Témoignage contre la scientologie

Enfance volée par la secte de scientologie

Kendra a grandi à Los Angeles, est allée à l’école Delphi de cette ville et a travaillé une année comme employée au CCDH. Née dans une famille scientologue, les parents de Kendra et la plupart de sa famille ont rompu tout contact avec elle en 2005 lorsqu’elle a refusé d’interrompre ses critiques sur la scientologie sur Internet.

Kendra a nommé son premier ordinateur "Zot", et a continué à le faire jusqu’à ses 15 ans. Elle joue à Magic: The Gathering et nourrit activement son obsession maladive pour les jeux en Flash. Elle vit actuellement à Beijing, en Chine, où elle travaille comme écrivain et designer. Ses articles ont été publiés dans le San Diego Reader, le Sacramento News & Review et d’autres publications nationales et internationales.

Kendra's Scientology Story
Contact Kendra: kendra@exscientologykids.com

L’histoire de Kendra Wiseman dans la scientologie

Mon nom est Kendra Wiseman. Si vous aviez l’habitude de lire les forums des sites Clambake, ARS ou ex-Scientologist vers 2005, vous m’avez peut-être connue sous les noms d’Emma (pas celle d’ex-Scientologist), Emma Goldman ou SarahNW. Je me suis tue pendant longtemps quant à mon expérience au sein de la scientologie, et j’en ai marre. Hier, c’était mon dernier jour de silence. A partir d’aujourd’hui, je suis une critique publique de la scientologie.

Récemment, grâce aux actions d’Anonymous, un groupe d’activistes sur Internet, et au témoignage de Jenna Miscavige Hill, j’ai décidé de parler. J’aimerais remercier les membres d'Anonymous qui nous aident à nous faire entendre, à se sentir en sécurité, et pour m’avoir donné l’élan pour raconter mon histoire. Je remercie également Astra Woodcraft et Jenna Miscavige Hill, avec lesquelles j’espère un jour pouvoir boire un café. Vous êtes toutes deux invitées à mon mariage.

Il y a une forte probabilité que le fait de faire mon «coming out» et de m’exprimer ferme la porte à tout nouveau contact avec mes parents. Sans aucun doute, je serai déclarée Personne Suppressive. Je serai peut-être surveillée et harcelée, ridiculisée, mais je n’ai plus peur de cela maintenant. J’espère que mes parents savent que je les aime, que je suis fière d’eux, et qu’un jour j’aurai la possibilité de leur parler et d’apprendre à nouveau à les connaître.

Vous me manquez beaucoup. Mais voici mon histoire …

Mon père est le président de la Commission des citoyens pour les droits de l’homme (CCDH), Etats–Unis. Mon oncle est le président de Narconon International, et ma mère la présidente de l'Earth Organization. A l’exception de cette dernière, qui est un authentique groupe d’activistes indépendants et pleins de bonnes intentions pour l'environ- nement, ces organisations sont possédées et financées par l’église de scientologie. Vous pouvez vérifier cela sur Google.

A ce jour, 8 février 2008, j’ai 24 ans, et n’ai pas de nouvelles de ma famille proche depuis deux ans et demi. Malgré cela, je vis actuellement en Chine, où j’ai un super boulot, un foyer stable, et un fiancé qui a un derrière qu’on a envie de pincer. Pendant que je suis en train d’écrire ceci, les festivités pour le Nouvel an chinois battent leur plein et le ciel est illuminé par les fusées. Il y a un gâteau à la vanille et du cheddar dans le frigo. La vie est belle.

Malheureusement, ma vie n’a pas toujours été aussi joyeuse. Particulièrement en juillet et août 2005, lorsque ma famille a eu recours à la politique de déconnection de la scientologie pour couper tout contact avec moi, me laissant en Chine sans foyer, sans famille proche, presque sans filet de sécurité.

J’ai grandi dans une famille scientologue prospère, avec des parents aimants qui ne m’ont jamais privée de rien. Mes parents ne sont pas membres de la Sea Org, et j’ai pu profiter d’avantages, de privilèges et d’opportunités refusés aux enfants des membres de la Sea Org. J’étais une enfant normale et heureuse qui est passée du statut de star de la scientologie à celui d’apostat en trois ans. J’ai travaillé au CCDH; je me suis enfuie de la maison; j’ai subi des contrôles de sécurité ad nauseam; j’ai été harcelée en ligne sur Internet; j’ai subi des chantages affectifs; et, le plus grave, on m’a poussé à avoir honte de moi.

Je vais passer de larges parties de mon histoire pour rester brève, alors restez avec moi si vous l’osez, ou aller voir un chapelain sinon.

Jusqu’à mes 14 ans, j’ai pensé que la scientologie, c’était de l’or en barre. Je ne suis pas sûre que le terme «pensé» soit approprié, disons que je faisais cette hypothèse. Je savais cela parce que tout le monde le disait. J'aimerais pouvoir dire que je me suis rendu compte que la scientologie était une arnaque dès que j’ai été capable de réfléchir par moi-même, mais tel n’est pas le cas. La dissension commence à une échelle beaucoup plus réduite, ces petits doutes dérangeants dont on se débarrasse aisément.

J’ai participé 8 fois aux grands rassemblements annuels de la scientologie au Shrine Auditorium. Pendant que les 3000 participants semblaient pétris de ferveur, j’en avais simplement marre de devoir me lever toutes les trois minutes pour applaudir. Je me demandais vaguement si ma mère avait ces superpouvoirs mentaux OT qu’ils étaient tous censé détenir, car je ne l’avais jamais vue les utiliser. Je pensais au fait que je n’étais jamais sortie de mon corps, même si parfois je m’étais sentie légère, et me demandais si c’était la même chose. Je pensais à ces huiles de la scientologie qui traitaient très mal les autres, et me demandais si des gens si puissants avaient vraiment besoin d’hurler pour avoir gain de cause, mais seulement en passant.

Ces quelques faits étaient tout ce que je savais et je progressais rapidement au sein de la scientologie. A l'époque, j’ai été la personne la plus jeune acceptée à bord du Freewinds, le bateau de croisière de la scientologie, et j’y ai eu mes 7 ans à bord. J’ai été parmi les plus jeunes à suivre les cours KTL/LOC, que j’ai fini à 9 ans. Les comptables à AOLA souriaient quand je m’y rendais, ayant donné mes 3 dollars à l’AIS. La comptable trouvait cela tellement mignon qu’elle m’a emmenée dans les bureaux et imprimé un reçu.

J’ai d’abord pensé quitter la scientologie à 15 ans. Certains appellent cela la puberté, mais je préfère penser à une juste indignation. Je dois à la vérité de dire que j’avais de la peine à finir le cours Pro Metering au Celebrity Center International, et que cela détruisait mon esprit. Ce qui aurait dû être fini en deux mois pendant les vacances d’été s’est transformé en un Beyrouth émotionnel de 8 mois. Le cours lui-même s’était bien passé, mais je n’arrivais pas à franchir la dernière marche. J’avais toujours été une élève brillante de la scientologie, mais maintenant je pleurais dans les toilettes, avec divers crétins de la Sea Org tapant à la porte, essayant de me faire sortir de gré ou de force.

Je ne vais pas trop entrer dans les détails, mais il n’y a rien de pire pour l’âme que de livrer complètement et de s'entendre dire que cela ne suffit pas. Heureusement, la scientologie fournit une petite liste de raisons pour lesquelles quelqu’un peut échouer.

dot.gif Ils ont commis des overts (péchés) et cela nuit à leurs progrès.
dot.gif Ils y a des mots dans les documents qu’ils ne comprennent pas.
dot.gif Ils n’ont pas assez travaillé.

Même si ces trois explications ont l’air bénignes et même logiques en apparence, leur effet sur l’être humain est dévastateur. Disons que vous essayez de lancer un frisbee en plomb. Vous avez beau le lancer de toutes vos forces, il tombe à vos pieds. Votre coach vous pousse à vous entraîner plus, et vous le faites, mais le frisbee ne vole toujours pas. Votre coach vous dit ensuite que vous ne comprenez rien au vol du frisbee, sinon vous n’auriez pas ce problème. Vous approfondissez l’étude du frisbee, sans résultat. Votre coach commence à penser que vous avez abimé le frisbee intentionnellement. Vous êtes un criminel du frisbee, qui doit être puni, pour votre propre bien et celui du frisbee. Tout du long, on vous a dit que le frisbee était sans défaut. Hourra pour le frisbee.

Mettons de côté cette analogie douteuse. C’est l’un des principes fondamentaux de la scientologie que «La Tech», comme ils appellent les enseignements d’Hubbard, fonctionne si elle est employée correctement. C’est l’hypothèse première sur laquelle est construite la scientologie. La tech est sans défaut, c’est nous qui avons des défauts. Hourra pour la Tech. Sur de telles fondements, quelqu’un peut faire porter le poids de la responsabilité sur tout et tous, sauf là où il faudrait. Tout désaccord ou doute sur l’applicabilité de la scientologie devient une faute de l'étudiant.

Après 8 mois de pratique, de punitions répétées, et de révisions incessantes, j’étais au bord de l’explosion. De l'avis des superviseurs, j’étais soit une idiote, soit une criminelle, soit un échec total. Le responsable des superviseurs ne me parlait presque plus. J’ai passé des semaines dans le confessionnal avec l’officier d’éthique, je me sentais traquée du fait de la politique de rapport au sujet de vos amis, et si je revoyais un e-meter de ma vie, ce serait toujours trop tôt.

La journée, j’allais en classe à la Delphi Academy Los Angeles, un lycée scientologue, et, du fait de mon mécon- tentement, j’ai commencé à lire des livres sur d’autres religions. La scientologie m’avait déjà convaincue que le christianisme était un implant dans ma tête mis en place par des psychiatres intergalactiques – et chacun sait que tout ce qui a été fait par des psychiatres intergalactiques ne doit pas être touché, même avec des pincettes – alors je me suis tournée vers le bouddhisme, le taoïsme, la cabbale et finalement la sorcellerie. Une vrai religion pour les fans du Seigneur des anneaux ! J’étais scotchée.

Les responsables du bahut ont été scotchés aussi par mes lectures. J’ai été envoyée en éthique. En fait, ils ont lu mes livres pendant des mois. Un parent d’élève, ayant entendu parler de la sorcellerie, a décidé qu’aucun élève ne devait m’adresser la parole ou sympathiser jusqu’à ce que je reprenne mes esprits. Pour information, la pub de la Delphi Academy affirme que l’enseignement est non confessionnel. (Pour être honnête, mon prof, Mike B., et l'officier d’éthique au lycée ont tous deux été très cools.)

De même, lorsque le personnel du Celebrity Center a découvert que je passais mon temps dans ma chambre à contempler une bougie, ils l’ont immédiatement saisie, au titre que c’était certainement cela qui m’empêchait de finir mon cours.

Je m’engageais dans «d’autres pratiques» pendant les cours. En y repensant, il paraît ridicule que mon goût pour l'encens et la mauvaise poésie (ce n’est pas une insulte aux vrais sorciers – je n’étais pas douée) ait pu me faire échouer, mais à l’époque ils m’ont presque convaincue que j’avais fait une belle connerie en essayant quelque chose d’autre.

Pourtant, j’étais en pleine confusion. Je savais que je préférais de loin mon encens à la salle de cours. Mon encens n’écrivait jamais de pages roses. Et au fait, Ron n’avait-il pas aussi fait des recherches sur les autres religions ? ne voudrait-il pas que nous fassions de même ?

J’en aurais bien ri avec ma meilleure amie, malheureusement elle passait de longues vacances à l’adorable école du Mace Kingsley Ranch, profitant d’un délicieux mélange de travaux forcés, de sessions d’endoctrinement sciento- logue et d’isolement social. Elle était tellement concentrée sur le décapage des clôtures sous la neige, qu’elle ne trouvait pas le temps de me répondre.

J’en aurais bien parlé avec mes parents, mais ils étaient en train de finir leurs contrôles semestriels à FLAG depuis six mois environ.

Pour faire court, ce sont ces éléments qui mon donné l’allant pour partir. J’ai annoncé que je n’étais plus une scientologue. Quelques jours plus tard, les parents de mes amies m’ont téléphoné pour me dire que je n’étais plus la bienvenue chez eux, que je ne devais plus passer mon temps avec leurs enfants, et qu’il en serait ainsi jusqu’à ce que je sois de nouveau en bons termes avec l’église. Ils m’ont dit que je perdais mon éternité. Ils m’ont dit que j’étais une criminelle. Ils m’ont dit d’arrêter mes gamineries.

Personne n’était à la maison ce soir-là. J’ai pleuré pendant des heures, et le téléphone sonnait sans cesse.

A la demande de mes parents, des membres de la Sea Org sont venus à la maison. Ils sont restés dans le living avec mes parents jusqu’à ce que j’accepte de leur parler. Ils discutaient de mon cas autour de la table pendant que je mettais un point d’honneur™ à écouter à fond Rage Against the Machine dans ma chambre. Ils sont venus jour après jour. Mes parents, qui pensaient que je perdais mon éternité en quittant l’église, m’ont supplié de leur parler.

Tous ceux que je connaissais, aimais et respectais répétaient que si je voulais quitter la scientologie, je pouvais. juste passer un contrôle de sécurité (comme le confessionnal, mais avec un e-meter) et quelques menues procédures. Comme la doctrine scientologue affirme que la seule raison pouvant pousser quelqu’un à partir était une faute ou des «crimes cachés», la Sea Org insistait pour que je passe au confessionnal. Si aucun crime n’était découvert, j’étais libre de partir. Le tout ne prendrait pas plus d’un mois.

Alors, chaque jour après l’école, je me rendais pour plusieurs heures dans les caves du Celebrity Center, derrière les cuisines, à la section d’éthique. Je m’installais avec mon auditrice devant le e-meter et elle me posait des questions intellectuellement stimulantes, telles que: «As-tu jamais fait exploser une planète ?», «As-tu jamais eu des pensées déplaisantes à propos de L. Ron Hubbard ?» et «Combien faut-il de licornes psychédéliques pour changer une ampoule ?».

Huit mois plus tard, le contrôle de sécurité n’était toujours pas terminé, et sa fin n’était pas en vue. J’ai fini par comprendre que la «fin du phénomèn» aurait été de dire: «Je ne quitte plus la scientologie». J’ai dit à mon auditrice que j’avais compris cela, mais que cela n’arriverait pas. Le contrôle de sécurité s’est arrêté net, comme par miracle.

Sur le moment, je pensais avoir remporté une grande victoire en faisant cesser le sec-check (le confessionnal, ndltr). Je pensais avoir traversé le tunnel et avoir atteint la sortie, laissant la scientologie derrière moi. C’était frivole de ma part, ayant déjà travaillé pour la Commission des citoyens pour les droits de l’homme (CCDH) auparavant.

Je n’étais plus une scientologue

Je n’étais plus une scientologue. De cela, j’étais sûre. Mais ma famille étant ce qu’elle était, j’avais grandi dans l'idée – non le Fait – que la psychiatrie était le pire mal de l’univers. La scientologie m’avait mise mal à l’aise pour des raisons que je ne comprenais pas bien à l’époque, mais j’avais la haine de la psychiatrie et la crainte des psychiatres dans le sang.

Aussi, l’idée de devenir une super-espionne dans la division de la recherche, là où se passait la plupart du super- espionnage, m’attirait.

Très sérieusement, je pense que nous touchons au cœur de ce qui motive la plupart des enfants de la sciento- logie. Un des traits les plus addictifs de la scientologie – et cela peut compter double pour ceux qui ont grandi dedans – c’est la sensation constante que vous êtes engagé dans un Combat Universel. On vous répète que vous êtes du côté lumineux de la Force dans une bataille galactique mal définie pour le futur.

Votre combat dépasse les limites de la Terre, et même celles du système solaire

En appliquant et disséminant la Tech de L.Ron Hubbard, vous donnez personnellement de l’espoir à l’univers. Hello, vous êtes là? L. Ron Hubbard est Yoda, et tout le monde que vous connaissez est Luke Skywalker. Par votre simple présence, en progressant sur le Pont, vous êtes un guerrier. Vous êtes le dernier héros. La défaite n’est pas envisageable !

Je défie quiconque de se regarder au fond des yeux et de me dire qu’il n’a jamais trouvé une cause juste valant que l’on se batte pour elle comme nous le faisons.

Imaginez une sensation aussi importante, aussi puissante, tous les jours de votre vie. Imaginez maintenant que vous découvrez que c’est un mensonge.

Je sais que beaucoup de mes amis qui ont quitté la scientologie ont eu un problème à admettre qu’ils n’étaient que des gens ordinaires. Plus de bataille rangée contre les psys. En fait, les «psys», tels que définis par la scientologie, n’existent pas. Beaucoup d’ente eux, moi incluse, ont cherché quelque chose pour combler ce vide – la politique, la religion, le travail – et ne l’ont pas trouvé.

Bref, ce que je veux dire est que je n’étais plus une scientologue, je venais de sortir. J’avais toujours envie de battre un ennemi un peu consistant et mal défini. Je pensais que rejoindre le CCDH était une bonne idée dans ce but. Je me disais que je n’allais pas le faire pour la scientologie, mais pour que toutes les religions puissent s'épanouir. Pourtant, je me suis abstenue de le dire à haute voix. Et ainsi commença ma dernière année dans la scientologie.

Quiconque a travaillé dans une église locale de scientologie
a une bonne idée de la vie au CCDH

Quelques points saillants:

dot.gif Les mineurs travaillant au CCDH, moi incluse, devions faire des heures sup’, parfois jusqu’à 20 heures par jour, sans compensation. Personne ne se plaignait, car l’attitude générale à propos de quelqu’un s’inquiétant de détails comme le salaire était «en chute libre», «à contre courant», «pas dans le coup». On mettait la honte à celui qui se plaignait de l’environnement de travail, parce que les maudits psys travaillaient en permanence et ils étaient des milliers ! Nous étions si peu nombreux que nous devions en faire trois fois plus pour les battre. Quoi que cela signifie.

dot.gif Une fois, lors d’une collecte du CCDH, mon amie (une mineure aussi) et moi avons quitté nos tâches usuelles pour participer à cette campagne. Nous avions nos quotas et nous ne pourrions rentrer chez nous qu’après les avoir atteints. Certains essayèrent de partir, mais on leur a dit de rester. Nous sommes restées jusqu’à une heure du mat’, car, s’il était trop tard pour appeler des gens à Los Angeles, nous pouvions toujours le faire à Hawaii. A ce moment, nous étions à 300 dollars du quota et mon amie a demandé à son père de faire ce don, afin que nous puissions rentrer nous coucher. Sur le moment, j’avais vraiment accompli quelque chose de bien.

dot.gif A mes débuts, j’ai dit au directeur exécutif que je n’étais pas une scientologue et que donc je ne suivrai aucun cours. Il m’a dit entre quatre yeux que c’était OK, mais que je devais quand même suivre les cours relatifs à mon emploi. J’ai accepté à reculons. Au CCDH, nous suivions les cours durant les heures de travail, à côté des huit heures réglementaires. Sans compensation, puisque le CCDH payait les cours. C’était comme ça, que nous le voulions ou pas. J’ai ensuite été informée que j’allais devoir suivre le cours PTS/SP, et c’est alors que j’ai compris que l’on m’avait menti, et qu’il y aurait toujours un nouveau cours, sous le couvert de la formation en cours d'emploi. De ce que je comprends à présent, il est illégal de contraindre des employés à suivre des cours à contenu religieux, quelque soit le nom que l’on leur donne.

dot.gif Le personnel du département de recherche faisait souvent de la recherche pour le Bureau des affaires spéciales (OSA). Nous infiltrions les séminaires des Psys et déversions autant de saloperies que possible sur le psychiatre considéré comme l’ennemi du jour, les liant (même de manière douteuse) à des conspirations mondiales fumeuses. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais sincèrement j’espère qu’aucune «recherche» que j’ai menée n’a eu comme conséquence de détruire la carrière de quelqu’un. Comme les scientologues croient que chaque «psy» est un criminel, nous pensions que celui sur lequel nous enquêtions avait certainement un passé criminel. Si nous ne trouvions rien, c’était simplement qu’il n’avait pas été attrapé, et que donc il n’avait pas encore de casier judiciaire. Présomption de culpabilité.

dot.gif Les membres du CCDH se moquaient des groupes anti-psys et les traitaient de fous. Comme je travaillais dans le département recherche, je passais mes journées à collecter des données en ligne. Un jour, je suis tombée sur un groupe de personnes se considérant comme des survivants de la psychiatrie. Leur discours était presque identique au nôtre et ils avaient expérimenté les abus de la psychiatrie. J’étais toute excitée et j’ai couru informer mon supérieur. A ma surprise, elle les connaissait mais les considérait comme des «gens avec lesquels nous ne voulons pas avoir à faire». Je pensais que cela était contreproductif, mais il y avait un consensus au sein du CCDH pour dire que ces gens avaient été trop atteints par la psychiatrie et qu’ils n’étaient plus sains d’esprit. Je me rappelle avoir pensé qu’il y avait un lézard. C’était les gens que nous essayons d’aider, non ? Et ils étaient déjà d'accord avec notre message, non ? Alors, pourquoi n’étions-nous pas alliés ? Lorsque j’ai commencé à parcourir la chaîne des sites liés à celui-ci, je suis tombée sur l’avertissement suivant: «Nous ne sommes pas lié au CCDH ni à l'église de scientologie». Je me rappelle m’être demandée ce que nous avions fait de faux pour pousser ces gens à se dissocier de nous. Cependant, on m’a demandé d’interrompre cette recherche et je l’ai fait.

dot.gif La maladie était en général considérée par le personnel et les cadres comme étant de la faute du malade. Le jour où j’ai eu une angine et une sinusite en même temps, j’ai pensé que je pouvais rentrer à la maison et me reposer, surtout que je n’avais jamais manqué un jour jusque-là. Mon supérieur immédiat compatissait et je suis allée voir un médecin qui m’a dit de garder le lit une semaine. Le lendemain matin, cependant, j’ai reçu un appel à la maison pour que je me rende immédiatement au bureau. Mon supérieur m’a appelée aussi et m’a accusée d'être «hors éthique» et «flemmarde». Apeurée, je me suis levée, habillée et ai demandé à mon père de me conduire au bureau. Il a violemment refusé, m’a ordonné de retourner au lit, disant que je n’étais pas en état de travailler et que je devais me reposer. Je lui ai dit que j’avais reçu mes ordres et il m’a répondu qu’il appellerait de ma part. Bien sûr, lorsqu’il a appelé, on lui a répondu «Oui, M. Wiseman, naturellement M. Wiseman». Mais à peine étais-je retourné dans ma chambre que mon téléphone a sonné. C’était le responsable du bureau: Si tu veux qu’on te traite en adulte, ne demande plus jamais à ton père de m’appeler !» J’ai encore reçu plusieurs coups de fil de collègues irrités ce jour-là – une me menaçant même de me dénoncer car mon bureau était mal rangé. Je n’en ai pas parlé à mes parents de peur des représailles. Plutôt que de risquer de nouveaux problèmes, je suis allée travailler le lendemain. J’avais 16 ans à l’époque. Deux de mes amies ont eu des histoires similaires, mais ce n’est pas à moi de les dire.

dot.gif J’ai été accusée deux fois de trahison pour avoir perdu mes clés. La première fois, je les avais laissées aux toilettes pendant une heure. La seconde fois, elles sont tombées dans la cage de l’ascenseur au moment où je quittais celui-ci. Même si j’ai réussi à les pêcher avec un aimant, des mesures disciplinaires ont été prises, parce que j’avais laissé mes clés sans surveillance le temps d’aller chercher le matériel. Coincées dans la cage d'ascenseur. Au sous-sol. Rien que d’y penser, ça me fout en rogne.

dot.gif La première et la dernière fois que j’ai embrassé une femme (avec un résultat sexy), c’était à une soirée privée chez une amie durant mon jour de repos. Ce n’était pas très malin: je l’ai fait devant une membre de la Sea Org, qui est immédiatement rentrée à la maison pour écrire un rapport complet sur ce qu’elle avait vu et l’a directement adressé à mon supérieur, mes parents et l’org. J’ai été punie au bureau et mise en garde à la maison. Laissez-moi vous dire qu’il n’y a rien de plus humiliant que d’entendre votre chef et votre père décrire par le menu votre seule et unique expérience lesbienne. Doux Jésus.

dot.gif Autant je m’habillais correctement pour travailler, autant j’ai l’habitude de porter n’importe quoi le week-end et pendant les congés. J’ai la ferme conviction que ce que je porte hors du bureau est mon affaire et celle de personne d’autre. Pourtant, quelqu’un m’a vue un dimanche et a écrit un rapport au directeur exécutif par rapport à mon apparence négligée. Celui-ci m’a sanctionnée et dit qu’il fallait que je commence à m’habiller comme une gagnante le week-end.

Séance de recrutement d’OSA

dot.gif Une fois, j’ai reçu l’ordre du directeur exécutif, malgré ma protestation, d’assister à une séance de recrutement de l’OSA pendant ma pause déjeuner. Je l’ai informée que je n’irais pas et qu’il n’y avait pas de raison pour cela. Mais c’était mercredi (presque jeudi à 14 heures) et Osa avait besoin de résultats. Enervée, j’ai traversé la route pour me rendre à l’Hubbard Guarantee Building et on m’a fait entrer dans une salle de conférence luxueuse. Comme dans toute les séances de ce type, mes buts dans la vie ont été critiqués, mes contributions à «l’annihilation de la psychiatrie» minimisées. «Ne veux-tu pas nous aider à nettoyer la planète ?» «Non. Je veux que toutes les religions, et pas seulement la scientologie, aient le droit d’aider les gens sans interférence de la psychiatrie.» Vous auriez dû voir leur tête.

Ces plaintes, et d’autres que je n’ai pas mentionnées, peuvent paraître vénielles à un observateur non averti. En fait, cela tournait à une invasion complète de ma vie privée et de ma dignité. Privée de sommeil, recevant des ordres contradictoires, faire ce qu’il fallait «pour que ça marche», alors que cela était hors d’atteinte, donner simplement son maximum … tout cela peut détruire votre âme. Il y a des choses que je ne préfère pas révéler, puisqu’elles ont trait au travail spécifique que j’ai fait au CCDH, mais au niveau personnel et psychologique, tels ont été les facteurs clés de ma défection.

(He, qu’elles l’apprécient ou pas, j’aimerais juste dire à Marla et Carrie, au cas où elles liraient ceci, que je les aime toujours.)

En tout cas, ce sont la séance de recrutement d’OSA et deux autres coups fatals qui ont fait déborder le vase.

Premier coup fatal

En grandissant dans la scientologie, certains concepts traversent tellement le groupe qu’ils sont tenus pour garantis. Un d’entre eux est que les enfants dans les écoles publiques sont gavés de médicaments psychiatriques. L’autre, c’est que vous êtes privilégiés, parce que vous savez des choses «que d’autres enfants ne savent pas». Trois, que les matériels OT contiennent les secrets de l’univers.

Que ces choses soient insinuées ou dites directement par vos pairs et mentors, ils sont présents à l’esprit des jeunes scientologues. A un moment donné, je me suis liée d’amitié avec quelques élèves de l’école publique et aucun n’était sous médicament. La plupart semblait en savoir plus que moi et être capables de se socialiser plus facilement que moi. J’étais assez convaincue que c’était de ma faute. Savoir que les matériels OT allaient me donner le pouvoir de léviter et d’allumer ma cigarette par la pensée rendait les choses encore plus difficiles.

J’avais lu l’histoire de Xenu sur Clambake (un site internet, ndltr) et naturellement je n’y croyais pas. Comment cela aurait-il pu être possible ? J’avais été une scientologue toute ma vie. Mes parents étaient OT7 et OT8. Je connaissais plein d’OT. Et je n’avais jamais au grand jamais entendu les mots «Xenu» et «thétans corporels». En plus, n’étant pas morte d’une pneumonie après la lecture de ces documents, il ne pouvait s’agir que de faux. Clairement, ces gars sur Clambake étaient des tarés, comme on me l’avait dit. (La scientologie menace de mort ceux qui découvriraient ce secret sans en posséder la clef scientologue ... Ndltr)

Mais alors, où trouver les vraies informations ?

Je n’avais aucune idée. D’un côté, si ces matériels contenaient les secrets de l’univers, j’étais prête à tout, à admettre que j’avais eu tort, et retourner au cours. S’il y avait la moindre chance, en revenant dans les bonnes grâces de l’église, de faire apparaître des poneys dans le ciel, et bien, je le ferais.

De l’autre, allais-je dépenser des centaines de milliers de dollars, et les 10 prochaines années de ma vie, pour atteindre OT III pour simplement découvrir que c’était du pipeau ? Que faire, si c’était simplement une carotte au bout d’une ficelle ? J’aurais alors gaspillé ma jeunesse et ma joie pour rien.

C’est pourquoi j’ai attendu et ouvert mes yeux. Un jour, je ne vous dirai ni où, ni comment, ni qui, j’ai eu la possi- bilité de jeter un œil sur les matériels secrets OT de quelqu’un. Cette personne les avait laissés sans surveillance et j’ai foncé. Je n’ai pas trouvé grand-chose, mais il y avait des références à ce que j’avais lu sur Internet.

Je dois vous dire que la confirmation de l’histoire de Xenu était bien la dernière chose dont j’espérais la confir- mation. Mais c’était bien là. J’étais sous le choc. J’ai tout remis en place et me suis tue.

Second coup fatal

C’était Noël 1999 et mon père était dans un sale état. J’avais passé le réveillon et le jour de Noël en famille, et mes amis me manquaient. Mes parents sont sortis souper et je leur ai dit que je les rejoindrais. Mais je suis allée à la maison de ma meilleure amie. Lorsque mon père s’est rendu compte que je ne viendrai pas, il était logiquement énervé et m’a téléphoné. Je lui ai assuré que j’allais bien et que je serai à la maison «demain». Lui, pense avoir entendu, et il y croit encore, «à minuit». En tout cas, c’est de là que découle l’incompréhension. Donc, j’étais chez mon amie vers une heure du matin et nous avions extorqué 4 bouteilles de bière au magasin du coin, et nous passions du bon temps en écoutant Velvet Underground, lorsque j’ai entendu la voix de mon père.

Je passe les petits détails gênants, mais ça c’est terminé comme ça: mon père m’a dit que mon comportement serait rapporté au CCDH et à l’org le lendemain. Je venais de sortir d’une longue procédure pour trahison pour l'épisode des clés-dans-la-cage-d’escalier, et avant ça pour avoir embrassé une fille, et avant ça pour avoir laissé mes clés aux toilettes, et avant ça pour avoir refusé de suivre les cours. (Si quelqu’un à OSA veut connaître mes crimes, les voilà. (J’aimerais une mention sur un site scientologue, rubrique «lesbienne qui perd ses clés» SVP.)

L’idée de passer encore deux mois dans les mauvaises grâces de tout le monde m’a fait frissonner. J’ai pensé reprendre le droit chemin, mais l’idée du contrôle de sécurité m’a fait y renoncer.

La goutte venait de faire déborder le vase

Je me suis donc enfuie de la maison le lendemain. J’ai juste emporté quelques affaires et j’ai fui. Je me suis rendue au bureau, ai laissé une petite note assassine dans le casier de chacun, ai prétendu aller boire un café et je suis partie.

Il a fallu trois jours au détective privé et à la police pour me retrouver, mais pour la première fois de ma vie, mes parents m’ont sérieusement et honnêtement demandé ce que je voulais.

«Je veux aller au lycée. Je veux être un être humain normal. Je ne veux plus de sanctions. Je ne veux plus de contrôle de sécurité. Je ne veux plus pénétrer dans une org. Je veux pouvoir choisir librement mes habits, mes amis et ma religion.»

Ils acceptèrent, à la condition que je ne m’enfuie plus.

A part le jour où je suis tombée amoureuse de mon fiancé, le jour où j’ai quitté la scientologie est le plus beau de ma vie. Je ne saurais vous dire ce que j’ai ressenti en allant boire un café au coin de la rue, des poids tombaient l'un après l’autre de mes épaules, pendant que je faisais dans ma tête la liste des choses que je n’aurais plus à faire. Plus de cours. Plus de recrutement dans la Sea Org. Plus d’accusations parce que je n’étais pas d’accord. Plus de sanctions. Plus d’audition. Plus de e-meter. Plus d’heures sup’. Plus de rhétorique. Plus de réunions. Plus de rapports. Juste un monde où l’éthique d’une personne ne regarde qu’elle-même et personne d’autre. Je me sentais légère.

Sautons cinq ans. Pendant cette période, je suis allée à l’école, j’ai travaillé et cherché une idéologie qui pourrait remplir le trou «sauveuse de l’univers» dans mon cœur. J’ai essayé avec la cabale, le communisme, la méditation bouddhiste, l’égalitarisme, les groupes de rock, le sport, la diète et l’anarchie. J’ai travaillé pour De la nourriture, pas de bombes, j’ai manifesté. Je travaillais la journée. Tout m’a aidé un temps, mais rien n’a duré.

Finalement, à la suggestion de mon père, au soutien de ma mère et mon désir d’accomplir quelque chose d’inté- ressant dans ma vie, je suis partie en Chine. En Asie, j’ai sauté d’une ville à l’autre et me suis finalement installée à Beijing pour étudier le mandarin.

Si vous avez suivi mon récit sur OCMB, vous vous rappelez sans doute que c’est alors que la déconnection s’est produite. Pour les autres, je copie ici ces messages.

«Après une enfance tranquille, mais une adolescence agité, et mon départ de la scientologie (j’ai chamboulé une org), j’étudie à l’étranger et ma mère est venue me rendre visite il y a quelques jours. Comme j’étais occupée et que je ne voulais pas la laisser seule, j’ai demandé à une amie de lui faire découvrir la ville. Mon amie a accepté. Le lendemain, j’ai découvert que ma mère avait commencé à lui expliquer quelques concepts de la scientologie, dans un pays où la religion est interdite et persécutée, donc dans un contexte complètement inapproprié. J’étais furieuse. Cela m’énervait que ma mère, qui avait été une battante, ne pouvait pas passer deux minutes avec quelqu’un sans chercher de la recruter et le mot «lavage de cerveau» m’est venu à l’esprit. Oups.

«Cela a conduit à une discussion sur mon sentiment quant à la scientologie, et nous nous sommes disputées pendant des jours. Quand elle m’accusait de tenir tous mes arguments d’Internet et non pas de sources valables, je lui ai parlé des documents secrets que j’avais consultés et des foutaises sur les thétans corporels qu’ils contenaient.

«Elle a été très choquée, mais je suis contente de l’avoir fait. Après cela, j’étais sûre que les niveaux supérieurs ne valaient rien, que je menais une existence productive et heureuse hors de l’église. Elle, puis la scientologie, ont eu peur parce que j’ai refusé de dire qui détenait les documents secrets.

«Bien sûr, malgré le fait que l’histoire était ancienne, et que cela n’avait pas eu de conséquence autre que mon éducation, malgré le fait qu’ils m’aimaient, malgré les belles années passées en famille à gérer nos différences, j'avais craché le morceau et ils le savaient. Ils allaient écrire un rapport à la scientologie, ce qui pouvait conduire à une déclaration de «source potentielle de problème» ou de «personne suppressive». Cela, ils le savaient. Mais ils allaient le faire. Parce qu’être scientologue et ne pas écrire de rapport à la Orwell, ce n’est pas possible.

«Donc j’attends ici, à l’étranger, de savoir s’ils vont faire une déclaration ou pas. Je pense qu’ils vont le faire, à moins que je fasse amende honorable, ce que je ne ferai jamais, quoi qu’il arrive. Je ne me sens pas concernée par leur soi-disante justice, mais j’ai dit être prête à m’entretenir avec quelqu’un au téléphone, à partir de mon pays de résidence. J’étais prête à répéter tout ce que je leur avais dit. Mais je n’allais pas mettre en danger quelqu’un  qui ne le méritait pas. Je n’allais plus perdre de temps, comme pendant mon adolescence, à me faire crier dessus par tout un chacun et à les laisser me faire avoir honte de moi, simplement parce que je n’étais pas d’accord avec eux.

«Mon père a demandé à l’église s’ils pouvaient m’appeler au téléphone, pour que je leur parle. Sinon, il faudrait que je retourne à mon point de départ pour aller discuter avec eux. Ils refusèrent de le faire au téléphone – le moyen qui me permettait de poursuivre mes cours – parce que «le gouvernement pourrait écouter notre conversation»… Mais oui.

«J’aime mon père, j’aime aussi mes tantes, mes oncles, mes cousins, mon frère et toute la famille, mes petits neveux et nièces, qui sont tous scientologues. Toute ma famille proche. Tous ceux à qui je ne pourrai plus parler parce que je refuse de me soumettre à leur terrorisme psychologique. Je n’arrivais pas à croire que la scientologie avait encore une fois réussi à s’immiscer dans ma vie, alors que j’avais tout fait pour l’en y extraire.

«Je suis soufflée pour l’instant. Mes parents m’ont dit qu’ils respecteraient la déclaration si elle devait être pronon- cée. Ils m’ont aussi dit qu’ils savaient que je n’étais pas une personne suppressive et qu’ils m’aimaient. Merde – excusez-mon langage – j’aurais dû m’en douter. Il est amusant de constater que le lavage de cerveau leur permet d’émettre deux messages aussi contradictoire.

Tout d’un coup, j’ai disparu des radars. Plusieurs personnes voulaient savoir ce qui m’était arrivé, si OSA m’avait attrapée, et si je parlais toujours à ma famille. Je n’ai pas répondu à ces messages.

Voilà ce qui est arrivé. Mes parents se sont rendus à FLAG pour se faire aider. Cinq jours après ce message, mon père m’a dit l’avoir vu, ainsi que les autres sur ARS (forum alt.religion.scientology). Il m’a demandé de ne plus poster de message et de cesser tout contact avec des personne suppressives, parce que cela n’aidait pas. Je lui ai rétorqué qu’il était entouré de personnes pensant comme lui et que j’avais le droit de faire de même. Je n’allais pas laisser la scientologie m’isoler, alors qu’ils violaient mon cerveau. J’avais besoin d’aide et j’y avais droit.

Il y avait aussi la question de savoir comment il avait eu connaissance de ces messages. Mon père ne sait pas ce qu’est un newsgroup, ni comment y aller, et n’est pas du genre à fréquenter ce type de site. En fait, quelqu’un de l’OSA s’en est rendu compte, a imprimé mes messages (du moins les négatifs), et les a remis à mes parents.

Après de longues négociations, mes parents sont venus en Chine. Nous avons discuté pendant trois jours. Nous nous sommes dit beaucoup de choses, dont certaines que je regrette et d’autres que mes parents regrettent certainement. Je crois qu’ils avaient peur de me perdre et qu’ils ne comprenaient pas pourquoi je continuais à parler à des critiques en ligne.

Les conditions à notre reconnection

    [MAJ: On m’a demandé de fournir des détails sur le processus de déconnection. Les voilà] Nous n’avons pas beaucoup progressé. J’étais prête à faire amende honorable pour les avoir énervés, du moment que cela se passait hors de l’église. Je n’étais pas prête à retourner à Los Angeles et à parler aux scientologues. La conclusion a été la suivante: avant que nous puissions discuter de la manière de réparer notre relation, j’ai dû accepter de ne plus jamais discuter avec des anti-scientologues ou des critiques actifs et de ne plus poster des opinions négatives sur la scientologie sur Internet.

    Lors de cette phase finale, au moment de cette décision finale, ils m’ont demandé d’aller fumer une cigarette dans le jardin et de me demander si je préférais garder contact avec ma famille ou avec ces personnes suppressives. Je ne voulais pas faire ce choix. J’étais choquée. Je me suis assise au bord de l’étang, cigarette à la main, me demandant: «Vais-je laisser la scientologie me dicter ce qui est bien et mal ?» La réponse était non.

    Mes parents m’ont dit que, dans ce cas, ils ne voulaient plus me parler, sauf pour traiter les aspects financiers (ce qu’ils ont fait très consciencieusement).

    J’ai essayé de ne pas pleurer en sortant de l’hôtel, ni dans le taxi, ni en arrivant chez moi. Dans l’appar- tement, je me suis jetée au sol et ai attendu que les larmes se mettent à couler. Elles ne coulèrent pas, mais je sentais qu’elles se formaient dans le creux de mon estomac. Je me suis endormie là.

    Deux jours plus tard, j’ai décidé que la meilleure manière de gérer la déconnection était simplement de l'ignorer. J’allais continuer à écrire. J’ai envoyé un e-mail à mes parents leur disant que, quoi qu’il en soit, ils aimeraient savoir que j’allais bien. A ma grande surprise, ils m’ont répondu.

    Dans les mois qui suivirent, j’ai essayé de rester calme à la réception de mails me demandant où envoyer mes affaires, et de signer les documents pour retirer le nom de mon père des extraits de compte. Trois mois de planification financière intense pour préparer notre famille à la déconnection. Je ne me suis pas plainte. Tout était dit.

    Durant cette période, un autre débat a eu lieu. Nous avons renoué le dialogue sur ce point, essayant de trouver une solution. J’étais sous une pression énorme, pensant que si je disais un mot de travers, la décon- nection serait totale. J’ai essayé de leur faire comprendre mon point de vue le plus délicatement possible. Eux aussi. Ils souhaitaient que je recommence la scientologie depuis le début, que je refasse tous les cours.

«Nous ne te parlerons plus si tu n’acceptes pas ces conditions»

    Comme condition à notre reconnection, ils m’ont demandé de publier une déclaration publique dans laquelle j'expliquerais que ma participation aux forums en ligne avait été frivole et sans fondement. Je leur ai dit que, quels que soient mes sentiments et les leurs à propos de la scientologie, cela n’affectait en rien notre relation parents–enfant. Ils n’étaient pas d’accord. Tout du long, il y a eu cette menace: «Nous ne te parlerons plus si tu n’acceptes pas ces conditions».

    Tout d’un coup, je suis devenue furieuse de devoir débattre pour l’amour de mes parents. De devoir quéman- der leur respect et négocier leur place dans ma vie. La mentalité nous-contre-tous-les-autres de la scien- tologie et le côté c’est-noir-ou-blanc de sa politique de déconnection conduisait à cette attitude : «Rejoins-nous ou dégage». Je pense que c’est ce qui m’est arrivé. En fait, ils avaient déjà accepté l’idée de la déconnection. Ils m’avaient dit que si celle-ci survenait, ils l’appliqueraient, même s’ils étaient convaincus que je n’étais pas une personne suppressive. La confiance parents-enfant était rompue. Nous l'avons rompue. J’avais employé un terme emprunté aux niveaux supérieurs et ils m'ont répondu que ce n'était pas acceptable.

    Enervée, je leur ai envoyé une lettre dans laquelle que si tel était le cas, s’ils refusaient de discuter de ces niveaux, s’ils ne pouvaient pas simplement essayer de gérer au mieux nos désaccords, c’en était fini. Nous nous étions tout dit et nous commencions à ressasser. Je leur ai dit quoi faire de mes affaires. Ils ont dit OK. Adieu.

    Pendant deux ans, j’ai continué à leur écrire, leur disant qu’ils n’avaient pas besoin de me répondre, que mes opinions n’avaient pas changé, mais que je les aimais toujours. Je leur ai annoncé avoir rencontré l’élu de mon cœur, puis mon prochain mariage. Pas un mot.

    La dernière fois que j’ai vu mes parents, ils étaient assis dans leur chambre d’hôtel et j’étais en train de partir. J’ai depuis découvert que mes parents croient que c’est moi qui me suis déconnectée d’eux. Je crois qu’ils pensent que j’ai préféré un «nid de SP» à ma propre famille et qu’ils ont dit à des tiers que c’était mon choix. Je pense qu’ils pensent cela, du fait de ma lettre. [Fin de MAJ]

Je ne peux ni ne veux renoncer à ma liberté d’expression

J’aimerais tellement leur expliquer ce qui suit. Choisir entre la liberté d’expression et ma famille, je ne devrais pas avoir à le faire. L’amour que je porte à mes parents n’a rien à voir avec mon combat durant l’adolescence pour empêcher la scientologie de contrôler ma vie. Je ne peux ni ne veux renoncer à ma liberté d’expression simplement parce que la scientologie pense que c’est un crime capital. Je suis une adulte (Mon dieu, suis-je déjà majeure ?) et personne, même pas mes parents, ne peut exiger de moi que je renonce à parler d’une situation que j’estime abusive et viciée. Mais « non » n’était pas une réponse acceptable.

Le fond de l’affaire est que la scientologie a commis des délits graves. Il n’y a aucune raison de mettre sous pression des gens afin qu’ils se taisent.

Si la scientologie n’avait rien à cacher, ou si elle avait la moindre compassion pour les individus, cette règle n'existerait pas et elle ne verrait aucun problème à ce que les critiques en parlent. Tout ce que L. Ron Hubbard a écrit sur les criminels et autres personnes suppressives s’applique en fait à la scientologie elle-même. Il faut être sourd et aveugle pour ne pas s’en rendre compte.

Aujourd’hui, je ne suis pas déclarée suppressive, mais la présente déclaration pourrait bien y conduire. Mes parents se sont coupés de moi avant la déclaration, donc même si je voulais revenir en arrière, je pourrais leur écrire directement, et non pas passer par le système interne de justice.

Par contre, je suis sur une liste noire non officielle et la scientologie continue à faire pression sur des gens avec lesquels je communique à peine, pour qu’ils coupent tout lien, sous peine de déconnection de leur propre famille. Ces menaces persistent à ce jour.

Après la déconnection, j’étais trop fatiguée et terrifiée pour retourner sur les forums en ligne. Je me sentais défaite et je devais finir mon école. Je n’avais plus de foyer aux Etats-Unis. Je ne savais pas où aller lorsque je serai prête à quitter la Chine. J’espérais, contre toute raison, que si j’arrêtais de poster des messages et me tenais à carreau, ma famille finirait par voir la stupidité de tout cela, et m’écrirait pour mon anniversaire ou à Noël … Je vais me marier dans les prochains mois. J’espère qu’ils pourront y participer.

Je n’ai plus eu de nouvelles d’eux depuis si longtemps que leur écrire, c’est comme tenir un journal intime ou me parler à moi-même. Je ne sais pas s’ils ont bloqué mon adresse e-mail, mais j’espère qu’ils reçoivent mes messages et qu’ils savent que je vais mieux que jamais auparavant.

J’aimerais que les lecteurs de ce texte comprennent ce qui suit. Mes parents et ma famille ne sont pas des monstres. Je suis sûre que ceux qui ont vécu une déconnection comprendront cela. Mais pour le grand public, j'insiste: ma famille n’est pas composée de monstres. Je ne leur en veux pas. Je ne souhaite pas les voir punis ou exclus de la scientologie. Je veux simplement pouvoir leur parler à nouveau.

Cela peut être difficile à comprendre pour ceux qui ne sont pas passés par là. Mes parents et ma famille pensent honnêtement faire ce qu’il faut. Ils pensent être du côté du Bien dans cette grande Lutte Universelle, et que je les empêche de sauver l’humanité. Ils pensent devoir choisir entre sauver l’humanité et soutenir leur petite fille. Ils pensent que leur fille à rejoint la face obscure. Je peux seulement imaginer combien cela doit être douloureux pour eux.

Une église doit s’opposer fermement à toute déconnection

Voilà ce que je leur dirais si j’en avais la possibilité. Une église doit s’opposer fermement à toute déconnection. Tout groupe qui considère cela comme une option (même de dernier recours) ou qui prend des mesures contre ses membres qui refusent de l’appliquer, ce groupe ne mérite pas votre soutien.

A part ça ? J’aimerais leur dire que je les aime, que j’aurais aimé avoir la chance de leur montrer que j’ai mûri, que je me débrouille bien et que je suis heureuse.

J’aimerais leur dire qu’il est possible de maintenir le contact familial, quel que soit le désaccord et la manière dont il a été exprimé.

J’aimerais dire à mon père que je continue à penser que c’est un homme honorable, que je regrette que nos relations passées n’aient pas été meilleures. Je lui dirais que j’espère que nous pourrons recommencer et que cette fois, cela marchera. J’aimerais aller au cinéma et au restaurant avec lui, m’engueuler avec lui sur la politique. Je dirais à ma mère que je souhaite pouvoir faire la cuisine, papoter et aller visiter les jardins de Descanso avec elle. Je dirais à mon oncle qu’il est toujours le plus fort au jeu du dictionnaire, qu’il est adorable dans sa blouse de poète, que s’il m’emmène encore une fois au festival culturel, je me lèverais et applaudirais avec lui. Je dirais à ma tante Virginia qu’elle est géniale, qu’elle l’a toujours été, et que j’aimerais qu’elle me conduise à l’autel à mon mariage.

Je n’aurais sans doute jamais l’occasion de le leur dire et ils vont penser que ces paroles sont vides de sens, parce que, en parallèle, je critique la scientologie. Mais je veux que chacun sache qu’il est possible de critiquer les dirigeants de la scientologie et d’aimer sa famille en même temps.

C’est mon histoire, même si elle est un peu longue.

 


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Voir aussi : Le témoignage d’Astra Woodcraft: Une jeune femme victime depuis l'âge de 7ans de la secte de Scientologie