Témoignage - Témoins de Jéhovah

«Ma mère est Témoin de Jéhovah»

fillescool.com/ Avril 2007 par Vivianne Lapointe
[Texte intégral]

C’est à 6 ans que Marie, aujourd’hui âgée de 24 ans, est devenue Témoin de Jéhovah, et ce, bien malgré elle. Interdit désormais de fêter Noël, l’Halloween et même de célébrer les anniversaires de naissance en famille. Pendant ses moments libres, Marie faisait du porte-à-porte. Son adolescence en a été bouleversée.

Marie, comment ta famille est-elle devenue Témoin de Jéhovah ?

Alors que ma mère faisait du lavage à la buanderie de notre immeuble d’habitation, ça a sonné à la porte. Je suis allée répondre: il y avait deux dames qui voulaient parler à ma mère. Puisqu’elle n’était pas là, elles m’ont dit qu’elles allaient revenir, mais j’ai insisté pour aller la chercher. Elle a donc fait leur connaissance. Les dames lui ont donné des livres; elle les a pris pour mon père, qui adore lire et apprendre. Finalement, c’est elle qui les a lus; elle a trouvé ça super intéressant. Petit à petit, elle a commencé à croire à toutes leurs histoires et à vouloir nous endoctriner.

Quelles différences ça a-t-il fait dans ton quotidien ?

Un an plus tard, on ne fêtait plus rien : ni Noël, ni l’Halloween, ni Pâques, ni même les anniversaires de naissance. On devait faire du porte-à-porte. Tout avait changé.

As-tu souffert de la discipline qui t’était imposée ?

Je n’étais quand même pas une enfant battue ! Ma mère m’aime de tout son cœur et elle était convaincue qu'elle faisait tout ça pour mon bien. Mais c’était vraiment dur, surtout à l’adolescence. C’est difficile d’être différente et de faire rire de soi par les gens qui ne comprennent rien à ce que tu vis.

Être Témoin de Jéhovah, en quoi ça consiste exactement ?

Être TJ exige beaucoup de travail. Il y a trois réunions par semaine, pour lesquelles il faut être préparé. Des discours sont prononcés concernant certains extraits tirés des brochures, des livres ou de la Bible. Il faut donc lire ceux-ci et répondre à des questions pour pouvoir participer durant les réunions. En plus, il est fortement conseillé de faire du porte-à-porte au moins une fois par semaine, pendant environ deux heures. Et comme j’allais à l’école, j’avais pas mal de choses à faire ...

Qu’est-ce qui t’était interdit ?

Je n’avais pas le droit de fréquenter mes amis de l’école. Je ne pouvais pas porter de vêtements trop sexy (minijupes, hauts décolletés, talons aiguilles, etc.). Je n’avais pas le droit d’avoir un chum ni de relations sexuelles avant le mariage ... Drogue, alcool et toute forme de fête étaient évidemment proscrits. Ma mère était très sévère : la plupart du temps, je ne pouvais pas sortir les soirs de semaine et parfois même les fins de semaine si je n’avais pas terminé de préparer mes réunions de TJ. Je n’ai pas pu faire partie de l’équipe de basketball au secondaire, puisque la compétition est mal vue aux yeux des TJ.

Quand et comment as-tu commencé à renier les croyances de ta mère ?

Tout d’abord, je mentais à ma mère pour pouvoir voir mes amis de l’école. À 10 ans, j’ai commencé à fumer la cigarette en cachette. Très jeune, je me suis mise à fumer du pot et à prendre des drogues dures. À 16 ans, j’ai fait une fugue en Colombie-Britannique avec mon chum, puisque ma mère n’acceptait pas que je ne veuille plus faire partie des TJ et qu’elle s’opposait à ma relation avec mon copain.

Les rapports avec ta mère se sont donc détériorés d’année en année ?

Ç'a été l’enfer jusqu’à ce que je parte de chez moi. C’était engueulades sur engueulades. On se battait même, parfois, et je lui disais constamment que je la haïssais. Bien sûr, je vivais mon adolescence en même temps, alors je n’attribue pas tous les problèmes entre ma mère et moi à ses croyances. Mais disons que le fait qu’elle avait des idées bien arrêtées n’aidait pas. Ce n’était vraiment pas drôle ! Elle a arrêté de me parler pendant deux ans, à partir du moment où j’ai emménagé en appartement avec mon chum à 16 ans, en revenant de ma fugue. Mais, tranquillement, ça s’est réglé. J’ai fait de gros efforts pour qu’on soit capables de se reparler sans crier. J’ai réalisé qu’elle faisait tout ça pour mon bien, même si ce n’était pas néces- sairement la meilleure façon de s’y prendre avec moi. Heureusement, elle s’est rendu compte qu’elle avait été un peu trop stricte et, surtout, qu’elle n’avait pas été assez attentive à mes besoins. Aujourd’hui, on s'entend assez bien.

Est-elle encore Témoin de Jéhovah ?

Oui, plus que jamais. Elle est à cheval sur ses principes. Je les trouve souvent ridicules, mais je respecte ma mère et je l’aime parce que c’est une bonne personne.

Est-ce que ton père est Témoin de Jéhovah lui aussi ?

Non, mais il a toujours respecté ma mère. Il l’aime beaucoup et, parfois, pour lui faire plaisir, il va à ses réunions. Par contre, il ne s’est jamais fait baptiser en tant que Témoin de Jéhovah. Quand quelqu’un se fait baptiser, il devient un vrai TJ. Tous ceux qui adhèrent aux croyances des TJ aspirent à ça.

Comment tes frères et tes sœurs ont-il vécu leur adolescence ?

Ils ont trouvé ça difficile, principalement à cause de mon départ précipité de la maison. C’était très explosif, et ça les a profondément touchés. Je crois que je leur manquais. Ils ne voulaient certainement pas faire comme moi, alors ils se sont impliqués davantage. Finalement, ils sont arrivés à la même conclusion : les Témoins de Jéhovah, ce n’était pas pour eux. À partir de ce moment, ma mère a été plus gentille et moins sévère avec nous. Elle n’avait pas la force de «se battre» contre ses trois enfants.

As-tu des regrets ?

Aucun, à part d’avoir fait souffrir mon père dans tout ça. Il ne le méritait vraiment pas.

Y a-t-il quand même des aspects positifs dans ce mouvement?

Les TJ ont de très bonnes valeurs morales, par exemple aimer son prochain et développer sa personnalité afin de devenir une meilleure personne. J’ai également appris à être organisée et à travailler fort, puisque j’ai toujours été pas mal occupée avec les activités des TJ et l’école.

Quels en sont les aspects négatifs ?

On n’a pas le droit d’être avec des gens qui ne sont pas des TJ, ce qui fait que certaines personnes sont très mal intégrées socialement. De plus, on n’encourage pas les jeunes à faire des études supérieures, puisqu’ils doivent se consacrer à 100 % au mouvement et au porte-à-porte.

Aujourd’hui, es-tu croyante ?

Non, je suis athée. Je préfère croire à la vie. J’essaie de mettre en pratique les valeurs qu’on m’a transmises. Je suis ouverte d’esprit et j’essaie de comprendre ce qui m’arrive. Avant de juger un mode de vie, j’en évalue les aspects positifs et négatifs.

 

Index témoignages d'ex-témoins de Jéhovah

 

"Sectes: enfants sous emprise"

Résumé du reportages intitulés "Sectes : enfants sous emprise"  diffusé le lundi 8 octobre 2007 à 20h50 par info canal +  

Transcription intégrale : voir ICI

Ce reportage parle des enfants qui ont quittés Tabitha's Place ainsi que des affaires de pédophilie emmergeant de plus en plus au sein des Témoins de Jéhovah.

Résumé :

Source : http://unelueur.org

Un ancien TJ qui a grandi dans une famille TJ a expliqué qu'il n'avait pas eu l'impression d'avoir vécu une enfance normale, notamment par rapport au décalage avec ses camarades et au rythme des activités imposées par la WT. Il a déclaré que ses parents n'avaient pas accordé une grande attention à son parcours scolaire et préféraient s'intéresser à ses progrès spirituels. Ses parents, filmés tout en ayant le visage masqué, ont déclaré qu'ils avaient le sentiment d'avoir élevé leur enfant convenablement et ne regrettaient rien. Avec leur fils, ils ne s'étaient pas revu depuis 15 ans.

Puis deux jeunes femmes ont expliqué qu'elles ont été violées au sein de l'organisation, et que dans les deux cas, elles devaient se taire. La première avait été placée dans une famille d'accueil TJ où le père a abusé d'elle pendant des années à partir de l'âge de 5 ans. Elle en a parlé aux anciens, mais l'accusé a tout nié, et donc l'affaire a été classée sans suite. Un ancien ayant participé au comité dans cette affaire a refusé catégoriquement de parler devant la caméra. Finalement, au bout de nombreuses années, cette fille devenue femme, a quitté les TJ et a voulu porter plainte ; son père adoptif est passé aux aveux et a alors reconnu une grande partie des accusations portées contre lui. Malheureusement, les faits étaient prescrits. Aussi, la jeune femme a porté plainte contre l'Etat qui l'a placé dans cette famille et a obtenu 22'000 euros de dommages et intérêts au motif de manque de contrôle durant son placement. (! Comment l'Etat aurait pu savoir que cette homme allait violer la fillette ? Par contre, la WT s'en sort sans problèmes...)

Une autre femme a subi des sévices sexuels durant son enfance (entre 8 et 12 ans) par ses frères. Elle raconte qu'elle a voulu se suicider à cause de tout cela. Les anciens, avertis de la situation, ont organisé une confrontation, en demandant à la femme alors mineure de pardonner à ses agresseurs et de se taire. Ils lui ont fait comprendre que l'image de l'organisation était plus importante que les dommages qu'elle a pu subir. Ironiquement, cette femme a été plus tard exclue car elle a eu une relation sexuelle avec un homme avant de se marier, tandis que ses frères n'ont jamais été exclus.

Puis Alain Berrou a expliqué que la procédure en cas d'abus sexuel sur mineur n'était pas définie de manière dactylographiée dans le livre destiné aux anciens Prenez garde à vous-même et à tout le troupeau, mais que chaque surveillant devait écrire dans les marges du livre au mot à mot les recommandations de l'orga- nisation lors de réunions destinées aux anciens. Il dit qu'on a fait pression sur lui à de nombreuses reprises pour que, lors de son retrait de l'organisation, il rende ce livre, devenu forcément bien gênant. Il était préconisé en premier de contacter le service juridique interne, puis de mener une enquête et éventuel- lement de former un comité judiciaire. Il fallait se retrancher derrière le secret confessionnel. En finalité, les anciens jugeraient la situation en prenant en compte les intérêts de l'organisation.

Bill Bowen, fondateur de "Silentlambs", a enregistré une conversation avec le siège de la Watchtower, qui recommandait de ne pas alerter la police en cas de pédophilie sans preuves et de "laisser l'affaire dans les mains de Jéhovah". Il a déclaré que son association "Silentlambs" a reçu 7'000 signalements d'actes pédophiles lors des sept dernières années, et que 300 d'entre eux ont été ensuite rapportés à la police.

Une marche de protestation à Brooklyn contre la politique de la WT en matière de pédophilie a été montrée. On voit également des documents internes destinés exclusivement aux anciens. Bowen a ensuite expliqué qu'un mois auparavant, des négociations à l'amiable avaient été conclues entre la Société Watchtower et 16 victimes qui avaient ainsi été indemnisées, et auxquelles le mouvement demandait de se taire et d'abandonner les poursuites. A Brooklyn, aucun membre du Collège Central n'a voulu rencontrer les journalistes, mais une femme chargée de la communication des TJ a affirmé qu'il y a eu seulement 30 cas de pédophilie connus dans l'organisation.

Bien sûr, les présentateurs ont déclaré que les instances TJ leur ont adressé un courrier disant que le reportage était mensonger et calomniateur.

Deux membres TJ de ma famille ont vu ce reportage et ont été ébranlé par celui-ci, tandis qu'un autre a dit que ce sont des "calomnies"...

 Transcription de l'émission "Enfants sous emprise" (Canal+ - 8 octobre 2007)