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«Le satanisme ne présente aucun danger pour la société»
- http://www.20minutes.fr/
20Minutes.fr - éditions du 19/03/2008
- [Texte
intégral]

- M
BARBU / REUTERS ¦ Le chanteur Marilyn Manson au festival B'estival de
Bucarest,
- Roumanie, le 1er juillet 2007
Olivier
Bobineau est docteur en sociologie, membre du groupe d’études Sociétés,
religions, laïcités, maître de conférences à Sciences-Po et enseigne à
l'Institut catholique de Paris. Alexis Mombelet est doctorant en sociologie,
spécialiste de la musique metal. Tous deux ont participé à une enquête
sociologique inédite en France sur le satanisme*, paru ce mercredi. 20minutes.fr
les a rencontrés.
D'où vous est venue l'idée d'une
enquête en sciences humaines sur ce sujet ?
Olivier
Bobineau: Au cours de ma thèse sur l'Eglise catholique en France et en
Allemagne, j'ai été étonné du regard porté sur le satanisme et son versant
soi-disant musical, le metal.
Alexis Mombelet: D'où mon
intervention dans cette recherche, les deux étant extrêmement liés dans
l'imaginaire commun.
Qu'avez-vous
découvert ?
AM: Qu'il faut distinguer les individus
qui puisent dans l'imaginaire sataniste des satanistes et que ni les uns ni les
autres ne sont dangereux pour la société en tant que tels.
OB: Les premiers pratiquent le braconnage de l'imaginaire
satanique pour nourrir leur construction identitaire, les seconds répondent à
quatre critères bien
précis.
Lesquels
?
OB: Ils
connaissent la doctrine satanique officielle, tirée entre autres de la Bible
satanique écrite par le fondateur de l'Eglise de Satan, Anton Szandor LaVey, en
1969. Ils pratiquent un culte ou des rituels de manière individuelle ou en
groupe, se reconnaissent satanistes et appartiennent à un groupe organisé,
exclusivement virtuel en France (forums sur des sites
Internet).
AM: En France, ils sont un peu plus d'une
centaine, âgés de 20 à 35 ans, et non plusieurs milliers comme l'ont avancé
certains médias.
Quelle est la doctrine du
satanisme?
OB: On peut la définir en deux mots:
«l'égocentrisme libertaire». Le satanisme prône le culte du moi, l'homme-
Dieu,
l'individualisme, qui s'oppose à l'union véhiculée dans la symbolique
chrétienne. Le diable est division, le chiffre 2, qui casse la Sainte Trinité.
Si ce mouvement religieux s'est structuré aux Etats-Unis, c'est en partie pour
dénoncer le fondamentalisme chrétien qui y est très implanté, notamment à
travers les évangélistes.
AM: En soi, le satanisme ne
présente aucun danger puisqu'il ne suscite pas de comportements grégaires. On ne
peut pas faire groupe autour du culte de l'ego, on ne peut pas s'unir au nom du
désunir. L'Eglise de Satan a d'ailleurs connu beaucoup de scissions. Le
satanisme se développe en s'étiolant et s'étiole en se
développant.
Mais y a-t-il eu des exactions ou des crimes commis
au nom de cette doctrine en France ?
AM: Nous nous
sommes penchés sur le cas des personnes se revendiquant satanistes et qui sont
passées à l'acte. Au moment des faits, les individus étaient soit sous
l'influence d'une idéologie néo-nazie, soit présentaient une pathologie de type
psychose ou schizophrénie, ou un parcours social précaire avec rupture familiale
et scolaire. Ce sont ces trois facteurs, séparés ou réunis, qui les ont poussés
à profaner un cimetière (comme à Toulon en 1996) ou à assassiner un prêtre (par
exemple, l'assassinat de l'abbé Jean Uhl en 1996).
Et en ce qui
concerne la musique metal, qui a souvent été pointée du doigt pour diffuser des
messages subliminaux poussant au suicide ...
OB: Je
ne répondrai qu'une chose: le “jeune diabolique” deviendra le “symbolique
populaire” de demain. L'histoire de la musique est truffée d'exemples de
musiciens qui ont été considérés comme diaboliques pour être adoubés ensuite:
Elvis Presley, les Rolling Stones («Sympathy for the Devil»), Iggy Pop, AC/DC
(alternating current/direct current et non Ante Christ/Death to Christ comme on
l'a prétendu à une époque), Ozzy Osbourne et plus récemment Marilyn Manson. Plus
sérieusement, la violence symbolique représentée dans la musique metal a souvent
une fonction cathartique pour les jeunes qui l'écoutent. Au final, c'est
peut-être elle qui empêche le passage à l'acte.
AM: Certains
“métalleux” nous ont confié que cette musique, qui fait parfois référence à un
imaginaire satanique mortifère, les avait au contraire ramenés à la vie et aidés
à accepter leur part d'ombre. Quant aux messages subliminaux, tous les groupes
accusés en justice sur cette question ont été innocentés car on n'a jamais
trouvé de preuve. Sur le rapport causal entre le fait d'écouter du metal et de
se suicider, enfin, il n'y a aucune étude française sérieuse sur la question.
Les enquêtes anglo-saxonnes, elles, mettent toujours en avant d'autres facteurs,
comme l'environnement familial, scolaire, l'usage de drogues etc. Les satanistes
que nous avons rencontrés, pour leur part, n'étaient pas des personnes
déprimées.
*«Le Satanisme, quel danger pour la société?», par Olivier
Bobineau, David Bisson, Alexis Mombelet, Nicolas Walzer, ed. Pygmalion, 330 pp.,
21,90 euros.
Propos recueillis par Catherine Fournier
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