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Le
pape est-il en mesure de frapper
plus fort ?
- Le
Quotidien
jurassien - 27 mars 2010
- [Texte
intégral]
- Un
geste fort est attendu du pape - photo
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«Un
prêtre en manque d'affection
cherchera une femme, pas
un enfant !» Dans son cri du cœur,
cette religieuse de Fribourg s'étonne,
alors que les actes pédophiles
concernent tous les milieux, que les
prêtres soient systématiquement dépeints
par les médias comme sadiques
et frustrés. Et que le remède exclusif
proposé soit le mariage. Ce qui est
une ineptie, 95% de ces actes étant
le fait d'hommes mariés.
L'évêque
canadien Pierre Morissette a aussi
fustigé ces articles «teintés par
des préjugés
évidents».Ce
traitement «privilégié» de
l'Eglise
catholique a plusieurs explications.
Quand un acteur religieux transgresse
avec tant d'évidence un grand
principe de sa propre éthique, les
médias seront à coup sûr au rendez-vous.
Ils n'agiront pas autrement avec
le politicien qui bafoue les valeurs
qu'il prône en public. Par ailleurs,
notre société, qui postule à tous
ses étages plus de transparence, n'absout
toujours pas le lourd silence et
la complaisance coupable des hiérarchies
épiscopales qui ont prévalu trop
longtemps, et dans presque tous les
pays, de l'Irlande à l'Australie, en passant
par l'Allemagne, les Etats-Unis
ou la Suisse.
Et
l'exemple le plus affligeant d'une
gestion dévoyée du péché
pédophile
est venu de Rome. Il concerne
le créateur des Légionnaires du Christ,
Marcial Maciel, mort au début
2oo8. Alors que Jean-Paul II avait
notablement renforcé le pouvoir
du Mexicain, son successeur Benoît
XVI a dû le reléguer dans «une vie
réservée de prière et de pénitence».
Tant l'image plaisante du créateur
d'une congrégation ultra-orthodoxe,
ascétique et riche en vocations contrastait
avec une vie dissolue, faite de
viols sur mineurs, de paternités et concubinages
multiples. Le Vatican devrait
nommer prochainement un «commissaire»
voire de nouveaux dirigeants
pour finir le ménage.
Mais
qu'il y a fallu du temps !
Si l'Eglise
catholique apparaît aussi souvent
à la Une, cela tient également
au fonctionnement des médias.
Une récente étude de la HES-Winterthur
indique que les faits religieux
ne font mouche que s'ils sont couplés
avec des affaires de sexe, de violence
ou des questions touchant à l'école
ou à l'État. Selon l'un des 35 journalistes
interrogés, «on se demande
à quoi pensent les évêques qui
tiennent conférence de presse sur
l'année mariale». Auraient-ils un sens
de l'actualité proche de zéro ? Il n'en
reste pas moins que les rédactions
prennent peu au sérieux le fait religieux,
n'exigeant pas de ceux qui le
traitent quelque compétence.
Dans
sa «Lettre pastorale aux catholiques
d'Irlande», Benoît XVI s'est
dit «scandalisé et blessé»,
«vraiment
désolé» pour les actes de prêtres.
Celui qui a rencontré à plusieurs reprises
des victimes de leurs abus, démontrant
une réelle compassion, ne
peut plus se contenter de paroles lénifiantes.
S'il veut, selon ses mots, «réparer
le dommage immense causé
aux victimes et le grand dommage perpétré
contre l'Eglise et la perception
du sacerdoce et de la vie religieuse»,
il doit prendre des décisions qui marqueront
l'opinion.
3000
dossiers
Le
Vendredi-Saint 2005, peu avant le
décès de Jean-Paul II, il s'était
déjà exclamé:
«Que de souillures dans l'Eglise,
et particulièrement parmi ceux
qui, dans le sacerdoce, devraient lui
appartenir totalement !» Alors préfet
de la Congrégation pour la doctrine
de la foi, il était très informé.
Depuis
2001, il centralisait en effet tous les
dossiers de crimes sexuels commis
par des prêtres, soit 3000 pour les
cinquante dernières années. Il y a actuellement
400000 prêtres dans le
monde.
Benoît
XVI ne peut plus seulement inviter
ses évêques à «continuer à
coopérer
avec les autorités civiles» car
c'est déjà une réalité en
maints endroits.
Dès 2000 en France, l'évêque
Michel Dubost déclarait n'avoir aucun
état d'âme pour appeler le procureur.
Et deux ans plus tard, des directives
de l'épiscopat incitaient à cette
collaboration.
Pourquoi le pape n'a-t-il
accepté à ce jour qu'une seule démission
sur les quatre présentées par
les évêques irlandais coupables de
dissimulation ? Pourquoi n'impose-t-il
pas des lignes de conduite comme
celles mises en place aux Etats-Unis,
et faisant de la tolérance zéro
une obligation morale, et non pas
facultative ? Il serait assuré d'être suivi
par une jeune génération d'évêques
qui rêvent de tourner la page, attendant
pour cela des signaux clairs à la
tête de l'Eglise.
Que
ce soit l'Autrichien Christoph Schönborn,
qui a succédé à un pédophile,
l'Irlandais Diarmuid Martin, qui
a collaboré avec l'autorité civile pour
rédiger les 700 pages d'un rapport
sur tant d'années noires et de silence,
ou encore l'évêque de Trêves, Stephan
Ackermann, qui vient de créer
une hotline pour les victimes, tous
rêvent de purification.
L'hebdomadaire
La Vie s'interroge en ces termes:
«Le prochain conclave saura-t-il sortir
l'Église d'une corruption manifeste
dans l'exercice du pouvoir et de la
vérité ?» Beaucoup attendent une
réponse.
Gérard
TINGUELY, La Liberté
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