribourg à l'occasion d'entretiens d'accompagnement spirituel. L'homme a été condamné à 5 mois de prison avec sursis.

Juin 2001 On apprend qu'un curé pédophile à la retraite a été condamné en début d'année dans le Jura à 3 mois de prison ferme pour pornographie. En raison de la prescription, les accusations de pédophilie, qui remontaient à une trentaine d'années, n'ont pas été retenues.

Juillet 2003 L'ex-curé d'Uznach (SG) est condamné à 4 ans et demi de prison par le Tribunal de district de Gaster See pour avoir abusé d'un garçon toutes les semaines pendant cinq ans, de 1992 à 1997. Suite à cette affaire, l'évêché de Saint-Gall met en place une commission d'experts contre les abus sexuels.

14 janvier 2008 Dans le cadre d'une commission rogatoire internationale, un prêtre capucin reconnaît avoir abusé en 1992 de son neveu de 12 ans, dans la région de Grenoble (F). L'homme avoue aussi des abus sexuels commis sur un garçon de 10 ans à Lully (FR) à la fin des années 1980.

Janvier 2008 Nicolas Betticher, official du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, dénonce à la justice deux cas de prêtres supposés d'abus sexuels à Genève et à Fribourg.

Nouvelles critiques de l'Eglise contre les médias

Quotidien Jurassien - 18 février 2008
[Texte intégral]

L'évêque de Coire critique à son tour les médias pour leur façon de traiter des affaires de prêtres accusés de pédophilie. Egalement interviewé dans la presse dominicale, le théologien Hans Küng renvoie quant à lui les reproches à l'Eglise.

L'évêque de Coire Vitus Huonder reproche aux médias de réchauffer de vieilles affaires sans penser aux consé- quencespour les victimes. Avec le recul, il est clair que des erreurs ont été commises, mais à l'époque, la popu- lation n'était pas autant sensibilisée au problème.

Dans la SonntagsZeitung au contraire, Hans Küng dénonce le «scandaleux» silence dans lequel s'est longtemps réfugiée l'Eglise.

Pour l'évêque de Coire l'Eglise ne se limitait pas à déplacer les prêtres. Elle a essayé de donner une chance à tous ceux qui avaient fauté, à condition qu'ils fussent prêts et capables de changer leur vie.

(ats)

Abus sexuels et pédophilie: L'Eglise catholique ne saisira pas systématiquement la justice ! (LQJ - 6 juin 2008)

Le Vatican décide de durcir les règles (Quotidien jurassien - 16 juillet 2010)

UN LIVRE TÉMOIGNAGE de Narcisse Praz contre les prêtres abuseurs (Quotidien jurassien - 10 juillet 2010)

Au nom de Dieu, le second sexe a été proclamé race inférieure !

L'Eglise, et son portrait-robot du coupable
 
«Les quatre femmes de Dieu»
par Guy Bechtel, historien