Une
formation minimale sera désormais exigée
pour toute personne souhaitant user du titre de psychothérapeute
«Cela
aura été le plus long de mes combats parlementaires.
Pour y parvenir, il aura quand même fallu onze
ans et six ministres de la santé…». Le
président de l’Assemblée nationale, Bernard
Accoyer, ne cache pas sa satisfaction après la
publication, samedi 22 mai au Journal Officiel, d’un
décret réglementant l’usage du titre de
psychothéra- peute. Un texte attendu de longue
date et qui a suscité un débat très
vif dans le monde de la psychiatrie et de la psychanalyse.
C’est
en 1999 que Bernard Accoyer, ORL de formation et alors
simple député du RPR, se lance dans ce
combat. «À cette époque, j’ai découvert
que n’importe qui pouvait s’autoproclamer psychothérapeute
et ‘soigner’, sans la moindre formation ni compétence,
des personnes en souffrance», explique-il.
En
2004, un premier article de loi est voté, mais
en pure perte, faute de décrets d’application.
Il faudra le vote, à l'’été 2009,
de la loi sur l’hôpital et ce décret, pour
en finir avec ce feuilleton au long cours.
Les
psychiatres dispensés de formation
À
l’avenir, toute personne souhaitant utiliser le titre
de psychothérapeute devra être inscrite
sur un registre départemental qui pourra être
consulté par les patients. Pour s’y inscrire,
elle devra avoir suivi une formation en psychopathologie
clinique d’au minimum 400 heures, délivrée
dans un établissement public ou privé
agréé par les pouvoirs publics. Elle devra
également suivre un stage pratique d’une durée
minimale de 5 mois. Seront dispensés de cette
formation les médecins psychiatres, qui pourront
donc automatiquement s’inscrire sur le registre.
La
situation sera un peu différente pour les psychologues
et les psychanalystes. Les psychologues devront suivre
deux mois de stage et 150 heures de formation théorique
pour les cliniciens et 300 heures pour les non-cliniciens.
Quand aux psychanalystes, régulièrement
inscrits dans leurs annuaires, ils se verront imposer
200 heures de formation et 2 mois de stage pour utiliser
le titre de psychothérapeute.
Reste
le cas des médecins non-psychiatres. Lors du
débat, un certain nombre d’observateurs s’étaient
inquiétés du fait qu’au nom de l’omnivalence
du diplôme de médecine, n’importe quel
praticien, par exemple un généraliste
ou un dermatologue, puisse se lancer dans la pratique
de la psychothérapie. Les médecins non-psychiatres
devront donc suivre 200 heures de formation et 2 mois
de stage pour s’inscrire sur le registre.
«Renforcer
le droit des patients»
«À
nos yeux, c’est notoirement insuffisant. Ce décret
va entraîner une déqualification de la
psychothérapie et même d’une partie de
la psychiatrie», estime le docteur François
Kammerer, vice-président de l’association française
de psychiatre et du syndicat des psychiatres français.
Une
certaine souplesse a été prévue
pour les professionnels déjà en exercice
et pouvant justifier d’au moins cinq ans de la pratique
de la psychothérapie. Ils pourront être
inscrits sur le registre, par dérogation, après
avoir fait valider leur expérience devant une
commission composée de psychiatres, de psychanalystes
ou de psychologues.
«Notre
seule volonté est de renforcer le droit des patients
et de mettre un terme aux agissements, souvent dangereux
ou sectaires, de tous ces psychothérapeutes autoproclamés»,
assure Bernard Accoyer.
Pierre
BIENVAULT