J'ai 25 ans, je suis né de parents TJ, aussi j'ai
grandi et été éduqué à la sauce TJ. Je pense qu'il y
a plusieurs "sauces", des éducations plus
strictes que d'autres, comme partout parmi les pratiquants.
Pour ma part, l'éducation a été souple, et je les
remercie de m'avoir inculqué des principes qui ne sont
pas du monopole des TJ : amour, sérieux, fidélité ...
Pour autant, je regrette de n'avoir pu fêter les anniversaires,
les fêtes de Noël... ces petits moments de bonheur qui
m'ont échappé. Mais enfin, ce n'est pas bien grave.
A 12 ans, j'ai décidé de prendre du recul. Du recul,
c'est le cas de le dire, puisque pratiquement du jour
au lendemain, j'ai décidé de tout arrêter (l'assistance
aux réunions, la prédication, les études bibliques etc.).
Un déclic en quelque sorte, face à des choses qui me
heurtaient.
Pour commencer, l'attitude des TJ vis-à-vis de ma
soeur. Elle avait 14 ans, et venait en jupe à mi-genoux
aux réunions. Cela a suscité des "crises"
à la maison, ma soeur voulant s'habiller comme bon lui
semblait du moment que ce n'était pas indécent, ma mère
ne supportant pas les médisances de certains sur l'éducation
qu'elle recevait, les mises en garde des "anciens"
selon lesquelles ma soeur était une jeune femme qui
ne devait pas porter de tenue provocante, mon père essayant
de calmer le jeu (il était ancien)... Pour ma part,
du haut de mes 12 ans, j'étais révolté par ces médisances
(ca parlait beaucoup dans le dos...) et par ce diktat
vestimentaire.
Je tenais déjà beaucoup à ma liberté de choix, et
j'y pensais. Je pensais au fait que je ne voulais pas
que l'on m'oblige à me marier avec une femme dans "la
vérité". Je voulais avoir ma liberté de choix.
Je ne voulais pas qu'on m'oblige à aller annoncer à
un ancien mon désir de me marier : je trouvais inadmissible
qu'un jeune couple doive s'entretenir avec un ancien
sur leur projet de mariage, pour avoir en quelque sorte
un agrément... Et puis surtout, je ne voulais pas attendre
de me marier pour aimer, sortir avec des filles, aller
à des anniversaires, des fêtes entre copains... Bref,
je voulais vivre, et je me sentais "enfermé".
Je ne voyais pas d'avenir libre dans "la vérité".
Et cette vérité, je l'ai de plus en plus contesté ...
Pour le moindre petit problème de la vie, les TJ
proposait une solution lors des prédications. Vous avez
perdu un être cher ? Voici le tract. Vous venez de divorcer
? Voici le tract. Je trouvais que c'était de l'exploitation
de la misère humaine, pour les amener dans un monde
qui n'était finalement guère mieux: parmi les TJ, il
y avait tous ces problèmes, et ils n'étaient pas réglés
pour autant.
Autre chose que je trouvais inadmissible : celle
de ne plus parler avec les "exclus", alors
que les TJ ressassaient sans cesse qu'il fallait aimer
son prochain. Du jour au lendemain, on ne devait plus
parler à la personne, la fuir comme la peste. Seuls
les anciens avaient le droit d'aller lui rendre visite
pour, éventuel- lement, la faire revenir dans "la
vérité". J'ai perdu des copains lors de mes 10-12
ans, et j'en ai beaucoup voulu à l'organisation. J'ai
écouté, bêtement, mais vivement remonté.
J'ai toujours été choqué par certaines images dans
les publications: des monstres, des serpents, des têtes
de méchants, des scènes de combat ... Je trouvais ça
horrible, et je me disais inconsciemment, depuis quelques
temps déjà, que quelque chose ne tournait pas rond.
Enfin, c'est en faisant des recherches sur Internet
que j'ai découvert beaucoup de choses concernant les
TJ, des choses que moi, enfant né chez les TJ, on ne
m'avait jamais dites : les fausses prophéties, les images
subliminales, les problèmes liées aux prétendus substituts
sanguins, les témoignages des anciens TJ ... Ca a été
la goutte d'eau. J'ai cherché à avoir des réponses auprès
des TJ, en vain. Internet, c'était le monde de "Satan".
Et à 12 ans, sans être baptisé, j'ai quitté ce que
je considère être une secte. J'ai vécu une adolescence
heureuse, libre, avec mes déceptions et mes réussites,
et aujourd'hui je suis fier d'être un homme de 25 ans
libre dans ses actes et ses pensées. Je suis en couple
depuis 3 ans, j'ai un enfant à venir, un bon travail,
et je ne vois pas comment j'aurai pu être mieux parmi
les TJ.
Mon père était ancien (le plus haut "gradé"),
et au bout de 35 ans, il a jeté l'éponge, constatant
que mani- festement cette organisation ne détenait pas
la vérité. Je ne crois pas utile de m'exprimer à sa
place, lui seul peut expliquer comment il en est arrivé
là. Mais je dis : quel courage ! Après 40 ans de bons
et loyaux services, après avoir épluché les écrits des
TJ et la Bible pendant 40 ans, après avoir géré pendant
20 ans une congrégation, il a été capable de se rendre
compte que cette organisation était une secte qui endoc-
trinait ses membres, dont lui. Les TJ diront que c'est
un apostat ... Quelle reconnaissance ! Quel respect
! Quelle tolérance ! Eux-mêmes n'auront sûrement pas
le quart des connaissances des TJ que lui a, ni même
fait le quart de tout ce qu'il a fait pour eux ... Peut-être
devraient-ils eux-aussi ouvrir les yeux ... Même si
la rupture a été difficile, car du jour au lendemain
on perd toutes ses relations, tous ses prétendus "amis"
(ce qui est la crainte majeure des TJ qui sont dans
le doute), il s'en est sorti, et vit avec ma mère une
couple libre et heureux. Et je suis fier d'être l'une
des causes de leur ... bonheur et de leur liberté.
J'ai demandé un jour à mes parents ce qu'ils auraient
fait si j'avais été accidenté et si j'avais eu besoin
de sang. Ils m'ont répondu qu'ils auraient suivi l'avis
des médecins si les substituts n'étaient pas suffisants,
mais qu'en aucun cas ils empêcheraient l'administration
de sang si cela m'était vital. Par amour, ils n'auraient
jamais accepté. Je crois que c'est le cas de beaucoup
de TJ : il ne faut pas oublier que beaucoup sont parents,
et que si, a priori, ils refusent les transfusions sanguines,
ce sont des parents avant tout qui feront tout pour
sauver leur enfant.
En conclusion, je dirai que les TJ sont une secte
pour une seule et bonne raison : l'aliénation de la
liberté, la liberté de choix, la liberté de penser,
la liberté d'agir, selon ses valeurs et sa conscience.
Chez les TJ, il n'y a pas plus de bonheurs ou de malheurs
qu'ailleurs. Il y a les mêmes imperfections qu'ailleurs.
Il y a des gens exécrables et des gens bons. Finalement,
que ceux qui y sont heureux y restent. Que ceux qui
ne s'y sentent pas bien en sortent, tout simplement.