RETRO. Chaque mercredi, cet été, nous vous proposons de revivre les articles
les plus marquants de cette année 2007-2008. En février dernier, nous nous
étions penchés sur les mouvements sectaires à Rennes. La ville est plutôt active
en matière de dérives sectaires. Autant dire que l'ADFI, association pour la
défense de la famille et de l'individu, a du pain sur la planche, en témoigne la
montagne de dossiers qui trône dans ses armoires.
Et le moins que l'on puisse dire c'est que Rennes et ses environs ne sont pas
les derniers, depuis 30 ans, en matière d'histoires à faire froid dans le dos.
Dans les années 80 par exemple, l'ADFI dénonçait déjà la dangerosité du
tristement célèbre Ordre du temple solaire. «Luc Jouret
(ndlr: le fondateur de l' Ordre du temple solaire) donnait des
conférences à Rennes. Une femme est venue nous voir pour tenter de sortir sa
nièce de l'Ordre. Nous avons prévenu les autorités qui nous ont dit qu'il
s'agissait d'un mouvement sans importance ...» Dix ans plus tard, la
France tremblait devant les images des suicides collectifs à la télévision, au
nombre desquels figurait la jeune femme.
Bien-être, développement personnel
... un
terreau favorable
Les histoires, depuis cette époque, sont nombreuses dans les
environs et l'association a pu assister à une véritable transformation dans la
forme prise par cette menace. «Dans les années 70, nous étions plutôt dans
le monde du rêve, de la liberté, on voulait changer le monde. Il y a eu
plusieurs cas d'étudiants qui se sont laissés «piéger», sur le campus de
Beaulieu par exemple, situé en pleine nature, un peu esseulé.»
Aujourd'hui, à en croire l'ADFI, ce genre de dérive frappe
davantage le monde du bien-être, du développement personnel. «Elles
répondent plus à un mal-être, un stress, à un besoin de développer toujours plus
ses capacités...» Chant, musique, danse, sophrologie, yoga
... le secteur
loisir et bien-être serait visiblement très infiltré, bien que la majorité de
ces associations, précise l'ADFI, semblent tout à fait claires.
«Je pense par exemple à Sahaja Yoga, qui est un mouvement à
dérive sectaire reconnu et auquel nous avons eu affaire, ici, à Rennes. Et le
pire est qu'ils exposaient l'année dernière au salon du Bien-être, à
Saint-Jacques.» On lui doit, ici dans la région rennaise, l'affaire du
petit Yoann, entraîné dans ce mouvement par ses parents, début des années 90.
«Il avait été envoyé dans un ashram en Inde. Ses grands-parents ont essayé
de le récupérer, ils ont gagné devant un tribunal, mais le jugement n'a jamais
été appliqué et ils ne l'ont revu qu'épisodiquement.» On estime
qu'aujourd'hui, en France, environ 70 000 enfants seraient confrontés à
l'influence d'une secte.
Autre mouvement présent à Rennes et reconnu comme sectaire par
le rapport parlementaire de 1996, la FBU, Fraternité blanche universelle. Tout
un programme... «Ils vendent notamment des ouvrages de son leader, Mikhaël
Ivanhov, sur le développement personnel et la relaxation.»
Etudiants, méfiance !
En dehors de ce secteur bien-être et développement personnel,
les étudiants, dont la solitude, la curiosité parfois, sont récupérées au compte
de ces mouvements, sont également des cibles privilégiées. C'est le cas de ce
groupe, (ndlr : dont nous ne pouvons pas révéler le nom pour des raisons
juridiques. En effet, ils n'ont pas encore été reconnus comme ayant des
activités à caractère séctaire. Cependant des grosses présomptions pèsent sur
eux) «... et qui use de méthodes très musclées d'endoctrinement. On les
voit beaucoup sur les campus rennais, à la sortie des métros. Ils sont faciles à
reconnaître, ils sont là avec un chevalet.»
L'Eglise de la scientologie aurait également élu domicile sur
les campus et autres lieux publics, proposant du soutien scolaire, des tests de
personnalité... «... ou d'augmenter de 10% vos capacités intellectuelles.
C'est toujours attrayant à l'approche des examens...»
En une année, l'ADFI fait face à plus d'une cinquantaine de
mouvements de ce genre sur Rennes et ses environs.
Éviter ou soigner le mal
Mais alors, comment reconnaître un mouvement à caractère
sectaire quand on en croise un ? «L'association, le groupe... appelle par
exemple à reverser un certain pourcentage de votre salaire, vous rend de moins
en moins disponible, vous pousse à un rejet de vos proches. Le plus souvent ce
genre de mouvement prétend détenir la vérité, connaître le sens de la vie et
organise des stages, des conférences payantes.» Mais plus que tout,
conseille l'ADFI, posez-vous des questions lorsque l'organisme annonce d'entrée
de jeu: «Attention, nous ne sommes pas une secte !»
Parfois, malheureusement, le mal est fait et c'est là que
l'ADFI intervient. L'écoute est la première solution qu'elle apporte, notamment
aux familles de victimes. «Lorsqu'il y a un doute, il faut garder un maximum
de documents, de tracts, d'adresses, de numéros de téléphone ... Ça peut nous
interpeller. Si ça se passe dans la forêt de Paimpont par exemple, ce
n'est pas la scientologie ! Là on est plutôt dans le domaine de l'ésotérisme.» Mais surtout, l'association conseille de ne jamais couper le
contact, de toujours garder un échange avec la victime, aussi difficile que cela
puisse paraître.
Quant à la loi et bien, pas grand chose à faire si la victime
est majeure, malheureusement. Votre époux décide tout à coup de devenir
végétalien ? C'est son choix. De stopper son traitement médical ? C'est son
choix.
Ainsi, ce genre de dérive peut frapper n'importe qui, n'importe
quand : «Il y en a pour tous les goûts !» Le stress au travail, dans
les études, la volonté de faire toujours mieux dans son entreprise, toujours
plus vite... «A Rennes et dans beaucoup de petits villages tout autour il se
passe des choses», explique l'ADFI, qui conseille tout de même de ne pas
tomber dans la psychose. «Allez assister à des conférences, c'est très bien.
Écoutez, mais
si des choses vous interpellent, allez chercher d'autres réponses ailleurs. Il
faut toujours rester acteur et pas consommateur.»
* Toutes les organisations citées ici ont été reconnues à dérive sectaire par
la Commission d'enquête parlementaire sur les sectes de 1996.