L'emprise des sectes guérisseuses

«Le Pouvoir des sectes»

Qu'est-ce une une emprise sectaire ? Qui sont les victimes ?

Audio: Un massacre collectif en 1978 au coeur de la jungle amazonienne (Europe 1 - 28.09.2009)

Audio: Interview de Renaud Leblond et d'Antoine Guélaud (Europe 1 - 28.09.2009)

Audio: Témoignage d'Esther. «Mon mari est décédé faute de soins» (Europe 1 - 28.09.2009)

Audio: Témoignage de Marie. «Mon mari m'empêchait de consulter le net !» (Europe 1 - 28.09.2009)

Présentation du livre «Le Pouvoir de sectes» de Renaud Leblond

13 questions à Renaud Leblond, auteur du livre «Le Pouvoir des sectes» (20minutes.fr - 22.09.2009)

Video: Interview de Renaud Leblond. A quoi servent le «Chemin du Bonheur» de la scientologie et son «Bureau des Droits de l'homme(videos.lefigaro - 27/10/2009)

Les sectes guérisseuses et les mouvements d'auto-guérison

Interview d'Antoine Guélaud, auteur de «Ils ne m'ont pas sauvé la vie» (lepost.fr - 13.10.2009)

Le néo-chamanisme et ses dérives hallucinatoires

Vidéo: Témoignage d'une victime du néo-chamanisme qui a mis des années à se sortir de cet enfer

Europe 1: Émission spéciale de Jacques Pradel sur les sectes
 
Audio: Le plus grand massacre collectif à caractère sectaire
a eu lieu en 1978, au coeur de la jungle amazonienne.
 

 
A Jonestown, en Guyane, neuf cent douze membres de la secte
californienne du Temple du peuple ont péri le 18 novembre 1978

Source: Europe 1 - Café Crimes - 28 septembre 2009

 
Audio: Interview de Renaud Leblond et d'Antoine Guélaud
auteurs de deux ouvrages sur les dérives sectaires
 

 
Des mouvements d'auto-guérison comme celui du Dr Hamer vont jusqu'à
affirmer que «la cause du cancer du fumeur n'est pas l'ingestion
du tabac mais la culpabilité du fumeur» ! (sic)

Source: Europe 1 - Café Crimes - 28 septembre 2009

 
Audio: Interview de Georges Fenech président de la MIVILUDES
(Mission Interministérielle de VIgilance et de LUtte contre les DÉrives Sectaires)
 

 
«Notre premier rôle est d'informer et de prévenir.
C'est un devoir de notre Mission d'informer les citoyens»

Source: Europe 1 - Café Crimes - 28 septembre 2009

 
Audio: Le néo-chamanisme et ses dérives hallucinatoires
Témoignages d'Esther et de Marie
 

Esther: «En Allemagne, mon frère a été manipulé par "Le ministère du combat spirituel» après la faillite de son entreprise»

Marie: «J'étais pianiste et cet instrument m'a été interdit. (...) On met la tête sous l'eau sans s'en rendre compte. (...) Dès les premier jours de mon mariage mon mari a commencé à vouloir me convertir. Il m'inter- disait de consulter internet»

Source: Europe 1 - Café Crimes - 28 septembre 2009

Interview de Renaud Leblond, auteur du livre «Le Pouvoir des sectes»

Source: http://www.20minutes.fr/article/346239/vous-interviewez-Vos-questions-sur-les-sectes.php
[Texte intégral]
 
Renaud Leblond, l'auteur du livre «Le Pouvoir de sectes»

13 questions à Renaud Leblond

Question 1: Comment réagissez vous à l'info du 14 septembre concernant la découverte sur la modification de la loi sur les sectes ? Je voudrais savoir si on ne prend pas les gens pour des "imbéciles" ou alors les sectes ont plus de pouvoir qu'on nous le laisse entendre. (space99)

Question 2: Votre livre s'appelle «Le Pouvoir des sectes»: nous en avons une triste illustration politique aujourd'hui, car l'Eglise de scientologie ne peut plus être dissoute, en raison d'une «erreur matérielle». Je suis effaré de voir que mon pays, la France, pays avec de hauts idéaux, n'arrive pas à dissoudre ce "chancre" qui vit aux dépens de notre nation. Ne parlons même pas de Qui-en-haut-lieu a commandité ce nouveau scandale d'état... Ne peut-on rien faire? Quelles sont vos réactions face à cette actualité ? (Antisectes)

La suppression de cette disposition permettant la dissolution des personnes morales condamnées pour escroquerie intervient à la veille d'un jugement à l'encontre de deux structures de l'Eglise de Scientologie poursuivies pour escroquerie en bande organisée et exercice illégal de la pharmacie. Des structures menacées de dissolution, suite aux réquisitions du parquet. C'est juste un alinéa de l'article 131-39 du code pénal qui a subitement disparu, dans un texte fourre-tout et illisible. Pourquoi ? Comment ?

Le syndicat de la magistrature s'est demandé s'il s'agissait là de la poursuite d'un processus de dépénalisation rampante du droit des affaires ou du symptôme d'un lobbying efficace de la Scientologie. Michèle Alliot-Marie, ministre de la justice, évoque de son côté une «erreur matérielle». La seule chose que l'on peut dire, c'est que - comme la Miviludes l'a noté à plusieurs reprises - l'Eglise de Scientologie est connue pour exercer un lobbying efficace dans les instances internationales. Elle dispose d'ailleurs d'une entité exclusivement consacrée au lobbying: le Bureau européen des droits de l'homme, situé à Bruxelles.

On se souvient aussi qu'à la fin des années 70, aux Etats-Unis, l'Eglise de Scientolgie avait lancé un programme d'espionnage à grande échelle - l'opération Snow white - qui visait à infiltrer des organismes gouvernementaux, des ambassades, des consulats, ainsi qu'une multitude d'associations critiques envers l'organisation. Pour autant, il n'y a aujourd'hui, dans cette affaire de modification législative, aucune preuve d'une infiltration de l'Eglise de Scientologie.

Question 3: Le mot secte de nos jours n'a rien à voir avec la religion, dont le mot secte prenait toute sa valeur. Les sectes d'aujourd'hui sont refoulées à cause de leur côté obscur ou malveillants par le reste de la société. Accusées d'une part de brimer les libertés individuelles au sein d'un groupe ou de manipuler mentalement leurs disciples, pour s'approprier leurs biens et de les maintenir sous contrôle, ou encore d'être une menace pour l'ordre social. C'est quand même un peu éloigné des religions non ? (ninon_de_lenclos)

Liberté d'un côté, asservissement de l'autre, nous l'avons dit, la ligne de démarcation est clairement tracée.

Question 4: Dans quelle mesure et de quelle manière les sectes s'infiltrent-elles dans les rouages de nos institutions afin d'infléchir les décisions et autres lois qui peuvent les concerner? (voir ce qui S'est passé dernièrement avec le procès de la sciento (bobenstock)

Les mouvements sectaires excellent dans l'art d'instrumentaliser les institutions nationales et internationales chargées de défendre les droits de l'homme ou de protéger la liberté de conscience ou de religion. Avec un objectif bien sûr: renverser les rôles, passer pour les victimes d'une politique haineuse et paranoïaque envers les minorités religieuses. L'une des plates-formes internationales les plus prisées par les mouvements sectaires est l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), un vaste forum de consultations et de négociation qui réunit des représentants gouvernementaux et des organisations non gouvernementales de 56 pays.

Question 5: On m'aurait dit que la plus grosse secte du monde serait celle des catholiques dont le gourou serait Benoit XVI, est-ce vrai ? (Once upon a time)

No comment

Question 6: Les sectes ne sont-elles pas, finalement, que des parias qui profitent de la société tel des tiques sur un chiens en exploitant la «faiblesse humaine»? (jere)

Comme nous l'avons déjà dit, les mouvements sectaires exploitent la moindre faiblesse des individus traversant des périodes difficiles. Les gourous organisent une illusion de mieux-être qui tourne rapidement à la prison mentale. Dans une société de la performance et du dépassement, de plus en plus d'individus vivent dans l'angoisse du lendemain. Une détresse qui fait le miel des gourous.

Question 7: Les Amish sont-ils une secte ? (Zeta_Baltimore)

Ce mouvement est essentiellement présent aux Etats-Unis, pays qui ne retient pas la notion de secte. Les Amish n'y sont donc pas considérés comme une secte, tout comme, par exemple, les Témoins de Jéhovah ou l'Eglise du Révérend Moon. Néanmoins il faut savoir que les Etats-Unis sont implacables lorsque des mouvements portent atteinte aux mineurs. En 2008, la police a fait évacuer 52 fillettes et jeunes filles du ranch d'une organisation mormone dissidente, la FLDS, à El Dorado, après le signalement de mauvais traitements.

Question 8: Comment l'état Français garantit-il la sécurité de ses concitoyens face à ce fléau ? (bobenstock)

La France est sans doute l'un des pays les plus en pointe dans la lutte contre les dérives sectaires. Elle s'appuie sur la loi, dite About-Picard, du 12 juin 2001, qui offre au juge une nouvelle incrimination: l'état de sujétion psychologique ou physique. Cet état, consécutif à une emprise mentale, renvoie à la mécanique même des mouvements sectaires. Jusqu'à cette loi, le code pénal réprimait " l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse d'un mineur ou d'une personne particulièrement vulnérable en raison de son âge, d'une maladie ou d'une infirmité". Désormais, il protège" la personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l'exercice de pressions graves et réitérées et de techniques propres à altérer son jugement pour la conduire à des actes ou à des abstentions qui lui sont gravement préjudiciables".

Depuis 2006, l'Etat a donné une nouvelle impulsion dans la lutte contre les dérives sectaires. L'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRPV) s'est vu confier " la lutte contre les dérives sectaires constitutives d'infractions pénales", avec la constitution, pour la première fois, d'un groupe d'enquêteurs spécialisés, chargé notamment d'assurer une meilleure circulation des renseignements entre les différents services et d'assister les services de police ou de gendarmerie qui solliciteraient un appui opérationnel.

Enfin, il est important de souligner le travail d'information et de prévention effectué par la Miviludes. Chaque année celle-ci publie un rapport sur les évolutions de la mouvance sectaire: les acteurs, les méthodes de manipulation, les modes de financement des organisations. Un travail considérable qui reste encore trop méconnu du grand public.

L'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse" d'une personne vulnérable ou en "état de sujétion" est puni de 3 ans d'emprisonnement et de 375000 euros d'amende.

Question 9: Que connaissez-vous des Pèlerins d'Arès ? (Rhalala)

C'est un mouvement fondé en 1974 à Arès, en Gironde, que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) qualifie de «mouvement guérisseur d'inspiration religieuse». L'une des associations créées par ce mouvement, L'Oeil s'ouvre, a été citée en 1995 dans le rapport de la commission parlementaire sur les sectes en France.

Question 10: Ma question va sembler choquante mais faut pas être un peu limite pour se laisser entraîner dans une secte? Il y a un moment ou on est oblige de voir le «loup», non ? (Panchito)

Juste avant leur entrée dans une secte, la plupart des adeptes ont connu des moments de fragilité psychologique: décès d'un proche, séparation, divorce, chômage, crise du milieu de vie. Ils cherchent à répondre à des questions existentielles, à des angoisses pesantes, à un sentiment de vide, de souffrance, à une combinaison d'échecs ou d'insatisfactions. Plus qu'une recherche de spiritualité, c'est un profond malaise qui s'exprime alors. En réalité, l'entrée dans un mouvement sectaire correspond à une rencontre entre un individu désorienté et un groupe prétendant apporter enfin la réponse tant attendue.

Question 11: Mise à part l'ancienneté qu'elles différences peut on faire entre les 3 plus anciennes sectes monothéistes légaliser et les nouvelles? pensez vous que les nouvelles sectes remplaceront les anciennes nommer "religion" tous comme le druidisme, les pharaons... et j'en passe on été abandonner et remplacer par les "nouvelles" qui commencent sérieusement a être dépasser par l'époque dans laquelle on vit du fait de leur origine moyenâgeuse? En clair est ce que les sectes d'aujourd'hui ne deviendront pas les religions de demain... (francois11e)

Où s'arrête la religion? Où commence la secte? Psychiatre et spécialiste des addictions, Philippe-Jean Parquet, a clairement tracé la ligne de démarcation: «Dans la religion, il y a une intentionnalité de la liberté de la personne, alors que dans le phénomène sectaire, il y a une intentionnalité de l'asservissement de la personne.»

Question 12: Est-ce qu'on peut assimiler les sectes à des groupes criminels ? (nebelhorn)

Les groupes qui développent des dérives sectaires cherchent à exercer une emprise psychologique sur leurs adeptes, en imposant un rythme infernal, des exigences financières exorbitantes, parfois des brimades physiques... La plupart des adeptes en ressortent ruinés, épuisés, anéantis. Certains se suicident, seuls ou en groupe. Des tragédies, comme celle du Temple du Peuple en Guyane, en 1978, et de l'Ordre du Temple Solaire en Suisse, en France et au Canada  (1994 et 1995) ont montré, de façon paroxystique, jusqu'où la folie d'un gourou peut mener: 900 morts d'un côté, 74 de l'autre, causés par des «suicides» collectifs, qui dissimulent souvent de nombreux assassinats.

Question 13: Comment définir une secte ? Est ce un groupe qui manipule et sépare des familles ceux qui se sont fait prendre? Est-ce quelque chose qui annonce la fin du monde, culpabilise des naïfs pour leur apporter des remèdes de leur composition? Dans ce cas, les écologistes qui nous mentent avec l'effet de serre et la taxe carbone sont bien une secte, avec, à la clef, la plus grande arnaque de tous les temps ! (fedser)

En France, la loi ne définit pas la notion de secte en tant qu'organisation, préférant caractériser ce qui constitue une dérive sectaire chez un individu ou un groupe. L'objectif est de concilier la lutte contre les agissements de certains groupes qui exploitent la sujétion physique ou psychologique, dans laquelle se trouvent placés leurs membres, avec le respect des libertés publiques et du principe de laïcité. Le discours des écologistes ne me parait pas relever de cette définition de la dérive sectaire !
 

Le Pouvoir des sectes par Renaud Leblond,

Editions E/P/A/ - Hachette Livre, 2009

Ancien journaliste à L’Express, l’auteur s’est livré à de nombreuses enquêtes sur les mouvements sectaires et il a co-écrit, il y a quelques années, un ouvrage sur l’Ordre du Temple Solaire.

Illustrant son ouvrage d’une iconographie riche et variée, Renaud Leblond analyse les raisons qui poussent des individus à adhérer aux mouvements sectaires, puis en chapitres courts et didactiques, il dresse «un tableau précis et impartial» de la mouvance sectaire à travers le monde.

«S’appuyant sur des histoires authentiques et des témoignages», l’auteur communique des informations qui ne sont pas forcément connues du grand public, reprenant des thèmes ou des affaires dont l’actualité s’est emparée à un moment donné ou à un autre.

En annexe, Renaud Leblond a ajouté aux quinze «faisceaux de critères» permettant de caractériser une dérive sectaire, les huit critères du psychiatre, Robert Jay Lifton, qui permettent de déceler et d’évaluer le «totalitarisme idéologique» mis en œuvre dans certains groupes. Cette «grille de lecture» incluant entre autres, «l’exigence de pureté», «le culte de la confession», «le langage codé»… n’est guère récente mais elle reste pertinente «pour caractériser l’emprise sectaire».

 

Le lobbying de la Scientologie

Video: Interview de Renaud Leblond, auteur du livre "Le pouvoir des sectes"

Que cachent le «Chemin du Bonheur» de la scientologie
et son «Bureau des Droits de l'homme»

Source: http://videos.lefigaro.fr/video/iLyROoafI3dU.html

Antoine Guélaud, auteur de «Ils ne m'ont pas sauvé la vie»
livre son combat contre les sectes

Par Eric Maillard

Antoine Guélaud (photo TF1)
http://www.lepost.fr/ 13/10/2009
[Texte intégral]
 

Je pensais lire un témoignage sur le combat perdu d'une femme contre la maladie, un cancer du sein, et sa révolte contre le corps médical. Ils ne m'ont pas sauvé la vie ne traite pas de ça. Enfin pas que. Il s'agit surtout d'une charge violente contre ce qu'il convient d'appeler les sectes guérisseuses, en l'occurrence le Mouvement du Graal.

Son auteur, Antoine Guélaud, choisit de se glisser dans la peau de celle qui est tombée dans les griffes pernicieuses d'une organisation déguisée dans un costume de notable. Il utilise pour parler d'Evelyne la première personne du singulier, comme pour laisser le "Elle" à la maladie, omniprésente. Il fait sien ce qui est devenu le combat de son héroïne dans la courte période qui sépare sa prise de conscience et sa mort. Et le prolonge jusqu'au début de cette année, à l'issue d'un jugement qui pousse à la révolte. La Justice, rebaptisée "La fille aux yeux bandés", n'a pas mené à bien sa mission, mais l'auteur choisit subtilement de l'incarner le temps d'un chapitre pour en révéler les complexités. Les vraies coupables meurtriers restent les médecins adeptes de la secte.

Si quelques pages me paraissent de trop, Il ne m'ont pas sauvé la vie, dévoré en une nuit, m'a littéralement emporté. Cette lecture d'un trait m'a donné envie d'interroger l'auteur sur son engagement personnel évident et son incroyable faculté à se glisser dans la peau d'une femme qu'il n'a pourtant véritablement connu que par le prisme d'un reportage qu'il a réalisé pour la télévision.

«Ils ne m'ont pas sauvé la vie» - Editions du Toucan - 2009

Pourquoi avoir attendu que le jugement soit rendu pour publier ?

Antoine Guélaud: "J’ai attendu le jugement du 17 février 2009 parce que je savais qu’il s’agissait du dernier juge- ment sur le fond de l’affaire avant l’éventuel pourvoi en cassation de l’une des parties. Cela me semblait à la fois plus 'honnête' vis-à-vis de moi-même et de tous les protagonistes de l’affaire et aussi plus intéressant pour les lecteurs. C’était une sorte de point final, d’épilogue judiciaire. La décision des juges de la Cour d’appel – la relaxe de l’un de ses médecins - m’a permis d’introduire un nouveau «personnage», la Justice, sous les traits de «la fille aux yeux bandés» (qui a souvent changé d’avis, au terme d’une procédure judiciaire sans fin, treize ans !) et de faire réagir la famille d’Evelyne, notamment sa fille, aujourd’hui âgée de 17 ans. Cela m’a valu de longues discussions avec l’éditeur qui souhaitait sortir le livre avant la décision en appel."

Avez-vous écrit le livre après le jugement cette année ou au fil des années après que vous ayez été appelé au moment de la mort d'Evelyne ?

Antoine Guélaud: "J’ai commencé à écrire cet ouvrage il y a deux ans. J’avais réalisé deux reportages pour Le Droit de savoir en 1996 et 1997 et j’ai toujours gardé l’intégralité des cassettes (une centaine de bandes d’une trentaine de minutes chacune), dont le contenu m’a beaucoup servi pour écrire ce témoignage. Evelyne, sur son lit de mort, m’a lancé un appel à l’aube de l’année 1997, quelques jours à peine avant de partir.

Ce SOS m’a beaucoup troublé. Ce qui a motivé, en accord avec Charles Villeneuve, un second reportage pour la même émission*. Puis l’écriture de ce livre. J’estime avoir été investi d’une mission. D’ailleurs sa mère qui a lu le livre m’a dit : 'Le corps d’Evelyne est parti mais son âme est encore là, à travers vous. Je sens que c’est elle qui a écrit'… Evelyne m’a sûrement habité."

Les lettres, en italiques, ont-elles réellement été écrites par Evelyne ?

Antoine Guélaud: "Evelyne, au cours de sa brève existence, n’a pas rédigé de journal intime. J’ai décidé qu’elle en tiendrait un dans le livre pour une raison majeure : faire apparaître qu’elle a entamé un combat contre son cancer dès le départ et qu’elle a toujours voulu s’en sortir. Elle a toujours entendu combattre la maladie, elle a toujours souhaité vivre le plus longtemps possible aux côtés de sa famille, son mari et ses deux petites filles. 'Je ne suis pas morbide' répétait-elle souvent. Il ne devait y avoir aucun doute là-dessus pour les lecteurs et cela me semblait un moyen intéressant de faire apparaître cette part de vérité.

Cette soif de vivre m’était clairement apparue, d’ailleurs, lors de la longue interview qu’elle m’avait accordée pour le magazine Le Droit de savoir, quelques mois avant de mourir, et c’est ce qui m’a donné l’idée d’inventer ce journal de bord de sa maladie. C’est en quelque sorte une liberté littéraire pour être au plus près du personnage complexe d’Evelyne, ce qui a été mon obsession tout au long de l’écriture du livre. Ce journal s’est aussi nourri, bien sûr, des propos tenus par le mari d’Evelyne, Manuel, au cours de nos très nombreux entretiens."

Votre parti-pris qui consiste à vous glisser dans la peau d'Evelyne vous amène à décrire des moments très personnels, qu'elle seule a pu vivre, souvent bouleversants: ces moments sont-ils romancés ou reconstitués sur la base de témoignages croisés ?

Antoine Guélaud : "Ce livre est un 'docu-fiction' pour reprendre un terme utilisé pour décrire un genre télévisé en vogue. D’autres parlent de 'roman-enquête'. C’est donc à la fois un document vrai, bien réel, basé sur une histoire vraie mais avec des moments qui empruntent à la fiction. Mais ces instants romancés sont très largement inspirés des entretiens que j’ai pu avoir avec les protagonistes de l’affaire, notamment des proches d’Evelyne: son mari, sa mère, sa cousine (Evelyne disait 'ma sœur jumelle' en parlant de Marie, sa cousine germaine), ses filles, son cancérologue, le personnel soignant de la clinique où elle est décédée, etc. Les parties 'romancées' s’inspirent aussi de documents proches de l’enquête policière et dont j’ai pu avoir connaissance.

Ces moments romancés s’inspirent enfin de choses vues personnellement, notamment des lieux, au cours de mon enquête pour TF1, à la fin des années 90 ou de rencontres avec ces médecins du Graal que j’ai interviewés pour Le Droit de savoir. J’ai voulu écrire ce livre comme si c’était Evelyne qui parlait pour mieux appréhender toutes les facettes de la manipulation. Par ailleurs, le titre 'Ils ne m’ont pas sauvé la vie' s’applique aussi à la famille d'Eve- lyne, et jamais je n’aurai pu restituer cette complexité ni aborder certaines questions sans me mettre à la place d'Evelyne… Par exemple, ces questions-là : comment son mari a-t-il pu laisser Evelyne – déjà très affaiblie - se lancer dans un jeûne pendant presque un mois, coupée de sa famille ? Pourquoi n’a-t-il pas réagi plus vite ? Etc. Pour y répondre, je devais absolument entrer dans l’intimité d’Evelyne et dans les secrets de la famille. Cela aurait été impossible de raconter tout cela sans me glisser dans sa peau!"

On comprend que vous avez été directement pris à parti notamment au Tribunal : avez-vous reçu des pressions concernant ce livre ?

Antoine Guélaud : "Le docteur Guéniot m’a menacé de mort en plein prétoire, en février 2008, lors du procès en appel à Douai et j’ai porté plainte contre lui le jour-même. Pendant la durée du procès – auquel assistaient plusieurs dizaines de ses patients -, la sécurité a été renforcée et des policiers m’escortaient lors de mes allées et venues. Les représentants du Mouvement du Graal, lors d’une rencontre organisée à mon initiative pour leur donner la parole, m’ont clairement fait comprendre que si j’agissais mal dans ma vie actuelle, vis-à-vis d’eux ou de ces médecins, je compromettais mes vies futures… Figures idéologiques qui font quand même réfléchir !

Aux yeux des défenseurs des médecins du Graal, je suis un peu le diable personnifié, le journaliste par qui l’affaire a été mise sur la place publique, l’homme qui a déclenché le «réveil» d’institutions un peu endormies comme l’Ordre des médecins, la police ou la Justice. Il faut aussi dire que les médecins du Graal étaient des notables très bien installés, surtout dans le Nord de la France et plutôt influents. Curieusement, des scellés ont d’ailleurs disparus au cours de la procédure, plutôt à charge contre les médecins d’Evelyne… Bref, il a existé tout un environnement 'hostile', typique des sectes, tout au long de l’écriture de l’ouvrage."

Les deux dernières lignes de votre livre relatent un événement majeur de juillet 2009 que nous ne révéleront pas mais y auriez-vous consacré le chapitre de clôture si vous en aviez eu le temps ?

Antoine Guélaud: "C’est un choix de ma part. J’aurais pu faire autrement. Ce n’est pas une histoire de 'timing' imposé par la sortie du livre à telle ou telle date. Il faut dire que c’est un 'rebondissement' inattendu et incroyable. Le livre ne devait pas contenir de surprise finale : le lecteur sait depuis le début qu’Evelyne est morte. Et finale- ment il y a ces deux lignes finales. Chacun est libre de les interpréter comme il veut. Faut-il les révéler aux futurs lecteurs ? Je ne sais pas. Ces deux lignes sont brutes, abruptes, brutales, factuelles, ce qui, je crois, est plus fort que n’importe quel récit plus développé. J’ai pensé, à un moment, faire réagir la famille d’Evelyne à cette nouvelle. Mais à quoi bon ? Sinon à ajouter un pathos dont j’ai essayé de me tenir éloigné tout au long des chapitres. Je vous fais partager cette confidence : quand j’ai appelé la mère d’Evelyne pour lui annoncer la nouvelle, elle s’est écriée : 'Il y a un bon Dieu'"…

Aujourd'hui, qu'aimeriez vous que provoque ce témoignage ?

Antoine Guélaud : "Pendant des années, j’ai beaucoup travaillé, enquêté sur les sectes, leurs méthodes d'appro- che, leurs fondements, leurs techniques manipulatoires. Avec l’histoire d’Evelyne, j’ai compris que n’importe lequel’d'entre nous peut tomber dans une secte, à la faveur d’un chaos personnel (la perte de son emploi, une rupture amoureuse, une maladie, etc.). Voilà ce qu’Evelyne et moi souhaitons que les lecteurs retiennent: ce ne sont pas des « dingues » qui tombent là-dedans mais des gens ordinaires «normaux», comme vous et moi. Et il faut marteler le fait que les « nouvelles sectes » avancent masquées et investissent tous les champs sociaux ou sociétaux (la formation professionnelle et donc l’entreprise, l’Education nationale, la santé par exemple) sans évidemment s’annoncer comme telles, ce qui est bien plus dangereux !

Rares sont ceux qui s’imaginent que des médecins généralistes peuvent appartenir à un mouvement sectaire. Evelyne disait souvent: «Il n’y avait pas marqué Graal sur leurs fronts» ! Aujourd’hui les sectes ne séquestrent plus, ou alors à la marge. Non, elles séduisent dans un environnement ouvert en apparence: chacun de leurs nouveaux adeptes est libre de ses mouvements mais prisonnier dans sa tête. Enfin, la question de la publication d'une «liste» des sectes me paraît essentielle, ne serait-ce que pour prévenir les plus influençables ou leurs familles. C’est en tombant sur une telle liste dressée par une mission d’enquête parlementaire au milieu des années 90 qu’Evelyne s’est rendue compte qu’elle était sous l’influence d’une secte !

Georges Fenech, le nouveau président de la Miviludes – la mission de vigilance et de lutte contre les déviances sectaires – a voulu établir une nouvelle liste des mouvements sectaires et il s’y est, hélas, cassé les dents. Le gouvernement ne l’y a pas autorisé. Il faut dire qu’il y a eu un lobbying d’enfer contre cette idée, y compris depuis les Etats-Unis. J’ai eu entre les mains, par exemple, une lettre écrite par une petite dizaine de députés américains et adressée aux autorités françaises, dans laquelle ils s’indignaient que la France puisse envisager la constitution d’une nouvelle liste, évoquant la liberté de conscience et de croyance ! Un beau débat dans la perspective du procès de la Scientologie, le 27 octobre prochain…"

Le néo-chamanisme et ses dérives hallucinatoires

 
Vidéo: Les dangers de l'iboga
Témoignage de Nathalie, une victime du néo-chamanisme
 
Le rapport 2009 de la Miviludes dénonce les pratiques sectaires qui prospèrent au nom
de l'épanouissement spirituel, du développement personnel et de la purification du corps.

Source: M6 - 7 avril 2010