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Infiltration
d'un journaliste dans la scientologie
Dossier
réalisé par Abdelwahid Djaballah
- Source:
Tribune de Lyon - 16 juin 2009

photo:
Claire Gillet
Le
parquet de Paris vient de requérir la dissolution
de la branche française de la Scientologie. Le
jugement est attendu en septembre. Alors que le procès
battait encore son plein, notre reporter s’est infiltré
durant près de trois semaines au sein de l’église
de Lyon, place des Capucins. Voici comment la “Sciento”
s’y prend pour manipuler ses adeptes.$
INFILTRÉ
À LA“SCIENTO"
En
plein procès de la Scientologie, j’ai infiltré
l’église de Lyon, association loi 1901 surveillée
de près par la Miviludes (1).
Ce lundi 18 mai, j’ouvre pour la première fois
la porte de l’église située place des
Capucins (Lyon 1er). Un homme d’une cinquantaine d’années,
cheveux grisonnants et rasé de près me
reçoit, l’air méfiant.
Muni
d’un prospectus trouvé sur le présentoir
à l’entrée, je prétends venir par
curiosité, afin d’en savoir plus sur les théories
de Ron Hubbard, le fondateur et maître spirituel
de la Scientologie. Mon interlocuteur fronce les sourcils.Pour
le rassurer, j’explique: “Je travaille dans le milieu
psychiatrique dont les méthodes, qui consistent
à faire absorber des médicaments, m’indignent.
J’ai lu quelques théories de Ron Hubbard sur
la psychiatrie qui correspondent complètement
à mes idées concernant le traitement des
patients. Je ne savais pas qu’il s’agissait de la scientologie”,
lui disje.
Intéressé,
il me pose un tas de questions: “Où
exercez-vous ? Depuis combien de temps ? Pourquoi n’être
venu que maintenant ? “.
Je lui réponds que “j’ai besoin de me faire ma
propre opinion”.
Nous
restons debout. Il me tend alors un énorme pavé
intitulé La Dianétique, l’équivalent
de la Bible de la Scientologie, que je dois lire pour
comprendre la philosophie de Ron Hubbard. Coût:
20 euros. Il m’en présente un autre, Le Stress
au travail, pour le même prix. N’ayant pas d’argent
sur moi; il propose de m’accompagner au distributeur
le plus proche. Sur le chemin, j’affine ma présentation
fictive: “J’ai 25 ans, j’ai terminé des études
en psychologie il y a un an et je suis auxiliaire de
nuit dans un hôpital psychiatrique. Mon métier
consiste à donner des médicaments aux
patients, mais ce n’est pas toujours la meilleure des
solutions.” La confiance s’installe.
De
retour à l’église, Pierre (2)
me fournit les factures. Nous échangeons nos
numéros. Je ne promets pas de l’appeler, sauf
si les livres répondent à mes questions.

DEUX
JOURS PLUS TARD, À 10 HEURES, coup de téléphone.
C’est
Pierre: “Avez-vous lu les livres ?”. Je réponds
avoir été conquis mais que tout n’est
pas clair. Nous nous retrouvons un peu plus tard, à
l’église. Assis l’un en face de l’autre, dans
le hall d’entrée, je lis mes notes à haute
voix. A ma droite, l’électromètre, une
machine étrange raccrochée à deux
cylindres.Après avoir vanté mes “progrès”
et ma capacité de compréhension “hors
du commun”, Pierre me propose de faire un test de personnalité.
Il me tend les cylindres, que je tiens dans chaque main,
et règle l’intensité électrique
de telle sorte que l’aiguille située au milieu
de la machine soit plus ou moins sensible à ma
“charge électromagnétique” (avoir de la
charge, en scientologie, signifie ressentir des sentiments
négatifs). Il me pose alors des questions d’ordre
professionnel, affectif et personnel. L’aiguille vacille
plus ou moins rapidement vers le pictogramme positif.
Il
m’invite à le tutoyer. “Tu vois, me dit-il, tu
as de la charge en toi. En scientologie, ce qui est
vrai pour toi est vrai pour les autres”. Il se rapproche,
les coudes sur ses genoux: “En
lisant et en apprenant, des phénomènes
que tu n’aurais jamais imaginés t’apparaîtront.
J’en ai fait l’expérience et crois-moi, c’est
dingue !” A la fin de
l’échange, nous convenons que c’est moi qui appellerai
pour fixer un autre rendez-vous.
TROIS
JOURS S’ÉCOULENT: mon téléphone
sonne de nouveau à 10 heures du matin.
Pierre
vient aux nouvelles “juste pour savoir si ça
avance” et me propose de passer à l’église
pour en parler. Cette fois, il me conduit dans l’arrière-salle.
Le carrelageet les murs sont d’un blanc immaculé.
Des panneaux alignés vantent les vertus de la
scientologie, d’autres présentent les livres,
conférences et DVD de Ron Hubbard, dont le buste
trône ostensiblement à côté
d’un pupitre. Nous sommes assis face à face au
milieu de la pièce. Il me demande de lire à
haute voix ce qui est écrit sur le panneau, les
“huit étapes pour atteindre le bonheur” (voir
ci-dessous). Après un exposé de plus
d’une heure sur son parcours au sein de la Scientologie,
et de la possibilité de se décharger de
ses problèmes, il propose de me faire auditer.
“Cela te permettra de mieux cerner tes problèmes
actuels, dont l’origine se situe dans tes vies antérieures.
Tu verras des choses incroyables”, promet-il.
Il
en profite pour me vendre, pour 16 euros, un DVD hyper
sensationnaliste sur les dérives psychiatriques.
Nous en regardons un passage dans une salle de cinéma
aménagée. Il m’invite à rentrer
me reposer, ne pas trop sortir, ne pas boire d’alcool
et bien manger pour être prêt le jour de
l’audition. Avant de partir, il me demande de réglerimmédiatement
182 euros pour douze heures d’audition.
LE
JOUR J, Pierre me présente Isabelle, la directrice.
C’est
elle qui va m’auditer dans une petite salle du deuxième
étage. Un bureau, deux chaises, un divan derrière
moi, une bibliothèque en face, avec, accroché
au mur, un poster intitulé “Le pont vers la liberté
totale”. Il s’agit d'une liste représentant les
centaines d’étapes à franchir pour accéder
au bonheur absolu. Les mêmes questions personnelles,
professionnelles et affectives me sont posées.
J’ai des problèmes, c’est certain. La voix douce,
presque divine, m’emporte.
Elle
me demande de fermer les yeux et de lui décrire
un moment récent qui m’a mis en colère.
J’invente une scène à l’hôpital.
Je raconte que j’ai pris l’initiative de ne pas donner
son traitement à l’un des patients, qu’une collègue
s'en est rendu compte, qu’elle m’a dénoncé
auprès de la chef de section et toutes deux me
montrent comment forcer un patient à prendre
ses médicaments.
Je
dois décrire ma “pensée profonde” à
ce moment précis. “Bande de c…”, en l’occurrence.
L’auditrice me demande de répéter. Je
répète. “C’est bien, continuez – je répète
– Répétez encore – je répète
– Bravo, encore, avec plusd’intensité comme si
vous y étiez !”. J’ai dû répéter
“Bande de c…” au moins vingt fois.
Deux
heures durant, nous décortiquons instant par
instant cette scène à l’hôpital
en répétant inlassablement mes “pensées”.
“Nous allons maintenant demander à l’archiviste
de nous révéler un moment similaire antérieur
à celui-ci.”
L’ARCHIVISTE:
En
scientologie, l’Homme est immortel. Il a plusieurs
vies antérieures. L’archiviste est censé
contenir les archives de son passé. Il pourrait
même révéler des événements
survenus lors d’une période prénatale.
En
réalité, c’est une construction de
l’esprit qui prend forme à force de répétitions,
au coursde l'audition. Vous racontez un événement
qui a probablement eu des préalables. On
fait la démonstration que ce n’est pas une
anecdote mais une situation répétée
qui vous met dans cette même situation. Lorsque
l’auditeur demande à l'archiviste de trouver
des éléments similaires dans une période
prénatale, il fait en sorte de pousser le
souvenir à l’extrême. A force, vous
finissez par penser que c’est vrai.
Les
yeux fermés, je décris instant par instant
une scène imaginaire où, en primaire,
mon institutrice m’aurait grondé et dit à
ma mère que j’avais signé à sa
place un mot pour bavardages. Deux heures durant, je
distille inlassablement la scène, de même
que les “Oh mon Dieu” que ma mère aurait proféré,
ou encore les “Je te hais” que j’aurais voulu dire à
la maîtresse. Une réaction physique devrait
avoir lieu à en croire la directrice. De fait,
j’ai très mal à la tête. Je demande
d’arrêter pour aujourd’hui mais mon auditrice
me dit qu’il serait dommage d'inter- rompre ici notre
travail. J’insiste.
Elle
me fait ouvrir les yeux. “Voilà, vous revenez
dans le présent”, m'annonce-t-elle en m’indiquant
rapidement un certain nombre de points dans la pièce,
que je dois regarder, et en me faisant toucher la table,
la chaise, un stylo… “ Sortez un moment, allez boire
un verre et revenez, on ne peut pas arrêter maintenant,
c’est génial ce que nous avons fait !” mais elle
perd le sourire lorsque j’insiste pour partir, prétextant
avoir été de service la nuit passée
et n’ayant pas beaucoup mangé. Elle cède
enfin, non sans mal. Je sors au bout de cinq heures
d’entretien.
LE
LENDEMAIN, mon “auditrice” me signale que nous avons
grillé des étapes en commençant
par l'audition. Et que mon milieu professionnel pose
problème.
S’ensuivent
alors cinq heures de présentation des fondements
de la scientologie, appuyés par de nombreuses
citations extraites de différents livres de Ron
Hubbard, elles-mêmes schématisées
sur des feuilles de papier blanc pour mieux m’aider
à assimiler les représentations mentales.
Mes
supposées cinq années d’études
en psychologie intéressent particulièrement
mon interlocutrice; il faut les mettre au service de
la “cause”. Avant cela, je dois sortir de mon milieu,
qui m’oppresse et oppresse la Scientologie. Le tutoiement
s’installe, les sourires et la voix douce ont repris.
“Tu as un
thétan (3)
incroyable.Tu n’es pas comme les autres.Tu as un potentiel
extraordinaire mais tu ne peux pas l’utiliser,car ton
milieu te bloque.” Elle
continue, face au poster du “Pont vers la liberté
totale”: “Tu es à OT8 (4) c’est
très rare. Tu peux rapidement passer à
des niveaux supérieurs et accomplir ton objectif
: aider l’Humanité”. En clair, je fais partie
des “élus”. Une semaine s’écoule, au cours
de laquelle je suis supposé prendre le temps
de la réflexion d’un engagement plus approfondi.
Entre
temps, nous communiquons par téléphone.
Je reçois des appels, parfois tard le soir. Nous
nous voyons aussi régulièrement, une heure
environ tous les deux jours. Tout est mis en oeuvre
pour que je me sente enfin “exister”. Voyant que je
ne suis pas prêt à démissionner,
la directrice me fait miroiter des déplacements
à l’étranger pour rejoindre les “org’
idéales” (5) (Flag aux USA,
Danemark, Suède) dont une gigantesque, qui devrait
ouvrir prochainement à Bruxelles, haut lieu des
institutions européennes.
“Je
veux le meilleur pour toi, comme si tu étais
mon fils. On ne va pas te traiter comme un ‘public’
(6)
je veux que tu deviennes Staff (7).
Tu signeras le contrat dès que tu auras démissionné”
promet-elle.
LE
STATUT DE STAFF me permettrait de suivre les cours gratuitement.
Deux
jours plus tard, je lui indique avoir démissionné.
Pourtant, après les félicitations et une
heure et demie d'entretien, il n’est déjà
plus question de contrat Staff. Il me faudra d’abord
suivre les cours de base, “pour une meilleure compréhension”.
Elle m’incite à trouver rapidement un emploi,
car la Scientologie ne pourra pas me prendre en charge.
Finis les grands sourires et la voix angélique.
Place aux choses sérieuses: une poignée
de main puis direction une salle de cours. Là,
elle me présente les différentes étapes
à franchir avant de passer Staff.Au total, entre
les “cours” et les “conférences”, il y en a pour
1'860 euros.
Mon
infiltration s’arrête là.
(1)
Mission interministérielle de vigilance et de
lutte contre les dérives sectaires
(2)
Tous les prénoms ont été changés
(3)
Ame, esprit. “Je réalise que je suis un thétan,
pas un corps”. On trouve des thétans gentils,
d’autres malintentionnés.
(4)
Thétan opérant, personne au-dessus de
l’état de Clair, qui est non seulement libérée
de ses impulsions incon- scientes, mais aussi investie
de pouvoirs illimités sur la matière,
l’énergie, le temps, la vie et la pensée.
Le Thétan opérant remplira des missions
intergalactiques et parviendra un jour “au contact de
la divinité”.
(5)
Organisations idéales. Grosses structures comptant
au minimum 200 membres.
(6)
Membres lambda.
(7)
Membres de l’équipe salariés par la Scientologie.

Qui
était Ron Hubbard:
Fondateur de l’Eglise de scientologie, mort en 1986,
Ron Hubbard “a passé sa vie à rouler tout
le monde, à tricher en affaires, à frauder
le fisc, à fuir ses créanciers, à
esquiver des poursuites judiciaires”, écrit Russell
Miller dans Hubbard, le Messie de la scientologie (Plon,
1994) après une enquête de plusieurs années.
“A la fois Charlot et Hitler, son véritable destin
est plus extraordinaire que tous ses mensonges”.
Selon
le site Prevensecte, il était un “faux journaliste,
explorateur mythomane, aventurier pour gazettes popu-
laire". Auteur d’une centaine de romans de science-fiction,
il est l’auteur de la Dianétique, et en a fait
une religion. Le mythomane, devenu gourou, a ensuite
multiplié les voyages, les livres, les conférences
pour faire la “promotion” de ses théories. Selon
prevensectes.com et info-sectes.org
En
France: 5 églises
et 9 missions. 300 membres à plein temps. Entre
2'000 et 4'000 adeptes. Chiffre d’affaires estimé:
10 millions d’euros selon d’anciens adeptes.
Dans
le monde: 6'065 églises
dans plus de cent pays. Chiffre d’affaires estimé:
entre 150 et 200 millions selon d'anciens adeptes.
Qu'est
ce que la dianétique ? C’est
d’abord le titre d’un ouvrage écrit par Ron Hubbard
en 1950 qui décrit la puissance de la pensée
sur la corps. C’est, selon l’auteur “une science mentale
de la santé” visant à la compréhension
de l’inconscient, elle se base sur la technique de l’audition
dianétique et est le fondement “philosophique”
de l’Eglise de scientologie.
Les
8 Dynamiques: Ce
sont des sorte d’étapes de progression qui déterminent
aussi l’ordre hiérarchique des adeptes. Le soi
(comprendre son propre corps et son propre mental)
- La
famille et l’éducation des enfants
- La
survie du groupe
- L’humanité
- Les
formes de vies: la Scientologie considère
que l’homme est immortel ; il aurait donc plusieurs
vies antérieures.
- L’univers
physique : Il a quatre composantes: la matière,
l’énergie, l’espace et le temps
- La
dynamique spirituelle (l’impulsion à survivre
en tant qu’être spirituel)
- L’infini:
appelé également Dieu, l’Etre suprême
oule Créateur
L’AUDITION
L’audition
permet à l’auditeur d’avoir une emprise sur le
mental de l’audité en apprenant tout sur lui,
jusque dans ses pensées les plus intimes. Présentée
par la Scientologie comme le moyen de se soulager de
sa “charge”, autrement dit de ses souffrances, l’audition
coûte près de 200 euros et dure généralement
12 heures (est vendue par périodes de 12h30
et la scientologie ne cesse de proposer de nouvelles
étapes - note du centre Info-sectes). Elle
permettrait de purifier l’âme, le “thétan”.
LES
TECHNIQUES DE
MANIPULATION DE LA SCIENTOLOGIE

Livres,
DVD, la Scientologie pourvoit également à
la culture de ses adeptes…
L’AVIS
DU PSYCHIATRE. Le professeur
Philippe Parquet est membre du Conseil d’orientation
de la Miviludes. Sa mission consiste à repérer
les dérives sectaires. Voici son analyse des
méthodes d’endoctrinement de la Scientologie.
LA
TECHNIQUE DE L’AMORÇAGE: La
technique de l’amorçage consiste à déclencher
une motivation potentielle chez une personne. Il faut
donc travailler le terrain: “Je vous fournis un certain
nombre de documents qui sont susceptibles de vous aider
à trouver une solution adéquate à
vos problèmes.” Tandis que la maison d’édition
spécialisée en tire profit…
L’ÉLECTROMÈTRE:
Durant
les séances dites de l’électromètre,
le
scientologue établit une
relation plus personnalisée, en tête
à tête. Il va accueillir votre malaise
(milieu
professionnel) dans une
dimension intellectuelle, avec l’électromètre,
et dans une dimension affective,
en invitant au tutoiement au
moment où s’installe une
relation de confiance.
L’AUDITION
ET LES COURS: On
vous propose d’évoquer les choses
pour lesquelles vous demandez une
aide ou des réponses. Cela
permet d’identifier des points particuliers
de la personnalité sur lesquels
on pourra s’appuyer ultérieurement; d’où
l’invitation à rompre
avec son milieu professionnel.
LA
RÉPÉTITION: C’est
une technique de l’emprise mentale
qui tend à redonner un contenu
émotionnel fort à un événement.
L’objectif:
provoquer une situation
émotionnelle intense face
à une grande difficulté professionnelle.
Demander
de répéter est une
manière de dire à autrui: “Je prends
le pouvoir sur toi, je te demande de
répéter.” On prend ainsi l’ascendant
sur vous.
“L’ARCHIVISTE”:
Autre
technique habituelle: vous racontez
un événement qui a probablement eu
des préalables. On fait
la démonstration que ce n’est pas
une anecdote mais une situation répétée
qui vous met dans cette
même situation. Lorsque l’auditeur
demande à l’archiviste de
trouver des éléments similaires dans
une période prénatale, il fait en
sorte de pousser le souvenir à l’extrême.
A force, vous finissez par penser
que c’est vrai.
Prévenir
les pratiques sectaires passe par l’information

“La
Scientologie n’a jamais demandé à bénéficier
de la loi de 1905 sur les cultes. Photo AFP
ENTRETIEN
AVEC GEORGES FENECH, PRÉSIDENT DE LA MIVILUDES
Georges
Fenech, magistrat et ancien député UMP
du Rhône, est à la tête de la Miviludes
(Mission interministérielle de vigilance et de
lutte contre les dérives sectaires). En 1988,
année où un adepte de la Scientologie
s’était suicidé, il avait instruit le
procès du responsable lyonnais de la secte pour
homicide involontaire.
Selon
la Miviludes, la Scientologie est-elle une secte ou
une religion ?
Il
n’y a pas d’autorité, en France, pour qualifier
une religion ou une secte. Nous dénonçons
plutôt les dérives sectaires si nous constatons
un ou plusieurs des éléments suivants:
des exigences financières exorbitantes, des démêlés
judiciaires fréquents, des atteintes sexuelles,
ou s’il y a tentative de rupture professionnelle ou
familiale. Par ailleurs, la Scientologie n’a jamais
demandé à bénéficier de
la loi de 1905 sur les cultes. Elle ne peut pas espérer
être reconnue comme une religion car les tribunaux
n’ont pas le pouvoir de qualifier un mouvement de religion
ou de secte. Les tribunaux sont saisis de faits bien
précis. En l’espèce: d’escroquerie en
bande organisée.
Quels
sont les moyens juridiques pour lutter contre les dérives
sectaires ?
Le
droit commun, qui comprend le droit pénal, le
droit civil et le droit du travail s’applique, notamment
pour sanctionner les délits économiques
d’escroquerie, d’extorsion de fonds; les atteintes aux
personnes, à savoir l’exercice illégal
de la médecine ou de la pharmacie, les abus sexuels,
la non-assistance à personne en danger, le travail
faussement bénévole, etc.
Et
puis, il y a le délit tout à fait spécifique
dit de la loi About-Picard du 12 juin 2001, une loi
unique en Europe, qui réprime la sujétion
psychologique et incrimine l’abus frauduleux de l’état
de faiblesse. En clair, c’est l’emprise mentale.
Comment
prévenir les pratiques sectaires ?
Prévenir
les pratiques sectaires passe par l’information, la
vigilance, la formation d’agents-relais dans les régions,
les départements, les parquets généraux.
C’est la mission de la Miviludes de faire de la prévention.
De son côté, la jurisprudence a beaucoup
évolué. Il reste toutefois un point à
améliorer, la prescription. L’idéal serait
que le départ de la période de prescription
soit fixé le jour de la sortie du groupement
sectaire. Car tant que la personne est dans le groupement,
elle n’a pas ses capacités de jugement.
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