| L'analyse du GROUPE
JAPONAIS MOON 1980-1988 nous aide à mieux comprendre les mécanismes cachés
de MANIPULATION ET
D'ESCROQUERIE que pratiquent les gourous abusifs sans scrupules.
L'observation
directe ne permet pas de les déceler : seul un travail patient de détective y
arrive. C'est ce qu'ont fait pour nous deux personnes. Un français vivant au
Japon, Pascal, correspondant de l'A.D.F.I., et Michiko, une
japonaise de 29 ans, fille d'un médecin d'Osaka.
- Au début de l'année 89,
Pascal a suggéré aux différents centres ADFI en France d'accueillir Michiko.
L'ADVS Wissembourg (Association de Défense des Victimes de Sectes) de son côté
l'a invitée du 14 au 19 juin.
-
- Les membres du comité se
sont fait un plaisir de montrer l'Alsace à cette institutrice sympa, qui voulait
aussi goûter choucroute et kougelhopf; elle, de son côté s'est prêtée de bonne
grâce au jeu des échanges d'informations. Pour comprendre ce qu'elle nous
révèle, écoutons d'abord Pascal : il commence par distinguer, comme
nous,
-
- A : danger minimal,
position modérée, ouverte, non piégeant
-
- B : danger croissant
d'extrémisme et d'enfermement
-
- C : danger maximal: le
fanatisme enferme les adhérents dans un cercle magique de pensées et de
sentiments et les piège.
-
- Pascal : "Pour le nombre
des adhérents de la secte au Japon, il faut voir trois choses :
-
- 1°) Les sympathisants, je
veux dire ceux qui font partie des associations (comme CAUSA, PWPA, World
anticommuniste league, et autres), ne croient pas que Moon est le Nouveau
Messie, mais ils se servent de lui et de ses pauvres jeunes, et surtout, ils
sont intéressés par l'argent de la secte. Ils sont à peu près 20 '000 dans tout
le Japon.
-
- 2°) La secte Moon, depuis
plusieurs années, a formé une organisation qui ne recrute qu'au sein des
Universités, qui se nomme en Japonais: Genri ken kyu kai ; on trouve ce groupe
à peu près dans toutes les grandes Universités. La secte se vante d'avoir un
nombre très impressionnant d'étudiants dans cette association. Mais en
réalité, ils ne sont pas plus de 3000 dans tout le Japon. C'est déjà bien de
trop. Les jeunes gens qui font partie de ce groupe sont peut-être les plus
fanatiques. Il est très difficile de parler avec eux. Ils voient le communisme
partout, et Satan aussi. C'est vraiment très triste, car ils sont généralement
très jeunes.
-
- 3º) La secte Moon, comme en
France, fait le recrutement directement dans la rue, sous forme
d'enquête.
- (ces questions, bien
étudiées pour obtenir les renseignements utiles pour accrocher la personne, se
trouvent sur une feuille séparée). Les jeunes qui sont recrutés par enquête
forment ce que j'appelle les gens des églises de la secte, c'est à dire ceux qui
ont fait voeu de vivre et mourir pour Moon. Ils sont entre 20'000 à 30'000 au
Japon. Ces chiffres datent du mois dernier. La secte annonce toujours des
chiffres impressionnants. Mais par les jeunes qui quittent la secte, nous
arrivons à savoir à peu près combien, en réalité, il y a d'adhérents, maintenant
au Japon."
- LE SECRET DES GOUROUS EXPLOITER L'ANGOISSE DES
GENS
-
- Le manipulateur d'âmes
possède l'art de détecter chaque petite faiblesse de ses victimes : chez les
japonais, il s'agit de la peur sur le sort des parents morts et de la peur de ne
pas être à la hauteur dans la compétition forcenée entraînée par
l'industrialisation (100 candidats dans les concours ouverts à 15 diplômes !)
Record de suicides des jeunes ! Moon a compris que les plus grandes fortunes se
font en exploitant systématiquement l'angoisse des gens. Car celle-ci augmente
les superstitions et le masochisme (le besoin de se sacrifier, de souffrir pour
assurer le bonheur lointain des autres).
-
- Mais le secret, cité plus
haut, ne suffit pas. A grande échelle, une escroquerie, à base financière
surtout, n'est efficace que systématiquement coordonnée.
-
- Pascal : "Pour en revenir
au problème de ces vases, au Japon, dans la secte Moon, l'enseignement pour
sauver l'âme de ses ancêtres est très important. Et c'est en toute bonne foi que
les jeunes moonistes achètent ces objets, à des prix incroyables. Les moonistes
ont dirigé aussi leurs ventes sur les personnes âgées et femmes au foyer. De
jeunes moonistes sont devenus de véritables spécialistes dans la vente de ces
objets. Ils suivent des stages spéciaux dans les centres moonistes, où ils sont
entraînés à la vente de ces objets. Généralement par deux, ils se présentent
chez un particulier.
-
- Ils n'indiquent jamais
qu'ils font partie de la secte Moon. Certains anciens moonistes ont expliqué ce
fait à la Télévision. Il faut dire que cela est bien recommandé par leurs chefs
: ne pas dire qu'ils sont moonistes, et, s'ils sont arrêtés par la police, ne
pas dire qu'ils travaillent pour la secte. Ils parlent souvent plusieurs heures
avec les personnes, surtout de religion, et particulièrement de l'âme des
défunts. Ensuite, ils les invitent pour le lendemain à leur centre, où commence
un véritable lavage de cerveau. Un témoin de 70 ans a raconté à la télévision
être resté plus de 18 heures dans un centre, sans pouvoir sortir, jusqu'à ce
qu'il signe le contrat d'achat. Les moonistes poussent le culot jusqu'à escorter
ces personnes à la banque pour toucher l'argent. Ce système a duré plusieurs
années.
-
- Mais, il y a deux ans, un
mooniste, Soejima, créateur du journal mooniste japonais Sekaï Nippon, chassé de
la secte à coups de poings et de bâton, a fait des révélations à ce sujet.
Ensuite, je dois dire que nous devons beaucoup à certains journalistes du
journal Asaï Shimbun, qui par leur courage, ont réussi à porter le problème
devant le grand public. Pour la première fois, il y a deux ans, ils ont expliqué
dans un grand article, comment fonctionnait ce trafic scandaleux."
-
- Voici les messages
principaux du témoignage personnel de Michiko, tels que Mlle V., interprète
officielle de japonais, nous les a traduits durant quatre heures devant deux
témoins. L'enregistrement peut être consulté au secrétariat de l'ADVS (J'ai dû
contracter le texte et le compléter par les confidences ultérieures de
Michiko).
- SOULAGER LA SOUFFRANCE PAR DES SACRIFICES ! (*)
-
- (AS = Association ADVS
MI = Michiko - Les prix ont convertis des yens en francs au cours été
1989).
-
- AS - Vous avez été mooniste
?
-
- MI - Oui, durant 15
mois, il y a de cela 3 ans. J'ai écrit un livre à ce sujet en collaboration avec
le Pasteur qui m'avait aidée à me libérer. Le voici ce livre, en japonais, non
traduit.
-
- AS - Comment êtes-vous
rentrée dans ce mouvement ?
-
- MI - J'étais
maîtresse d'Ecole Maternelle. Mais, durant mes études, qui ont duré jusqu'à mes
vingt ans, je suivais, par intérêt personnel, des cours bibliques à
l'Université, cela durant deux ans, à côté de mon travail. Ce qui m'y intriguait
surtout, c'était la Genèse.
-
- AS - Et pourquoi donc la
Genèse ?
-
- MI - A cause de
l'histoire de Caïn et d'Abel. L'offrande de Caïn n'avait pas été acceptée par
Dieu, mais celle d'Abel, oui. J'ai trouvé Dieu injuste et cela me bloquait
totalement. Je ne comprenais pas. La réponse de mes instructeurs, que les plans
de Dieu échappent à notre compréhension, ne me satisfaisait pas. On m'a dit
alors de prier pour recevoir la lumière. Mais je ne savais pas prier: cela me
donnait des soucis.
-
- AS - Quelle est la religion
de vos parents ?
-
- MI - Mes parents
sont shintoïstes (la traductrice dit "athées") comme tous les japonais
traditionnels, très respectueux des rituels. J'ai fait, à cette époque, un stage
dans des écoles maternelles protestantes ... J'étais aussi malade: un mal de
gorge me donnait des difficultés de parler; je me demandais si je pourrais
rester dans ma profession. J'en ai parlé à une amie du Lycée qui m'a invitée à
consulter quelqu'un ... J'allais de plus en plus mal: je l'ai suivie sans savoir
qu'elle était mooniste depuis l'âge de 17 ans ! Elle m'a conduite d'abord au
REIJO, dans un temple où l'on parle beaucoup de la généalogie, du culte des
ancêtres. On y insistait pour découvrir les ancêtres qui risquaient de rester en
enfer.
-
- Pour soulager leurs
souffrances, il fallait offrir des sacrifices, ce qui signifiait là-bas acheter
des vases sacrés. Prix moyen: 33 000 Fr. Hélas! moi, je n'avais pas les moyens
de payer un tel prix. J'ai pleuré. On m'a dit que tous mes problèmes de santé et
de métier seraient résolus par ce geste: ce sont mes sacrifices qui comptent,
non les sommes payées, ce qui donne la chance aux pauvres, auxquels le vase est
proposé à 33'000,-Fr alors qu'il est vendu aux riches jusqu'à 130'000,-Fr. C'est
ainsi que j'étais harcelée de questions de 19h jusqu'à 2h du matin : 7 heures
sans discontinuité. A cette heure, plus de bus. Je m'obstinais: je ne pouvais
rien dépenser. Je n'ai été libérée qu'après avoir accepté d'acheter des carottes
séchées: 14'000,-Fr pour 4 sachets d'une livre ensemble.
-
- Sur place je ne pouvais
régler que 150,-Fr. Mais le lendemain, je suis revenue donner encore 500,- Fr,
500,-Fr le mois suivant, etc ... Je n'ai reçu aucune quittance ... Pour trouver
une solution à ce nouveau problème -, car j'avais peur d'être la victime d'un
trafic - ma copine me suggéra de me rendre à la vidéothèque des moonistes pour
commencer à y étudier le livre "LES PRINCIPES DIVINS ". Cela se passait en
octobre..
-
- AS De quel trafic
aviez-vous donc peur d'être la victime ?
-
- MI - Je ne savais
pas encore en octobre de quoi j'avais peur exactement. J'ai pourtant hésité
jusqu'en janvier. Mes problèmes s'étaient empirés. J'allais donc à la
vidéothèque pour un stage appelé : "Trois jours". Là seulement j'ai compris que
j'étais dans le mouvement de Moon. J'étais enfermée avec d'autres, sans
possibilité de contact avec l'extérieur: nous ne dormions pas assez mais on
étudiait les Principes Divins du matin au soir. J'étais très émue par l'image
du
-
- Enfin, là j'ai compris que
Dieu n'est pas du tout d'accord que nous nous tuions entre frères comme Caïn et
Abel, qu'il est même très triste à cause de nos crimes. Mes doutes se sont
envolés. Le dogme de Dieu qui pleure m'avait séduite.
-
- AS - En aviez-vous parlé à
vos parents ?
-
- MI - Au contraire,
car après ces 3 jours on m'avait inscrite pour le stage dit des "Quatre jours".
Mais pour nous y préparer, on nous demandait de quitter auparavant à la fois
notre famille et notre métier. Il fallait à présent vivre seulement pour Moon, dans
une maison communautaire de la secte, et travailler pour lui, pour lui seul. On
nous conseillait de quitter progressivement la famille sans rupture brutale. La
maison de Moon se situait au milieu entre ma maison familiale et l'école où je
travaillais.
-
- J'ai commencé par
abandonner mon poste de travail. Aux questions inquiètes des parents, j'ai
répondu alors que je voulais devenir indépendante! Et j'allais dormir de moins
en moins chez eux. Finalement fin mars, je n'avais plus ni travail ni famille.
Mes parents m'avaient pourtant mise en garde contre les sectes: en avril, ils
ont été mis au courant de ma nouvelle vie chez Moon par des amis
communs.
-
- AS - Et votre santé,
allait-elle mieux ?
-
- MI - Oui, parce que
j'ai été opérée fin avril à la gorge. Je n'avais pas donné ma nouvelle adresse à
mes parents, je ne leur téléphonais plus non plus ...
- "JE SUIS LE "MESSIE DE LA FAMILLE" !
-
- AS - Mais, où avez-vous été
opérée, dans quelle clinique ?
-
- MI - J'ai subi mon
intervention chirurgicale dans l'hôpital que la secte mooniste possède au Japon:
on y est influencé par, le climat d'enthousiasme général qui y règne, on n'y
résiste pas. Après ma guérison, j'ai été invitée à suivre le stage dit des "Sept
jours" et cela' au niveau national. J'y ai participé et y ai rencontré des
ouvriers, des infirmières, des étudiants, etc ... E puis c'est moi-même qui
insistais pour avoir le droit de travailler à présent pour Moon. J'ai accepté le
principe que l'activité économique prime actuellement et hâte l'arrivée du
paradis terrestre: il fallait gagner de l'argent d'abord si l'on voulait gagner
le ciel plus tard.
-
- J'avais, je l'avoue, une
tendance à accepter la souffrance et l'effort : j'étais ascétique. J'allais
jusqu'à couper tous les ponts avec mes amis ... Mais je me rendais compte aussi
que j'étais devenue très nerveuse, très instable, très déséquilibrée même.
Depuis que je m'étais coupée de tout mon entourage habituel, j'avais perdu toute
sérénité. Et puis à force d'être triste avec Dieu, une personnalité nouvelle et
étrangère s'était installée en moi: je devenais lentement
schizophrène.
-
- AS - Vos parents ont dû
remarquer cela ?
-
- MI - C'est qu'ils ne
me voyaient plus. Cependant cela a changé quand mon père a eu un accident, une
fracture de la jambe. Quelqu'un devait s'occuper de lui. J'ai demandé
l'autorisation et celle-ci m'a été accordée. Je retrouvais alors des amis non
moonistes mais je n'écoutais pas leurs objections: je m'enfermais en moi-même en
me disant que c'était mon problème, qu'eux ne comprenaient pas. J'étais devenue
mooniste parce que je pensais ainsi sauver mes parents : c'est que tous les
parents déviés (= non moonistes) à leur mort, vont aux enfers. Pour éviter cette
catastrophe, quelqu'un doit être le "MESSIE DE LA FAMILLE".
- Même si les parents le
contestent, plus tard, dans 3 ans, ils comprendront. J'étais convaincue de
cela.
-
- AS - Etes-vous restée dans
la famille alors ?
-
- MI - Dès la guérison
de mon père, je devais et voulais retourner dans la communauté mooniste et j'y
étais très active. Un jour, on m'a demandé de faire venir ma petite soeur: il
s'agissait de la convertir. Je l'ai effectivement amenée au centre vidéo mais
cela ne m'a pas réussi à la gagner à ma cause.
-
- AS - Vous dites vous étiez
très active. Cela veut que dire quoi ?
-
- MI - J'ai été
chargée de vendre des tampons en ivoire, des cachets au design personnalisé. La
grande mode au Japon à cette époque ! Je faisais du porte à porte. Sans succès.
Chaque soir il fallait faire un compte-rendu au chef de vente de la communauté.
Le plus inquiétant : ceux qui n'avaient pas réussi à assurer leur rendement, le
quotum précis, devaient repartir après le dîner et vendre n'importe quoi dans
les bars encore ouverts !
-
- Parfois, mais rarement,
j'arrivais à vendre une petite pagode en marbre, une pagode sacrée, dont je
montrais le catalogue aux gens (rose, blanche ou grise). Vendre un objet sacré à
une personne, c'est devenir le "PARENT DE L'AME SAUVEE". Quel bonheur pour moi
de pouvoir jouer ce rôle' de sauveur d'âmes !
-
- AS - Que coûtaient les
fameux cachets en ivoire par exemple ?
-
- MI - Suivant le
modèle, entre 5'000 et 10'000,-Fr cela dépendait des inscriptions, aussi du
nombre d'idéogrammes, de lettres. Comme mes résultats de vente étaient
médiocres, j'ai été envoyée à un stage "d'un mois", dit de "spécialiste des
activités économiques" et cela dans une ville lointaine. Deux heures de train!
J'étais au milieu de 30 participants: nous apprenions à rédiger une fiche très
précise sur chaque client. Moyenne: 100 visites porte à porte à faire chaque
jour avec liste précise. Sur cette liste figuraient à l'avance les problèmes des
gens: parents malades, couples sans enfants, enfants infirmes, etc...
-
- Ces clients achetaient plus
facilement nos pagodes ou cachets. Nous avions avant tout le désir de consoler:
Dieu pleure mais on peut y remédier... Bien entendu, la rivalité régnait entre
vendeurs, qui signalaient les mauvais résultats des concurrents, leurs fautes.
On se culpabilisait. Bref, comme nous ne vendions qu'à 3 des 100 clients visités
chaque jour, c'était épuisant : il fallait courir, courir toujours plus vite ...
entre 11h et 19h du soir. Et chacun devait à la fin du mois avoir atteint son
quotum et avoir rapporté au moins 43'000,-Fr en chiffre d'affaires. Comme
j'avais lors du stage d'initiation, été déclarée la meilleure vendeuse, j'avais
à conserver mon prestige. Très dur. Les mauvais vendeurs, dans l'intérêt de
tous, étaient affectés au ménage de la maison, au nettoyage: c'était pour nous
une vraie punition.
-
- AS - Mais comment
faisiez-vous pour tenir le coup ?
-
- MI - Je n'ai pas
toujours tenu le coup: je dormais mal et tout à coup, je suis tombée malade.
J'ai dû arrêter mon travail durant 3 jours. On m'a demandé pe rattraper le
chiffre d'affaires perdu en travaillant encore plus les jours suivants! J'avais
une dette à payer envers la communauté! Pour gagner davantage je ressortais le
soir vendre du poisson séché. Dur! Durant 6 mois, c'est à peine si nous nous
sommes donné le temps de manger.
-
- AS - Mais où logiez vous
alors?
-
- MI - Six mois par
année, nous vivions à 7 dans un mini bus, serrés la nuit comme des sardines.
Voyage dans tous les sens à travers le Japon. Chaque matin, il fallait annoncer
son objectif pour la journée: tant et tant de francs à rapporter. Gare à celui
qui n'y arrivait pas! Les moonistes japonais, je vous le signale, sont plus
zélés, plus fanatiques peut-on dire, que les moonistes américains.
-
- AS - Quel a été à ce sujet
votre plus grand succès?
-
- MI - J'ai réussi à
vendre une pagode sacrée à 240'000,-Fr à une femme mariée. Son malheur ? pas
d'enfant! Mon exploit consistait à lui vendre cette pagode sans la lui livrer.
Oui. Sans la lui livrer. Elle savait où se trouvait sa pagode et recevait à
intervalles réguliers le droit de la voir quelques minutes. J'ai réussi à lui
expliquer que pour l'équilibre général de son milieu, il valait mieux la laisser
au temple: elle en était soulagée. Le chef m'a félicitée !
-
- AS - Bravo! Si j'étais
industriel, je vous embaucherais sur le champ pour la
représentation.
-
- MI -Plusieurs de mes
amis ont réussi de tels exploits
- "A LA VIOLENCE PIÉGEANTE DE MOON, LES PARENTS RÉPONDENT
-
PAR LEUR VIOLENCE LIBÉRATRICE
-
- AS - Comment êtes-vous
sortie du groupe Moon, Michiko ?
-
- MI - J'y avais vécu
un an et six mois quand mon dû suivre une cure dans une ville où je me trouvais.
Je l'ai appris par lettre : j'ai immédiatement demandé à mon responsable la
permission d'aller voir mon père. Comme j'étais la meilleure dans la vente, je
suppose qu'à cause de cela il m'a donné l'autorisation de m'y rendre seule. Il
m'a posé une condition : que mon père fasse un achat de 8'400,-Fr. Il m'a donné
2'000,-Fr pour lui offrir un cadeau et pour couvrir mes frais
éventuels.
-
- Après avoir discuté avec
mon père, je voyais arriver des cousins et des oncles, en nombre toujours plus
grand, très gentils et souriants. Ils m'entouraient joyeusement : tout à coup,
je me sentais bousculée, pressée en avant dans les escaliers, dans le couloir:
et finalement,malgré mes gesticulations et mes cris, dans un taxi qui démarra
aussitôt. J'étais furieuse mais l'auto roulait vite, longtemps. Jusqu'à Osaka,
ma ville natale : mes accompagnateurs ne me lâchaient pas une
minute.
-
- AS - Etiez-vous surprise
par cette manoeuvre ?
-
- MI - Non, pas tout à
fait, mes parents ne lâchaient pas vite prise quand ils voulaient quelque chose.
Je m'y attendais et on nous préparait à réagir au kidnapping. Celui-ci, s'il
réussit, nous rend fous pour toute la vie et très malheureux! Aussi dans cette
éventualité, je tenais caché dans les replis de ma robe un billet de 50,-Fr pour
me faciliter la fuite en cas de coup de force de mes parents. Mais cette
précaution ne m'a servi à rien; je me retrouvais enfermée dans une pièce d'un
temple protestant dont les portes et les fenêtres étaient bien fermées!
J'enrageais, je boudais, je trépignais... puis, résignée, je restais couchée.
-
- Tout à coup un monsieur
très digne apparut : il se dit pasteur, il a déjà par ce procédé fait sortir
plus de cent jeunes de la secte Moon. J'étais la 153ème sur son tableau. Et
aussitôt il me donna une Bible et m'invita à la lire ... Il revint ainsi le
lendemain et chaque jour, parfois plusieurs fois mais je restais enfermée et
muette. Et , puis un jour il parla de la brebis égarée : j'avais moi-même jadis
raconté cette parabole à ma petite soeur. J'étais émue: je me mis à répondre au
Pasteur T. mais surtout pour lui dire que je ne quitterai pas Moon. Parfois, je
regardais la liste des clients que j'aurais dû avoir visités !
-
- AS - Et quel rôle jouaient
vos parents dans toute cette opération ?
-
- MI - Ils
m'apportaient à manger et s'occupaient de mon linge: ils venaient surtout
discuter avec moi pour mesurer mon évolution, et aider les efforts du Pasteur T.
Mon père se mit souvent à pleurer, ma mère encore plus: j'avais le coeur gros
mais je disais en moi: il faut que tu leur résistes ! Je voulais téléphoner à
mes amis moonistes mais le Pasteur T s'y opposait. Parfois tous étaient très
excités : un jour, ma mère a levé la main, elle a failli me battre. J'ai
protesté contre ma séquestration : c'est bien pour sauver mes parents, malgré
eux, que j'avais accepté de souffrir et de travailler. Pour me comprendre, ma
mère est même allée au centre vidéo des moonistes : au retour elle m'a dit
sèchement: ce n'est pas un endroit pour toi !
-
- AS - Mais combien de jours
êtes-vous restée enfermée dans le temple ?
-
- MI - Dix jours ...
Ce qui a été décisif pour moi, c'est d'abord la révélation que m'avait donnée le
rappel de la parabole de la brebis égarée: Dieu qui me paraissait injuste envers
Caïn, n'est pas si injuste que cela puisqu'il est capable d'oublier la masse, le
troupeau entier, en faveur d'une petite bête perdue, d'une petite âme comme la
mienne. C'était là le premier choc. Le deu~ième choc vint le jour où le Pasteur
T me lit un passage (3) de l'Epître de Paul à Tite! " ... nous aussi nous étions
insensés, désobéissants, etc ... Mais lorsque la bonté de Dieu notre Sauveur et
son amour pour les hommes ont été manifestés, il nous a sauvés, non à cause des
oeuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le
bain de la régénération et le renouvellement du Saint Esprit ..." Chacun a donc
ses chances: le Dieu chrétien ne me paraissait plus injuste du tout. Au
contraire: Il est le -Sauveur et pour chacun de nous. Cela changeait
tout.
- SECRET UNIVERSEL DES GOUROUS ESCROCS :
- EMPÊCHER LES DISCIPLES
DE RÉFLECHIR PAR EUX-MÊMES
-
- AS - Au fond ces 2 chocs
vous ont enfin de nouveau permis de pense rpar vous-mêmes.
-
- MI - C'est
exactement cela. C'est ce qui m'a permis tout lentement de découvrir tous les
mensonges de Moon, que me révélait avec précision le Pasteur T. Celui-ci
connaissait à la lettre les Principes Divins qu'il avait lus dix fois. A la fin,
j'ai déclaré avoir compris mon erreur et vouloir reprendre ma vie en famille et
dans mon métier. C'était un jour de fête pour mes parents: ils sont venùs me
chercher au temple en pleurant de joie.
-
- AS - Depuis cette
faites-vous ?
-
- MI - De fait,
époque, cela fait trois ans, que je ne suis pas retournée à l'école comme
institutrice. Mon souci, c'était de libérer des griffes de Moon les copines que
j'y avais entraînées de par ma faute. Mais cela, c'est un autre roman! Cela m'a
mise en contact avec un avocat qui était submergé de plaintes des victimes de la
secte Moon : des clients qui n'allaient pas mieux avec leur pagode dans
l'appartement et qui ont compris la supercherie.
-
- Des milliers de procès
étaient en préparation. Cet avocat a formé un collectif de 300 de ses collègues
de toutes les provinces du Japon pour mener son action. A cet effet, il m'a
demandé de l'aider dans sa tâche : je suis devenue la secrétaire, spécialiste de
la secte Moon, dans le cabinet de cet avocat.
-
- AS - Est-ce que ce ne sont
pas les français, victimes de Moon, qui auraient plutôt à aller au Japon pour y
apprendre comment lutter contre cette hydre ?
-
- MI - Il m'est
difficile de répondre: les mouvements qui aident les victimes de Moon, comme le
vôtre en Alsace, font beaucoup mais ne disposent que de pauvres moyens
financiers. La situation est différente chez nous: on ne peut pas
comparer.
-
- AS - A ce propos, je trouve
que nous avo~s parlé beaucoup d'argent au lieu de parler de religion à propos de
Moon.
-
- MI - Ce n'est pas un
hasard. Les moonistes sont harcelés du matin au soir par ce problème : rapporter
beaucoup de sous ! Imaginez-vous que nous touchions 500,-Fr par mois pour nos
frais d'entretien personnels et 25,-Fr par jour pour notre alimentation. Mais
chacun de nous ràpportait 43'000,-Fr en moyenne à la communauté chaque mois. Et
pasde couverture sociale : ceux qui ne peuvent plus travailler ou qui tombent
gravement malades sont simplement renvoyés à leurs familles. Dieu est fatigué
et, pour l'aider, il faut des hommes forts et sains, nous
disait-on.
-
- AS - Donc pas question de
faire des économies pour les moonistes !
-
- MI - Vous voulez
rire ! Je ne pouvais même pas m'acheter un journal, je ne parle pas des livres
que j'aurais voulu acquérir !
-
- AS - Et vos distractions:
cinéma, télé, radio, sport,promenade, visite ...?
-
- MI - Vous n'y êtes
pas: des loisirs ? Cela n'existe pas dans la secte Moon : ce serait perdre de
l'argent, donc mauvais. Celui qui cherchait des distractions était sur le point
de céder à Satan: il fallait l'aider à s'en libérer, le remettre au travail
rémunérateur !
-
- AS - Une obsession donc
!
-
- MI - Si vous voulez.
Mais nous étions fiers de lire les bilans triomphants sur le plan national. On y
parle en milliards de francs, oui, pour tout le Japon en une année. Le
Consummers Center qui accueille les plaignants à Tokyo dispose de chiffres qui
font rêver. Exemple: les 20 000 victimes de Moon qui ont consulté ce centre, les
clients, acheteurs de pagodes ou de cachets, etc... ont en 7 années versé un
total se montant à 21 milliards de francs ! Qui dit mieux ?
-
- AS - J'ai de la peine à
croire. Ce sont des chiffres de budget d'Etat !
-
- MI - Je me souviens
d'un fait: en 1988, environ 6 000 victimes ont porté plainte contre Moon, auquel
ils avaient versé plus de 700 millions de francs, à eux seuls en un an ! Voilà
pourquoi une LAWYERS CONNECTION SOCIETY a été fondée et regroupe, comme je l'ai
dit, au moins 300 avocats à travers tout le pays : ceux-ci examinent environ
15'000 plaintes à propos de ventes faites de 1980 à 1987.
-
- AS - Ces chiffres me
donnent le vertige j'ose à peine les répéter !
-
- MI - Répétez les: ce
sont des faits vérifiables dans les comptabilités. Ces faits d'ailleurs ont
obligé Moon à renoncer à la vente des vases et pagodes sacrés: en ce moment on
vend surtout des tampons en ivoire. A tel point qu'on peut dire que Moon
est le meilleur allié des tueurs d'éléphants ! Un éléphant qui pleure, cela ne
fait pas le poids à l'idée que Dieu pleure !
-
- AS - Dernière question : je
reviens à ce que vous disiez en début à propos de Caïn et d'Abel; qu'en
- pensez-vous à présent
?
-
- MI - Je ne peux pas
en parler aussi bien que T. avec lequel j'en ai discuté des jours entiers. Je
préfère ne pas répondre maintenant à cette question trop difficile pour moi.
Disons que je suis très près de la position protestante.
-
- Entre temps, Pascal nous a
appris que Dieu n'est pas seul à être fatigué : Moon l'est aussi à présent au
plus haut point.
-
- CONSTRUIRE LA DÉMOCRATIE A L'AIDE DE L'ANTI DÉMOCRATIE ! (*)
-
- Michiko est repartie au
Japon. L'une de ses remarques me hante : le conflit Caïn et Abel, sa pierre
d'achoppement ! Je constate que ce meurtre du frère ou plutôt l'idée que nous
nous en faisons dans notre problématique du mal, est l'une des clés bibliques du
phénomène des institutions dans l'histoire du monde. Chaque système, politique
ou religieux, apporte sa solution à ce terrible et éternel problème de la
victime émissaire (voir La méconnaissance
victimaire) (Un texte de
Roland Huckel, ndlr).
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- Les solutions les plus
extrémistes, précisément, caractérisent les mouvements sectaires et leurs
promesses folles de rétablir enfin et rapidement la paix dans le monde, l'unité
des religions, le bonheur pour tous : il suffit de les suivre, et surtout de les
financer ! Regardez l'exemple mooniste.
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- Dans les PRINCIPES DIVINS
(p. 273 à 278) distingue deux façons de raisonner; la façon de Caïn (Descartes,
Marx ... le monde communiste d'aujourd'hui) et la façon ABEL (Kant, Swedenborg
... le monde démocratique d'aujourd'hui).
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- Il voit aussi deux
démocraties, l'une de type Révolution Française (Caïn), l'autre de type
Puritains Américains (Abel). Cela c'est la belle théorie ! Dans les faits vécus
par Michiko par contre, c'est bien le type CAIN qui prédomine avec ses méthodes
très victimaires, intolérantes à toute non conformité et à toute faiblesse,
fermées à tout dialogue.
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- Constante de tout
totalitarisme : une énorme distorsion entre les discours officiels (langue de
bois) et les réalités vécues! C'est l'indice d'un vaste piégeage mental, bien
organisé! Ge que Moon reproche aux communistes de faire, il le fait encore bien
mieux. Il n'y a pas une trace de "démocratie Abel" dans le monde mooniste, il
n'y a qu'un gigantesque despotisme asiatique. C'est la leçon à tirer des
témoignages des rescapés qui se recoupent tous sur ce point; On y construit la
démocratie à l'aide de l'anti-démocratie ! C'est vouloir purifier l'air du pays
en le polluant encore plus.
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- Attention : nous ne pouvons
pas appliquer en France le modèle japonais de réactions au moonisme. Le
kidnapping et la séquestration sont réprimés par la loi. La charte de l'ADVS
exclut cette technique de déprogrammation brutale. Tant que les législateurs
européens ne proposent pas de nouvelles voies de règlement aux familles
sinistrées par un culte extrémiste, celles-ci seront tentées par la méthode
musclée: un cas récent le montre (en Tessin).
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- Nos conclusions
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- Les méthodes secrètes mais
réelles, du moonisme sont celles de la plupart des grands cultes destructeurs:
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- la rapacité financière
éhontée
- l'exploitation
systématique de l'angoisse des gens
- les astuces commerciales en
termes mystiques ("je suis le messie de ma famille", "gagner de l'argent, c'est
gagner le paradis")
- l'effraction de l'intimité
des candidats, puis le viol de leurs consciences
- la sur-mobilisation des
disciples, qui les empêche de réfléchir par eux-mêmes !
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- Ces méthodes sont indignes
: c'est elles que nous dénonçons, parce qu'eiles produisent plus de victimes que
de bénéficiaires. Le cas Michiko, c'est le cas de toutes les victimes de
sectes.
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- Roland Huckel , novembre
1989
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- (*) 2 titres ajoutés par
info-sectes au
document original (ndlr)
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