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Les enfants chez les Témoins de Jéhovah

On ne peut imaginer ce que vingt-cinq ans passés
dans une secte peuvent produire sur un individu

Témoignage d'une ex-Témoin de Jéhovah née dans la secte: «Il n'y a pas d'amour véritable, juste une véritable hypocrisie. Ils ont gâché ma jeunesse» (same-story.com - 2 avril 2010)

 TÉMOINS DE JÉHOVAH

"Femme Actuelle" - 1996
[Texte intégral]

Enfant, Martine a été entraînée dans une secte par ses parents. Endoctrinée pendant des années, elle a pourtant trouvé la force de s'en libérer et de réapprendre à vivre.

De mon enfance jusqu'à l'âge de 30 ans, j'ai vécu sous l'emprise des Témoins de Jéhovah. Mes parents, les premières victimes de cette secte, devenus des adeptes fanatiques, m'ont entièrement manipulée et surtout, ne m'ont pas laissé le choix.

J'ai vécu ma jeunesse dans la plus terrible des peurs. J'ai appris à oublier mes sentiments et ma personnalité, ne jamais me poser de questions, mes parents et Jéhovah ayant toutes les réponses aux problèmes que je pouvais rencontrer.

J'avais 5 ans lorsque mes parents ont adhéré aux Témoins de Jéhovah. Des adeptes sont venus à la maison nous éduquer "spirituellement". Ma mère disait que désormais, tout irait bien pour nous. que nous n'aurions plus jamais de soucis.

Dès lors, nous avons totalement intégré la secte : les cinq réunions hebdomadaires, les discours bibliques à la "salle du royaume" le dimanche, les réunions théocratiques en semaine; sans oublier l'étude de la Bible et des publications de la secte.

Puis, on m'a obligée à faire du porte-à-porte pour pargager l'idéal de la secte. J'appréhendais plus que tout cette activité de prédication, mais j'obéissais par peur des colères de mon père. Je n'avais pas le droit d'aller en boum, de fêter Noël et les anniversaires, d'entrer dans une église. Bref, j'étais en liberté surveillée.

J'ai appris à oublier mes sentiments

A l'école, j'avais envie d'aller vers les autres enfants, de jouer avec eux, de m'en faire des amis. Mais j'étais paralysée par la peur de fauter et d'être punie par mon père.

Une fois, je suis allée au cinéma voir le film Grease, et ensuite j'ai acheté le disque. Lorsque mon père l'a découvert, il m'obligé a le détruire. D'après lui, les autres enfants vivaient dans le péché, et ceux de la secte devaient rester purs de toute souillure. Terrorisée, j'ai fini par agir comme il me l'ordonnait, croyant que le monde était ainsi fait, que mon envie d'être comme les autres filles était anormale.

Lorsqu'à 13 ans j'ai été atteinte d'une scoliose galopante, j'ai cru que le jugement de Jéhovah s'étaitabattu sur moi. Je souffrais le martyre mais mes parents catégoriquement refusé l'opération qui pouvait me sauver, à cause des transfusions sanguines. L'horreur de la situation m'a transpercé le cœur: j'étais très mal en point et mes parents, totalement manipulés et n'ayant plus aucun libre arbitre, s'en remettaient à la volonté de Jéhovah. On a fini par m'enserrer le corps dans un monstrueux corset qui me faisait hurler de douleur.

A cette époque, je me suis dit que mes parents ne m'aimaient pas, détruite psychologiquement par leur attitude que je ne comprenais pas. De ce jour, ils m'ont totalement soustraite au monde réel. L'école, le seul lien qui me rattachait à la vie, a été remplacée par des cours par correspondance.

Ils ont tout fait pour saboter mon avenir

J'étais trop handicapée pour faire autrement, mais je comprenais surtout que mes parents voulaient que je me résigne à vivre dans l'abnégation. Pour toujours. A la fin de ma scolarité obligatoire, ils ont tout fait pour saboter mon avenir: d'après eux, je ne devais plus étudier, je devais me résoudre à accepter mon sort, toucher une petite pension d'invalidité et servir Jéhovah. Je me suis donc consacrée à l'étude de la Bible et à la prédication. C'est en 1979, à 21 ans, que j'ai commencé à remettre en question l'univers dans lequel j'évoluais.

Parce qu'on m'a retiré le corset qui entravait tous mes mouvements, j'ai dû suivre une intense rééducation physique basée sur des massages et du yoga. Et le fait d'être en contact permanent avec les kinés m'a aidée à prendre des distances. Ils étaient le seul fil qui puis reliait à l'extérieur. Et puis pour la première fois, je ressentais une sensation de bien-être physique, une révélation: si mon corps était libre de s'exprimer, pourquoi mon esprit n'en avait-il pas le droit ?

Peu de temps après, alors que je démarchais une famille de profanes, je me suis rendu que compte que l'homme qui se trouvait en face de moi n'était pas indifférent à ma présence. J'étais moi-même dans une sorte 'apesanteur, incapable d'expliquer l'étrange sentiment qui m'envahissait. J'étais tout simplement en train de tomber amoureuse.

Croyant bien faire, j'ai tout raconté à mon père. Sa réaction violente m'a bouleverser: je devais cesser de voir cet homme, ou je risquais de tomber dans le plus grand des péchés. Je devais me soumettre à sa volonté, sinon j'étais exclue de la famille.

La réalité m'a sauté aux yeux : mes parents et les autres adeptes n'étaient pas ces êtres d'amour que je croyais, ils me mentaient sur la réalité des sentiments que j'éprouvais. C'était sûr, j'avais beau les aimer plus que tout, ma vie était ailleurs, je devais les quitter.

Ma vraie vie n'a commencé qu'à 30 ans

A bout de nerfs, écartelée entre deux mondes, j'ai suivi une psychothérapie qui a duré sept ans. Sept ans pour me délivrer, pour apprendre la vie, pour redécouvrir ce qu'était une existence normale.

On ne peut imaginer ce que vingt-cinq ans passés dans une secte peuvent produire sur un individu.  Quand on en sort, on est cassé, totalement handicapé face au monde. C'est ainsi que j'ai pris conscience de la responsabilité de mes parents et de la secte: je leur devais mes problèmes de dos, mon délabrement physique et mon aliénation mentale. Mais ils se sont acharnés contre moi, m'appelant chaque jour, m'envoyant des délégations d'adeptes pour que je n'abandonne pas la "foi".

J'ai fini par larguer les amarres. Je me suis installée dans un appartement sans laisser d'adresse. Je me suis retrouvée sans famille ni amis.

Mes seuls soutiens ont été ma psychothérapeute, mon grand-père maternel et ma tante. Puis j'ai rencontré des êtres normaux, intelligents, libres. J'ai trouvé un métier.

J'ai découvert l'amour. Ma vraie vie n'a commencé qu'à 30 ans. Lorsque ma fille est née l'an dernier, j'ai voulu naïvement partager ce bonheur avec mes parents; je les aimais malgré tout ce qu'il m'avaient fait endurer. Ils m'ont dit que j'étais une pécheresse vouée au purgatoire si je n'expiais pas mes fautes devant le comité judiciaire de la secte.

Aujourd'hui, à 36 ans, je n'ai plus de parents ni de sœur. Ma vie est ailleurs, ouverte sur les autres, sur le monde. Mais au fond de moi, je sens une blessure qui ne se refermera jamais...

Femme Actuelle

Enquête et propos recueillis par François Mosnier

Témoignage d'une ex-témoin de jéhovah née dans la secte

Ma jeunesse gâchée

http://www.same-story.com/ - 2 avril 2010
[Texte intégral]

Je suis une ancienne témoin de jéhovah et je souhaite vivement apporter mon témoignage. J'ai souvent pensé écrire un livre sur ma jeunesse gâchée par cette communauté. Je suis devenu témoin de Jéhovah à 11 mois, ma mère à l'époque est tombé enceinte à 15 ans, avait été rejetée par sa famille, et a été obligée d'épouser un homme (mon père) qu'elle n'aimait pas vraiment.

Quand ils sont venu frappé à sa porte pour la première fois, elle était dépassée par un bébé dont elle ne s'avait pas s'occupée, elle était obligée d'arrêter ses études, bref elle était très dépressive. Les témoins de Jéhovah n'ont donc eu aucun mal à la convaincre. Ma mère a réussi à convaincre mon père 19 ans et paumé à l'époque. Et voici ce qu'était ma vie, et celle de ma famille:

1. étude du livre individuelle tous les mercredis après midi (il fallait préparer cette étude en moyenne 2 heures avant l'arrivé de ton enseignante), donc au total 3 et demi à t'endoctriner.

2. réunion à la salle du royaume le mercredi soir (2 heures) + une préparation de cette réunion pendant 1 à 2 heures = encore 4 heures en moyenne à ne pas jouer, regarder la télé...

3. Jeudi soir, l'étude du livre en collectif cette fois= 2 heures d'études + 1 à 2 heures de préparation.

4. Samedi réunion à la salle du royaume encore pendant 2 heures+ 2 heures de préparation.

5. Enfin, le dimanche matin = prédication soit du porte à porte (il fallait au préalable lire toutes les publications que j'allais proposé soit régulièrement tous les soirs + les recherches dans la bible.

Vous comprendrez qu'avec cet emploi du temps, j'avais beaucoup de mal à travailler mes devoirs d'écoles, je n'avais strictement pas le temps de faire autre chose (jouer, avoir des petits camarades).

Il n'y a pas d'amour véritable, juste une véritable hypocrisie

Enfant, je n'avais pas le droit de fêter noël avec mes camarades de classe, pas d'anniversaire, pas de petit cadeau pour la fête des mères, pas de cadeaux de noël, j'étais toujours obliger de décliner les invitations, j'étais gênée, j'étais mise à l'écart, et j'avais honte, surtout quand lors d'un anif en classe, je ne pouvais emmener un petit paquet de biscuit ou un jus pour participer. Je ne pouvais alors manger ce qu'apportaient les autres, c'étais vraiment humiliant.

Je n'ai pas eu droit au rêve, non on me racontait que Jéhovah allait bientôt venir détruire les gens du monde (ceux qui ne sont pas TJ) avec image à l'appui. On voyait la terre s'ouvrir, avec du feu tombant du ciel, et des bébés, des chats et chiens, des femmes, des hommes tomber dans le gros trou avec une expression de douleur. C'était vraiment traumatisant.

Je devais impérativement m'éloigner du monde, éviter d'avoir des amis non TJ.

Pour eux le monde est horrible, ou règne la drogue, la prostitution, le meurtre... Seul les TJ sont des gens honnorables et respectables, tous les autres sont des condamnés voués à armaguédon. Ce mot à bercé tout mon enfance, il me faisait peur, alors je priais constamment Jéhovah pour qu'il m'aide à ne pas fréquenter les non TJ, et j'étais très sage tellement j'avais peur d'être détruite.

Je ne lisais rien d'autre que les publications de cette secte, je n'avais strictement aucun esprit critique. A 16 ans, j'ai rencontrer un prof du lycée qui m'a ouvert les yeux avec la philosophie, je me suis mise à poser des questions, à demander des explications mais j'avais pour seule réponse des TJ, qu'il fallait que je me protège de cette discipline, voire qu'il était préférable que j'arrête le lycée pour pouvoir me consacrer à temps plein à l'oeuvre de Dieu (porte à porte), c'est aussi à ce moment que je suis tombée amoureuse d'un garçon du lycée non TJ (c'est une interdiction formelle), il était bien sûr hors de question que j'aie des rapports sexuel avec lui.

Les autres TJ de mon lycée m'ont dénoncé aux anciens (les gouroux), parce qu'ils m'avaient juste vu le fréquenter souvent et un jour l'embrasser. Les anciens ont débarqués chez mes parents, m'ont fait la morale, m'ont demandé si j'avais couché (histoire d'aller le répéter au éventuel prétendant qui ne voudraient plus d'une fille expérimentée), m'ont ordonné d'arrêter cette relation impure.

Plus tard ils m'ont exclu, m'a famille devait limiter ses liens avec moi, les TJ ne devaient absolument plus s'approcher de moi, ni me saluer. La pression était devenu tellement forte que j'ai fait une tentative de suicide (grave).

Un peu plus tard, je suis parti de chez moi, avec les motivations de mes parents. J'ai fais une formation par alternance, j'ai eu mon bac et j'ai fait 4 ans d'études sup. Aujourd'hui, je m'en suis bien sorti, mais j'ai des séquelles, il m'arrive de faire des cauchemards suite à mon enfance, parfois je deviens dépressive suite à mon enfance perdue.

Les TJ m'ont traité comme la pire des salopes, comme une personne atteinte de la peste, comme une meurtrière parce que j'ai une seule fois embrasser un garçon non TJ, qui était très respectable, et parce que j'ai une seule fois oser affirmer une opinion personnelle. Je peux vous dire que l'exclusion est une vrai mort sociale, vous êtes alors traiter comme plus bas qu'un animal.

Ne vous fiez jamais sur leur douceur, le bonheur qu'ils affichent. Dans cette communauté, on a l'obligation d'épier les uns et les autres et de dénoncer. Les gens n'ont pas d'opinion, il reste marié même s'ils s'aiment plus, ils ne vivent pas dans l'instant ils attendent juste Armaguédon pour recevoir la vie éternelle.

Il n'y a pas d'amour véritable, juste une véritable hypocrisie.

Lorsqu'un jeune quitte une secte, il est totalement inadapté aux relations humaines

"Femme Actuelle" - 1996
[Texte intégral]

Interview de Hayat El Mountacir (*), responsable du dossier des enfants dans les sectes à l'UNADFI (Union Nationale des Associations de Défenses des familles et des Individus)

Qu'est-ce qui séduit dans le discours sectaire ?

Hayat El Moumacir: Le discours publicitaire des sectes est diversifié pourtoucher le maximum de personnes. Il est aussi moralisateur, lutte contre la délinquance, la drogue et la pornographie. Il trouve donc un écho favorable, surtout auprès des personnes qui ont peur pour leurs enfants des difficultés de la société.

Les Témoins de Jéhovah ont un endoctrinement pernicieux. Les familles semblent libres et les enfants sont scolarisés à l'école publique, mais l'apprentissage est contrebalancé par la formation en "salle du royaume»: tout y est fait pour que l'enfant soit soustrait à la réalité extérieure.

Quelles sont les conséquences pour l'équilibre des enfants ?

H. E. M.: Drarnatique. L'enfant est écrasé par l'idéal mystique des adultes qu'il ne peut comprendre et assumer. Le premier danger est le sentiment d'appartenance à un groupe élu.

On l'endoctrine et on le coupe peu à peu d'une société diabolisée par un groupe: le monde devient méchant, le groupe est le seul détenteur de la vérité. L'enfant ne peut s'opposer à ses parents, avoir une autonomie intellectuelle ou une liberté de choix.

Lorsque qu'il devient adulte, il reproduit le modèle de la secte. S'il la quitte à l'âge adulte, il est inadapté aux relations humaines et une psychothérapie peut être nécessaire.

Peut-on lutter juridiquement contre l'emprise des sectes sur les enfants ?

H. E. M.: Pour se constituer parle civile, il faut avoir une relation filiale avec l'enfant. On ne peut intervenir que s'il n'y a plus de contacts possibles avec lui et en faire la preuve. Il faut persuader le juge que la croyance des parents peut avoir pour conséquence l'endoctrinement et les mauvais traitements subis par l'enfant. Mais comme dans les famille incestueuses, l'enfant se tait. Il est très difficile de lutter contre les sectes car ce sont des systèmes totalitaires très organisés. Juridique-ment, il y a peu de latitude, car on porte vite atteinte à la Convention des droits de l'homme et au droit constitutionnel français. La démocratie implique la liberté individuelle d'adhérer à une association, une religion ou une philosophie.

Nous ne pouvons lutter que préventivement et faire appliquer la législation: protection et droits des mineurs, paiement des impôts, droit de la Sécurité sociale. Autrement dit, se situer au niveau des agissements des sectes.

Femme Actuelle
Enquête et propos recueillis par François Mosnier

(*) Hayat El Mountacir: auteure de "Les enfants dans les sectes", éditions Fayard.

 

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