| ENFIN
«LA
SCIENTOLOGIE EN TANT QUE TELLE EST EN CAUSE»
par Laurent Joffrin
- http://www.liberation.fr/actualite/societe/350906.FR.php
- 9 septembre 2008
- [Texte intégral]
S’il fallait traîner en justice tous ceux qui
jouent sur la crédulité humaine pour vendre
du vent, les tribunaux n’y suffiraient pas. C’est à
l’abri de cette maxime de bon sens que les sectes peuvent
se livrer à leurs étranges tribulations.
Dès lors qu’elles convainquent, aussi désolant
que ce soit, des individus majeurs et responsables,
elles viennent seulement allonger la liste des activités
exotiques ou farfelues auxquelles la tolérance
républicaine accorde une indifférence
de principe.
C’est même une des conséquences logiques
de la laïcité instaurée en France
depuis un siècle, qui protège les grandes
religions comme les petites croyances.
Il en va tout autrement quand ces activités
sectaires, dirigées contre des personnes fragiles
qu’on guide vers la ruine personnelle, se rapprochent
de la ligne rouge définie par le code pénal.
L’Eglise de scientologie a suffisamment joué
avec cette ambiguïté pour éveiller
la suspicion d’un juge plus opiniâtre que les
autres. L’obsession financière et l’agressivité
manipulatoire dont font preuve les croisés de
la dianétique sont à l’origine de cette
procédure. Enfin, un tribunal va pouvoir dire,
au terme d’un débat public, et après des
décennies d’incertitude, si les pratiques de
la scientologie, disséquées par les enquêteurs
avec une précision impressionnante, enfreignent
ou non la loi. Et donc si L. Ron Hubbard et ses successeurs
appartiennent à la catégorie des faux
prophètes ou des vrais escrocs.
SCIENTOLOGIE,
LE DOCUMENT QUI ACCUSE
par Guillaume
Dasquié
Aude-Claire M. estimait que l’Église de scientologie
avait instrumentalisé sa fragilité affective
dans le dessein d'extorquer ses maigres économies.
Au terme de près de dix années d’enquête,
le juge Jean-Christophe Hullin lui a donné raison.
Hier , il a signé une ordonnance renvoyant
les plus hautes instances scientologues devant le Tribunal
correc- tionnel de Paris pour, notamment, «escroquerie en bande
organisée, extorsion, et exercice illégal
de la médecine». L’organisation risque
le pire: un ordre de dissolution pure et simple.
Les 70 pages du magistrat, que Libération
a consultées (lire-ci dessous), marquent donc
un tournant.
Contrairement à des affaires instruites
par le passé, ce ne sont plus des subalternes
qui répondront à la justice. Là,
le quartier général de la scientologie
en France devra s’expliquer devant le tribunal en tant
que personne morale. Le juge considère en effet
que l’Association spirituelle de l’Église de
scientologie du 69, rue Legendre à Paris a sciemment
trompé les personnes qui ont cru à ses
miracles supposés. En particulier «en exerçant
une emprise psychologique sur ses adeptes sous couvert
de l’application de la doctrine de scientologique».
Selon lui, les dirigeants de la secte «ont eu
en l’espèce pour seul but de capter leur fortune
et d’obtenir ainsi la remise de fonds».
Emprise
Alain Rosenberg, présenté
comme le scientologue en chef pour le territoire français,
est ainsi renvoyé en correctionnelle. Une société
d’édition, la SEL, est également sommée
de rejoindre le banc des accusés. Cette structure
est chargée de vendre - parfois à prix
d’or - les ouvrages du maître des scientologues,
Ron Hubbard. La victime à l’origine du dossier,
Aude-Claire M., a déclaré avoir englouti
des sommes incongrues dans cette librairie, lorsqu’elle
était sous l’emprise de l’Église de scientologie.
Assurant que l’Eglise profitait de son état dépressif.
Une facture de carte bancaire qu’elle a signée
le 4 août 1998 montre qu’elle a acheté
ce jour-là pour 10 941 francs (1670 euros) de
livrets et de documents à la SEL.
L’avocat de cette plaignante, Olivier Morice, ne
cachait pas sa satisfaction hier en découvrant
les griefs retenus par le magistrat instructeur. Selon
lui, «le juge s’est attaqué à la
structure de l’Église de scientologie parisienne
et non plus seulement aux lampistes que sont les membres
de l’organisation». Avant de stigmatiser «l’attitude complaisante du parquet à l’égard
de la scientologie».
Car ce dossier défendu par le cabinet Morice
a naguère manqué de rejoindre le rayon
des affaires classées. Le 4 septembre 2006, le
vice-procureur Jean-Paul Mazon avait demandé
le non-lieu pour l’Église de scientologie et
ses responsables. Le parquet de Paris avançait
alors des motifs équivoques: l’organisation
aurait suffisamment cloisonné ses diverses entités
pour éviter à ses dirigeants d’être
inquiétés.
La porte-parole de l’Église de scientologie,
Danièle Gounord (lire page 4), a refusé
de commenter les dévelop- pements judiciaires d’hier,
préférant que ses avocats prennent le
temps de les examiner. Désormais, deux autres
importantes instructions pourraient se trouver relancées.
Celle d’un pianiste qui aurait été dévalisé
par la scientologie. Et celle visant l’ancien président
de la scientologie en France pour escroquerie, qui attend
une décision de la cour d’appel.
- EXTRAITS
DE L'ORDONNANCE
- DE
RENVOI DE L'EGLISE DE SCIENTOLOGIE
-
- «Une
recherche de profit optimal»
Extraits de l’ordonnance de renvoi de l’Eglise de
scientologie en tant que personne morale devant le tribunal
correctionnel de Paris, signée hier par le juge
d’instruction Jean-Christophe Hullin.
Les malversations bancaires
«On a constaté de multiples manipulations
bancaires, entièrement concertées entre
plusieurs des mis en examen, tous liés tant par
des liens d’amitié, d’intérêt professionnel,
de parenté ou d’alliance que par leur appartenance
à la secte parisienne, et tous parmi les plus
fortunés de ses membres. Ces malversations ont
ainsi indéniablement consisté à
dissimuler des encaissements divers dans des conditions
frauduleuses qui, si elles n’ont pas fait l’objet de
poursuites distinctes, éclairent d’un jour particulier
les activités individuelles voire collectives
des scientologues les plus importants de la rue Legendre».
La surfacturaction des produits vendus par les scientologues
«L’on retiendra à titre d’exemple que
le prix de facturation des ouvrages de la librairie
SEL peut s’avérer dix fois supérieur au
prix général d’une édition commune
comparable en tirage, sans aucune justification contractuelle,
tout comme l’on verra que le prix réel de l’électromètre
vendu aux adeptes permet à la scientologie des
marges bénéficiaires nettes de l’ordre
de 75% et que le prix des vitamines vendues par l’intermédiaire
des structures commerciales de la scientologie est bien
supérieur à celui des mêmes molécules
lorsqu’elles sont délivrées en pharmacie».
Les recettes commerciales de Ron Hubbard
«Dans ce document on peut lire les recettes
et recommandations, de nature de celles dispensées
aux représentants de commerce, et qui ne laissent
aucun doute sur la finalité commerciale de l’action
scientologue, dénotant d’une véritable
obsession pour le rendement financier: "Vous devez
vouloir à tout moment contrôler chaque
personne qui entre dans votre bureau, dès cet
instant jusqu’à l’étape finale de la signature
du chèque"; "Recherchez toujours de
nouveaux filons, ne saignez pas à blanc les anciens";
"Si des gens ont des difficultés d'argent,
et 99 personnes sur 100 vous diront qu’ils ne peuvent
rien se payer maintenant, élaborez pour eux un
budget, faites-leur réaliser que pour la première
fois, ils dépensent de l’argent pour eux-mêmes.
Cela demande du travail, mais j’y ai toujours réussi"».
Une bande organisée
«L’on voit donc que l’absence de toute rationalité
dans la profession scientologue est compensée
par une grande rationalité des finances, autour
d’une recherche du profit optimal stimulée par
l’assurance pour les officiers traitant de la scientologie d’un gain personnel, calculé
au pourcentage des sommes versées par leurs étudiants.
La dissimulation ensuite de ces gains personnels,
tant à l’égard de l’administration fiscale
que pour des raisons obscures, apporte un éclairage net sur la mauvaise foi
des mis en examen, regroupés entre eux au sein
de la plus haute hiérarchie parisienne.
La circonstance de bande organisée s’applique
d’autant plus à l’espèce que les mis en
examen, qui concentrent entre leurs mains toutes les prérogatives au sein des structures
associatives et commerciales, sont liés par une
relation amicale ancienne et des liens familiaux et
d’alliance».
«ÉVITER
LE SCANDALE»
par
Jean-Michel Roulet, président de la Miviludes
propos
recueilli par Guillaume Dasquié
Jean-Michel Roulet préside depuis 2005 la
Mission interministérielle de vigilance et de
lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).
A la fin du mois, son mandat sera achevé.
Depuis trois ans, il a consacré une partie de
son temps à comprendre l’Eglise de scientologie.
Comment la scientologie perçoit-elle les dossiers
judiciaires qui la visent ?
En France comme dans les
autres pays, la scientologie essaie, par tous les moyens, d’éviter le scandale.
On le constate en particulier par le nombre de personnes
qui se désistent après avoir porté
plainte. La scientologie n’hésite pas à
les payer, c’est-à-dire à perdre tout
ce qu’elle a gagné, pour ne pas avoir de plaignants.
Parce que son objectif aujourd’hui est d’être
respectable, elle cherche donc à éviter
les condamnations judiciaires pour amorcer un processus
de reconnaissance. […]
Quand les personnes ne cèdent pas aux offres
qui leur sont faites, la justice peut aller au bout.
Cependant, tant que ce n’est pas jugé, il faut
se garder de tous pronostics, car avec la scientologie,
bien souvent, les choses ne se terminent jamais comme
on croit qu’elles vont se terminer. Nous avons les preuves
que la scientologie a de gros moyens financiers pour
recruter d’excellents avocats. Ces derniers sont chargés
de retarder par tous les moyens les procédures,
pour que les affaires ne soient pas jugées dans
des délais normaux.
Pourquoi avons-nous l’impression que la justice obtient
des résultats mitigés dans les dossiers
concernant la scientologie ?
Il n’y a pas en France de législation d’exception
sur les sectes. Il existe des textes pour protéger
les victimes, mais aucun texte répressif pour s’attaquer aux sectes
précisément. Cette situation profite à
la scientologie. Toutes les lois visées dans les procédures
la concernant relèvent donc du droit commun.
Ce sont des soupçons d’escroquerie, d’exercice
illégal de la médecine, d’infractions
à la législation du travai … Sur cette base, la scientologie, se présentant
toujours comme une religion, s’efforce de faire croire
que les procédures pénales qui la touchent
s'apparentent à de la discrimination
religieuse.
LES
ARGUMENTS DE LA SCIENTOLOGIE
Danièle Gounord, porte-parole de la scientologie:
Recueilli par Guillaume
Dasquié
«Un système honnête»
Danièle Gounord est porte-parole de l’Eglise
de scientologie pour la France. Nous lui avons demandé
de commenter les plaintes qui visent son organisation. Après
avoir rappelé que, à ses yeux, la scientologie
fait l’objet de persé- cutions en France, elle a pris position sur les poursuites pour
escroquerie qu’ont engagées des magistrats contre
la secte.
Extraits
Plusieurs plaintes contre l’Eglise de scientologie,
en cours d’instruction, visent des faits d’escroquerie.
Comment l'expliquez-vous et quelle place tient l’argent
dans l’Eglise de scientologie ?
Les procès pour escroquerie contre l’Eglise
de scientologie ont commencé au milieu des années
70 en raison de la montée en puissance des associations
antisectes telles que les ADFI (Associations de défense
de la famille et de l'individu), dont le but avoué
est de «criminaliser» les pratiques religieuses
scientologues. Ainsi, le délit d'escro- querie
est-il l’un des tous premiers à être évoqué
par les plaignants, sous l’influence de ces associations.
Le même procès est recommencé encore
et encore.
Sans cesse de nouvelles affaires apparaissent
tandis que la justice s’éternise dans celles
qui sont en cours, pour finir par rendre des non-lieux
ou des relaxes. […]
Vous m’interrogez sur la place de
l’argent dans l’Eglise de scien- tologie. On reconnaît
généralement que, la scientologie étant
une religion jeune qui ne reçoit aucune subvention
publique, elle a le droit de vivre des contributions
de ses membres. […]
Le tarif des cours dispensées
par les églises de scientologie est équivalent
à celui des universités privées,
et le coût de la formation d’un ministre du culte
avoisine celle d’un séminariste catholique. […]
En 1993 […], le fisc américain a examiné
tous les aspects financiers de l’activité de
l’Eglise de scientologie et en a conclu que l’activité
était de nature charitable et que rien ne profitait
aux dirigeants.
Pourtant de nombreuses plaintes ont été
déposées pour des faits d’escroquerie
…
De nombreux experts, administrations et jugements
de par le monde ont conclu que le système financier
de la scientologie était un système honnête
et qu’aucune autorité dans la hiérarchie
de l’Eglise n’en tirait profit
|
Commentaire
du Centre Info-sectes:
Il
semblerait que madame Gounord oublie les jugements multiples et
souvent sévères contre la
scientologie:
Quelques-unes
des décisions de justice à
l'encontre de la scientologie:
- 1978,
Paris: ans ferme pour escroquerie contre
Hubbard, fonfdateur de la scientologie
- 1996,
1997, 1999: 3 ans et d'autres peines
de prison contre un patron de la scientologie
à Lyon et contre d'autres employés
- Marseille:
18 mois de prison et d'autres peines
contre le chef de la scientologie de Marseille
et Nice
- USA:
5 ans contre Madame Hubbard, et autant
contre une dizaine de hauts cadres mondiaux
de la sceintologie
- USA:
la scientologie paie [on ne
sait combien] des millions de dollars à la
famille de Lisa McPherson que la scientologie
a tmaltraitée et qui est morte
faute de soins médicaux appropriés.
La
scientologie a réussi à
échapper à la justice depuis
des décennies car elle ne cesse de
mentir devant les juges, et cela même
sous
serment, ou dans des déclarations
sur l'honneur !
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LA
FRANCE SE CHERCHE FACE AUX SECTES
Les Miviludes changera de président en octobre.
par Catherine
Coroller
Avec son affirmation, partiellement démentie
ensuite, selon laquelle «en France, les sectes
sont un non problème», Emmanuelle Mignon, alors directrice de cabinet de
Nicolas Sarkozy, avait en février mis le feu
aux poudres. D’autant qu’elle avait ajouté, à propos
des scientologues: «Je ne les connais pas, mais
on peut s'interroger.
Ou bien c’est une dangereuse organisation et on l’interdit,
ou alors ils ne représentent pas de menace particulière
pour l’ordre public et ils ont le droit d’exister
en paix.»Les tenants d’une lutte sans pitié
contre les sectes y avaient vu une inflexion de la politique française
dans un sens beaucoup plus libéral, voire atlantiste,
Nicolas Sarkozy étant soupçonné de vouloir s’aligner sur
les Etats-Unis où la liberté de croire
est absolue, et la scientologie a pignon sur rue. Et
puis le soufflé est retombé.
Successeur
Or, demain se réunit le Conseil
d’orientation de la mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
(Miviludes). Le nom du successeur de son actuel président,
Jean-Michel Roulet (lire page 4), dont le mandat s’achève
fin octobre, pourrait être révélé.
Du coup, les deux camps réarment. Selon l'anthropologue
Nathalie Luca (1), «soit on va nommer quelqu’un
qui continue une politique antisectes très dure,
nous plaçant en dehors de l’Europe occidentale,
soit on décide de s’inspirer de la façon
beaucoup plus pragma- tique dont nos voisins traitent
ces questions» - en clair, on réprime
ce qui est puni par la loi et on arrête les procès
d’intention pour le reste. Membre de la Miviludes, cette
chercheuse en avait démissionné en novembre
2005 suite à la nomination de Jean-Michel Roulet,
au motif qu’elle refusait d’être liée «à
un prévisible durcissement de la position»
de cette instance.
L’autre camp, incarné notamment par Catherine
Picard, présidente de l’Union nationale des associations
de défense des familles et de l’individu (Unadfi),
refuse de baisser la garde. «Bien sûr, la
spécificité française, la laïcité,
le climat plutôt méfiant vis-à-vis
des religions ont un peu entravé la progression
de mouvements comme la scientologie. Mais du coup, cette
secte fait auprès de l’Europe le lobbying qu’elle
ne peut pas faire en France.»
Selon elle, l’organisation
a un vrai pouvoir de nuisance. «Elle a développé
des réseaux dans une multitude de secteurs:
formation, maintenance informatique, agences immobilières,
santé …» Et surtout «il y a de vraies
victimes», insiste-t-elle.
«Problème»
Après l’emballement
provoqué en février par les propos d’Emmanuelle
Mignon, le gouvernement fait aujourd’hui profil bas.
Pour éteindre la polémique qu’elle avait
elle-même lancée, la directrice de cabinet
de Nicolas Sarkozy avait affirmé au Figaro que
«s’il y a des mouvements sectaires qui abusent
de la faiblesse des gens […] il y a un problème.
On cherche d’ailleurs les moyens de renforcer notre
action contre ces mouvements».
On attend toujours
des mesures illustrant cette volonté. Hier, le
ministère de l’Intérieur était
aux abonnés absents sur ce sujet.
(1) Auteur des Sectes (Que sais-je, 2004) et Individus
et pouvoirs face aux sectes (Armand Colin) en librairie
demain.
SUICIDES
D'ADEPTES
LES
RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX (RG) EN ALERTE
Ils suspectent l'Eglise de pressions sur les familles
par Guillaume
Dasquié

La
note des renseignements généraux sur le
suicide de Gloria Lopez, mère de famille. DR
Une note des Renseignements généraux
du 22 mai 2008, dont Libération a obtenu une
copie, révèle que l’Église de scientologie
n’hésite pas à se livrer à des
pratiques douteuses pour réduire au silence les
proches d’une adepte, Gloria Lopez. Le 21 décembre 2006, cette mère
de 47 ans s’est suicidée, debout, bras écartés
et souriante, sur les rails de la gare de Colombes. Les policiers des RG estiment que sa
famille «a fait l’objet de procédures de
déstabilisation de la part du mouvement qui tente encore actuellement de se
soustraire à la justice.
Surveillance. Dans leur note de trois pages, transmise
au cabinet de la ministre de l’Intérieur, ils
affirment: «Immé- diatement après
le drame, Alain Tizioli, responsable des relations publiques
de l’Église de scientologie, a pris contact avec
la famille de Gloria Lopez afin de leur proposer de
l’argent contre la promesse écrite de ne pas
engager de poursuites judiciaires contre le mouvement.
Un avocat de l’Église a effectué une démarche
identique auprès du notaire chargé de
la succession. Devant le refus de la famille, diverses
actions dilatoires ont été mises en œuvre
par la scientologie.» Les actions en question
ont été consignées dans une gendarmerie; les procès-verbaux décrivent des opérations
de surveillance dignes de barbouzes.
Alain Tizioli, nommé dans la note des RG,
a officié au sein du quartier général
de l’organisation, rue Legendre à Paris. Mais
il s’est mis au vert. Nous l’avons retrouvé dans
le Lot, à Rocamadour, où il gère
actuellement une entreprise hôtelière.
Il confirme l’existence de discussions entre lui et
les enfants de Gloria Lopez. Pour Alain Tizioli : «
C’est son fils qui a contacté l’Eglise. Et puisqu’il
avait effectué cette démarche, nous on
a juste proposé de rembourser les cours que Mme
Lopez avait payés, mais qu’elle n’avait jamais
suivis» (du fait de son décès).
Et de préciser : «L’Église de scientologie
est une des rares entités à rembourser
quelqu’un si une personne n’est pas contente de ses
services.»
Pascal Leberre, père des deux
enfants et ex-mari de Gloria Lopez (le couple était
divorcé), considère qu’il existe un lien
direct et évident entre l’implication de son
ex-femme dans l’Église de scientologie et son
suicide. Il accuse l'organisation d’avoir exploité
sa détresse psychique à des fins mercantiles.
Pour lui, «l’escroquerie n’est pas uni- quement
financière, elle est aussi morale» - des
éléments comptables retrouvés par
ses enfants évalueraient les dons et achats de
Gloria Lopez à la scientologie à 200'000
euros. Pour l’heure, les autorités semblent rechigner
à ouvrir une enquête préliminaire
dans ce dossier. Sa famille pourrait se constituer partie
civile dans les prochains jours.
Test. La note des RG rappelle qu’une autre famille
est confrontée à une situation similaire.
Une étudiante d’origine norvégienne, Kaja Gunnar Ballo, s’est défenestrée
à Nice, le 28 mars 2008. Pour les agents français:
«Dans sa chambre se trouvait, à côté
d’une lettre d’adieu à ses parents, un test de
personnalité utilisé par l’Église de scientologie dont elle avait
reçu les résultats et l’analyse le jour
même etqui la présentait comme une personne au quotient
intellectuel très limité avec des problèmes
de sociabilité et d’humeur.»
A Nice, le procureur Eric de Mongolfier a décidé
d’ouvrir une enquête judiciaire.
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