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La
foi peut également rendre malade
par
Laurent Aubert
RELIGION
| Une étude menée par l’Université
de Zurich et celle de Bochum (D) montre que la foi n’est
pas toujours un réconfort. Dans certains cas,
elle peut contribuer à l’aggravation de troubles
psychologiques ou de dépressions.
- ©
David Turnley/ CORBIS
- Les
croyants qui ont reçu une éducation
religieuse culpabilisante peuvent considérer
la perte
- d’un
proche comme la punition de leurs péchés.
Pour le théologien Thomas Römer,
les prêtres
- doivent prendre
conscience de la représentation effrayante
de Dieu qu’ont certains de leurs fidèles.
«Nous
pensions établir une relation entre la ferveur
religieuse et la capacité à surmonter
les épreuves, mais nous avons été
très surpris de constater que tel n’était
pas le cas.» Médecin-chef à la Policlinique
universitaire de Zurich, Bernd Krämer cosigne une
étude réalisée en collaboration
avec l’Université de Bochum sur le sentiment
religieux et le bien-être psychologique.
Les
chercheurs ont interrogé 328 chrétiens
pratiquants en Suisse, de confession réformée,
catholique et évangé- lique. Ces personnes
avaient en commun d’avoir toutes traversé une
épreuve au cours de ces dernières années:
conflit social, maladie grave, traumatisme, deuil.
Au
fur et à mesure des entretiens, un fait dérangeant
s’est imposé aux scientifiques: Dieu n’est pas
forcément douceur et consolation pour ces âmes
en peine. D’une part, ils constatent une relation indiscutable
entre une image négative de Dieu et des signes
de dépression, d’angoisse et de mal-être.
D’autre part, aucun effet positif de la religion sur
ces affections psychologiques ne ressort. «Nous
avons même des indices clairs qu’une représen-
tation négative de Dieu peut entraîner
des problèmes psychologiques.»
Doutes
et interrogations
Vice-doyen
à la Faculté de théologie de Lausanne,
Thomas Römer n’est pas franchement surpris par
ces conclu- sions: «L’étude des grands
écrits religieux montre que les gens très
engagés traversent aussi des périodes
intenses de doute et d’interrogation.»
A
côté des mystiques, les croyants ordinaires
ne sont pas épargnés non plus. «Lors
de conférences publiques, je recueille souvent
les témoignages de gens qui ont conservé
l’image d’un Dieu justicier, traumatisés qu’ils
ont été par une pédagogie religieuse
culpabilisante, telle qu’elle était encore dispensée
jusque dans les années 1970», poursuit
le professeur Römer.
Mais,
comme le souligne Bernd Krämer, le phénomène
de la religion facteur de dépression n’est pas
circonscrit au catholicisme ou à des générations.
«Nos recherches ne permettent pas de le relier
à une confession ou à un type d’éducation.
Il y a là un point à explorer.»
Thomas Römer l’admet d’ailleurs aisément:
«La doctrine de la prédes- tination affirmée
par Calvin distingue entre les élus et les condamnés.
Elle peut amener certains réformés à
imaginer qu’ils appartiennent à la seconde catégorie
lorsqu’ils sont accablés par les malheurs. S’ils
ont, en sus, le sentiment d’être de bons chrétiens,
ils peuvent développer l’image d’un Dieu arbitraire.»
Châtiment
divin
De
fait, l’étude montre que les personnes qui ont
une représentation d’un Dieu vengeur ou justicier
ont tendance à considérer la maladie ou
la perte d’un proche comme la punition de leurs péchés.
Ou alors elles se lamentent sur leur sort: «Pourquoi
Dieu me traite-t-il de la sorte, moi qui ai toujours
obéi aux préceptes chrétiens ?»
S’ils
laissent de telles questions sans réponse, les
chercheurs concluent tout de même que le personnel
soignant devrait être plus attentif à la
représentation que leurs patients se font de
Dieu. «Effectivement, il ne suffit pas de leur
dire «Vous croyez en Dieu, c’est bien»,
reconnaît Thomas Römer. En outre, le théologien
estime que les prêtres doivent réaliser
à quel point certains de leurs fidèles
ont une représentation effrayante de Dieu.
Commentaire
d'un lecteur:
Par
Pemesanio le 04.03.2009 - 08:10
Ce
n'est pas la foi qui rend malade. Ce qui rend malade,
c'est la peur baptisée foi par des hiérarchies
sectaires et/ou ecclésiastiques qui, pour assoir
leur pouvoir, ont instrumentalisé le besoin vital
de spiritualité des gens. La foi au vrai sens
se transmet par l'exemple d'une vie d'amour et celle-ci
n'est jamais "punie" dans le sens donné
par ces hiérarchies.
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