Histoire de l'Europe

 Les procès de sorcellerie en Europe (Science et Connaissance)

Les procès de sorcellerie

par Henri de Saint-Blanquat

Article publié dans le magazine «Science et Connaissance»

La grande crise de la sorcellerie, qui a son paroxysme entre le milieu du XVIe et le milieu du XVIIe siècle, représente sans doute un tournant décisif de l'histoire européenne.

Ces milliers de bûchers flamboyants sur l'Europe entière»: l'expression ne se trouve pas dans «la Sorcière» de Michelet (1862) mais dans une étude historique publiée en 1968 et dont une édition nouvelle vient de paraître.

Un autre historien évoque en 1978 «de véritables massacres» en certains lieux. Un troisième, en 1979, parle de «persécutions massives»: «Et flambent des centaines de bûchers, pour consacrer la victoire du Bien sur le Mal».

Le flot continu des recherches et publications historiques sur ce temps des procès de sorcellerie ne confirme pas seulement, même s'il le corrige, le très grand nombre des bûchers allumés alors; il conduit aussi à en chercher les raisons. Pourquoi tellement ? Pourquoi en ce temps-là ? Ces milliers de drames collectifs et de tragédies individuelles mènent finalement la recherche historique à mettre en évidence un événement considérable dans l'histoire des Européens. Il serait temps de lui faire place dans notre mémoire.

Combien de bûchers ?

Ces recherches permettent en outre d'étonnantes découvertes. Ainsi la sorcellerie classique, avec Diable et Sabbats, apparaît-elle aujourd'hui comme unesorte de fabrication: invention, inconsciente et sincère mais indiscutable, des inquisiteurs eux-mêmes. Ainsi encore peut-on avoir des lueurs sur ce qu'étaient réellement magie et sorcellerie dans l'Europe ancienne; tout autre chose que cette satanique caricature.

Se plonger dans ces recherches, même en se limitant aux dernières publications, n'est pas une aventure reposante: la sorcellerie fait mal. Même si les estimations du nombre des bûchers, et de leurs victimes, sont actuellement révisées en baisse, il en reste assez pour provoquer plus que de l'étonnement.

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