Comment protéger les enfants des sectes

Ateliers de prévention pour les ados - Prévenir les périls jeunes (liberation.fr - 31 mai 2011)

Les 11 causes des maltraitances psychologiques sectaires chez les enfants par Sonya Jougla (Psychologue)

Ateliers de prévention pour les ados - Prévenir les périls jeunes

par Marie-Joëlle Gros

Une classe de collégiens. (© AFP Philippe Huguen)

A Paris, le collège Lamartine a organisé durant une semaine des ateliers de prévention

Immersion au collège, le temps d’une «semaine de prévention». Il n’est pas rare que la police ou les gendarmes entrent dans les établissements scolaires pour sensibiliser les élèves, quelques heures par an, à la sécurité routière, aux dangers du cannabis, de l’alcool, etc.

Dans le cossu collège Lamartine, situé dans le IXe arrondissement de Paris, la direction et le commissariat local ont choisi, d’un commun accord, d’aller cette année beaucoup plus loin. Une semaine entière de cours a été sacrifiée pour permettre aux 450 collégiens, emballés par cette parenthèse sans devoir sur table, de débattre avec des intervenants qualifiés. En amont, ils ont été sondés par les enseignants sur leurs sujets de préoccupation.

Résultats des courses, les ados souhaitent aborder Internet, le téléphone portable, les sectes et, peut-être à l'invitation des enseignants, les relations entre garçons et filles. Des ateliers adéquats ont donc été mis sur pied. Les interlocuteurs ne sont pas de la police mais travaillent en réseau avec elle. Ce sont des psychologues ou des membres d’associations rodés aux rencontres avec des adolescents. Extraits.

Prévention des phénomènes sectaires

«C’est un endroit où tout est super, et d’un coup, on te demande de l’argent»

Les quatrième 2 ont leur petite idée sur les sectes. Grosso modo, ils citent spontanément«la scientologie» grâce à Tom Cruise, bizarrement Youssouf Fofana comme gourou du«gang des Barbares» et les «illuminati», un mouvement catholique rendu célèbre par un roman de Dan Brown mais aussi par un jeu sur PlayStation (Assassin's Creed) qui semble fasciner les ados.

Face à eux, un bénévole de l’Association de défense de la famille et de l’individu (Adfi). Lorsqu’il aborde le phénomène d’emprise, les collégiens en connaissent un rayon: «Une secte, c’est un endroit où tout est super et d’un coup, on te demande de l’argent», expose une fille. «On pousse les gens à faire des choses qu’ils ne feraient pas naturellement», enchaîne un garçon.

«Monsieur, on peut pas faire une loi pour interdire les sectes ?» demande un élève. «C’est compliqué, il faudrait déjà s’entendre sur une définition de la secte», répond l’intervenant. Les élèves tentent de donner des éléments de définition: «argent», «pouvoir», «sexe».

L’intervenant évoque quelque chose qui «détruit les personnalités». Un élève s’insurge: «Mais alors, l’école, c'est une secte ? Elle veut qu’on soit tout sage et gentil, et en plus faut faire des chèques pour la cantine !» L'homme recadre: «L’école développe votre esprit critique.» Léger flottement dans l’assistance. L’intervenant parle de manipulations habiles, d’abus de faiblesse. «Mais monsieur, objecte une fille qui tresse les cheveux de sa voisine de devant, les gens sont bêtes à ce point ?» L’intervenant rétorque: «Ça peut arriver à des gens très intelligents, des élèves de grandes écoles par exemple.» Il évoque aussi les hôpitaux, où les familles des gens en fin de vie sont malléables car désespérées. Dans l’assistance, c’est un concert de «houlala».

Un bras couvert de bracelets se tend: «Il y a beaucoup de sectes en France ?» Six cents, d’après la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), précise le bénévole. «On estime que 500.000 personnes sont concernées, dont 60.000 à 80.000 enfants.» Les élèves accusent le coup.

Une question les taraude: «Une fois qu’on s’est laissé séduire et piégé, est-ce qu’on peut en sortir ?» Le bénévole marque un temps de réflexion. «Oui, mais c’est difficile. Lorsque vous avez passé mettons vingt ans dans un mouvement et rompu avec tous vos proches, vous vous sentez complètement perdu, sans repère, paumé.» Les élèves compatissent, l’air désolé. «On se retrouve un peu comme un immigré alors, propose un élève. C’est bien ça, monsieur ?»

Dépendance aux objets

«Les écrans, c’est quand même moins mauvais que la cigarette»

Pas besoin d’explications de texte pour les quatrième 5, la «dépendance aux objets» leur parle tout naturellement: «portables», «Facebook»,«jeux en réseau» fusent. Et, très vite aussi, des récits de conflits avec les parents. Un élève démarre: «J’ai le droit de passer trente minutes par jour sur l’ordinateur, mais vu tout ce que j’ai à faire sur Facebook, c’est pas assez.» Un autre, contrarié: «Mes parents ont programmé l’ordi pour qu’il s’arrête au bout de deux heures.»

Quels sont les arguments des parents pour limiter l’accès aux portables et aux ordinateurs ? «Les ondes, c’est mauvais pour les organes reproducteurs», «pour le cœur»,«pour les yeux»,«pour le sommeil». Amadeus lève la main: «Les écrans, c’est quand même moins mauvais que la cigarette, ça donne pas le cancer du poumon. Et même ça peut augmenter les réflexes.» Les psys du Centre Monceau acquiescent: tout n’est pas mauvais dans cette affaire, et l’idée n’est pas de terroriser la jeunesse. Quels effets négatifs ressentent-ils vraiment ? Manon reconnaît qu’elle «zappe un peu tout le monde autour». Les psys saisissent la perche: «C’est vrai qu’on ne devient pas accro aux écrans du jour au lendemain. Il faut se poser des questions quand on ne fait plus que ça. Quand on répond non à des copains qui appellent pour sortir, c’est un signe.» Elles demandent encore aux élèves: «Ça vous arrive de jouer sur l’ordi avec vos parents ?» Eclat de rire général dans la classe: «Jamais de la vie !»

Préjugés sexistes

«Le garçon parfait, ça n’existe pas»

Ce matin, les quatrième 5 sont très agités. Deux jeunes femmes de l’association Léo-Lagrange Démocratie et courage les canalisent en séparant les 7 filles des 17 garçons, qu’elles divisent encore en deux sous-groupes. A chaque petite bande, il est demandé de respecter la consigne: les filles doivent dessiner un garçon et les garçons une fille. Grand chahut, mais, quinze minutes plus tard, les dessins sont prêts. Les filles se sont appliquées. Leur représentation du sexe opposé est flatteuse: voici, couché sur le papier, «David, lycéen», un beau gosse, blond aux yeux bleus, à la tenue soignée. Dans la marge, elles ont énuméré ses qualités: «Il est romantique, écolo, pas raciste. Il aime les filles intelligentes.» Ricanement des garçons dans la salle: «Ouais, que des clichés ! C’est le garçon parfait, ça n’existe pas.»

C’est à leur tour de commenter leur création. Les garçons se postent devant le tableau, morts de rire. Ils ont dessiné «Cunégonde Labite, 26 ans», fagotée pour le trottoir, et son tarif: «2 dollars/heure.» Elle tient un cadavre de bouteille dans une main, a une seringue plantée dans le bras et fume de l’autre. Du sang coule de son entrejambe, elle semble avoir ses règles non-stop. Dans la marge, ils ont listé ses qualités: «S’occupe des gosses, fait la vaisselle en petite tenue, jouit quand elle est à quatre pattes.» Ses défauts ? «Elle change de mec après une longue et bonne nuit.» L’assistance dévisage les garçons, atterrée. Au tableau, les auteurs du dessin font les bravaches, mais ils sont de moins en moins nombreux à glousser en le commentant. Puis ils retournent à leur place en regardant leurs pieds. Les animatrices confient en aparté: «Un dessin de ce niveau, il y en a toujours un, à chaque session et quel que soit le milieu social rencontré. C’est un classique du genre, la preuve que leurs hormones les travaillent beaucoup

L’autre groupe de garçons n’a pas non plus respecté la consigne, mais différemment: au lieu de dessiner une fille, c’est un garçon qu’ils présentent au tableau. Une figure de mode dont chaque vêtement est siglé: chaussures Converse, jeans Diesel, pull Abercrombie… Il porte deux caleçons l’un sur l’autre, ce qui leur permet de citer deux marques: Dim et Calvin Klein. Ses défauts: «Il n’aime pas son père, sa mère, les profs, la cantine et réfléchir.» Ses qualités se résument à une seule: «Il a de l’argent.» Les animatrices sont presque blasées : «Oui, l’argent est invariablement une valeur pour cette génération.» Toute une semaine de prévention, est-ce finalement assez ?
 

 

 

 

 

"Nous vivons dans l'ignorance de la maltraitance sectaire et de ses séquelles sur les enfants"

"Il y a maltraitance quand l'impact émotionnel dépasse la capacité d'intégration psychique de l'enfant"

Les 11 causes des maltraitances psychologiques sectaires chez les enfants par Sonya Jougla (Psychologue):

Les besoins du gourou. Les enfants sont les adeptes de demain. Ils sont programmés pour assouvir ses fantasmes

Le gourou ne peut être contesté et rien de ce qu'il dit ne peut être vérifié par les enfants. Syndrome d'imprégnation (vivre dans un monde virtuel - une véritable cage virtuelle - vivre par procuration)

Pas d'intrusion de tiers (droit de l'homme - droit de l'enfant - santé - justice). Pas de place pour le doute, le discernement, le choix. Une cage virtuelle pour retenir l'adepte dans un monde magique. Symptome d'emprisonnement (monde ne fonctionnant qu'en vase clos)

Absence de triangulation. Relation complètement fusionnelle et duelle du gourou avec l'enfant (diabolisation de toute intrusion). On est dans le deux, pas le trois. L'enfant dans cette relation duelle est complètement à la merci du gourou. L'enfant ne peut que nier l'agression ou s'identifier à l'agresseur.

Privation du processus d'individuation et d'individualisation. Symptome : comportement de soumission, d'absence d'autonomie, être toujours dans des groupes jusqu'à la perte du sentiment de sa propre réalité et du ressenti de son corps comme étant réel.

Confusion du rôle des parents, des générations et des sexes. Syndrome d'adultomorphisme (le gourou tient tous les rôles)

La pensée unique et la vérité absolue invérifiable (empêche toute pensée critique). Ne pas y croire et l'enfant est perdu.

Difficulté d'accès à la pensée abstraite

Double langage - distorsion entre deux types de conception du monde (celui de la secte et celui de la société) débouchant sur un état d'angoissse, sidérant et paralysant. (Etat pathologique de sidération où l'enfant ne peut plus choisir ni se prononcer sur quelque chose si on ne lui a pas donné la réponse)

Désocialisation. Double rejet chez l'enfant: L'enfant-élu est conditionné à rejetter la société (diabolisée), et à l'école sa supériorité affichée fait qu'il est rejetté la plupart du temps par ses camarades. (Cet isolement est un indicateur utile pour la prévention)

Nombreux rituels imposés et phobies de la société conduisant à des séquelles psychologiques (Evolution fréquentes de ces séquelles vers une structuration névrotique obcessionnelle, phobique ou hystéro-phobique. Il y a aussi un effondrement narcissique, des aspects psychotiques et des état dissociatifs induits par les aspects délirants et hallucinatoires vécus dans la secte)

Source: Archives vidéo des auditions de la commission d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et morale des mineurs.

Vidéo: Audition de Sonya Jougla (Psychologue) (19 Septembre 2006)

Sectes menace sur les enfants

France: Malgré le durcissement de la législation en France 40.000 enfants seraient plus ou moins directement sous l'emprise de sectes (Le nouvel Observateur -6 juillet 2000)

Video: Sur le chemin de Compostelle la secte «Tabitha's Place» aborde les passants ! (planeteplus.com - 9 décembre 2008)

A Sus (Pyrénées-Atlantiques), les enfants de Tabitha's Place sont menés à la baguette (BULLES - 1991)

France: Des adeptes de la secte Tabitha's Place racontent six ans reclus (boursier.com - 5 décembre 2006)

France: Interpellations à Tabitha's Place (sudouest.fr - 20 mars 2008)