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PROCÈS
D'UN AUTRE ÂGE
- A propos du procès de Charlie Hebdo poursuivi pour avoir
publié
- trois dessins jugés racistes représentant Mahomet
- Le
Monde du
mercredi 7 février
- [Extrait]
II
y a des principes intangibles, aussi anciens que les
combats qui ont permis à la France de devenir une démocratie
respectueuse des libertés et des droits de l'homme.
Dans un Etat laïque, aucune religion - comme aucune
idéologie - n'est au-dessus des lois.
Là où la religion
fait la loi, on est proche du totalitarisme
Dans un
Etat de droit, les personnes qui pratiquent une religion
ne doivent pas être insultées ou faire l'objet de discriminations
fondées sur leurs croyances. La laïcité ne se confond
pas avec une quelconque «religionphobie».
(...)
Les avocats des plaignants se défendent de faire le
procès de la liberté d'expression, fustigeant à travers
les dessins incriminés «un message raciste qui assimile
tout musulman à un terroriste islamique». Ils invoquent
la loi, qui effectivement des limites claires à la liberté
d'expression (racisme et antisémitisme, notamment).
Mais, en l'espèce, dans le dessin de Cabu, la distinction
est sans ambiguïté entre islamistes en particulier et
les musulmans en général.
L'exercice
de la liberté d'expression suppose le respect de règles
sans lesquelles la coexistence entre différentes communautés
ethniques ou religieuses au sein d'une même société
devient impossible. Mais le procès de Charlie Hebdo
est celui d'un autre âge, d'un autre temps. Même si
les plaignants n'invoquent pas cet argument, il faut
avoir en mémoire que ce qui a déclenché la polémique,
c'est la représentation du prophète Mahomet, qui, aux
yeux de l'islam, est un blasphème. On est donc en présence
d'une querelle obscurantiste.
Ce
procès, dont aurait dû faire l'économie, sera toutefois
utile s'il rappelle que la liberté d'expression ne saurait
être encadrée par une police de la pensée. Comme les
idéologies, les religions sont tout à fait respectables,
mais elles ne peuvent être soustraites à l'analyse,
à la critique, à la dérision.
Des politiques, comme
François Hollande et François Bayrou, des intellectuels,
comme Taslima Nasreen, écrivain dont le roman publié
au Bangladesh a entraîné une fatwa contre elle, viendront
rappeler ces principes de base. Sans le respect desquels
la France ne serait plus tout à fait une démocratie.
Le
Monde -7 février 2007
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