- Plus discrète que leur traditionnelle tente jaune, la
chambre
- d'hôtel des scientologues est aussi mins légale... Photo
: C. Bosset-A
Les scientologues tiennent salon
Fribourg · Des adeptes se servent d'une pièce
louée dans un hôtel de la ville pour diffuser leur propagande. Illégal, précise
la police locale, qui les rappelle à l'ordre.
Un hôtel transformé en centre de recrutement scientologue
?
Certains samedis, des passants sont accostés par des adeptes postés devant
l'entrée d'un établissement situé en ville de Fribourg. Officiellement, c'est
pour aller visiter une «exposition» située à l'étage. En fait d'accrochage, il
s'agit de diffuser la propagande de l'organisation fondée par feu Ron Hubbard,
gourou de la «dianétique». Leur journée achevée, les prosélytes remballent leur
matériel et font place nette en attendant leur prochain passage.
«Deux personnes m'attendaient dans une pièce. Il y
avait des panneaux avec des photos représentant les attentats du 11 septembre
2001», témoigne une personne qui avait, selon son propre aveu, eu la naïveté de
suivre le démarcheur dans l'escalier menant au petit salon loué par les
scientologues. Le matériel de propagande qui s'y trouvait exposé était le même
que celui transporté de marché en marché par les «ministres bénévoles» portant
la bonne parole scientologue à travers la Suisse romande (lire
ci-contre).
Sans autorisation
Plus confortable que la tente jaune canari qu'ils
installent périodiquement sur la place Python, le salon -loué en bonne et due
forme à la réception de l'hôtel- offre également l'avantage d'être plus discret.
Ce qui semble avoir encouragé les scientologues à renoncer à demander une
autorisation pour leur activité de démarchage.
A la police locale, on ne
l'entend pas de cette oreille: à partir du moment où une activité se déroule sur
la voie publique (en l'occurrence l'accostage de badauds dans la rue devant
l'hôtel), une autorisation est nécessaire. «Ce qui se passe à l'intérieur de
l'établissement, dans un lieu privé, n'est ensuite plus de notre compétence»,
concède Charles de Reyff, conseiller communal en charge de la police. Il ajoute
avoir pris contact tout dernièrement avec des représentants de l'Eglise de
scientologie, afin de leur rappeler qu'il y avait certaines règles à
respecter.
Limiter, pas interdire
Les adeptes de la dianétique ont en effet obtenu le
droit de diffuser leur message dans les rues de Fribourg, mais dans des
proportions limitées: au maximum six fois par année, et pour une journée au
plus. C'est dans le cadre de cet accord que s'inscrit leur présence récurrente à
la place Python.
Une interdiction totale de leurs activités serait
juridiquement hasardeuse, poursuit Charles de Reyff, qui rappelle les précédents
zurichois et lausannois. Les autorités de ces deux villes avaient tenté de
bannir les scientologues, qui avaient actionné la justice. En 1999, le Tribunal
fédéral a estimé qu'une interdiction totale n'était pas admissible.
L'Eglise
de scientologie, qui n'est pas considérée en Suisse comme une secte dangereuse,
joue sur deux tableaux, estime Charles de Reyff: la liberté de commerce et la
liberté religieuse. Deux principes qu'ils brandissent afin de contrer les
accusations visant leur prosélytisme et leur colportage de «brochures
d'information» récapitulant les préceptes de Ron Hubbard.
Des «ministres bénévoles» écument la région
Ils seraient une
centaine à sillonner les villes romandes pour vanter les vertus de la
dianétique, selon Suzanne Montangero, porte-parole de l'Eglise de scientologie.
Les «ministres bénévoles» sont des membres de l'organisation, généralement
recrutés dans la région où ils sont chargés de diffuser la propagande
scientologue. On les a notamment vus, toujours abrités sous leur fameuse tente
jaune, au marché de Planfayon, ou encore à la foire de Payerne.
Leur dernière
campagne, téléguidée depuis le siège de l'organisation aux Etats-Unis, s'appuie
notamment sur l'aide supposée que les scientologues ont apportée aux survivants
des attentats du 11 septembre 2001. D'après Suzanne Montangero, les diverses
brochures vendues par les «ministres bénévoles» ont pour objectif de donner aux
gens des outils pour faciliter leur vie de tous les jours, notamment pour
l'éducation de leurs enfants ...
Présents également en Valais ainsi que dans
les cantons de Neuchâtel et du Jura (la ville de Delémont a entrepris de les
bannir du territoire communal), les «ministres bénévoles» n'agissent pas
toujours à visage découvert. Il y a un peu plus d'une année, Fribourg Centre
avait brièvement accueilli une exposition montée par une mystérieuse «Commission
des citoyens pour les droits de l'homme». Derrière cet organisme se cachaient en
réalité des scientologues dénonçant ce qu'ils nomment les «abus de la
psychiatrie». S'estimant trompé sur la marchandise, le directeur du centre
commercial avait promptement exigé que les exposants plient bagage.
mrz