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Ces
paradis qui cachent l'enfer
- 24Heures
- 5 janvier 1993
- [Texte
intégral]
- Le révérend Moon procède régulièrement
aux mariages en masse. Y compose les couples lui-même.
- En juillet 1982,
4200 membres de la secte ont ainsi été unis à New
York. (Sygma)
Les
mouvements tels que les sectes ou le New Age se multiplient.
Principales victimes: les jeunes, perméables
à l'offre d'un "monde meilleur". Une étude
décrit neuf de ces groupes
et conseille comment prévenir leur influence.
Les groupes et mouvements
tels que la scientologie ou le New Age semblent prendre un
nouvel essor, surtout auprès desjeunes. «Das Paradies kann warten»* (Le paradis peut attendre),
une étude financée par le Canton de Zurich, tente de répondre aux
questions et aux craintes des milieux éducatifs -
parents, enseignants et travailleurs sociaux - que soulève cette émergence.
| EN CHIFFRES
Les scientologues
ont près de 700 églises
scientologues dans le monde. En Suisse, ils ont 4500
adeptes.
La secte
Moon compte près
de 200'000 membres, dont une centaine en Suisse.
Les Hare Krishna
sont 100 000, dont seulement 50 à 70
chez nous.
L'Opus Dei compte 75'000
membres, dont 1200 membres etadeptes en Suisse.
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Les
portraits de neuf mouvances sectaires
L'ouvrage ne se veut pas scientifique mais cherche plutôt à informer et à conseiller un large public.Les six coauteurs, journalistes,
psycho-sociologues, travailleurs sociaux, dressent ainsi les portraits complets de neuf mouvances -
histoire, méthodes d'enrôlement, fonctionnement -
dont la secte Moon (Eglise de l'unification), les Enfants de Dieu, les HareKrishna et l'Opus Dei.
Ces descriptions et les témoignages d'anciens adeptes frappent par l'image
similaire que donnent des mouvements pourtant très différents à
première vue.
En effet, que peut-il y avoir de
commun entre un cadre scientologue et un apôtre du révérend
San Myung Moon ? L'un propose un monde meilleur dont la description semble sortir d'un roman de
science-fiction, où les croyants peuvent acquérir des facultés surnaturelles et atteindre le «thétan»,
l'immortalité. L'autre prodigue l'enseignement du révérend d'origine coréenne, qui se prend pour
le messie des Temps modernes et fait la guerre au communisme.
Et
que peut bien lier le créateur du groupement fondamentaliste
Opus Dei, Escriva de Balaguers, dont le pape Jean Paul II vient de
prononcer la béatification, aux deux précédents
?
De l'aide à la folie
En fait, leur ressemblance réside dans la façon de tendre puis
de resserrer leurs filets autour des adeptes potentiels et d'ensuite
leur rendre impossible toute fuite.
En voici les étapes décrites schématiquement, chaque mouvement les faisant franchir de façon
plus ou moins subtile, indirecte ou autoritaire à ses membres:
D'abord, on offre à l'individu
déraciné dans notre société
de masse un monde sur mesure. Le juste et le faux y sont clairement
définis à travers des concepts simples et clairs. Victimes de prédilection: celles et ceux qui traversent une crise, une rupture -
perte d'emploi, décès d'un proche, divorce -
et les jeunes, entre l'enfance et l'âge adulte, à la recherche de nouvelles valeurs.
La recrue passe alors par une
première phase de bonheur. Le groupe lui procure la sécurité. En
suivant l'ensei- gnement du «gourou», elle retrouve de nouvelles lignes directrices, un sens à sa vie.
C'est la phase de mise en confiance.
Mais les idées du leader ne
souffrent ni critique ni discussion, et ses exigences sont souvent
énormes. Ainsi, la situation change totalement lorsque les portes du paradis se referment complètement sur le nouveau venu. Il
est alors sollicité massivement: vie
réglée par le travail acharné
pour la communauté et des rituels répétés inlassablement servant de
lavage de cerveau. Tout ce qu'il possède revient au groupe. Il est
coupé de l'extérieur. Rapidement, le groupe contrôle tout son être,
annihile sa volonté propre, son esprit critique. Le retour en arrière
devient impossible.
Enfin, peu à peu, le manque de
contacts autres que celui de la
communauté peut conduire à une perte du sens des réalités.
Le
monde extérieur est perçu de façon diffuse, c'est celui du mal. Le
combat fanatique de ceux qui détiennent la vérité absolue contre
cet ennemi renforce en même temps le groupe.
Enlèvement déconseillé
Entre les portraits des mouvements, les auteurs étudient les
causes sociales de leur émergence et essaient d'en tirer des conclusions d'ordre pédagogique (voir
encadré). D'autre part, le livre s'adresse directement aux parents
et à l'entourage des personnes prises dans l'engrenage. Ils ne disposent quasi d'aucun moyen légal
pour «libérer» quelqu'un qui est
entré dans une secte ou tout autre groupe. La loi considère en effet
qu'il l'a fait de son plein gré, sauf preuve du contraire.
Les auteurs
du livre ne peuvent ainsi que donner des conseils, qui sembleront
certes ridicules à plus d'un dont l'enfant, le conjoint, le parent est
«séquestré». En effet,
ils préconisent de ne jamais abandonner l'espoir, de toujours faire savoir à
l'autre qu'ils l'aiment toujours, sans approuver son choix, et qu'il
peut toujours refaire sa vie dans son ancien entourage.
La manière forte -
illégale - de l'enlèvement est déconseillée.Le procédé peut se retourner contre ses auteurs. Dans plus d'un
cas, le kidnappé a traîné ses
proches devant la justice. A moins qu'ils aient pu le «déprogrammer», soit lui faire comprendre à
quel point les idées auxquelles il s'était voué sont erronées et
contradictoires, si possible en ayant recours à un ancien membre, qui,
lui, «s'en est sorti».
Ellen Weigand
| Affronter les conflits
C'est le rôle des parents et
des éducateurs de prévenir
que les jeunes ne succombent aux promesses de «paradis».
Pour cela, les auteurs du livre préconisent, entre autres, de les
entraîner à vivre les difficultés
qui peuvent se présenter dans notre société pluraliste et multiculturelle. Notamment en leur
enseignant à ne pas cataloguer trop vite ceux qui pensent
autrement, et à essayer de les comprendre.
Et il faut les encourager à ne pas éviter les conflits,
à les affronter ouvertement. Il s'agit aussi de développer leur
autonomie et leur maturité.
Les
auteurs conseillent également d'éviter les «manques» que les
prometteurs de paradis se proposent de combler -
amour, dialogue, confiance, sentiment de sécurité. Enfin, les éduca-
teurs doivent montrer qu'ils croient en l'avenir, malgré les
problèmes qu'il comporte, et qu'ils ne sont pas résignés.
E. W.
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- (*)
«Das Paradies kann
warten» de Jacques Vontobel, Hugo Stamm, Ros-Marie Gerber, Kurt-Emil Merki, Klaus
J. Beck, Maja Wicki. (Werdverlag
- 1993)
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