La prison sans
barreaux de la scientologie
Le
témoignage de Mona Vasquez, artiste peintre
Curieusement, c'est en me retrouvant en prison, face à un juge, que s'amorça
ma libération ! C'est une longue histoire ...
On m'a volé dix ans de ma vie. Je croyais être libre et j'étais une esclave
dans ma prison sans barreaux. La secte me piégea, comme une fleur, alors que je
vaquais à mes études d'art. J'avais 20 ans, l'amour de la poésie, de la philo,
et je sévissais aux Beaux-Arts où j'espérais parfaire mon coup de crayon, quand
soudain !...
Oh ! je ne poussai pas la porte d'une Église parallèle ni d'un groupe « zen
». Bref, je ne suis jamais entrée dans une secte, mais elle me capta, me captura
par le biais d'un ami, comme moi grand lecteur. Pour sa propagande circulait
ainsi La Dianétique, d'un certain Hubbard. Je le dévorai ; au milieu, un
marque-page « si vous voulez en savoir plus... », un numéro de téléphone à
Angers... Dix ans de goulag ! Angers ne fut que l'antichambre, la goutte de miel
(empoisonné) pour nous appâter. On est accro à une secte comme à une drogue ; au
début on vous l'offre, puis c'est l'escalade et vous tueriez père et mère pour
en avoir. La doctrine est étudiée pour vous mettre en euphorie, puis en
dépendance.
L'enfer dura ainsi sept ans ; je m'enfuis, trois fois, ils me récupéraient.
Poussée à faire des prêts illégaux, je me retrouvai en prison. Là, dans un
effort mental énorme, je renversai la vapeur et la culpabilité suprême : « Vous
êtes, seul, responsable de tous vos problèmes et malheurs. » En comprenant enfin
que tout cela était de leur faute commença ma vraie libération.
Trois jours de garde à vue et donc de méditation forcée pour en arriver là !
Goût de paradis perdu, comme une douce réminiscence. Un jour, il y a longtemps,
j'étais un être libre mais n'en savais rien ! Le juge me relâcha et me sauva la
vie sans le savoir, m'apportant par le sevrage forcé la délivrance. Elle m'avait
dit : « Je vous libère, mais si j'apprends que vous avez contacté un
scientologue tant que durera l'enquête, je vous fais coffrer. » Celle-ci dura un
an.
Année noire, d'autant que j'avais reçu une lettre d'excommunication de l'ES
(l'église de scientologie). Je redevins fragile, il fallut tout réapprendre,
vivre sans sa dose, coupée de la parole du gourou (père) et de la secte (mère);
libre mais encore trop perdue pour en apprécier la juste saveur. Il fallut du
temps, me réinsérer dans une société indifférente ou plutôt ignorante des dégâts
des sectes. Comme toujours, c'est l'usage intensif des pinceaux qui fut ma vraie
victoire. Au lieu de devenir folle ou de rechuter, je me mis à la tâche,
j'écrivis.
Il s'agissait de survie
Durant six mois, tout en élevant mes trois enfants, eux aussi rescapés, je
racontais tout ce que je vécus durant sept ans au coeur de l'hydre ! Tâchant
d'analyser, pour en faire une chose hors de moi, ce travail fut libératoire ; il
fut ma catharsis ! Ainsi naquit Et Satan créa la secte qui se voulait une mise
en garde. Puis le manuscrit dormit dans un tiroir ; en l'instant, je n'avais pas
la force de le faire publier ! Il s'agissait de survie.
Mais l'aventure n'était pas terminée ; je me sentais pieds et poings liés
encore car la scientologie m'avait tant poussée aux prêts, que je travaillais
dur pour manger ! L'heure du bilan et des comptes avait sonné. La secte m'avait
escroquée de 75 000 Euro en livres et cours de tout poil. Dans l'état de stress
dans lequel j'étais, je n'appréciais pas encore d'être à l'air libre. Le juge
m'ayant blanchie, j'eus le droit de contacter la scientologie. Je leur
présentais la note, sûre de mon fait car Hubbard a écrit : « Si quelqu'un n'est
pas content des services de la scientologie, il faut le rembourser. » Mais les
petits gourous de Copenhague ne l'entendaient pas ainsi et je compris au bout de
six mois que je n'aurais rien !
Je perdis le sommeil, l'appétit, toute joie de vivre car, endettée,
travaillant jour et nuit pour rembourser ces maudits prêts. Je décidais de faire
une grève de la faim. Août 1989, j'arrivai à Paris, déterminée. Le bras de fer
dura dix jours et j'obtins gain de cause grâce au passage d'Antenne 2 qui
m'envoya une équipe de TV. Sans cela, je serais morte à Paris, devant le siège
national de l'église de scientologie.
Je revivais enfin
La libération physique était accomplie. Je revivais enfin: le simple plaisir
d'acheter des glaces à mes enfants qui n'en avaient jamais mangées, paradoxe
cruel, même au pays des icebergs ! Ne plus culpabiliser si je travaillais moins
de dix-huit heures par jour, l'impression d'être en congé quand je produisais
huit heures de travail. Je repris mes pinceaux. De ce temps datent les portails
ouverts sur des jardins d'Éden, symboles de l'éternelle enfance et des paradis
perdus. Mais il fallut tout de même sept ans complets de convalescence, une cure
de sommeil, pour me défaire de tous les blocages dans mon cerveau. Un à un,
faire sauter chaque barreau de cette satanée cage dorée !
Aujourd'hui, la page est tournée, la meilleure preuve, je reprends ma vie là
où je l'avais laissée. Tous mes rêves abandonnés, je les réalise l'un après
l'autre. Je suis un être libre, libre-penseur, liberté dans mon atelier que j'ai
voulu et créé plus grand que la maison au pied de la montagne qui m'a vue
naître. Un juste retour aux sources, là où ma vraie vie, spirituelle et
artistique, avait commencé, au coeur de mon Ariège, au pied des Pyrénées. Et
Satan créa la secte a été édité à compte d'auteur certes, mais il fait son
bonhomme de chemin; au gré des rencontres, des conférences, j'informe et je dis
«oui, on peut s'en sortir», et j'affirme que les marchands de rêves vont
mourir.
Comme un ruisseau qui va à la rivière, la rivière au fleuve qui se jettera
dans la mer, j'accomplirai ma résilience !
(1) Courriel : mona.ateliere@free.fr
site galerie virtuelle, commande livre : http://mona.ateliere.free.fr/
La Croix du 04/06/2004 |