- George Fenech,
un magistrat
courageux
- luttant contre
les dérives sectaires
Quelques
propos du magistrat George Fenech à l'émission
de Christophe Dechavanne :
- "La France
est en pointe contre les dérives
sectaires. Ce qui compte c'est
à partir de quand on enfreint
l'ordre républicain.
-
- La justice, à mon
avis, a été un peu
lente à réagir face
à un phénomène qui
nous a dépassé.
Nous ne comprenions
pas ce phénomène
et comment le combattre
avec les textes
de lois
existants.
-
- Les parquets doivent
réagir plus rapidement.
-
- Il n'y a aucune
sphère de pouvoir
qui ne soit préservée
de l'infiltration.
-
- Il y a insuffisance
de conscience de
la dangerosité de
certaines sectes.
-
- On touche du doigt
ici, ce soir, la
violence déjà verbale,
...
inouïe. Imaginez
la violencesur
des mineurs, sur
des personnes vulnérables,
qui ne sont pas
sur un plateau de
télévision,
qui sont dans une
structure totalitaire,
fermée à l'abri
des regards, ce
qu'ils peuvent
endurer. Au moins
ces témoignages
ont le mérite de
montrer à quel point
on peut
arriver à des débordements."
-
UN JUGE PARLE
- Extrait
du livre de George Fenech : "MAIN
BASSE SUR LA JUSTICE",
- éditions
J.C. Lattès, isbn 2-7096-1773-0
M. Georges FENECH a été juge d'instruction du long procès contre la
scientologie à Lyon (1989-1997). Il a été président de l'association
Professionnelle des Magistrats, auteur du livre "Main Basse sur la Justice" dont
est tiré ce passage.
Le fléau des sectes. (pages 266 à 268 de"Main Basse sur la
Justice")
Les juges se retrouvent seuls face au terrorisme, its le sont aussi face à ce
nouveau fléau, au moins en amplitude, que représentent les sectes Ayant eu
moi-même a instruire le dossier de "l'Eglise de scientologie", j'ai pu éprouver
toutes les difficultés de cette tâche.
Juillet 1990.
Des dizaines d'adeptes repentis de la scientologie viennent me trouver,
réclamant de la Justice l'écoute qui leur fait défaut ailleurs. Pris de vertige,
je découvre les arcanes d'un monde secret avec ses codes, son langage, ses
rites. J'interroge autour de moi et vois les portes se refermer une à une.
Au
conseil de l'Ordre des Médecins, l'on est peu enclin à se prononcer sur d'éventuels exercices illégaux de la médecine; au bureau des cultes du ministère
de l'Intérieur, l'on me fait comprendre que d'éventuelles mesures pourraient
être prises, mais après que la Justice se sera prononcée.
Sage prudence des uns
et des autres : rien, en effet, ne me sera épargné; les policiers du S.R.P.J.
de Lyon accusés de hold-up ; l'expert-psychiatre Jean-Marie Abgrall, traîné
devant toutes les juridictions de France et deNavarre [Pour ces faits,
leurs responsables seront condamnés le 11 octobre 1996 par le tribunal
correctionnel de Toulon à des peines allant jusqu'à 18 mois d'emprisonnement
avec sursis et 50'000 FF d'amende.] ; moi-même gratifié de deux procès
en Suisse, d'une trentaine de plaintes pour atteinte à la liberté ainsi que
violation du secret de l'instruction tant à Lyon qu'à Paris, avec, en prime, une
requête en suspicion légitime devant la chambre criminelle de la cour de
Cassation, sans compter la surveillance attentive d'un ancien membre des
"gendarmes de l'Elysée" reconverti comme détective privé ou les milliers de
recommandations arrivées sur mon télécopieur m'intimant de cesser mon oeuvre "inquisitoriale".
A quoi s'ajouteront le concert de protestations des
"apôtres " célèbres - la cantatrice Julia Migenes Johnson et le comédien Xavier
Deluc feront le voyage de Lyon, ainsi que, semble-t'il, un sordide complot ourdi
par un mystérieux agent F10 gravitant dans les sphères du pouvoir [Selon
L'Evènement du Jeudi et Serge Faubert, Une secte au coeur de laRépublique, ed.
Calmann-Uvy, 1993] . Au terme d'un véritable parcours du combattant, je
finis tant bien que mal par clôturer mon instruction en juillet 1994.
Il faudra
attendre encore deux années avant que l'affaire ne soit audiencée. Entretemps
s'est déroulé, dans le Vercors, l'horrible drame de l'Ordre du Temple solaire,
et le garde des Sceaux, Jacques Toubon, a dû adresser des instructions écrites
au parquet. A ce rythme, un an de plus et la prescription aurait été acquise
[Il est vrai que la magistrature lyonnaise était fort accaparée par les
affaires Noir, Botton, Mouillot, Carignon ]
Le 8 octobre 1996, à l'issue de huit journées d'audience, l'un des avocats de
la défense, maître Maisonneuve, déclare à la télévision "Je me demande si, dans
cette affaire, le juge ne s'est pas substitué au législateur."
La remarque est
grave
En un sens, it est inutile de se voiler la face : les pouvoirs publics n'ont jamais abordé de front le problème des sectes même si des hommes politiques
tels que les députés A. Vivien en 1985 et A. Gest [dont le message
d'encouragement, le 24 Janvier 1996, me fit un grand bien : qu'il en soit ici
remercié] en 1995 ont su courageusement lever le voile à l' occasion de
rapports remarquables.
Place Vendôme, la volonté d'agir n'est pas apparue
d'emblée, comme le souligne le rapport de la commission d' enquête accusant un
certain retard dans la transmission même des informations [En date du 22
Décembre 1995]. Cette frilosité est d'autant moins compréhensible que les
R.G. évaluent à 160'000 adeptes au moins occasionnels et 100'000 sympathisants
le nombre de nos concitoyens mêlés aux groupes sectaires.
Comme le notait Claude
Pernollet, le président de l'US.M., le 19 octobre 1996, après avoir analysé la
crise de confiance qui règne dans le pays et le fait que les Français se
tournent de plus en plus vers la Justice : "Notre pays, état de droit, ne doit
pas devenir une société contentieuse pour autant, le front judiciaire n'est pas
une panacée." Je m'accorde avec sa pensée. Elle fait d'ailleurs, pour moi, écho
au point de vue de M. Vivien selon lequel "Il ne faut pas créer de législation
particulière au risque de faire apparaître les sectes pour des martyrs.
L'arsenal dont nous disposons est tout à fait suffisant. Ne suffit-il pas de
l'appliquer [le Figaro, 24 Avril 1992],"
Les sectes sont bien un fléau
et la réponse à celui-ci ne peut être simplement judiciaire; il y faut aussi une
volonté sociétale politique.
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