Témoins de Jéhovah

Témoignage d'un ex-témoin de Jéhovah "Je ne valais plus grand chose pour l’organisation" (forum primovere - 10 avril 2007)

Témoignage d'un ex-témoin de Jéhovah

Source: http://forum.primovivere.org/viewtopic.php?t=503
[Texte intégral]

Avant les Témoins de Jéhovah ma vie n’était pas parfaite, j’avais mes déboires comme tout le monde. Mais ce que je m’apprête, à vous raconter, je vous assure que ça n’a rien à voir avec les problèmes de monsieur et madame tout le monde.

L’histoire que je vais vous raconter, c’est la mienne. Je ne l’ai jamais racontée à personne parce que je ne suis pas sûr de bien la comprendre, un peu comme on se figure difficilement ce qui est arrivé pendant un «black-out». Si je la raconte aujourd’hui, ce n’est pas parce que j’en suis fier, en fait, je ferais n’importe quoi pour l’oublier. Alors pourquoi je le fais, tout simplement pour fournir un sujet de réflexion, à ceux et celles qui envisagent d’être témoins, à ceux et celles qui le sont et s’interrogent, et aux autres qui comme moi, vivent les répercussions d’un séjour prolongé dans l’organisation. J’ai écris cette lettre sans aucune prétention, si vous y relevez des aberra- tions, alors dites-vous que la vie de Témoin de Jéhovah c’est aussi cela.

En 1983 j’avais trente ans, à la suite d’une rupture, je ressentais un grand vide, quoi de plus normal, Alors au prochain passage des Témoins de Jéhovah j’ai accepté une étude biblique. Une année plus tard, après avoir renié ma famille et mes amis j’étais baptisé, j’avais une fille de quatre ans à l’époque, Maude que je visitais assidûment une fin de semaine sur deux. Alors conformément aux directives de l’organisation, j’ai utilisé mes droits de visites, pour l’intégrer à ma vie de témoin, c’est-à-dire, études bibliques adaptées pour enfant, réunions à la salle du Royaume, et plus tard le porte à porte.

Tout ceci s’est produit sans la bénédiction de sa mère, en fait la tension s’est élevée considérablement entre elle et moi, à quelques reprises il a fallu recourir aux services d’un avocat pour régler certaines questions. Entre autres, j’ai tout fait pour obtenir la garde de l’enfant, et je l’ai obtenue, tout ça parce que j’aimais ma fille, et que je voulais à tout prix, la sortir, des griffes du «monde». Cette situation tendue a persisté jusqu’à ce que Maude ait atteint l’âge de seize ans. Aujourd’hui, ma fille a vingt ans et ne manifeste pas un enthousiasme débordant, pour ce qui est de garder le contact avec moi. Que voulez-vous que je fasse ? Ce n’est pas parce que je comprends et respecte ses sentiments que ça ne me fait pas mal, après tout, qui avait tord dans cette affaire ?

Toute ma famille victime d'exclusion

Un peu plus d’un an après mon baptême, j’ai épousé Denise, elle avait deux enfants à la maison, suffisamment zélée pour avoir mené une bonne douzaine d’études bibliques à destination, et comme j’avais moi-même un enfant, j’ai pensé que c’était une bonne chose. Mais les enfants ont grandi, et les problèmes aussi. Sa fille, l’aînée, qui servait à plein temps, abandonna son service, et fut quelque temps plus tard exclue parce qu’elle fréquentait un garçon du «monde». Son garçon, le plus vieux, a présenté des troubles de comportement propre à l'adolescence, et il fut lui aussi exclu.

C’en était trop pour Denise, quelques mois plus tard, elle amorça une grave dépression nécessitant son hospita- lisation. Comme elle présentait des troubles de comportement reliés à sa condition, elle fut aussi exclue pendant qu’elle était toujours en traitement. Dans cette même période, son fils le plus jeune, fut hospitalisé aux soins intensifs pour une hémorragie interne, et c’est dans ces conditions que nous avons été confrontés à la question du sang. Elle, exclue et malade, et moi totalement dépassé par les événements. Le support des anciens où était-il ? Dans les cas d’exclusions, aucun support n’est prévu.

Les anciens savaient que Denise avait fait une tentative de suicide. Un peu après que les choses se soient tassées, l’un d’eux m’a affirmé au téléphone, que ça aurait mieux fait leur affaire, que ça se termine ainsi. Il me semble que ça aurait dû me secouer suffisamment pour me réveiller, j’aurais dû réagir, je ne l’ai pas fait, ça fait partie de tout ce que je n’arrive pas à m’expliquer. Rien n’empêche que lorsque je pense à des choses comme celles là, je ne puis faire autrement que de m’en vouloir.

Comme tous ces événements avaient passablement ébranlé mes nerfs, j’ai présenté des troubles de caractère au travail, alors j’ai été congédié. Puisque toute ma famille avait été décimée par l’exclusion, que je n’avais plus de travail, et que j’avais renié parents et amis, je n’avais plus rien, Pour passer au travers je me suis accroché à la seule chose qui restait, l’organisation.

Refuge dans le travail et prosélytisme après mon divorce

Quelques temps plus tard, le divorce a été prononcé. Par la suite j’ai cherché à oublier, j’ai tenté de m’investir davantage dans le porte en porte pendant quelques mois, mais le cœur n’y était pas vraiment, alors je me suis anéanti dans le travail. J’effectuais de longues heures la nuit dans l’entretien commercial, sept jours par semaine, et pendant une certaine période, je représentais simultanément «Surf Line» sur la route. J’allais aux réunions, et de porte en porte quand j’en trouvais encore la force, et je continuais d’entraîner ma fille dans l’organisation, pour qu’elle puisse survivre à la fin imminente du monde, à par cela je n’avais plus de vie.

J’ai passé environ deux ans de cette manière, je pleurais dans mon camion en me rendant au travail, je me sentais complètement épuisé, déboussolé. Après avoir vu un médecin quelques fois à ce sujet, j’ai commencé à voir une intervenante en psychiatrie externe, quelques temps plus tard je fus hospitalisé à l’interne pour une période de trois mois, c’est-à-dire tout l’été de 1990.

Est-ce que c’était suffisant pour tuer définitivement le témoin en moi ? Pas du tout, je donnais encore le témoi- gnage sur l’étage de psychiatrie, je vous prie de croire que ça n’a rien à voir avec le zèle, si ce n’est pas de la démence, le moins qu’on puisse en dire, c’est pathétique. Quoiqu’il en soit, je suis parvenue à débuter discrète- ment une étude, avec une jeune femme présentant un trouble maniaco-dépressif. Comme je n’approuvais pas le traitement, réservé aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale dans l’organisation, à ma sortie de l'hôpital, j’ai fait une affaire personnelle de la supporter dans ses périodes difficiles, le temps qu’elle soit suffisam- ment stable pour se livrer à une étude régulière. Je voulais prouver qu’il était possible de récupérer ce genre de personnes, et éviter que leurs vies soient ruinées par l’exclusion.

La jeune femme s’est rendue jusqu’au baptême, mais ça m’a valu d’être appelé sur un «comité judiciaire», une réprimande en public, une note à mon dossier et cela m’a coûté ma réputation. Certains témoins ont approuvé tacitement ma démarche, mais dans les faits, j’ai profité de la faiblesse de cette personne tout comme ont avaient profité de la mienne, je l’ai conditionné en utilisant les procédés de l’organisation, pire encore, je l’ai utilisée pour satisfaire mes intérêts.

Plusieurs suicides

L’ambiance de la congrégation était morbide, nous avions deux suicides à notre actif, plusieurs étaient déprimés et prenaient des médicaments dont moi-même, plusieurs déménageaient pour changer de congrégation, et la répres- sion au nom des «hauts standards de moralité» continuait son train, avec une exclusion de temps en temps, pour inciter les autres à bien garder les rangs. Comme je n’y pouvais rien, je me suis contenté de faire ma petite affaire.

En 1995 je suis retourné aux études, question de me changer les idées. Je n’étais plus capable de respirer l’air de la congrégation, alors j’y allais quand j’en trouvais le courage, surtout pour Maude car j’en avais obtenu la garde suite à des procédures légales.

À la fin de la deuxième session, pendant la période d’examens, les anciens m’ont laissé savoir qu’ils voulaient me rencontrer, j’avais raconté l’histoire de Régis qui s’était suicidé suite à son exclusion à quelqu’un qui venait de commencer dans la congrégation. Je savais très bien ce qu’ils avaient contre moi, j’ai été accusé d’avoir remis en question leur décision dans l’affaire de Régis ce qui est une faute passablement grave. Je leur ai expliqué en quelques mots, qu’il y a une différence entre énoncer les faits et remettre en question, c’était suffisant pour m’en sortir et ils sont repartis bredouilles. Je crois qu’ils auraient bien aimé me prendre en défaut.

Je ne valais plus grand chose pour l’organisation

En effet, je ne valais plus grand chose pour l’organisation, ni pour personne d’ailleurs, les événements qui ont précédé, m’avaient usé les nerfs jusqu’à la corde, mes activités étaient au plus bas, j’étais devenu agressif et intolérant avec ma propre fille, je n’étais plus la même personne j’avais perdu le sens de la vie.

Lorsque Maude était petite, je passais des heures à jouer avec elle, nous regardions les nuages ensemble, pour voir s’il y avait des formes qui nous rappellent quelque chose, je fabriquais des jouets et cerfs-volants, que nous allions faire voler ensemble. Bien sûr, je n’étais pas parfait, mais je savais être son ami. J’avais beau m’acharner plus rien ne marchait. Mes nerfs ont flanché pendant les examens de deuxième session, je n’étais plus en état de continuer avec les études je me sentais constamment épuisé.

Ce que j’étais devenu n’avait plus rien à voir avec ce que j’avais déjà été, pas toujours sage, mais ingénieux, intelligent et sensible, et même si je ne dépensais pas toujours mon énergie de la bonne façon, au moins j’en avais une. Maude est finalement retournée chez sa mère à la fin de son année scolaire, depuis on ne se voit presque plus.

Par la suite, je me suis rendu à Ste-Adèle pour prendre en charge la construction d’une maison adaptée pour mon frère handicapé par la sclérose en plaques, c’est d’ailleurs la seule chose dont je suis fier depuis les 18 dernières années.

Dans mon sommeil, je faisais des cauchemars je me réveillais en criant ou en frappant dans le mur au côté de mon lit, mon frère l’a remarqué et m’a demandé si j’avais fait le Vietnam. Je réalisais bien que quelque chose n'allait pas, mais de là à comprendre, j’avais encore du chemin à faire. En effet, malgré tout ce qui c’était passé, j'avais encore la conviction, que l’organisation des témoins de Jéhovah était la seule et unique dépositaire de la vérité. Vous allez me dire comment est-ce possible?

Aucune critique n'est possible

C’est simple, la Société Watchtower s’associe intimement à la Bible qui est une référence fiable en matière de moralité, elle en fait la promotion, la distribution et l’enseignement, sur une échelle internationale. À prime abord, cette œuvre est éminemment louable et perçue comme telle. L’essentiel du piège réside dans cette association. En effet, la Société, la Bible, et Dieu lui-même, sont tout aussi amalgamés qu’un seul Dieu en trois personnes, bien qu’on ne le déclare pas publiquement, l’organisation découlant de cette Société est un dogme. Par conséquent, tout enseignements et toutes autorités qui lui sont déférés, a valeur de décret divin, et ne supporte aucune critique.

Exemple: l’abstention du sang, une interprétation de la Bible, propre à la Société Watchtower a valeur de décret divin, s’y soustraire entraîne l’exclusion.

Observé de l’extérieur, on verra clairement la manœuvre, consistant à maintenir l’obéissance et l’esclavage par la menace et les sanctions. Vous penserez sans doute, que seul un imbécile peut tomber dans le panneau.

Détrompez-vous, j’ai «formé» un diplômé d’études post-doctorales, et la jeune femme dont je vous ai parlé déte- nait une maîtrise. À l’intérieur, après une période d’assimilation, chacun accepte ces procédés, comme étant l'expression de la volonté de Dieu, et si nécessaire, se soumet jusqu’à la mort, en refusant une transfusion sanguine.

Le seul moyen d’en sortir en récupérant sa liberté d’opinion et d’expression c’est l’apostasie qui est un état de disgrâce pire que la mort. Pourquoi Galilée accusé d’hérésie s’est-il rétracté sur sa théorie du mouvement de la terre ? Parce qu’il a été menacé voyons. Voilà comment on musèle la vérité et les consciences et je vous assure que ceux qui utilisent de tels procédés, n’ont d’intérêt que pour eux-mêmes.

J’allais y laisser ma peau

Pour continuer mon histoire, non je n’étais pas encore guéri. Quelque temps après avoir complété la maison de mon frère je me suis rendu en Colombie Britannique travailler pour un témoin qui m’a offert du travail en menuiserie. Par la même occasion j’ai intégré la congrégation. Après que mon patron eut découvert que j’étais en mesure de pallier seul au travail lorsque ça s’avérait nécessaire, celui-ci a pratiquement arrêté de travailler. Il profitait de son temps pour se faire du capital spirituel dans les activités théocratiques de la congrégation, je lui ai fait remarquer que c’était non seulement illégal de me laisser travailler seul dans les échafauds mais aussi et contre l'enseigne- ment de la Bible, mais il n’en tenait pas compte.

Je m’étais débarrassé de tous mes meubles avant de partir et je n’avais plus d’appartement, que faire ? Je suis resté là et j’ai enduré. Comme c’était plutôt stressant de travailler en hauteur, tout en sachant que si un accident arrivait personne ne serait là pour aider, ça grugeait tranquillement mes nerfs. En effet, je me voyais mal attendre tranquillement l’ambulance en arrière d’une maison perdue avec une fracture ouverte au fémur, une commotion cérébrale ou quoique ce soit d’autre.

Il y avait aussi des principes bibliques importants en cause concernant la responsabilité de l’employeur, Comment dire, j’étais juste plus capable de comprendre que de telles choses puissent se produirent dans l’organisation de Dieu. Si j’avais été dans le «monde» je n’aurais pas pris des gants blancs pour lui faire comprendre, je l’aurai possiblement déclaré.

Après un an et demi d’exil, au printemps de 1998, je ne pouvais plus tenir le coup, j’étais sous médication depuis huit ans pour m’aider à contrôler mon état, mais ça ne marchait plus. Alors je suis retourné au Québec avec tout ce qui me restait, ça tenait dans quelques boîtes. Mon frère pour qui j’ai construit la maison m’a ramassé, j’étais en très mauvais état, sans lui je serais peut-être mort aujourd’hui. A partir de là j’ai cessé de fréquenter l'organisation pas tellement parce que je parvenais à rassembler mes esprits, pour tenir un raisonnement logique, non, tout simplement parce ce que j’allais y laisser ma peau.

Alors je suis devenu ce qu’on appelle un inactif, c’est quand même moins définitif qu’apostat. J’ai continué de chercher à comprendre, sans vraiment obtenir de réponses jusqu'à ce que je tombe sur un manuel de procédures secret, réservé à l’usage exclusif des anciens, Alors j’ai compris dans quelles conditions, Régis, Denise et tous les autres ont été exclus, et ont vu leurs vies ruinées, j’ai aussi compris que tout ça n’avait rien à voir avec la Bible et son enseignement, qui demeure dans son essence fondamentale et dans toutes ses applications une leçon d’amour et de respect.

Sortir des Témoins de Jéhovah c’est comme sortir d’un viol

Maintenant que j’en suis sorti, vous allez penser que ma vie doit aller mieux. Ce que vais vous dire va sans doute vous sembler dur, mais c’est comme cela que je le sens et je suis pas le seul dans mon cas. Sortir des Témoins de Jéhovah c’est comme sortir d’un viol, en sort-on vraiment ? L’image peut sembler forte, elle est au contraire très appropriée, et même la ressemblance est frappante. Un futur témoin est progressivement dépouillé de son juge- ment et de ses valeurs, s’il s’agit d’un converti, il sera aussi dépouillé de sa famille et de ses amis et ça n’est qu’un commencement.

Pendant toute sa vie active il sera pris en otage, lié à l’organisation par tout un ensemble de doctrines qui suscitent la crainte: Harmaguédon, le «monde pourri sous la tutelle de Satan», l’exclusion, la liste est longue. Il sera abusé, utilisé, reniera ses opinions et son droit de les exprimer, il réprimera sentiments et émotions par crainte d’être pris en défaut et battu davantage, et lorsque le viol sera consommé on l’abandonnera sur le bord de la route, vidé de lui-même comme une dépouille ou une épave, ce viol combien de temps peut-il durer, souvent c'est toute une vie, dans mon cas 18 ans seulement, peut-être parce qu’une petite parcelle de ma conscience, a refusé de se soumettre.

Vous dire ce que j’ai perdu dans cette organisation, ce serait donner dans le voyeurisme et je serai sans doute taxé d’apitoiement sur mon sort, et ça j’en ai pas besoin, alors je vous dirai seulement que j’y ai perdu plus que 18 années de ma vie. Pendant l’écriture de cette lettre, je me suis dit qu’il faudrait bien, que je trouve un moyen de finir sur une note positive, mais je n’y arrive pas, du moins pas encore. Alors si vous lisez cette lettre, priez pour que je trouve la force de faire mentir ceux qui disent que la vie après les Témoins de Jéhovah, c’est pire que la mort.

«Un homme avisé en vaut deux.»

Afin d’éviter que des représailles soient dirigées, contre des personnes susceptibles d’être reconnues, les noms ont été changés, et je donne un nom que je n’utilise pas.

André.

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