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Témoignage
d'un ex-témoin de Jéhovah
- Source:
http://forum.primovivere.org/viewtopic.php?t=503
- [Texte
intégral]
Avant
les Témoins de Jéhovah ma vie n’était pas parfaite,
j’avais mes déboires comme tout le monde. Mais ce que
je m’apprête, à vous raconter, je vous assure que ça
n’a rien à voir avec les problèmes de monsieur et madame
tout le monde.
L’histoire
que je vais vous raconter, c’est la mienne. Je ne l’ai
jamais racontée à personne parce que je ne suis pas
sûr de bien la comprendre, un peu comme on se figure
difficilement ce qui est arrivé pendant un «black-out».
Si je la raconte aujourd’hui, ce n’est pas parce que
j’en suis fier, en fait, je ferais n’importe quoi pour
l’oublier. Alors pourquoi je le fais, tout simplement
pour fournir un sujet de réflexion, à ceux et celles
qui envisagent d’être témoins, à ceux et celles qui
le sont et s’interrogent, et aux autres qui comme moi,
vivent les répercussions d’un séjour prolongé dans l’organisation.
J’ai écris cette lettre sans aucune prétention, si vous
y relevez des aberra- tions, alors dites-vous que la
vie de Témoin de Jéhovah c’est aussi cela.
En
1983 j’avais trente ans, à la suite d’une rupture, je
ressentais un grand vide, quoi de plus normal, Alors
au prochain passage des Témoins de Jéhovah j’ai accepté
une étude biblique. Une année plus tard, après avoir
renié ma famille et mes amis j’étais baptisé, j’avais
une fille de quatre ans à l’époque, Maude que je visitais
assidûment une fin de semaine sur deux. Alors conformément
aux directives de l’organisation, j’ai utilisé mes droits
de visites, pour l’intégrer à ma vie de témoin, c’est-à-dire,
études bibliques adaptées pour enfant, réunions à la
salle du Royaume, et plus tard le porte à porte.
Tout
ceci s’est produit sans la bénédiction de sa mère, en
fait la tension s’est élevée considérablement entre
elle et moi, à quelques reprises il a fallu recourir
aux services d’un avocat pour régler certaines questions.
Entre autres, j’ai tout fait pour obtenir la garde de
l’enfant, et je l’ai obtenue, tout ça parce que j’aimais
ma fille, et que je voulais à tout prix, la sortir,
des griffes du «monde». Cette situation tendue a persisté
jusqu’à ce que Maude ait atteint l’âge de seize ans.
Aujourd’hui, ma fille a vingt ans et ne manifeste pas
un enthousiasme débordant, pour ce qui est de garder
le contact avec moi. Que voulez-vous que je fasse ?
Ce n’est pas parce que je comprends et respecte ses
sentiments que ça ne me fait pas mal, après tout, qui
avait tord dans cette affaire ?
Toute
ma famille victime d'exclusion
Un
peu plus d’un an après mon baptême, j’ai épousé Denise,
elle avait deux enfants à la maison, suffisamment zélée
pour avoir mené une bonne douzaine d’études bibliques
à destination, et comme j’avais moi-même un enfant,
j’ai pensé que c’était une bonne chose. Mais les enfants
ont grandi, et les problèmes aussi. Sa fille, l’aînée,
qui servait à plein temps, abandonna son service, et
fut quelque
temps plus tard exclue parce qu’elle fréquentait un
garçon du «monde». Son garçon, le plus vieux, a présenté
des troubles de comportement propre à l'adolescence,
et il fut lui aussi exclu.
C’en
était trop pour Denise, quelques mois plus tard, elle
amorça une grave dépression nécessitant son hospita-
lisation. Comme
elle présentait des troubles de comportement reliés
à sa condition, elle fut aussi exclue pendant qu’elle
était toujours en traitement.
Dans cette même période, son fils le plus jeune, fut
hospitalisé aux soins intensifs pour une hémorragie
interne, et c’est dans ces conditions que nous avons
été confrontés à la question du sang. Elle, exclue et
malade, et moi totalement dépassé par les événements.
Le support des anciens où était-il ? Dans les cas d’exclusions,
aucun support n’est prévu.
Les
anciens savaient que Denise avait fait une tentative
de suicide. Un peu après que les choses se soient tassées,
l’un d’eux m’a affirmé au téléphone, que ça aurait mieux
fait leur affaire, que ça se termine ainsi. Il me semble
que ça aurait dû me secouer suffisamment pour me réveiller,
j’aurais dû réagir, je ne l’ai pas fait, ça fait partie
de tout ce que je n’arrive pas à m’expliquer. Rien n’empêche
que lorsque je pense à des choses comme celles là, je
ne puis faire autrement que de m’en vouloir.
Comme
tous ces événements avaient passablement ébranlé mes
nerfs, j’ai présenté des troubles de caractère au travail,
alors j’ai été congédié. Puisque toute ma famille avait
été décimée par l’exclusion, que je n’avais plus de
travail, et que j’avais renié parents et amis, je n’avais
plus rien, Pour passer au travers je me suis accroché
à la seule chose qui restait, l’organisation.
Refuge
dans le travail et prosélytisme après mon divorce
Quelques
temps plus tard, le divorce a été prononcé. Par la suite
j’ai cherché à oublier, j’ai tenté de m’investir davantage
dans le porte en porte pendant quelques mois, mais le
cœur n’y était pas vraiment, alors je me suis anéanti
dans le travail. J’effectuais de longues heures la nuit
dans l’entretien commercial, sept jours par semaine,
et pendant une certaine période, je représentais simultanément
«Surf Line» sur la route. J’allais aux réunions, et
de porte en porte quand j’en trouvais encore la force,
et je continuais d’entraîner ma fille dans l’organisation,
pour qu’elle puisse survivre à la fin imminente du monde,
à par cela je n’avais plus de vie.
J’ai
passé environ deux ans de cette manière, je pleurais
dans mon camion en me rendant au travail, je me sentais
complètement épuisé, déboussolé. Après avoir vu un médecin
quelques fois à ce sujet, j’ai commencé à voir une intervenante
en psychiatrie externe, quelques temps plus tard je
fus hospitalisé à l’interne pour une période de trois
mois, c’est-à-dire tout l’été de 1990.
Est-ce
que c’était suffisant pour tuer définitivement le témoin
en moi ? Pas du tout, je donnais encore le témoi- gnage
sur l’étage de psychiatrie, je vous prie de croire que
ça n’a rien à voir avec le zèle, si ce n’est pas de
la démence, le moins qu’on puisse en dire, c’est pathétique.
Quoiqu’il en soit, je suis parvenue à débuter discrète-
ment une étude, avec une jeune femme présentant un trouble
maniaco-dépressif. Comme je n’approuvais pas le traitement,
réservé aux personnes atteintes de problèmes de santé
mentale dans l’organisation, à ma sortie de l'hôpital,
j’ai fait une affaire personnelle de la supporter dans
ses périodes difficiles, le temps qu’elle soit suffisam-
ment stable pour se livrer à une étude régulière. Je
voulais prouver qu’il était possible de récupérer ce
genre de personnes, et éviter que leurs vies soient
ruinées par l’exclusion.
La
jeune femme s’est rendue jusqu’au baptême, mais ça m’a
valu d’être appelé sur un «comité judiciaire», une réprimande
en public, une note à mon dossier et cela m’a coûté
ma réputation. Certains témoins ont approuvé tacitement
ma démarche, mais dans les faits, j’ai profité de la
faiblesse de cette personne tout comme ont avaient profité
de la mienne, je l’ai conditionné en utilisant les procédés
de l’organisation, pire encore, je l’ai utilisée pour
satisfaire mes intérêts.
Plusieurs
suicides
L’ambiance
de la congrégation était morbide, nous avions deux suicides
à notre actif, plusieurs étaient déprimés et prenaient
des médicaments dont moi-même, plusieurs déménageaient
pour changer de congrégation, et la répres- sion au
nom des «hauts standards de moralité» continuait son
train, avec une exclusion de temps en temps, pour inciter
les autres à bien garder les rangs. Comme je n’y pouvais
rien, je me suis contenté de faire ma petite affaire.
En
1995 je suis retourné aux études, question de me changer
les idées. Je n’étais plus capable de respirer l’air
de la congrégation, alors j’y allais quand j’en trouvais
le courage, surtout pour Maude car j’en avais obtenu
la garde suite à des procédures légales.
À
la fin de la deuxième session, pendant la période d’examens,
les anciens m’ont laissé savoir qu’ils voulaient me
rencontrer, j’avais raconté l’histoire de Régis
qui s’était suicidé suite à son exclusion à
quelqu’un qui venait de commencer dans la congrégation.
Je savais très bien ce qu’ils avaient contre moi, j’ai
été accusé
d’avoir remis en question leur décision
dans l’affaire de Régis ce qui est une faute passablement
grave. Je leur ai expliqué en quelques mots, qu’il y
a une différence entre énoncer les faits et remettre
en question, c’était suffisant pour m’en sortir et ils
sont repartis bredouilles. Je crois qu’ils auraient
bien aimé me prendre en défaut.
Je
ne valais plus grand chose pour l’organisation
En
effet, je ne valais plus grand chose pour l’organisation,
ni pour personne d’ailleurs, les événements qui ont
précédé, m’avaient usé les nerfs jusqu’à la corde, mes
activités étaient au plus bas, j’étais devenu agressif
et intolérant avec ma propre fille, je n’étais plus
la même personne j’avais perdu le sens de la vie.
Lorsque
Maude était petite, je passais des heures à jouer avec
elle, nous regardions les nuages ensemble, pour voir
s’il y avait des formes qui nous rappellent quelque
chose, je fabriquais des jouets et cerfs-volants, que
nous allions faire voler ensemble. Bien sûr, je n’étais
pas parfait, mais je savais être son ami. J’avais beau
m’acharner plus rien ne marchait. Mes nerfs ont flanché
pendant les examens de deuxième session, je n’étais
plus en état de continuer avec les études je me sentais
constamment épuisé.
Ce
que j’étais devenu n’avait plus rien à voir avec ce
que j’avais déjà été, pas toujours sage, mais ingénieux,
intelligent et sensible, et même si je ne dépensais
pas toujours mon énergie de la bonne façon, au moins
j’en avais une. Maude est finalement retournée chez
sa mère à la fin de son année scolaire, depuis on ne
se voit presque plus.
Par
la suite, je me suis rendu à Ste-Adèle pour prendre
en charge la construction d’une maison adaptée pour
mon frère handicapé par la sclérose en plaques, c’est
d’ailleurs la seule chose dont je suis fier depuis les
18 dernières années.
Dans
mon sommeil, je faisais des cauchemars je me réveillais
en criant ou en frappant dans le mur au côté de mon
lit, mon frère l’a remarqué et m’a demandé si j’avais
fait le Vietnam. Je réalisais bien que quelque chose
n'allait pas, mais de là à comprendre, j’avais encore
du chemin à faire. En effet, malgré tout ce qui c’était
passé, j'avais encore la conviction, que l’organisation
des témoins de Jéhovah était la seule et unique dépositaire
de la vérité. Vous allez me dire comment est-ce possible?
Aucune
critique n'est possible
C’est
simple, la Société Watchtower s’associe intimement à
la Bible qui est une référence fiable en matière de
moralité, elle en fait la promotion, la distribution
et l’enseignement, sur une échelle internationale. À
prime abord, cette œuvre est éminemment louable et perçue
comme telle. L’essentiel du piège réside dans cette
association. En effet, la Société, la Bible, et Dieu
lui-même, sont tout aussi amalgamés qu’un seul Dieu
en trois personnes, bien qu’on ne le déclare pas publiquement,
l’organisation découlant de cette Société est un dogme.
Par conséquent, tout enseignements et toutes autorités
qui lui sont déférés, a valeur de décret divin, et ne
supporte aucune critique.
Exemple:
l’abstention
du sang, une interprétation de la Bible, propre à la
Société Watchtower a valeur de décret divin, s’y soustraire
entraîne l’exclusion.
Observé
de l’extérieur, on verra clairement la manœuvre, consistant
à maintenir l’obéissance et l’esclavage par la menace
et les sanctions. Vous penserez sans doute, que seul
un imbécile peut tomber dans le panneau.
Détrompez-vous,
j’ai «formé» un diplômé d’études post-doctorales, et
la jeune femme dont je vous ai parlé déte- nait une
maîtrise. À l’intérieur, après une période d’assimilation,
chacun accepte
ces procédés, comme étant l'expression de la volonté
de Dieu, et si nécessaire,
se soumet jusqu’à la mort, en refusant une transfusion
sanguine.
Le
seul moyen d’en sortir en récupérant sa liberté d’opinion
et d’expression c’est l’apostasie qui est un état de
disgrâce pire que la mort. Pourquoi Galilée accusé d’hérésie
s’est-il rétracté sur sa théorie du mouvement de la
terre ? Parce qu’il a été menacé voyons. Voilà comment
on musèle la vérité et les consciences et je vous assure
que ceux qui utilisent de tels procédés, n’ont d’intérêt
que pour eux-mêmes.
J’allais
y laisser ma peau
Pour
continuer mon histoire, non je n’étais pas encore guéri.
Quelque temps après avoir complété la maison de mon
frère je me suis rendu en Colombie Britannique travailler
pour un témoin qui m’a offert du travail en menuiserie.
Par la même occasion j’ai intégré la congrégation. Après
que mon patron eut découvert que j’étais en mesure de
pallier seul au travail lorsque ça s’avérait nécessaire,
celui-ci a pratiquement arrêté de travailler. Il profitait
de son temps pour se faire du capital spirituel dans
les activités théocratiques de la congrégation, je lui
ai fait remarquer que c’était non seulement illégal
de me laisser travailler seul dans les échafauds mais
aussi et contre l'enseigne- ment de la Bible, mais il
n’en tenait pas compte.
Je
m’étais débarrassé de tous mes meubles avant de partir
et je n’avais plus d’appartement, que faire ? Je suis
resté là et j’ai enduré. Comme c’était plutôt stressant
de travailler en hauteur, tout en sachant que si un
accident arrivait personne ne serait là pour aider,
ça grugeait tranquillement mes nerfs. En effet, je me
voyais mal attendre tranquillement l’ambulance en arrière
d’une maison perdue avec une fracture ouverte au fémur,
une commotion cérébrale ou quoique ce soit d’autre.
Il
y avait aussi des principes bibliques importants en
cause concernant la responsabilité de l’employeur, Comment
dire, j’étais juste plus capable de comprendre que de
telles choses puissent se produirent dans l’organisation
de Dieu. Si j’avais été dans le «monde» je n’aurais
pas pris des gants blancs pour lui faire comprendre,
je l’aurai possiblement déclaré.
Après
un an et demi d’exil, au printemps de 1998, je ne pouvais
plus tenir le coup, j’étais sous médication depuis huit
ans pour m’aider à contrôler mon état, mais ça ne marchait
plus. Alors je suis retourné au Québec avec tout ce
qui me restait, ça tenait dans quelques boîtes. Mon
frère pour qui j’ai construit la maison m’a ramassé,
j’étais en très mauvais état, sans lui je serais peut-être
mort aujourd’hui. A partir de là j’ai cessé de fréquenter
l'organisation pas tellement parce que je parvenais
à rassembler mes esprits, pour tenir un raisonnement
logique, non, tout simplement parce ce que j’allais
y laisser ma peau.
Alors
je suis devenu ce qu’on appelle un inactif, c’est quand
même moins définitif qu’apostat. J’ai continué de chercher
à comprendre, sans vraiment obtenir de réponses jusqu'à
ce que je tombe sur un manuel de procédures secret,
réservé à l’usage exclusif des anciens, Alors j’ai compris
dans quelles conditions, Régis, Denise et tous les autres
ont été exclus, et ont vu leurs vies ruinées, j’ai aussi
compris que tout ça n’avait rien à voir avec la Bible
et son enseignement, qui demeure dans son essence fondamentale
et dans toutes ses applications une leçon d’amour et
de respect.
Sortir
des Témoins de Jéhovah c’est comme sortir d’un viol
Maintenant
que j’en suis sorti, vous allez penser que ma vie doit
aller mieux. Ce que vais vous dire va sans doute vous
sembler dur, mais c’est comme cela que je le sens et
je suis pas le seul dans mon cas. Sortir des Témoins
de Jéhovah c’est comme sortir d’un viol, en sort-on
vraiment ? L’image peut sembler forte, elle est au contraire
très appropriée, et même la ressemblance est frappante.
Un futur témoin est progressivement dépouillé
de son juge- ment et de ses valeurs,
s’il s’agit d’un converti, il sera aussi dépouillé
de sa famille et
de ses amis et ça n’est
qu’un commencement.
Pendant
toute sa vie active il sera pris
en otage, lié à l’organisation
par tout un ensemble de doctrines qui suscitent la crainte:
Harmaguédon, le «monde pourri sous la tutelle de Satan»,
l’exclusion, la liste est longue. Il sera abusé, utilisé,
reniera ses opinions et son droit de les exprimer, il
réprimera sentiments et émotions par crainte d’être
pris en défaut et battu davantage, et lorsque le viol
sera consommé on l’abandonnera sur le bord de la route,
vidé de lui-même comme une dépouille ou une épave, ce
viol combien de temps peut-il durer, souvent c'est toute
une vie, dans mon cas 18 ans seulement, peut-être parce
qu’une petite parcelle de ma conscience, a refusé de
se soumettre.
Vous
dire ce que j’ai perdu dans cette organisation, ce serait
donner dans le voyeurisme et je serai sans doute taxé
d’apitoiement sur mon sort, et ça j’en ai pas besoin,
alors je vous dirai seulement que j’y ai perdu plus
que 18 années de ma vie. Pendant l’écriture de cette
lettre, je me suis dit qu’il faudrait bien, que je trouve
un moyen de finir sur une note positive, mais je n’y
arrive pas, du moins pas encore. Alors si vous lisez
cette lettre, priez pour que je trouve la force de faire
mentir ceux qui disent que la vie après les Témoins
de Jéhovah, c’est pire que la mort.
«Un
homme avisé en vaut deux.»
Afin
d’éviter que des représailles soient dirigées, contre
des personnes susceptibles d’être reconnues, les noms
ont été changés, et je donne un nom que je n’utilise
pas.
André.
Index témoignages
d'ex-témoins de Jéhovah
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