Scientologie : un continuel non respect de la loi

 Prosélytisme · La scientologie tient salon à Fribourg

source: www.laliberte.ch, 11 janvier 2006
par Marc-Roland Zoellig
 
Prosélytisme · Des adeptes de l'Eglise de scientologie utilisent une pièce louée dans un hôtel situé en ville de Fribourg pour diffuser leur propagande. Ils accostent des passants dans la rue afin de les convaincre de visiter une «exposition». En réalité, il s'agit de leur exposer les préceptes de feu Ron Hubbard, gourou de la «dianétique». Ce démarchage se fait sans qu'aucune autorisation ne soit demandée auprès de la police locale.

Plus discrète que leur traditionnelle tente jaune, la chambre
d'hôtel des scientologues est aussi mins légale... Photo : C. Bosset-A

Les scientologues tiennent salon

Fribourg · Des adeptes se servent d'une pièce louée dans un hôtel de la ville pour diffuser leur propagande. Illégal, précise la police locale, qui les rappelle à l'ordre.

Un hôtel transformé en centre de recrutement scientologue ? Certains samedis, des passants sont accostés par des adeptes postés devant l'entrée d'un établissement situé en ville de Fribourg. Officiellement, c'est pour aller visiter une «exposition» située à l'étage. En fait d'accrochage, il s'agit de diffuser la propagande de l'organisation fondée par feu Ron Hubbard, gourou de la «dianétique». Leur journée achevée, les prosélytes remballent leur matériel et font place nette en attendant leur prochain passage.

«Deux personnes m'attendaient dans une pièce. Il y avait des panneaux avec des photos représentant les attentats du 11 septembre 2001», témoigne une personne qui avait, selon son propre aveu, eu la naïveté de suivre le démarcheur dans l'escalier menant au petit salon loué par les scientologues. Le matériel de propagande qui s'y trouvait exposé était le même que celui transporté de marché en marché par les «ministres bénévoles» portant la bonne parole scientologue à travers la Suisse romande (lire ci-contre).

Sans autorisation

Plus confortable que la tente jaune canari qu'ils installent périodiquement sur la place Python, le salon -loué en bonne et due forme à la réception de l'hôtel- offre également l'avantage d'être plus discret. Ce qui semble avoir encouragé les scientologues à renoncer à demander une autorisation pour leur activité de démarchage.

A la police locale, on ne l'entend pas de cette oreille: à partir du moment où une activité se déroule sur la voie publique (en l'occurrence l'accostage de badauds dans la rue devant l'hôtel), une autorisation est nécessaire. «Ce qui se passe à l'intérieur de l'établissement, dans un lieu privé, n'est ensuite plus de notre compétence», concède Charles de Reyff, conseiller communal en charge de la police. Il ajoute avoir pris contact tout dernièrement avec des représentants de l'Eglise de scientologie, afin de leur rappeler qu'il y avait certaines règles à respecter.

Limiter, pas interdire

Les adeptes de la dianétique ont en effet obtenu le droit de diffuser leur message dans les rues de Fribourg, mais dans des proportions limitées: au maximum six fois par année, et pour une journée au plus. C'est dans le cadre de cet accord que s'inscrit leur présence récurrente à la place Python.
Une interdiction totale de leurs activités serait juridiquement hasardeuse, poursuit Charles de Reyff, qui rappelle les précédents zurichois et lausannois. Les autorités de ces deux villes avaient tenté de bannir les scientologues, qui avaient actionné la justice. En 1999, le Tribunal fédéral a estimé qu'une interdiction totale n'était pas admissible.

L'Eglise de scientologie, qui n'est pas considérée en Suisse comme une secte dangereuse, joue sur deux tableaux, estime Charles de Reyff: la liberté de commerce et la liberté religieuse. Deux principes qu'ils brandissent afin de contrer les accusations visant leur prosélytisme et leur colportage de «brochures d'information» récapitulant les préceptes de Ron Hubbard.

Des «ministres bénévoles» écument la région

Ils seraient une centaine à sillonner les villes romandes pour vanter les vertus de la dianétique, selon Suzanne Montangero, porte-parole de l'Eglise de scientologie. Les «ministres bénévoles» sont des membres de l'organisation, généralement recrutés dans la région où ils sont chargés de diffuser la propagande scientologue. On les a notamment vus, toujours abrités sous leur fameuse tente jaune, au marché de Planfayon, ou encore à la foire de Payerne.

Leur dernière campagne, téléguidée depuis le siège de l'organisation aux Etats-Unis, s'appuie notamment sur l'aide supposée que les scientologues ont apportée aux survivants des attentats du 11 septembre 2001. D'après Suzanne Montangero, les diverses brochures vendues par les «ministres bénévoles» ont pour objectif de donner aux gens des outils pour faciliter leur vie de tous les jours, notamment pour l'éducation de leurs enfants ...

Présents également en Valais ainsi que dans les cantons de Neuchâtel et du Jura (la ville de Delémont a entrepris de les bannir du territoire communal), les «ministres bénévoles» n'agissent pas toujours à visage découvert. Il y a un peu plus d'une année, Fribourg Centre avait brièvement accueilli une exposition montée par une mystérieuse «Commission des citoyens pour les droits de l'homme». Derrière cet organisme se cachaient en réalité des scientologues dénonçant ce qu'ils nomment les «abus de la psychiatrie». S'estimant trompé sur la marchandise, le directeur du centre commercial avait promptement exigé que les exposants plient bagage.

mrz