- L’histoire de Kendra Wiseman dans la
scientologie
Mon nom est Kendra Wiseman. Si vous aviez l’habitude de lire les
forums des sites Clambake, ARS ou ex-Scientologist vers 2005, vous m’avez
peut-être connue sous les noms d’Emma (pas celle d’ex-Scientologist), Emma
Goldman ou SarahNW. Je me suis tue pendant longtemps quant à mon expérience au
sein de la scientologie, et j’en ai marre. Hier, c’était mon dernier jour de
silence. A partir d’aujourd’hui, je suis une critique publique de la
scientologie.
Récemment, grâce aux actions d’Anonymous, un groupe d’activistes
sur Internet, et au témoignage de Jenna Miscavige Hill, j’ai décidé de parler.
J’aimerais remercier les membres d'Anonymous qui nous aident à nous faire
entendre, à se sentir en sécurité, et pour m’avoir donné l’élan pour raconter
mon histoire. Je remercie également Astra Woodcraft et Jenna Miscavige Hill,
avec lesquelles j’espère un jour pouvoir boire un café. Vous êtes toutes deux
invitées à mon mariage.
Il y a une forte probabilité que le fait de faire mon «coming out»
et de m’exprimer ferme la porte à tout nouveau contact avec mes parents. Sans
aucun doute, je serai déclarée Personne Suppressive. Je serai peut-être
surveillée et harcelée, ridiculisée, mais je n’ai plus peur de cela maintenant.
J’espère que mes parents savent que je les aime, que je suis fière d’eux, et
qu’un jour j’aurai la possibilité de leur parler et d’apprendre à nouveau à les
connaître.
Vous me manquez beaucoup. Mais voici mon histoire
…
Mon père est le président de la Commission des citoyens pour les
droits de l’homme (CCDH), Etats–Unis. Mon oncle est le président de Narconon
International, et ma mère la présidente de l'Earth Organization. A l’exception
de cette dernière, qui est un authentique groupe d’activistes indépendants et
pleins de bonnes intentions pour l'environ- nement, ces organisations sont
possédées et financées par l’église de scientologie. Vous pouvez vérifier cela
sur Google.
A ce jour, 8 février 2008, j’ai 24 ans, et n’ai pas de nouvelles de
ma famille proche depuis deux ans et demi. Malgré cela, je vis actuellement en
Chine, où j’ai un super boulot, un foyer stable, et un fiancé qui a un derrière
qu’on a envie de pincer. Pendant que je suis en train d’écrire ceci, les
festivités pour le Nouvel an chinois battent leur plein et le ciel est illuminé
par les fusées. Il y a un gâteau à la vanille et du cheddar dans le frigo. La
vie est belle.
Malheureusement, ma vie n’a pas toujours été aussi joyeuse.
Particulièrement en juillet et août 2005, lorsque ma famille a eu recours à la
politique de
déconnection de la scientologie pour couper tout
contact avec moi, me laissant en Chine sans foyer, sans famille proche, presque
sans filet de sécurité.
J’ai grandi dans une famille scientologue prospère, avec des
parents aimants qui ne m’ont jamais privée de rien. Mes parents ne sont pas
membres de la Sea Org, et j’ai pu profiter
d’avantages, de privilèges et d’opportunités refusés aux enfants des membres de
la Sea Org. J’étais une enfant normale et heureuse qui est passée du statut de
star de la scientologie à celui d’apostat en trois ans. J’ai travaillé au CCDH;
je me suis enfuie de la maison; j’ai subi des contrôles de sécurité ad nauseam;
j’ai été harcelée en ligne sur Internet; j’ai subi des chantages affectifs; et,
le plus grave, on m’a poussé à avoir honte de moi.
Je vais passer de larges parties de mon histoire pour rester brève,
alors restez avec moi si vous l’osez, ou aller voir un chapelain
sinon.
Jusqu’à mes 14 ans, j’ai pensé que la scientologie, c’était de l’or
en barre. Je ne suis pas sûre que le terme «pensé» soit approprié, disons que je
faisais cette hypothèse. Je savais cela parce que tout le monde le disait.
J'aimerais pouvoir dire que je me suis rendu compte que la scientologie était
une arnaque dès que j’ai été capable de réfléchir par moi-même, mais tel n’est
pas le cas. La dissension commence à une échelle beaucoup plus réduite, ces
petits doutes dérangeants dont on se débarrasse aisément.
J’ai participé 8 fois aux grands rassemblements annuels de la
scientologie au Shrine Auditorium. Pendant que les 3000 participants semblaient
pétris de ferveur, j’en avais simplement marre de devoir me lever toutes les
trois minutes pour applaudir. Je me demandais vaguement si ma mère avait ces superpouvoirs mentaux OT qu’ils étaient tous censé
détenir, car je ne l’avais jamais vue les utiliser. Je pensais au fait que je
n’étais jamais sortie de mon corps, même si parfois je m’étais sentie légère, et
me demandais si c’était la même chose. Je pensais à ces huiles de la scientologie qui traitaient très
mal les autres, et me demandais si des gens si
puissants avaient vraiment besoin d’hurler pour avoir gain de cause, mais
seulement en passant.
Ces quelques faits étaient tout ce que je savais et je progressais
rapidement au sein de la scientologie. A l'époque, j’ai été la personne la plus
jeune acceptée à bord du Freewinds, le bateau de croisière de la scientologie,
et j’y ai eu mes 7 ans à bord. J’ai été parmi les plus jeunes à suivre les cours
KTL/LOC, que j’ai fini à 9 ans. Les comptables à AOLA souriaient quand je m’y
rendais, ayant donné mes 3 dollars à l’AIS. La comptable trouvait cela tellement
mignon qu’elle m’a emmenée dans les bureaux et imprimé un
reçu.
J’ai d’abord pensé quitter la scientologie à 15 ans. Certains
appellent cela la puberté, mais je préfère penser à une juste indignation. Je
dois à la vérité de dire que j’avais de la peine à finir le cours Pro Metering
au Celebrity Center International, et que cela détruisait mon esprit. Ce qui
aurait dû être fini en deux mois pendant les vacances d’été s’est transformé en
un Beyrouth émotionnel de 8 mois. Le cours lui-même s’était bien passé, mais je
n’arrivais pas à franchir la dernière marche. J’avais toujours été une élève
brillante de la scientologie, mais maintenant je pleurais dans les toilettes,
avec divers crétins de la Sea Org tapant à la porte, essayant de me faire sortir
de gré ou de force.
Je ne vais pas trop entrer dans les détails, mais il n’y a rien de
pire pour l’âme que de livrer complètement et de s'entendre dire que cela ne
suffit pas. Heureusement, la scientologie fournit une petite liste de raisons
pour lesquelles quelqu’un peut échouer.
Ils ont commis des overts (péchés) et cela nuit à leurs
progrès. Ils y a des mots dans les documents qu’ils ne comprennent
pas. Ils n’ont pas assez travaillé.
Même si ces trois explications ont l’air bénignes et même logiques
en apparence, leur effet sur l’être humain est dévastateur. Disons que vous
essayez de lancer un frisbee en plomb. Vous avez beau le lancer de toutes vos
forces, il tombe à vos pieds. Votre coach vous pousse à vous entraîner plus, et
vous le faites, mais le frisbee ne vole toujours pas. Votre coach vous dit
ensuite que vous ne comprenez rien au vol du frisbee, sinon vous n’auriez pas ce
problème. Vous approfondissez l’étude du frisbee, sans résultat. Votre coach
commence à penser que vous avez abimé le frisbee intentionnellement. Vous êtes
un criminel du frisbee, qui doit être puni, pour votre propre bien et celui du
frisbee. Tout du long, on vous a dit que le frisbee était sans défaut. Hourra
pour le frisbee.
Mettons de côté cette analogie douteuse. C’est l’un des principes
fondamentaux de la scientologie que «La Tech», comme ils appellent les
enseignements d’Hubbard, fonctionne si elle est employée correctement. C’est
l’hypothèse première sur laquelle est construite la scientologie. La tech est sans défaut, c’est nous qui avons des défauts. Hourra pour la Tech. Sur de
telles fondements, quelqu’un peut faire porter le poids de la responsabilité sur
tout et tous, sauf là où il faudrait. Tout désaccord ou doute sur
l’applicabilité de la scientologie devient une faute de
l'étudiant.
Après 8 mois de pratique, de punitions répétées, et de révisions
incessantes, j’étais au bord de l’explosion. De l'avis des superviseurs, j’étais
soit une idiote, soit une criminelle, soit un échec total. Le responsable des
superviseurs ne me parlait presque plus. J’ai passé des semaines dans le
confessionnal avec l’officier d’éthique, je me sentais traquée du fait de la
politique de rapport au sujet de vos amis, et si je revoyais un e-meter de ma
vie, ce serait toujours trop tôt.
La journée, j’allais en classe à la Delphi Academy Los Angeles, un
lycée scientologue, et, du fait de mon mécon- tentement, j’ai commencé à lire
des livres sur d’autres religions. La
scientologie m’avait déjà convaincue que le christianisme était un implant dans
ma tête mis en place par des psychiatres intergalactiques – et chacun sait que tout ce qui a été fait par des psychiatres
intergalactiques ne doit pas être touché, même avec des pincettes – alors je me
suis tournée vers le bouddhisme, le taoïsme, la cabbale et finalement la
sorcellerie. Une vrai religion pour les fans du Seigneur des anneaux ! J’étais
scotchée.
Les responsables du bahut ont été scotchés aussi par mes lectures.
J’ai été envoyée en éthique. En fait, ils ont lu mes livres pendant des mois. Un
parent d’élève, ayant entendu parler de la sorcellerie, a décidé qu’aucun élève
ne devait m’adresser la parole ou sympathiser jusqu’à ce que je reprenne mes
esprits. Pour information, la pub de la Delphi Academy affirme que
l’enseignement est non confessionnel. (Pour être honnête, mon prof, Mike B., et
l'officier d’éthique au lycée ont tous deux été très cools.)
De même, lorsque le personnel du Celebrity Center a découvert que
je passais mon temps dans ma chambre à contempler une bougie, ils l’ont
immédiatement saisie, au titre que c’était certainement cela qui m’empêchait de
finir mon cours.
Je m’engageais dans «d’autres pratiques» pendant les cours. En y
repensant, il paraît ridicule que mon goût pour l'encens et la mauvaise poésie
(ce n’est pas une insulte aux vrais sorciers – je n’étais pas douée) ait pu me
faire échouer, mais à l’époque ils m’ont presque convaincue que j’avais fait une
belle connerie en essayant quelque chose d’autre.
Pourtant, j’étais en pleine confusion. Je savais que je préférais
de loin mon encens à la salle de cours. Mon encens n’écrivait jamais de pages
roses. Et au fait, Ron n’avait-il pas aussi fait des recherches sur les autres
religions ? ne voudrait-il pas que nous fassions de même ?
J’en aurais bien ri avec ma meilleure amie, malheureusement elle
passait de longues vacances à l’adorable école du
Mace Kingsley Ranch,
profitant d’un délicieux mélange de travaux forcés, de sessions d’endoctrinement
sciento- logue et d’isolement social. Elle était tellement concentrée sur le
décapage des clôtures sous la neige, qu’elle ne trouvait pas le temps de me
répondre.
J’en aurais bien parlé avec mes parents, mais ils étaient en train
de finir leurs contrôles semestriels à FLAG depuis six mois
environ.
Pour faire court, ce sont ces éléments qui mon donné l’allant pour
partir. J’ai annoncé que je n’étais plus une scientologue. Quelques jours plus
tard, les parents de mes amies m’ont téléphoné pour me dire que je n’étais plus
la bienvenue chez eux, que je ne devais plus passer mon temps avec leurs
enfants, et qu’il en serait ainsi jusqu’à ce que je sois de nouveau en bons
termes avec l’église. Ils m’ont dit que je perdais mon éternité. Ils m’ont dit
que j’étais une criminelle. Ils m’ont dit d’arrêter mes
gamineries.
Personne n’était à la maison ce soir-là. J’ai pleuré pendant des
heures, et le téléphone sonnait sans cesse.
A la demande de mes parents, des membres de la Sea Org sont venus à
la maison. Ils sont restés dans le living avec mes parents jusqu’à ce que
j’accepte de leur parler. Ils discutaient de mon cas autour de la table pendant
que je mettais un point d’honneur™ à écouter à fond Rage Against the Machine
dans ma chambre. Ils sont venus jour après jour. Mes parents, qui pensaient
que je perdais mon éternité en quittant l’église, m’ont supplié de leur
parler.
Tous ceux que je connaissais, aimais et respectais répétaient que
si je voulais quitter la scientologie, je pouvais. juste passer un contrôle de
sécurité (comme le confessionnal, mais avec un e-meter) et quelques menues
procédures. Comme la doctrine scientologue affirme que la seule raison pouvant pousser quelqu’un à partir était une
faute ou des «crimes cachés», la Sea Org insistait
pour que je passe au confessionnal. Si aucun crime n’était découvert, j’étais
libre de partir. Le tout ne prendrait pas plus d’un mois.
Alors, chaque jour après l’école, je me rendais pour plusieurs
heures dans les caves du Celebrity Center, derrière les cuisines, à la section
d’éthique. Je m’installais avec mon auditrice devant le e-meter et elle me
posait des questions intellectuellement stimulantes, telles que: «As-tu jamais
fait exploser une planète ?», «As-tu jamais eu des pensées déplaisantes à propos
de L. Ron Hubbard ?» et «Combien faut-il de licornes psychédéliques pour changer
une ampoule ?».
Huit mois plus tard, le contrôle de sécurité n’était toujours pas
terminé, et sa fin n’était pas en vue. J’ai fini par comprendre que la «fin du
phénomèn» aurait été de dire: «Je ne quitte plus la scientologie». J’ai dit à
mon auditrice que j’avais compris cela, mais que cela n’arriverait pas. Le
contrôle de sécurité s’est arrêté net, comme par miracle.
Sur le moment, je pensais avoir remporté une grande victoire en
faisant cesser le sec-check (le confessionnal, ndltr). Je pensais avoir traversé
le tunnel et avoir atteint la sortie, laissant la scientologie derrière moi.
C’était frivole de ma part, ayant déjà travaillé pour la Commission des citoyens
pour les droits de l’homme (CCDH) auparavant.
Je n’étais plus une scientologue
Je n’étais plus une scientologue. De cela, j’étais sûre. Mais ma
famille étant ce qu’elle était, j’avais grandi dans l'idée – non le Fait – que
la psychiatrie était le pire mal de l’univers. La scientologie m’avait mise mal
à l’aise pour des raisons que je ne comprenais pas bien à l’époque, mais
j’avais la haine de la psychiatrie et
la crainte des psychiatres dans le sang.
Aussi, l’idée de devenir une super-espionne dans la division de la
recherche, là où se passait la plupart du super- espionnage,
m’attirait.
Très sérieusement, je pense que nous touchons au cœur de ce qui
motive la plupart des enfants de la sciento- logie. Un des traits les plus
addictifs de la scientologie – et cela peut compter double pour ceux qui ont
grandi dedans – c’est la sensation constante que vous êtes engagé dans un
Combat Universel. On vous répète que vous êtes du côté lumineux de la Force dans une
bataille galactique mal définie pour le futur.
Votre combat dépasse les limites de la Terre, et même celles du
système solaire
En appliquant et disséminant la Tech de L.Ron Hubbard, vous donnez
personnellement de l’espoir à l’univers. Hello, vous êtes là? L. Ron Hubbard est
Yoda, et tout le monde que vous connaissez est Luke Skywalker. Par votre simple
présence, en progressant sur le Pont, vous êtes un guerrier. Vous êtes le
dernier héros. La défaite n’est pas envisageable !
Je défie quiconque de se regarder au fond des yeux et de me dire
qu’il n’a jamais trouvé une cause juste valant que l’on se batte pour elle comme
nous le faisons.
Imaginez une sensation aussi importante, aussi puissante, tous les
jours de votre vie. Imaginez maintenant que vous découvrez que c’est un
mensonge.
Je sais que beaucoup de mes amis qui ont quitté la scientologie ont
eu un problème à admettre qu’ils n’étaient que des gens ordinaires. Plus de
bataille rangée contre les psys.
En fait, les «psys», tels que définis par la
scientologie, n’existent pas. Beaucoup d’ente eux,
moi incluse, ont cherché quelque chose pour combler ce vide – la politique, la
religion, le travail – et ne l’ont pas trouvé.
Bref, ce que je veux dire est que je n’étais plus une scientologue,
je venais de sortir. J’avais toujours envie de battre un ennemi un peu
consistant et mal défini. Je pensais que rejoindre le CCDH était une bonne idée
dans ce but. Je me disais que je n’allais pas le faire pour la scientologie,
mais pour que toutes les religions puissent s'épanouir. Pourtant, je me suis
abstenue de le dire à haute voix. Et ainsi commença ma dernière année dans la
scientologie.
- Quiconque a travaillé dans une église locale de
scientologie
- a une bonne idée de la vie au CCDH
Quelques points saillants:
Les mineurs travaillant au CCDH, moi incluse, devions faire des
heures sup’, parfois jusqu’à 20 heures par jour, sans compensation. Personne ne
se plaignait, car l’attitude générale à propos de quelqu’un s’inquiétant de
détails comme le salaire était «en chute libre», «à contre courant», «pas dans
le coup». On mettait la honte à celui qui se plaignait de l’environnement de
travail, parce que les maudits psys travaillaient en permanence et ils étaient
des milliers ! Nous étions si peu nombreux que nous devions en faire trois fois
plus pour les battre. Quoi que cela signifie.
Une fois, lors d’une collecte du CCDH, mon amie (une mineure aussi)
et moi avons quitté nos tâches usuelles pour participer à cette campagne. Nous
avions nos quotas et nous ne pourrions rentrer chez nous qu’après les avoir
atteints. Certains essayèrent de partir, mais on leur a dit de rester. Nous
sommes restées jusqu’à une heure du mat’, car, s’il était trop tard pour appeler
des gens à Los Angeles, nous pouvions toujours le faire à Hawaii. A ce moment,
nous étions à 300 dollars du quota et mon amie a demandé à son père de faire ce
don, afin que nous puissions rentrer nous coucher. Sur le moment, j’avais
vraiment accompli quelque chose de bien.
A mes débuts, j’ai dit au directeur exécutif que je n’étais pas une
scientologue et que donc je ne suivrai aucun cours. Il m’a dit entre quatre yeux
que c’était OK, mais que je devais quand même suivre les cours relatifs à mon
emploi. J’ai accepté à reculons. Au CCDH, nous suivions les cours durant les
heures de travail, à côté des huit heures réglementaires. Sans compensation,
puisque le CCDH payait les cours. C’était comme ça, que nous le voulions ou pas.
J’ai ensuite été informée que j’allais devoir suivre le cours PTS/SP, et c’est
alors que j’ai compris que l’on m’avait menti, et qu’il y aurait toujours un
nouveau cours, sous le couvert de la formation en cours d'emploi. De ce que je
comprends à présent, il est illégal de contraindre des employés à suivre des
cours à contenu religieux, quelque soit le nom que l’on leur
donne.
Le personnel du département de recherche faisait souvent de la
recherche pour le Bureau des affaires spéciales (OSA). Nous infiltrions les séminaires des Psys et déversions autant de saloperies que possible sur le psychiatre
considéré comme l’ennemi du jour, les liant (même de manière douteuse) à des
conspirations mondiales fumeuses. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais
sincèrement j’espère qu’aucune «recherche» que j’ai menée n’a eu comme
conséquence de détruire la carrière de quelqu’un. Comme les scientologues
croient que chaque «psy» est un criminel, nous pensions que celui sur lequel
nous enquêtions avait certainement un passé criminel. Si nous ne trouvions rien,
c’était simplement qu’il n’avait pas été attrapé, et que donc il n’avait pas
encore de casier judiciaire. Présomption de culpabilité.
Les membres du CCDH se moquaient des groupes anti-psys et les
traitaient de fous. Comme je travaillais dans le département recherche, je
passais mes journées à collecter des données en ligne. Un jour, je suis tombée
sur un groupe de personnes se considérant comme des survivants de la
psychiatrie. Leur discours était presque identique au nôtre et ils avaient
expérimenté les abus de la psychiatrie. J’étais toute excitée et j’ai couru
informer mon supérieur. A ma surprise, elle les connaissait mais les considérait
comme des «gens avec lesquels nous ne voulons pas avoir à faire». Je pensais que
cela était contreproductif, mais il y
avait un consensus au sein du CCDH pour dire que ces gens avaient été trop
atteints par la psychiatrie et qu’ils n’étaient plus sains
d’esprit. Je me rappelle avoir pensé qu’il y avait
un lézard. C’était les gens que nous essayons d’aider, non ? Et ils étaient déjà
d'accord avec notre message, non ? Alors, pourquoi n’étions-nous pas alliés ?
Lorsque j’ai commencé à parcourir la chaîne des sites liés à celui-ci, je suis
tombée sur l’avertissement suivant: «Nous ne sommes pas lié au CCDH ni à
l'église de scientologie». Je me rappelle m’être demandée ce que nous avions
fait de faux pour pousser ces gens à se dissocier de nous. Cependant, on m’a
demandé d’interrompre cette recherche et je l’ai fait.
La maladie était en général considérée par le
personnel et les cadres comme étant de la faute du malade. Le jour où j’ai eu une angine et une sinusite en même temps, j’ai
pensé que je pouvais rentrer à la maison et me reposer, surtout que je n’avais
jamais manqué un jour jusque-là. Mon supérieur immédiat compatissait et je suis
allée voir un médecin qui m’a dit de garder le lit une semaine. Le lendemain
matin, cependant, j’ai reçu un appel à la maison pour que je me rende
immédiatement au bureau. Mon supérieur m’a appelée aussi et m’a accusée d'être
«hors éthique» et «flemmarde». Apeurée, je me suis levée, habillée et ai demandé
à mon père de me conduire au bureau. Il a violemment refusé, m’a ordonné de
retourner au lit, disant que je n’étais pas en état de travailler et que je
devais me reposer. Je lui ai dit que j’avais reçu mes ordres et il m’a répondu
qu’il appellerait de ma part. Bien sûr, lorsqu’il a appelé, on lui a répondu
«Oui, M. Wiseman, naturellement M. Wiseman». Mais à peine étais-je retourné dans
ma chambre que mon téléphone a sonné. C’était le responsable du bureau: Si tu
veux qu’on te traite en adulte, ne demande plus jamais à ton père de m’appeler
!» J’ai encore reçu plusieurs coups de fil de collègues irrités ce jour-là – une
me menaçant même de me dénoncer car mon bureau était mal rangé. Je n’en ai pas
parlé à mes parents de peur des représailles. Plutôt que de risquer de nouveaux
problèmes, je suis allée travailler le lendemain. J’avais 16 ans à l’époque.
Deux de mes amies ont eu des histoires similaires, mais ce n’est pas à moi de
les dire.
J’ai été accusée deux fois de trahison pour avoir perdu mes clés.
La première fois, je les avais laissées aux toilettes pendant une heure. La
seconde fois, elles sont tombées dans la cage de l’ascenseur au moment où je
quittais celui-ci. Même si j’ai réussi à les pêcher avec un aimant, des mesures
disciplinaires ont été prises, parce que j’avais laissé mes clés sans
surveillance le temps d’aller chercher le matériel. Coincées dans la cage
d'ascenseur. Au sous-sol. Rien que d’y penser, ça me fout en
rogne.
La première et la dernière fois que j’ai embrassé une femme (avec
un résultat sexy), c’était à une soirée privée chez une amie durant mon jour de
repos. Ce n’était pas très malin: je l’ai fait devant une membre de la Sea Org,
qui est immédiatement rentrée à la maison pour écrire un rapport complet sur ce
qu’elle avait vu et l’a directement adressé à mon supérieur, mes parents et
l’org. J’ai été punie au bureau et mise en garde à la maison. Laissez-moi vous
dire qu’il n’y a rien de plus humiliant que d’entendre votre chef et votre père
décrire par le menu votre seule et unique expérience lesbienne. Doux
Jésus.
Autant je m’habillais correctement pour travailler, autant j’ai
l’habitude de porter n’importe quoi le week-end et pendant les congés. J’ai la
ferme conviction que ce que je porte hors du bureau est mon affaire et celle de
personne d’autre. Pourtant, quelqu’un m’a vue un dimanche et a écrit un rapport
au directeur exécutif par rapport à mon apparence négligée. Celui-ci m’a
sanctionnée et dit qu’il fallait que je commence à m’habiller comme une gagnante
le week-end.
Séance de recrutement d’OSA
Une fois, j’ai reçu l’ordre du directeur exécutif, malgré ma
protestation, d’assister à une séance de recrutement de l’OSA pendant ma pause déjeuner. Je l’ai informée
que je n’irais pas et qu’il n’y avait pas de raison pour cela. Mais c’était
mercredi (presque jeudi à 14 heures) et Osa avait besoin de résultats. Enervée,
j’ai traversé la route pour me rendre à l’Hubbard Guarantee Building et on m’a
fait entrer dans une salle de conférence luxueuse. Comme dans toute les séances
de ce type, mes buts dans la vie ont été critiqués, mes contributions à
«l’annihilation de la psychiatrie» minimisées. «Ne veux-tu pas nous aider à
nettoyer la planète ?» «Non. Je veux que toutes les religions, et pas seulement
la scientologie, aient le droit d’aider les gens sans interférence de la
psychiatrie.» Vous auriez dû voir leur tête.
Ces plaintes, et d’autres que je n’ai pas mentionnées, peuvent
paraître vénielles à un observateur non averti. En fait, cela tournait à une
invasion complète de ma vie privée et de ma dignité. Privée de sommeil, recevant
des ordres contradictoires, faire ce qu’il fallait «pour que ça marche», alors
que cela était hors d’atteinte, donner simplement son maximum … tout cela peut
détruire votre âme. Il y a des choses que je ne préfère pas révéler,
puisqu’elles ont trait au travail spécifique que j’ai fait au CCDH, mais au
niveau personnel et psychologique, tels ont été les facteurs clés de ma
défection.
(He, qu’elles l’apprécient ou pas, j’aimerais juste dire à Marla et
Carrie, au cas où elles liraient ceci, que je les aime
toujours.)
En tout cas, ce sont la séance de recrutement d’OSA et deux autres
coups fatals qui ont fait déborder le vase.
Premier coup fatal
En grandissant dans la scientologie, certains concepts traversent
tellement le groupe qu’ils sont tenus pour garantis. Un d’entre eux est que les
enfants dans les écoles publiques sont gavés de médicaments psychiatriques.
L’autre, c’est que vous êtes privilégiés, parce que vous savez des choses «que
d’autres enfants ne savent pas». Trois, que les matériels OT contiennent les secrets de
l’univers.
Que ces choses soient insinuées ou dites directement par vos pairs
et mentors, ils sont présents à l’esprit des jeunes scientologues. A un moment
donné, je me suis liée d’amitié avec quelques élèves de l’école publique et
aucun n’était sous médicament. La plupart semblait en savoir plus que moi et
être capables de se socialiser plus facilement que moi. J’étais assez convaincue
que c’était de ma faute. Savoir que les matériels OT allaient me donner le
pouvoir de léviter et d’allumer ma cigarette par la pensée rendait les choses
encore plus difficiles.
J’avais lu l’histoire de Xenu sur Clambake (un site
internet, ndltr) et naturellement je n’y croyais pas. Comment cela aurait-il pu
être possible ? J’avais été une scientologue toute ma vie. Mes parents étaient
OT7 et OT8. Je connaissais plein d’OT. Et je n’avais jamais au grand jamais
entendu les mots «Xenu» et «thétans corporels». En plus, n’étant pas morte d’une pneumonie après la lecture
de ces documents, il ne pouvait s’agir que de faux. Clairement, ces gars sur Clambake étaient des tarés, comme on me
l’avait dit. (La scientologie menace de mort ceux qui découvriraient ce secret
sans en posséder la clef scientologue ... Ndltr)
Mais alors, où trouver les vraies informations ?
Je n’avais aucune idée. D’un côté, si ces matériels contenaient les
secrets de l’univers, j’étais prête à tout, à admettre que j’avais eu tort, et
retourner au cours. S’il y avait la moindre chance, en revenant dans les bonnes
grâces de l’église, de faire apparaître des poneys dans le ciel, et bien, je le
ferais.
De l’autre, allais-je dépenser des centaines de milliers de
dollars, et les 10 prochaines années de ma vie, pour atteindre OT III pour
simplement découvrir que c’était du pipeau ? Que faire, si c’était simplement
une carotte au bout d’une ficelle ? J’aurais alors gaspillé ma jeunesse et ma
joie pour rien.
C’est pourquoi j’ai attendu et ouvert mes yeux. Un jour, je ne vous
dirai ni où, ni comment, ni qui, j’ai eu la possi- bilité de jeter un œil sur
les matériels secrets OT de quelqu’un. Cette personne les avait laissés sans
surveillance et j’ai foncé. Je n’ai pas trouvé grand-chose, mais il y avait des
références à ce que j’avais lu sur Internet.
Je dois vous dire que la confirmation de l’histoire de Xenu était
bien la dernière chose dont j’espérais la confir- mation. Mais c’était bien là.
J’étais sous le choc. J’ai tout remis en place et me suis tue.
Second coup fatal
C’était Noël 1999 et mon père était dans un sale état. J’avais
passé le réveillon et le jour de Noël en famille, et mes amis me manquaient. Mes
parents sont sortis souper et je leur ai dit que je les rejoindrais. Mais je
suis allée à la maison de ma meilleure amie. Lorsque mon père s’est rendu compte
que je ne viendrai pas, il était logiquement énervé et m’a téléphoné. Je lui ai
assuré que j’allais bien et que je serai à la maison «demain». Lui, pense avoir
entendu, et il y croit encore, «à minuit». En tout cas, c’est de là que découle
l’incompréhension. Donc, j’étais chez mon amie vers une heure du matin et nous
avions extorqué 4 bouteilles de bière au magasin du coin, et nous passions du
bon temps en écoutant Velvet Underground, lorsque j’ai entendu la voix de
mon père.
Je passe les petits détails gênants, mais ça c’est terminé comme
ça: mon père m’a dit que mon comportement serait rapporté au CCDH et à l’org le
lendemain. Je venais de sortir d’une longue procédure pour trahison pour
l'épisode des clés-dans-la-cage-d’escalier, et avant ça pour avoir embrassé une
fille, et avant ça pour avoir laissé mes clés aux toilettes, et avant ça pour
avoir refusé de suivre les cours. (Si quelqu’un à OSA veut connaître mes crimes, les voilà.
(J’aimerais une mention sur un site scientologue, rubrique «lesbienne qui perd
ses clés» SVP.)
L’idée de passer encore deux mois dans les mauvaises grâces de tout
le monde m’a fait frissonner. J’ai pensé reprendre le droit chemin, mais l’idée
du contrôle de sécurité m’a fait y renoncer.
La goutte venait de faire déborder le
vase
Je me suis donc enfuie de la maison le lendemain. J’ai juste
emporté quelques affaires et j’ai fui. Je me suis rendue au bureau, ai laissé
une petite note assassine dans le casier de chacun, ai prétendu aller boire un
café et je suis partie.
Il a fallu trois jours au détective privé et à la police pour me
retrouver, mais pour la première fois de ma vie, mes parents m’ont sérieusement
et honnêtement demandé ce que je voulais.
«Je veux aller au lycée. Je veux être un être
humain normal. Je ne veux plus de sanctions. Je ne veux plus de contrôle de
sécurité. Je ne veux plus pénétrer dans une org. Je veux pouvoir choisir
librement mes habits, mes amis et ma religion.»
Ils acceptèrent, à la condition que je ne m’enfuie
plus.
A part le jour où je suis tombée amoureuse de mon fiancé, le jour
où j’ai quitté la scientologie est le plus beau de ma vie. Je ne saurais vous
dire ce que j’ai ressenti en allant boire un café au coin de la rue, des poids
tombaient l'un après l’autre de mes épaules, pendant que je faisais dans ma tête
la liste des choses que je n’aurais plus à faire. Plus de cours. Plus de
recrutement dans la Sea Org. Plus d’accusations parce que je n’étais pas
d’accord. Plus de sanctions. Plus d’audition. Plus de e-meter. Plus d’heures
sup’. Plus de rhétorique. Plus de réunions. Plus de rapports. Juste un monde où
l’éthique d’une personne ne regarde qu’elle-même et personne d’autre. Je me
sentais légère.
Sautons cinq ans. Pendant cette période, je suis allée à l’école,
j’ai travaillé et cherché une idéologie qui pourrait remplir le trou «sauveuse
de l’univers» dans mon cœur. J’ai essayé avec la cabale, le communisme, la
méditation bouddhiste, l’égalitarisme, les groupes de rock, le sport, la diète
et l’anarchie. J’ai travaillé pour De la nourriture, pas de bombes, j’ai
manifesté. Je travaillais la journée. Tout m’a aidé un temps, mais rien n’a
duré.
Finalement, à la suggestion de mon père, au soutien de ma mère et
mon désir d’accomplir quelque chose d’inté- ressant dans ma vie, je suis partie
en Chine. En Asie, j’ai sauté d’une ville à l’autre et me suis finalement
installée à Beijing pour étudier le mandarin.
Si vous avez suivi mon récit sur OCMB, vous vous rappelez sans
doute que c’est alors que la déconnection s’est produite. Pour les autres, je
copie ici ces messages.
«Après une enfance tranquille, mais une adolescence agité, et mon
départ de la scientologie (j’ai chamboulé une org), j’étudie à l’étranger et ma
mère est venue me rendre visite il y a quelques jours. Comme j’étais occupée et
que je ne voulais pas la laisser seule, j’ai demandé à une amie de lui faire
découvrir la ville. Mon amie a accepté. Le lendemain, j’ai découvert que ma mère
avait commencé à lui expliquer quelques concepts de la scientologie, dans un
pays où la religion est interdite et persécutée, donc dans un contexte
complètement inapproprié. J’étais furieuse. Cela m’énervait que ma mère, qui
avait été une battante, ne pouvait pas passer deux minutes avec quelqu’un sans
chercher de la recruter et le mot «lavage de cerveau» m’est venu à l’esprit.
Oups.
«Cela a conduit à une discussion sur mon sentiment quant à la
scientologie, et nous nous sommes disputées pendant des jours. Quand elle
m’accusait de tenir tous mes arguments d’Internet et non pas de sources
valables, je lui ai parlé des documents secrets que j’avais consultés et des
foutaises sur les thétans corporels qu’ils contenaient.
«Elle a été très choquée, mais je suis contente de l’avoir fait.
Après cela, j’étais sûre que les niveaux supérieurs ne valaient rien, que je
menais une existence productive et heureuse hors de l’église. Elle, puis la
scientologie, ont eu peur parce que j’ai refusé de dire qui détenait les
documents secrets.
«Bien sûr, malgré le fait que l’histoire était ancienne, et que
cela n’avait pas eu de conséquence autre que mon éducation, malgré le fait
qu’ils m’aimaient, malgré les belles années passées en famille à gérer nos
différences, j'avais craché le morceau et ils le savaient. Ils allaient écrire
un rapport à la scientologie, ce qui pouvait conduire à une déclaration de
«source potentielle de problème» ou de «personne suppressive». Cela, ils
le savaient. Mais ils allaient le faire. Parce qu’être scientologue et ne pas
écrire de rapport à la Orwell, ce n’est pas possible.
«Donc j’attends ici, à l’étranger, de savoir s’ils vont faire une
déclaration ou pas. Je pense qu’ils vont le faire, à moins que je fasse amende
honorable, ce que je ne ferai jamais, quoi qu’il arrive. Je ne me sens pas
concernée par leur soi-disante justice, mais j’ai dit être prête à m’entretenir
avec quelqu’un au téléphone, à partir de mon pays de résidence. J’étais prête à
répéter tout ce que je leur avais dit. Mais je n’allais pas mettre en danger
quelqu’un
qui ne le méritait pas. Je n’allais plus perdre de temps, comme pendant mon
adolescence, à me faire crier dessus par tout un chacun et à les laisser me
faire avoir honte de moi, simplement parce que je n’étais pas d’accord avec
eux.
«Mon père a demandé à l’église s’ils pouvaient m’appeler au
téléphone, pour que je leur parle. Sinon, il faudrait que je retourne à mon
point de départ pour aller discuter avec eux. Ils refusèrent de le faire au
téléphone – le moyen qui me permettait de poursuivre mes cours – parce que «le
gouvernement pourrait écouter notre conversation»… Mais oui.
«J’aime mon père, j’aime aussi mes tantes, mes oncles, mes cousins,
mon frère et toute la famille, mes petits neveux et nièces, qui sont tous
scientologues. Toute ma famille proche. Tous ceux à qui je ne pourrai plus
parler parce que je refuse de me soumettre à leur terrorisme psychologique. Je
n’arrivais pas à croire que la scientologie avait encore une fois réussi à
s’immiscer dans ma vie, alors que j’avais tout fait pour l’en y
extraire.
«Je suis soufflée pour l’instant. Mes parents m’ont dit qu’ils
respecteraient la déclaration si elle devait être pronon- cée. Ils m’ont aussi
dit qu’ils savaient que je n’étais pas une personne suppressive et qu’ils
m’aimaient. Merde – excusez-mon langage – j’aurais dû m’en douter. Il est
amusant de constater que le lavage de cerveau leur permet d’émettre deux
messages aussi contradictoire.
Tout d’un coup, j’ai disparu des radars. Plusieurs personnes
voulaient savoir ce qui m’était arrivé, si OSA
m’avait attrapée, et si je parlais toujours à ma famille. Je n’ai pas répondu à
ces messages.
Voilà ce qui est arrivé. Mes parents se sont rendus à FLAG pour se faire aider. Cinq jours après ce
message, mon père m’a dit l’avoir vu, ainsi que les autres sur ARS (forum
alt.religion.scientology). Il m’a demandé de ne plus poster de message et de
cesser tout contact avec des personne suppressives, parce que cela n’aidait pas.
Je lui ai rétorqué qu’il était entouré de personnes pensant comme lui et que
j’avais le droit de faire de même. Je n’allais pas laisser la scientologie
m’isoler, alors qu’ils violaient mon cerveau. J’avais besoin d’aide et j’y avais
droit.
Il y avait aussi la question de savoir comment il avait eu
connaissance de ces messages. Mon père ne sait pas ce qu’est un newsgroup, ni
comment y aller, et n’est pas du genre à fréquenter ce type de site. En fait,
quelqu’un de l’OSA s’en est rendu compte, a
imprimé mes messages (du moins les négatifs), et les a remis à mes
parents.
Après de longues négociations, mes parents sont venus en Chine.
Nous avons discuté pendant trois jours. Nous nous sommes dit beaucoup de choses,
dont certaines que je regrette et d’autres que mes parents regrettent
certainement. Je crois qu’ils avaient peur de me perdre et qu’ils ne
comprenaient pas pourquoi je continuais à parler à des critiques en
ligne.
Les conditions à notre reconnection
[MAJ: On m’a demandé de fournir des détails sur le processus de
déconnection. Les voilà] Nous n’avons pas beaucoup progressé. J’étais prête à
faire amende honorable pour les avoir énervés, du moment que cela se passait
hors de l’église. Je n’étais pas prête à retourner à Los Angeles et à parler aux
scientologues. La conclusion a été la suivante: avant que nous puissions
discuter de la manière de réparer notre relation, j’ai dû accepter de ne plus jamais discuter avec des
anti-scientologues ou des critiques actifs
et de ne plus poster des opinions
négatives sur la scientologie sur Internet.
Lors de cette phase finale, au moment de cette décision finale, ils
m’ont demandé d’aller fumer une cigarette dans le jardin et de me demander si je
préférais garder contact avec ma famille ou avec ces personnes suppressives. Je
ne voulais pas faire ce choix. J’étais choquée. Je me suis assise au bord de
l’étang, cigarette à la main, me demandant: «Vais-je laisser la scientologie me
dicter ce qui est bien et mal ?» La réponse était non.
Mes parents m’ont dit que, dans ce cas, ils ne voulaient plus me
parler, sauf pour traiter les aspects financiers (ce qu’ils ont fait très
consciencieusement).
J’ai essayé de ne pas pleurer en sortant de l’hôtel, ni dans le
taxi, ni en arrivant chez moi. Dans l’appar- tement, je me suis jetée au sol et
ai attendu que les larmes se mettent à couler. Elles ne coulèrent pas, mais je
sentais qu’elles se formaient dans le creux de mon estomac. Je me suis endormie
là.
Deux jours plus tard, j’ai décidé que la meilleure manière de gérer
la déconnection était simplement de l'ignorer. J’allais continuer à écrire. J’ai
envoyé un e-mail à mes parents leur disant que, quoi qu’il en soit, ils
aimeraient savoir que j’allais bien. A ma grande surprise, ils m’ont
répondu.
Dans les mois qui suivirent, j’ai essayé de rester calme à la
réception de mails me demandant où envoyer mes affaires, et de signer les
documents pour retirer le nom de mon père des extraits de compte. Trois mois de
planification financière intense pour préparer notre famille à la déconnection.
Je ne me suis pas plainte. Tout était dit.
Durant cette période, un autre débat a eu lieu. Nous avons renoué
le dialogue sur ce point, essayant de trouver une solution. J’étais sous une
pression énorme, pensant que si je disais un mot de travers, la décon- nection
serait totale. J’ai essayé de leur faire comprendre mon point de vue le plus
délicatement possible. Eux aussi. Ils souhaitaient que je recommence la
scientologie depuis le début, que je refasse tous les cours.
«Nous ne te parlerons plus si tu n’acceptes pas ces
conditions»
Comme condition à notre reconnection, ils m’ont demandé de publier une déclaration publique dans
laquelle j'expliquerais que ma participation aux forums en ligne avait été
frivole et sans fondement. Je leur ai dit que,
quels que soient mes sentiments et les leurs à propos de la scientologie, cela
n’affectait en rien notre relation parents–enfant. Ils n’étaient pas d’accord.
Tout du long, il y a eu cette menace: «Nous ne te parlerons plus si tu
n’acceptes pas ces conditions».
Tout d’un coup, je suis devenue furieuse de devoir débattre pour
l’amour de mes parents. De devoir quéman- der leur respect et négocier leur
place dans ma vie. La mentalité nous-contre-tous-les-autres de la scien- tologie
et le côté c’est-noir-ou-blanc de sa politique de déconnection conduisait à
cette attitude : «Rejoins-nous ou
dégage». Je pense que c’est ce qui m’est arrivé.
En fait, ils avaient déjà accepté l’idée de la déconnection. Ils m’avaient dit
que si celle-ci survenait, ils l’appliqueraient, même s’ils étaient convaincus
que je n’étais pas une personne suppressive. La confiance parents-enfant était
rompue. Nous l'avons rompue. J’avais employé un terme emprunté aux niveaux
supérieurs et ils m'ont répondu que ce n'était pas acceptable.
Enervée, je leur ai envoyé une lettre dans laquelle que si tel
était le cas, s’ils refusaient de discuter de ces niveaux, s’ils ne pouvaient
pas simplement essayer de gérer au mieux nos désaccords, c’en était fini. Nous
nous étions tout dit et nous commencions à ressasser. Je leur ai dit quoi faire
de mes affaires. Ils ont dit OK. Adieu.
Pendant deux ans, j’ai continué à leur écrire, leur disant qu’ils
n’avaient pas besoin de me répondre, que mes opinions n’avaient pas changé, mais
que je les aimais toujours. Je leur ai annoncé avoir rencontré l’élu de mon
cœur, puis mon prochain mariage. Pas un mot.
La dernière fois que j’ai vu mes parents, ils étaient assis dans
leur chambre d’hôtel et j’étais en train de partir. J’ai depuis découvert que
mes parents croient que c’est moi qui me suis déconnectée d’eux. Je crois qu’ils
pensent que j’ai préféré un «nid de SP» à ma
propre famille et qu’ils ont dit à des tiers que c’était mon choix. Je pense
qu’ils pensent cela, du fait de ma lettre. [Fin de MAJ]
Je ne peux ni ne veux renoncer à ma liberté
d’expression
J’aimerais tellement leur expliquer ce qui suit. Choisir entre la
liberté d’expression et ma famille, je ne devrais pas avoir à le faire. L’amour
que je porte à mes parents n’a rien à voir avec mon combat durant l’adolescence
pour empêcher la scientologie de contrôler ma vie. Je ne peux ni ne veux
renoncer à ma liberté d’expression simplement parce que la scientologie pense
que c’est un crime capital. Je suis une adulte (Mon dieu, suis-je déjà
majeure ?) et personne, même pas mes parents, ne peut exiger de moi que je
renonce à parler d’une situation que j’estime abusive et viciée. Mais « non »
n’était pas une réponse acceptable.
Le fond de l’affaire est que la scientologie a commis des délits
graves. Il n’y a aucune raison de mettre sous pression des gens afin qu’ils se
taisent.
Si la scientologie n’avait rien à cacher, ou si elle avait la
moindre compassion pour les individus, cette règle n'existerait pas et elle ne
verrait aucun problème à ce que les critiques en parlent. Tout ce que L. Ron
Hubbard a écrit sur les criminels et autres personnes suppressives s’applique en
fait à la scientologie elle-même. Il faut être sourd et aveugle pour ne pas s’en
rendre compte.
Aujourd’hui, je ne suis pas déclarée suppressive, mais la présente
déclaration pourrait bien y conduire. Mes parents se sont coupés de moi avant la
déclaration, donc même si je voulais revenir en arrière, je pourrais leur écrire
directement, et non pas passer par le système interne de
justice.
Par contre, je suis sur une liste noire non officielle et la
scientologie continue à faire pression sur des gens avec lesquels je communique
à peine, pour qu’ils coupent tout lien, sous peine de déconnection de leur
propre famille. Ces menaces
persistent à ce jour.
Après la déconnection, j’étais trop fatiguée et terrifiée pour
retourner sur les forums en ligne. Je me sentais défaite et je devais finir mon
école. Je n’avais plus de foyer aux Etats-Unis. Je ne savais pas où aller
lorsque je serai prête à quitter la Chine. J’espérais, contre toute raison, que
si j’arrêtais de poster des messages et me tenais à carreau, ma famille finirait
par voir la stupidité de tout cela, et m’écrirait pour mon anniversaire ou à
Noël … Je vais me marier dans les prochains mois. J’espère qu’ils pourront y
participer.
Je n’ai plus eu de nouvelles d’eux depuis si longtemps que leur
écrire, c’est comme tenir un journal intime ou me parler à moi-même. Je ne sais
pas s’ils ont bloqué mon adresse e-mail, mais j’espère qu’ils reçoivent mes
messages et qu’ils savent que je vais mieux que jamais
auparavant.
J’aimerais que les lecteurs de ce texte comprennent ce qui suit.
Mes parents et ma famille ne sont pas des monstres. Je suis sûre que ceux qui
ont vécu une déconnection comprendront cela. Mais pour le grand public,
j'insiste: ma famille n’est pas composée de monstres. Je ne leur en veux pas. Je
ne souhaite pas les voir punis ou exclus de la scientologie. Je veux simplement
pouvoir leur parler à nouveau.
Cela peut être difficile à comprendre pour ceux qui ne sont pas
passés par là. Mes parents et ma famille pensent honnêtement faire ce qu’il
faut. Ils pensent être du côté du Bien dans cette grande Lutte Universelle, et
que je les empêche de sauver l’humanité. Ils pensent devoir choisir entre sauver
l’humanité et soutenir leur petite fille. Ils pensent que leur fille à rejoint
la face obscure. Je peux seulement imaginer combien cela doit être douloureux
pour eux.
Une église doit s’opposer fermement à toute
déconnection
Voilà ce que je leur dirais si j’en avais la possibilité. Une
église doit s’opposer fermement à toute déconnection. Tout groupe qui considère
cela comme une option (même de dernier recours) ou qui prend des mesures contre
ses membres qui refusent de l’appliquer, ce groupe ne mérite pas votre
soutien.
A part ça ? J’aimerais leur dire que je les aime, que j’aurais aimé
avoir la chance de leur montrer que j’ai mûri, que je me débrouille bien et que
je suis heureuse.
J’aimerais leur dire qu’il est possible de maintenir le contact
familial, quel que soit le désaccord et la manière dont il a été
exprimé.
J’aimerais dire à mon père que je continue à penser que c’est un
homme honorable, que je regrette que nos relations passées n’aient pas été
meilleures. Je lui dirais que j’espère que nous pourrons recommencer et que
cette fois, cela marchera. J’aimerais aller au cinéma et au restaurant avec lui,
m’engueuler avec lui sur la politique. Je dirais à ma mère que je souhaite
pouvoir faire la cuisine, papoter et aller visiter les jardins de Descanso avec
elle. Je dirais à mon oncle qu’il est toujours le plus fort au jeu du
dictionnaire, qu’il est adorable dans sa blouse de poète, que s’il m’emmène
encore une fois au festival culturel, je me lèverais et applaudirais avec lui.
Je dirais à ma tante Virginia qu’elle est géniale, qu’elle l’a toujours été, et
que j’aimerais qu’elle me conduise à l’autel à mon mariage.
Je n’aurais sans doute jamais l’occasion de le leur dire et ils
vont penser que ces paroles sont vides de sens, parce que, en parallèle, je
critique la scientologie. Mais je veux que chacun sache qu’il est possible de
critiquer les dirigeants de la scientologie et d’aimer sa famille en même
temps.
C’est mon histoire, même si elle est un peu
longue.
Autres
témoignages d'enfants scientologues:
Voir
aussi
: Le
témoignage d’Astra
Woodcraft: Une jeune femme victime depuis l'âge
de 7ans de la secte de Scientologie
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