La grande crise de la sorcellerie,
qui a son paroxysme
entre le milieu du XVIe et le milieu du XVIIe siècle,
représente sans doute un tournant décisif
de l'histoire européenne.
Ces milliers de bûchers flamboyants sur l'Europe
entière»: l'expression ne se trouve pas
dans «la Sorcière» de Michelet (1862)
mais dans une étude historique publiée
en 1968 et dont une édition nouvelle vient de
paraître.
Un autre historien évoque en 1978 «de
véritables massacres» en certains lieux.
Un troisième, en 1979, parle de «persécutions
massives»: «Et flambent des centaines de
bûchers, pour consacrer la victoire du Bien sur
le Mal».
Le flot continu des recherches et publications historiques
sur ce temps des procès de sorcellerie ne confirme
pas seulement, même s'il le corrige, le très
grand nombre des bûchers allumés alors; il conduit aussi à en chercher les raisons.
Pourquoi tellement ? Pourquoi en ce temps-là
? Ces milliers de drames collectifs et de tragédies
individuelles mènent finalement la recherche
historique à mettre en évidence un événement
considérable dans l'histoire des Européens.
Il serait temps de lui faire place dans notre mémoire.
Combien de bûchers ?
Ces recherches permettent en outre d'étonnantes
découvertes. Ainsi la sorcellerie classique,
avec Diable et Sabbats, apparaît-elle aujourd'hui
comme unesorte de fabrication: invention, inconsciente
et sincère mais indiscutable, des inquisiteurs
eux-mêmes. Ainsi encore peut-on avoir des lueurs
sur ce qu'étaient réellement magie et
sorcellerie dans l'Europe ancienne; tout autre chose
que cette satanique caricature.
Se plonger dans ces recherches, même en se
limitant aux dernières publications, n'est pas
une aventure reposante: la sorcellerie fait mal. Même
si les estimations du nombre des bûchers, et de
leurs victimes, sont actuellement révisées
en baisse, il en reste assez pour provoquer plus que
de l'étonnement.