Ils l'ont dit publiquement

POUR EN FINIR AVEC LA CRISE DES CARICATURES

Proposition neuchâteloise au sujet de la sépulture de défunts musulmans (L'Hebdo, Courrier des lecteurs - 2 mars 2006)

Pourquoi les modérés ne prennent-ils pas la parole ? (L'Hebdo, Courrier des lecteurs - 2 mars 2006)

Soit l'on choisit la liberté, que certains, toujours, jugeront irrespectueuse; soit le respect, c'est-à-dire la censure, et la liberté n'existe plus (L'Hebdo, Courrier des lecteurs - 2 mars 2006)

Là où la religion fait la loi, on est proche du totalitarisme (Le Monde -7 février 2007)

CONSTRUISONS LA SUISSE ENSEMBLE !

L'Hebdo - 2 mars 2006 - Courrier des lecteurs
[Texte intégral]
«Musulmans de Suisse : que faut-il leur concéder?» (Hebdo N° 7)

Votre dossier met en lumière une question fondamentale pour la Suisse et l'Europe : celle de l'intégration d'une tradition religieuse non chrétienne. A cet égard, la proposition neuchâteloise au sujet de la sépulture de défunts musulmans est à mon avis exemplaire.

Les organisations musulmanes du canton de Neuchâtel demandaient un cimetière privé pour ensevelir leurs morts selon leurs rites. S'appuyant sur une pratique de la laïcité de coopération (par opposition avec une laïcité de l'exclusion), le Conseil d'Etat a proposé une solution de compromis : à savoir des tombes de longue durée dans les cimetières publics (possibilité offerte d'ailleurs aussi à des non-musulmans), corps ensevelis dans la direction de La Mecque, mais à l'intérieur d'un cercueil, etc.

Résultat de multiples et longues discussions, cette solution a exigé des responsables musulmans, comme des responsables politiques, de convaincre leurs «ouailles». Les associations musulmanes ont vu qu'elles pou- vaient, par la voie du dialogue et de la concertation, faire valoir leurs opinions, tout en tenant compte des convictions du pays dans lequel elles étaient venues s'implanter. La démocratie y a gagné.

La culture du dialogue propre à la Suisse suppose qu'on se positionne avec conviction, qu'on s'intéresse aux propositions d'autrui, qu'on soit convaincu que personne ne détient la vérité. Rien à voir avec une résignation qui frise l'indifférence ni avec une fascination pour ce qui vient d'ailleurs ni enfin avec des prises de position à l'emporte-pièce !

Les Eglises réformées de Suisse n'ont d'ailleurs pas attendu la crise des caricatures pour créer des plates-formes interreligieuses instaurant le dialogue entre les religions !

En tant que pasteure et présidente d'une Eglise réformée, je suis très attachée :

  • à une liberté qui soit «écologique», c'est-à-dire bonne pour moi et pour l'autre;
  • à une place pour la femme, dans l'Eglise et la société, à l'égal de l'homme;
  • à une distance critique qui laisse place à l'humour, même à l'égard de ma propre pratique religieuse;
  • au rôle de l'Etat qui régule le religieux dans la société (contre un libre marché du religieux ou un Etat religieux).

«Vont-ils faire la loi ?», s'interroge L'Hebdo, à propos des musulmans de Suisse. Non ! La société multire- ligieuse suisse, nous la construirons ensemble. Il ne s'agit donc ni de renoncer à ce qui nous tient à coeur ni d'entrer dans une lutte de pouvoir, mais de promouvoir nos convictions et d'entamer le dialogue. Lenjeu est de taille, de lui dépend l'avenir de la société suisse et européenne ! Merci à L'Hebdo de lancer la discussion!

Isabelle Ott- Bächler
Pasteure et présidente du Conseil synodal de l'Église réformée de Neuchâtel

POURQUOI LES MODÉRÉS NE PRENNENT-ILS PAS LA PAROLE ?

L'Hebdo - 2 mars 2006 - Courrier des lecteurs
[Texte intégral]
 
«Musulmans de Suisse : que faut-il leur concéder?» (Hebdo N° 7)

Que faut-il concéder aux musulmans de Suisse ? Rien, répond Chantal Tauxe dans votre page débat. Je suis absolument d'accord avec elle. La manifestation sur la place Fédérale était une grande erreur et a choqué plus d'une personne. Ne soyons plus naïfs, mais vigilants.

Je suis très déçue du manque de fermeté de la part du Conseil fédéral.

A propos des revendications de Nadia Karmous, il faut réagir et dire non. Les femmes de ce pays ont lutté longtemps pour leurs droits, et nous n'allons rien concéder.

Lors d'une manifestation contre les caricatures en Allemagne par exemple les sexes étaient séparés, ceci est très grave sur la place publique. Et il ne faut pas que la loi protège l'islam, on a le droit de critiquer les religions.

C'est facile de se poser toujours en victime ... Où sont les musulmans modérés ?

Pourquoi ne prennent-ils pas la parole?

Michèle Jost, Bulle

PLUS D'INSOLENCE !

L'Hebdo - 2 mars 2006 - Courrier des lecteurs
[Lettre coupée par la rédaction de l'Hebdo]

«Des fous du dessin aux desseins des fous» (Hebdo N° 6)

L'affaire des caricatures en fait surgir d'autres. D'abord, la caricature de la laïcité, que l'on confond avec l'irréligion. Or on peut être laïque et croyant. Fondée sur la liberté absolue de conscience, la laïcité défend le droit de croire, celui de ne pas croire et celui de changer d'avis en matière de morale. Tout comme elle protège tout un chacun contre les prétendues identités religieuses, tribales, coutumières, qui ne sont rien d'autre, et depuis toujours, que des prisons.

Ensuite, elle fait surgir cette caricature de l'islam qu'est l'islamisme. L'Islam est une civilisation qui, dans l'espace et le temps, représente plusieurs civilisations, toutes dignes du plus grand intérêt. L islamisme en est la caricature totalitaire et ne mérite qu'une chose: que tous les démocrates le combattent sans états d'âme excessifs.

La question de savoir comment conjuguer liberté d'expression et respect est sans solution. Soit l'on choisit la liberté, que certains, toujours, jugeront irrespectueuse; soit le respect, c'est-à-dire la censure, et la liberté n'existe plus.

Le discours compassé, compassionnel du «respect» n'est rien d'autre qu'un discours communautariste et totalitaire.

Il est encore permis de préférer une autre valeur (...) plus nécessaire que jamais : cela s'appelle l'insolence.

Yves Scheller,
Président de l'Association suisse pour la laïcité. Genève
 
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PROCÈS D'UN AUTRE ÂGE

A propos du procès de Charlie Hebdo poursuivi pour avoir publié
trois dessins jugés racistes représentant Mahomet
Le Monde du mercredi 7 février
[Extrait]

II y a des principes intangibles, aussi anciens que les combats qui ont permis à la France de devenir une démocratie respectueuse des libertés et des droits de l'homme. Dans un Etat laïque, aucune religion - comme aucune idéologie - n'est au-dessus des lois.

Là où la religion fait la loi, on est proche du totalitarisme

Dans un Etat de droit, les personnes qui pratiquent une religion ne doivent pas être insultées ou faire l'objet de discriminations fondées sur leurs croyances. La laïcité ne se confond pas avec une quelconque «religionphobie».

(...)

Les avocats des plaignants se défendent de faire le procès de la liberté d'expression, fustigeant à travers les dessins incriminés «un message raciste qui assimile tout musulman à un terroriste islamique». Ils invoquent la loi, qui effectivement des limites claires à la liberté d'expression (racisme et antisémitisme, notamment). Mais, en l'espèce, dans le dessin de Cabu, la distinction est sans ambiguïté entre islamistes en particulier et les musulmans en général.

L'exercice de la liberté d'expression suppose le respect de règles sans lesquelles la coexistence entre différentes communautés ethniques ou religieuses au sein d'une même société devient impossible. Mais le procès de Charlie Hebdo est celui d'un autre âge, d'un autre temps. Même si les plaignants n'invoquent pas cet argument, il faut avoir en mémoire que ce qui a déclenché la polémique, c'est la représentation du prophète Mahomet, qui, aux yeux de l'islam, est un blasphème. On est donc en présence d'une querelle obscurantiste.

Ce procès, dont aurait dû faire l'économie, sera toutefois utile s'il rappelle que la liberté d'expression ne saurait être encadrée par une police de la pensée. Comme les idéologies, les religions sont tout à fait respectables, mais elles ne peuvent être soustraites à l'analyse, à la critique, à la dérision.

Des politiques, comme François Hollande et François Bayrou, des intellectuels, comme Taslima Nasreen, écrivain dont le roman publié au Bangladesh a entraîné une fatwa contre elle, viendront rappeler ces principes de base. Sans le respect desquels la France ne serait plus tout à fait une démocratie.

Le Monde -7 février 2007

LA «LIBERTÉ DE SOURIRE DE TOUT»

"Je préfère l'excès de caricatures à l'absence de caricature, écrit Nicolas Sarkozy (ministre français de l'Intérieur) dans une lettre au directeur de la publication de Charlie Hebdo, Philippe Val, lue à l'audience par l'avocat de ce dernier, Me Georges Kiejman.

Dans cette lettre, le ministre de l'Intérieur, qui souligne avoir été "souvent la cible privilégiée de Charlie Hebdo"prend le parti de cette publication au nom de la "liberté de sourire de tout".

Source : Reuters - 7 février 2007