| LA
SERRE «MOON» EST BlEN GARDÉE
Robert, victime de la
séduction mooniste
- Robert, issu d'une famille
protestante, avait quitté sa famille vers les 20 ans puis avait fini sa
formation professionnelle dans une entreprise à Paris. Son service militaire
accompli, il avait déjà trouvé un emploi ferme pour septembre 1983. Mais avant
de s'engager définitivement dans les contraintes d'un métier à 25 ans, il a
décidé de réunir ses économies et de faire le tour de ses amis, dont la plupart
étaient partis vers l'Amérique. Il réalisait ainsi l'un de ses rêves : visiter
la Californie.
-
- Les parents n'arrivent pas
à le décourager; le père obtient cependant la promesse de Robert de revenir à la
date fixée, à la mi-juillet. Le frère et les deux soeurs souhaitent bon voyage à
leur cadet, mais l'une d'elles, Catherine, sa confidente préférée, l'accompagne
à l'aérodrome: elle admet le besoin de son jeune frère d'exercer son
indépendance, de montrer ses capacités de se débrouiller tout seul, de se
démarquer de tous.
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- Le mois de mai se déroule
normalement : le courrier rassure tout le monde. Fin juin, surprise : Robert
prolonge son séjour pour un séminaire dans un camp d'étudiants près de San
Francisco : la semaine à 100 dollars, une aubaine ! Mi-juillet : Robert n'est
pas au rendez-vous ! Il révèle qu'il s'est engagé dans le mouvement CARP: "Collegiate Association for the Research of
Principles", qui correspond en France au
Mouvement Universitaire pour la
Révolution Spirituelle. Robert précise dans ses
lettres : "C'est une grande église chrétienne non une secte". En réalité, il
s'agit de l'A.U.C.M., de l'Association du SaintEsprit pour l'Unification du christianisme mondial, fondée par Moon.
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- Bouleversée par cette
nouvelle, Catherine s'adresse à son ami Georges. Les deux recourent aux services
de l'UNADFI de Paris.Madame
CHAMPOLLION leur répond sur un ton peu optimiste et leur donne des adresses
utiles à contacter aux U.S.A.
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- Mi-septembre. Par lettre,
Robert justifie son choix et essaie d'intéresser sa soeur à l'organisation : il
s'agit de sauver le monde !
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- Colère du père qui n'aime
pas qu'on manque à la parole donnée. Il aide Catherine à organiser un voyage en
Amérique pour ramener son frère au bon sens.
- LA SOEUR VOLE AU SECOURS
...
-
- Un an après, en septembre
1984, Catherine et Georges s'envolent pour l es Etats-Unis : Robert se propose
de leur montrer la Californie et donne ses coordonnées. Hélas ! A cette époque,
deux kidnappings de jeunes moonistes venaient d'avoir lieu à Berkeley et de
façon très violente : les services de surveillance des camps de la secte ont été
renforcés, les consignes plus strictes. Robert ne sera jamais seul avec sa soeur
et son ami : il sera souvent crispé, peu enclin aux effusions sentimentales ! Il
prévient même : "Si tu es venue pour m'enlever, il n'en est pas question, tu ne
réussiras pas !"
-
- cathterine
raconte.
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- "Je l'ai rassuré, voulant
d'abord cacher mes intentions véritables, mais en présence de la surveillante,
une psychologue française, je devais être prudente. On m'avait montré une adepte
qui avait eté enlevée brutalement à prix fort par sa famille mais qui était
revenue d'elle-même chez Moon !".
-
- La première journée se
déroule dans un bel immeuble de type "public relation". Robert use de sa voix
normale en posant des questions de circonstances sur la famille et les amis.
Mais dès qu'il aborde les questions de principe, de religion, il change de
timbre, recourant à l'anglais ...
-
- Il avoue faire du
foundraising, du ramassage de fonds : il part en camionnette avec 8 copains dans
un quartier précis, vendre aux passants des babioles : des fleurs en papier, des
calendriers" etc ... Rendement minimal exigé de chacun le soir : 200 dollars
(dont l'équipe retient 20 par tête pour les frais généraux). Il enregistrait des
pointes de 500 dollars.
-
- - Pourquoi Moon a-t-il
besoin de tant d'argent ? demande catherine.
-
- - C'est qu'il a de grands
objectifs, notre père, rendre le monde meilleur, mais il rencontre aussi de
grandes résistances. Je fais cela aussi pour toi : tu profiteras aussi du monde
meilleur Quand il sera installé !".
-
- En constatant que son frère
recourt systématiquement à l'anglais dès qu'il parle de ses croyances, Catherine
comprend la nécessité de déprogrammer un adepte de Moon ou d'un autre gourou,
dans la langue même dans laquelle il avait été programmé, anglais ou
japonais,etc ...
-
- Le sentiment de colère
s'accroit chez Catherine au fur et à mesure qu'elle constate que son frère a été
totalement transformé : lui qui était indifférent envers les religions, est prêt
à présent à sacrifier sa vie à un système pseudoreligieux ... ! Lui qui était
plein de bon sens se met à entrer dans un délire collectif ... lui qui était
soucieux de sa dignité, se laisse dégrader jusqu'à devenir colporteur,
camelot... Que lui a-t-on fait ?
-
- La psychologie de Robert
n'est plus la même qu'auparavant : il y a eu une subite mutation : il vit dans
un monde mental nouveau, lointain ... "Ce n'est plus mon frère, ce n'est plus
Robert, c'est un autre ! ..."
-
- Dans l e hall de réception
la conversation continue ... sous haute surveillance toujours. Envie de fumer
une Camel ? Oh non, dit Robert. Et si on sortait ? Non, interdit; à la rigueur
dans la petite cour intérieure. Excursion ? Non, hors de question
...
-
- Le soir, Catherine et
Georges rendent compte de leur journée à l'Exit concilior, R., avec lequel ils
avaient déjà pris contact par écrit des mois auparavant.
-
- Conseils : garder patience,
garder le contact et éviter toute rupture ...
- MAIS LES GORILLES DE
MOON VEILLENT !
-
- Deuxième jour. Excursion en
Range-Rover vers le beau parc thermal au Centre de Recrutement où Robert avait
été initié un an auparavant à la secte. Une Anglaise est au volant, bien
entraînée : elle refuse de passer le volant à Georges qui l'avait demandé, elle
n'oubliera pas d'enlever la clé de contact en sortant de la voiture
!
-
- Robert explique qu'il n'a
plus aucune envie de reprendre son métier, qu'il a trouvé mieux. Il fait un
grand sacrifice en offrant quel ques jours de loisirs à sa soeur et à son ami,
pendant lesquels il regrette de n'être pas rentable pour la grande cause; il a
mauvaise conscience vis-à-vis de ses copains de travail !
-
- Troisième jour. On visite
un autre domaine, un chantier où les jeunes adeptes travaillent bénévolement
pour Moon. Robert paraît de plus en plus détendu, plus ouvert aussi aux
discussions non idéologiques. Un peu d'espoir pour sa soeur ! Rendez-vous est
pris pour le lendemain.
-
- Quatrième jour : Très tôt
le matin, Robert téléphone au motel : contre-ordre. Il part immédiatement pour
New York, il préfère faire ses adieux par téléphone. A toute objection de sa
soeur, très énervée, unique réponse: "Tu n'as rien compris !" Robert promet au
moins de garder le contact, d'écrire.
-
- Catherine craque ... Echec
total ?
-
- Quelques jours plus tard,
elle se retrouve dans sa famille, et dresse le bilan de son voyage : c'est un
demi-échec, une bataille perdue !
-
- - "Je le referai si
l'occasion se présentait. A d'autres je conseillerai d'entreprendre un tel
voyage mais de choisir une époque plus favorable."
-
- Depuis elle guette les
lettres et coups de fil en PCV de son frère, qui tient sa promesse de ne pas
rompre les liens. "Mais j'ai un mal fou à lui répondre, avoue Catherine, je ne
sais pas à qui j'écris : au Robert-frère ? ou au Robert-mooniste
?"
-
- Question :
-
- "Peu de soeurs feraient ce
que tu as fait, Catherine pour Robert. Comment expliques-tu cet attachement peu
ordinaire ?"
-
- Catherine :
-
- "Je sais. De fait, de nous
quatre, Robert et moi acceptions le moins bien le modèle familial en usage dans
notre région, très patriarcal, trop conformiste. Cela nous reliait car nous
changions nos confidences à ce sujet sur nos problèmes ..."
- DANS LE CAMP DES
SPÉCIALISTES AMERICAINS DU SAUVETAGE DES VICTIMES DE MOON
-
- Le point de vue de Georges
converge avec celui de Catherine. Sa relation privilégiée par rapport à Robert ?
"Je l'avais connu garçon, puis adolescent ... il était pour moi plus qu'un ami,
un frère. Le savoir prisonnier d'un réseau d'une vaste escroquerie, cela me
révoltait : je ne pouvais supporter cette situation qu'en passant à l'action.
Ceux qui piègent les jeunes doivent être piégés, eux aussi: j'avais des
tentations d'aller enlever Robert de force, mais j'ai résisté à mes pulsions.
-
- L'Exit-concilior américain
que nous avions choisi parmi plusieurs, dont certains très violents et très
chers, nous avait déconseillé tout commando agressif. Lui-même ancien mooniste,
il avait mis au point une technique éprouvée, dont il nous avait communiqué les
principes pour nous préparer efficacement au voyage.
-
- Il nous a d'abord fait
prendre conscience de nos propres motivations : tous deux, Catherine et moi,
nous nous étions d'abord culpabilisés : n'était-ce de notre faute ? Je n'avais
pas mis Robert en garde contre les sectes dangereuses, si nombreuses en
Californie, que je ne connaissais d'ailleurs pas vraiment.
-
- Voici quelques-uns des conseils de l'Exit-concilior par ci par là :
-
- Prendre des notes des
événements importants et de nos réactions : tenir un journal;
- Numéroter les lettres
envoyées à Robert, en vérifier la réception ...
- Photocopier nos
messages;
- Ecouter les coups de fil à
deux, l'un inscrivant ses remarques et suggestions sur des bouts de papier ...
- Enregistrer les
conversations.
- Et surtout, éviter des
questions qui rentrent dans le catéchisme mooniste, où des réponses sont
programmées, apprises par coeu r...
- Choisir les questions
posées de telle façon que Robert n'y trouve aucune réponse dans son répertoire
mémorisé. C'est l'obliger à sortir de la sphère mentale de la secte, à retrouver
des habitudes de penser plus libres !
- Faire des allusions à des
faits de telle façon qu'elles provoquent de petits doutes, même si c'est à dose
homéopathique !
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-
- Mais jusqu'à présent, des
années après notre voyage aux EtatsUnis et nos trois jours de rencontre avec
Robert, ces méthodes n'ont encore apparemment eu d'effet. "C'est dur, c'est
long, la déprogrammation douce et digne !" Georges soupire et continue a
raconter. "Notre conseiller habitait le Massachusett, trop éloigné de la
Californie : il nous a fourni les adresses de deux de ses correspondants à
Berkeley, E. et M.
-
- Une fois là-bas, nous les
avons rencontrés, Catherine et moi, et avons été rapidement initiés à leur
procédé (200 dollars l'heure). Sans eux nous aurions eu un échec total avec
Robert. La méfiance des moonistes
californiens était telle à cette époque que les dirigeants donnaient des
conseils pratiques de suicides aux adeptes risquant d'être
kidnappés."
- QUI CONVERTIRA L'AUTRE,
LA SOEUR OU LE FRÈRE ?
-
- Question : "Qu'est ce que
le comportement de Robert avait de particulier durant les trois jours de
rencontre?"
-
- Georges : "Il essayait
d'entraîner sa soeur dans sa secte, il avait reçu des consignes et des conseils
à cette fin. Parfois il devenait insistant, presqu'agressif. Dans ce but, il se
déclarait bien dans sa peau, heureux. Il racontait qu'il avait avoué a ses
maîtres spirituels s'être drogué jadis, ayant fumé des Camel. Sa tactique pour
expliquer son bonheur actuel : pour le blanchir et le rendre attractif aux yeux
de sa soeur, il lui fallait noircir son passé, en dramatiser les aspects
négatifs, s'inventer un passé affreux.
-
- Par ailleurs, son
comportement était standardisé par les règles de vie moonistes, qui exigent 13
heures de travail rémunérateur par jour, qui excluent surtout toute vie privée,
peu rentable financièrement pour le gourou; ni cigarette, ni alcool, ni drogue
... et les interdictions continuent : ni femme, ni propriété privée, ni décision
personnelle. Chaque mooniste passe ainsi par une initiation ascétique de
renonciation, d'obéissance, de services permanents, etc ... Cela peut durer 5 ou
10 années, plus même ... Quelques uns seulement, les plus zélés, sortent de cet
état d'esclavage et sont choisis d'office, sur nomination : ils peuvent alors
envisager le mariage, arrangé selon les principes eugéniques de brassage
inter-racial par Moon lui -même, il peuvent alors exercer une fonction précise,
spécialisée au sein de la secte ...".
- ON NE TRANSFORME RIEN
SANS SE TRANSFORMER
-
- Question :
-
- "Quelle était pour toi
personnellement la plus grande difficulté de l'entreprise ?
-
- Georges :
-
- "Elle était la même pour
Catherine et pour moi : le conseiller du Massachusset nous l'avait prédit. Sans
nous remettre fondamentalement en cause nous-mêmes, nos idées, nos désirs, nous
n'avions aucune chance d'être efficaces dans le sauvetage de Robert ... C'est
bien ce qui est arrivé et nous continuerons encore à nous modifier nous-mêmes en
fonction de notre but lointain. Les sacrifices financiers étaient grands, pour
chacun de nous deux. Mais les plus grands sacrifices que nous apportons sont
intérieurs, spirituels ... Mais nous avons eu le courage de cette opération
surtout parce que, sans nous, personne ne l'aurait tentée: il n'existe aucune
institution, officielle et efficace, pour aider les victimes des sectes et l'UNADFI ne reçoit pas beaucoup
d'aide publique !"
-
- Question :
-
- "Comment évolue la
situation entre Robert et vous ?"
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- Georges :
-
- "Il n'y a pas d'évolution
mais un statu quo. Robert est devenu chef de groupe, nous a-t-il écrit. Il
pilote la camionnette commerciale et dirige son équipe de vendeurs. Il tient
parole : il pense aux anniversaires fêtés dans la famille, il téléphone à
l'occasion, il écrit régulièrement à sa soeur. Il n'écrit pas à moi, qui lui
parais trop dangereux, impossible à convertir ! Dans l'ensemble je ne regrette
rien ... La voie tracée par nos Conseillers américains est la bonne, même si
elle est la plus longue ... Une nouvelle cependant : l'un des copains de Robert,
un garçon du midi de la France, est parti de son propre gré, il a quitté la
secte et est revenu en France. Mais on ne peut pas comparer le caractère de ce
garçon à celui de Robert".
-
- En attendant que robert
redevienne lucide, lui-même, et cesse et cesse de jouer au robot, ramasseur de
dollars pour un paranoïaque, catherine et Georges, sensibilisés aux problèmes
des victimes des gourous charlatans, gardent le contact avec l' UNADFIl et
offrent leur service à l'A.D.V.S. (association de défense des Victimes de setes
à Wissembourg)
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- Alertés par Madame
LASSERRE, Présidente de l'UNADFI, sur la probabilité de l'élection d'un député,
ouvertement mooniste, à la mairie de Lille, ils joignent à cette livraison une
copie de la mise en garde aux responsables politiques, rédigée par elle et à
faire parvenir aux candidats locaux dans toutes les régions du pays. Aucune
mention n'est accordée aux dangers des sectes envahissantes dans les programmes
électoraux.
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- Dans les ruelles des
intérêts personnels, on n'aperçoit pas l'ennemi qui se glisse dans la cité du
haut des remparts ! Nos secteurs piétonniers sont tellement importants : Moon
connaît notre myopie et nous piège d'autant plus facilement que nous sommes
aveugles aux vastes paysages religieux, où nous ne distinguons pas les gérants
des braconniers.
Roland
Huckel
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