Définition du mot secte

QU'EST-CE QU'UNE SECTE ?

Me François Bellanger, directeur du CIC, le Centre intercantonal d'information sur les croyances:

Albert Longchamp, jésuite et rédacteur en chef de l'«Echo illustré»:

Bernard Bertossa, ex-procureur général du canton de Genève:

Eric Fuchs, professeur de théologie à l'Université de Genève:

Enquête parlementaire (France):

Jean-Marie Abgrall, psychiatre expert auprès des Tribunaux:

Arnaud Palisson, chercheur universitaire:

Steve Hassan:

Antonio Fischetti, journaliste d'investigation:

Association ADFI (France):

Comment reconnaître une secte nuisible ?

Vidéo: Interview du professeur François Bellanger

Interview de Me François Bellanger, professeur de droit à l'Université de Genève et président du Centre intercan- tonal d'information sur les croyances (CIC). «On assiste à une forte tendance de tout ce qui est de l'ordre du développement personnel et des religions de guérison. Les mouvements évangéliques sont très présents».

Extraits de l'émission "Faut pas Croire" - 30 janvier 2010
(Télévision suisse romande TSR)

Mais au fait, qu'est-ce qu'une secte ?

Albert Longchamps, Jésuite
et rédacteur en chef de l'«Echo illustré

Définition introuvable !

Les Eglises combattent les sectes et la société les condamne. «Il faut créer un délit de secte», exigent certains. Impossible sans une solide définition préalable du mot «secte». Or, aucune entente n'existe à ce sujet !

L'usage courant est constamment péjoratif. Voisin de «section», le mot «secte» qualifie une dissidence ou le fractionnement d'une communauté antérieure. Ainsi le christianisme, à ses débuts fut-il traité de «secte» de Christ!

Pour plus de précision le dictionnaire ne nous est d'aucun secours. Larousse ou Robert restent dans le vague et les généralités:«Réunion de personnes qui professent une même doctrine», «nom donné à ceux qui se sont détachés d'une communion principale». Problème: suivant cette dernière définition, par exemple, l'Eglise anglicane, serait une secte au regard de Rome, et l'Eglise méthodiste une secte pour l'anglicanisme, etc.

Les sociologues voient dans une secte «un groupement contractuel de volontaires qui partagent une même croyance».

Qu'est-ce qui différencie alors une secte d'une Eglise ?

La notion de groupement restreint, la recherche de fortes convictions et la soumission à l'autorité sans partage du fondateur ou d'un leader charismatique, sont ajoutées parfois à la définition élémentaire. Mais il faudrait compléter ces mentions par celles d'un univers clos, fréquemment secret auquel n'accèdent que d'initiés souvent hostiles au monde qui les entoure. A quoi les adeptes des «sectes» ont beau jeu de riposter en montrant du «sectarisme» chez leurs adversaires et beaucoup de «sectaires» dans les «grandes» Eglises et religions.

L'évaluation numérique, quant à elle, pose un problème insoluble: à partir-de quel nombre d'adeptes doit-on parler de secte et non d'«Eglise»?  Toutes les sectes, au demeurant, ne sont pas des dissidences chrétiennes et ne peuvent donc pas être définies par rapport aux structures chrétiennes.

«En définitive, ce qui définit une secte, c'est sa nocivité», affirme Jacques Trouslard, Ce qui suppose l'existence de preuves irréfutables, dans tel groupe «sectaire», de pressions morales et de conditionnements psychologiques. Cette définition «comportementale» est peut-être la seule à ouvrir un voie praticable dans le sens soit de la prévention, soit en cas extrême, de la répression.

Albert LONGCHAMP

Journal de l'Enseignement et de la Formation - 25 mars 1996

Mais au fait, qu'est-ce qu'une secte ?

Bernard Bertossa, ex procureur général
du canton de Genève

Notion inconnue du droit positif

La notion de secte est inconnue du droit positif. Le juriste est donc bien en peine de livrer une définition de ce phénomène. La connotation religieuse attachée au concept de secte empêche l'Etat lait d'intervenir directement dans ce domaine, sans s'exposer au risque de porter atteinte à la liberté de croyance.

Comment distinguer, sans risque d'arbitraire, la foi respectable de la déviance sectaire, sachant par exemple que, parfois, l'une comme l'autre s'attachent aux vertus salutaires de certains comportements fétichistes, ou prônent le respect inconditionnel des eneignements d'un maître infaillible ? A cela s'ajoute que le phénomène sectaire est loin de se limiter à des mouvements de nature religieuse. Ainsi par exemple, malgré sa dénomination, l'Eglise de scientologie n'a d'autre activité, ni d'autre but que l'exploitation commerciale de ses adeptes, par la vente d'un prétendu système de perfectionnement personnel, sans référence théologique propre.

Par la volonté du législateur démocratique, le juge est, donc neutre à l'égard du mouvement sectaire en tant que tel. Chacun est libre de ses adorations, que celles-ci lui soient dictées par un religieux sincère et inoffensif, par un charlatan érigé en gourou ou par une campagne publicitaire.

L'autorité se doit en revanche d'intervenir si, par son mode de recrutement ou par ses activités, la secte viole la loi commune. Si aucune loi n'est faite spécifiquement pour les sectes, aucune loi non plus ne dispense les adeptes et leurs maîtres de l'obligation de respect applicable à chacun.

Les pratiques sectaires sont parfois passibles du droit pénal (atteintes au patrimoine, à la santé ou à l'intégrité sexuelle des adeptes). Des sanctions pénales ne sont toutefois concevables que si elles se fondent sur des preuves suffisantes. Or les sectes «à risque» ont l'art d'effacer les traces de leurs crimes, ne serait-ce qu'en culpabilisant ceux qui en sont les victimes et les seuls témoins.

Bernard BERTOSSA, ancien procureur général du canton de Genève

Journal de l'Enseignement et de la Formation - 25 mars 1996

Mais au fait, qu'est-ce qu'une secte ?

Eric Fuchs, professeur de théologie
à l'Université de Genève

Sauvegarder la liberté d'expression

On peut la définir, en partant du verbe latin secare (couper, rompre, d'où le participe passé sectum); comme un groupe religieux en rupture avec le milieu religieux dont il est originaire, et en rupture radicale avec le milieu culturel et social environnant.

On peut aussi, à partir cette fois du verbe latin sequi (suivre, d'où provient le terme sectari, «sectateurs»), définir une secte comme un groupe qui suit un chef, reconnu comme un être d'exception, charismatique et porteur de révélations reçues de Dieu.

Ces deux caractéristiques sont fondamentales: tout groupement sectaire tire sa gloire des révélations particulières dont son chef fondateur a été l'objet et qui constituent son identité. Celle-ci doit être affirmée en opposition absolue à d'autres groupes similaires, et avant tout à l'égard du milieu d'origine du mouvement, dont on affirme s'être séparé parce qu'il était devenu infidèle, ou s'est montré rebelle aux nouvelles révélations du fondateur.

Ces caractères entraînent comme conséquences: une revendication de posséder la vérité qui conduit à une intolérance souvent sans limite et à un contrôle autoritaire, voire tyrannique, de la foi et de la vie personnelle des membres du groupe. Tout est soumis à l'autorité du chef, incarnation de la Vérité.

Autre conséquence: l'isolement des membres du groupe par rapport à la vie sociale. C'est particulièrement visible et cruel dans le cadre des relations familiales, qui sont soumises elles aussi à cette norme; ceux qui s'y refusent sont rejetés sans appel.

Tous ceux qui ne font pas partie du groupe sont voués à la perdition.

On note souvent un fort accent apocalyptique: nous sommes à la fin des temps, et la preuve en est justement le refus opposé à la Vérité par la majorité des contemporains. Tout refus ne fait ainsi que renforcer la certitude des membres d'être dans la vérité et de faire partie du petit groupe des élus, qui seront sauvés lors du cataclysme final.

On peut comprendre que l'attrait des sectes s'explique par le besoin de sécurité et d'encadrement d'êtres qui se sentent désécurisés par une société matérialiste et indifférente aux questions religieuses, où la question du sens de la vie est renvoyée au choix individuel de chacun. De ce point de vue, la multiplicité des sectes devrait poser une question à notre société sur son rapport aux réalités religieuses...

Il me semble que le seul critère pour juger de la dangerosité d'un groupe sectaire est éthique: comment les trois questions premières du pouvoir, de l'argent et de la sexualité y sont-elles traitées ? Les membres du groupe sont-ils soumis à la tyrannie d'un gourou, exploité financièrement ou sexuellement ?

Si la réponse est positive, on peut être sûr qu'on a à faire à une secte au sens le plus péjoratif du terme, et qu'il est urgent d'intervenir pour faire respecter au sein de ce groupe les droits élémentaires des personnes.

Dans le cas contraire, on est en face d'un groupement religieux, peut-être bizarre ou hétérodoxe, mais dont on doit défendre le droit à l'existence, au nom de la liberté religieuse et d'expression. Car il ne faudrait pas que, sous prétexte de lutter contre les aberrations homicides de certains groupes, on en vienne à mettre en question la liberté d'expression.

Eris FUCHS, professeur de théologie à l'Université de Genève

25 mars, 1996

Journal de l'Enseignement et de la Formation - 25 mars 1996

Mais au fait, qu'est-ce qu'une secte ?

La conception retenue par la Commission d'enquête sur les sectes
selon le rapport remis à l'Assemblée Nationale en décembre 1995

La Commission a en effet constaté que si la difficulté à définir la notion de secte a été soulignée par toutes les personnalités qu'elle a entendues, la réalité visée semble unanimement cernée, sauf naturellement par les adeptes et dirigeants des sectes qui nient ce caractère à leur groupement (tout en pouvant le reconnaître à d'autres) et préfèrent évoquer les termes d' "Églises" ou de "minorités religieuse " .

La Commission n'a pas la prétention de réussir ce à quoi tous ceux qui travaillent sur la question des sectes, souvent depuis de nombreuses années, ne sont pas parvenus, c'est-à-dire donner une définition "objective" de la secte, susceptible d'être admise par tous. Les travaux de la Commission s'appuient donc sur un certain nombre de choix éthiques qu'elle ne cherche pas à dissimuler.

Parmi les indices permettant de supposer l'éventuelle réalité de soupçons conduisant à qualifier de secte un mouvement se présentant comme religieux, elle a retenu, faisant siens les critères utilisés par les Renseignements généraux dans les analyses du phénomène sectaire auxquelles procède ce service et qui ont été portées à la connaissance de la Commission:

  • la déstabilisation mentale;
  • le caractère exorbitant des exigences financières;
  • la rupture induite avec l'environnement d'origine;
  • les atteintes à l'intégrité physique;
  • l'embrigadement des enfants;
  • le discours plus ou moins anti-social;
  • les troubles à l'ordre public;
  • l'importance des démêlés judiciaires;
  • l'éventuel détournement des circuits économiques traditionnels;
  • les tentatives d'infiltration des pouvoirs publics.

Votre Commission insiste sur le fait que, la définition des sectes s'avérant à bien des égards difficile, elle a conduit ses travaux en se gardant de faire siennes les définitions des sectes proposées par ses interlocuteurs, par nature engagés, à un titre ou à un autre dans la promotion des nouvelles religions ou dans la lutte contre leurs excès - réels ou supposés.

Elle a été consciente que ni la nouveauté, ni le petit nombre d'adeptes, ni même l'excentricité ne pouvaient être retenus comme des critères permettant de qualifier de secte un mouvement se prétendant religieux: les plus grandes religions contemporaines ne furent souvent, à leurs débuts, que des sectes au nombre d'adeptes réduit; bien des rites établis et socialement admis aujourd'hui ont pu à l'origine susciter des réserves ou des oppositions.

Le champ de son étude a ainsi été volontairement restreint à un certain nombre d'associations réunissant, le plus souvent autour d'un chef spirituel, des personnes partageant la même croyance en un être ou un certain nombre d'idées transcendantales, se situant ou non en rupture avec les religions "traditionnelles" (chrétienne, musulmane, hindouiste, bouddhiste) qui ont été exclues de cette étude, et sur lesquelles ont pu, à un moment ou à un autre, peser le soupçon d'une activité contraire à l'ordre public ou aux libertés individuelles.

Mais au fait, qu'est-ce qu'une secte ?

Interview du Dr. psychiatre Jean-Marie Abgrall

Extrait d'une interview (Rouge - janvier 2000 ?)
 

Expert-psychiatre auprès de la Cour de cassation, le docteur Jean-Marie Abgrall s'est fait reconnaître comme le meilleur spécialiste de l'analyse des manipulations mentales au sein des sectes, auxquelles il a consacré plusieurs ouvrages.

Pouvez-vous nous rappeler votre définition d'une secte ?

Jean-Marie Abgrall: C'est un groupe coercitif, totalitaire, qui utilise des techniques de contrainte et qui s'appuie sur des manoeuvres physiques ou psychologiques visant à mettre sous dépendance des individus au profit d'un manipulateur. Les thêmes idéologiques et religieux sont au service de ces manipulations et ne sont que des arguments promotionnels de vente.

Une secte nocive, qu'est-ce que c'est ?

Arnaud Palisson

«Une secte nocive est une personne morale à but philosophique, spirituel ou religieux dont les organes ou représentants commettent, pour son compte, des infractions pénales en tant qu'auteurs ou complices».

(source: Arnaud Palisson: Grande enquête sur la Scientologie. Une secte hors la loi)

Peut-on apprendre à distinguer un groupe destructeur d'un autre non destructeur ?

Source: "Combatting Cult Mind Control" de Steven Hassan - Résumé et traduction par Roland Huckel

Steven Hassan

Quelles sont les caractéristiques décisives qui permettent de différencier une organisation banale d'une secte dangereuse ?

Lorsque j'analyse un groupe dont je soupçonne qu'il s'agit d'un culte destructeur, je mène mes recherches d'abord dans le domaine psychologique et non sur le plan théologique ou idéologique.

J'examine les facteurs qui influent le contrôle de la pensée, l'hypnose et la psychologie de groupe. J'observe des faits et non des croyances. En ce qui me concerne, j'essaye de déceler si les cultes destructeurs et leurs membres communiquent entre eux (ou en sont incapables). D'autres analyses ou critiques basent leurs recherches sur la façon dont le groupe interprète la Bible ou leur tendance politique.

Les groupes que je définis "destructeurs" ont des caractéristiques très spécifiques qui portent atteinte à la liberté de choix de l'individu. Dans ce chapitre je veux décrire mon modèle d'analyse de la destructivité d'un groupe ou d'une organisation quelconque.

Voici mes trois critères de base:

    - le chef
    - l'enseignement
    - la qualité de membre

En examinant ces trois domaines vous serez vite capables de distinguer si un groupe peut être classé destructeur.

Le Chef

Les cultes destructeurs font tout pour camoufler leur identité, mais l'analyse de leur chef est un bon point de départ pour assembler des informations et s'en faire un jugement. Qui est le chef de groupe ? Quel est son passé, son éducation, sa formation, son activité avant- de créer son mouvement ? Ainsi Eugène Spriggs a été animateur de carnaval, c'est à dire un homme qui incite les gens à assister à une manifestation. Werner Erhart de l'Est et du "Forum" a été marchand de voiture d'occasion et, plus tard, d'encyclopédies.

Je suis tenté de croire que bien des gourous souffrent d'un complexe d'infériorité et mettent en évidence une personnalité asociale. Tous souhaitent un bonheur matériel, mais recherchent avant tout l'attention et la puissance. En effet, la puissance peut devenir une passion extrême, et elle le devient effectivement. Avec le temps, des chefs de cultes ont un besoin de plus en plus important de puissance. Ces gens sont si dangereux, parce qu'ils sont psychologiquement instables et croient fermement à leur propre propagande. Ils ne sont pas seulement des artistes rusés et trompeurs pour gagner de l'argent, mais ils pensent être "Dieu" ou le "Messie" ou un maître illuminé.

Un regard sur le passé et le style de vie d'un chef permet de tirer quelques conclusions générales au sujet du degré de confiance que l'on peut accorder à ce chef.

Exemple: si quelqu'un enseigne comment réussir un mariage, le fait d'être trois fois divorcé est significatif. Si, dans le passé, un chef a fait usage de la drogue et a présenté un comportement bizarre, comme L. Ron Hubbard, je conseillerais la prudence en écoutant son affirmation d'être capable de résoudre tous les problèmes de l'humanité.

Lorsque Sun Myung Moon dit travailler pour la paix, n'oubliez pas qu'il serait propriétaire d'une manufacture d'armes en Corée.

J'ai aidé des personnes à quitter des mouvements dont le chef n'était pas avide d'argent, mais, qui, à mon avis, visait la puissance personnelle. Des chefs à la tête de bien des cultes destructeurs ne sont pas des jouisseurs notoires et respectent l'autorité supérieure de Dieu et de la bible , mais leurs interprétations de la bible et de la volonté de Dieu sont utilisées pour manipuler et contrôler des personnes.

L'enseignement

Vu que la constitution permet à n'importe qui de croire n'importe quoi, il est inutile de creuser l'enseignement particulier d'un groupe. En ce qui me concerne, je crois que la croyance d'un groupe devrait être transmise sans contrainte à un candidat. L'enseignement du groupe revendique-t-il publiquement quelque chose qui, en fait, n'est pas appliqué par le groupe ? le pense à "l'enseignement pour initiés" (insider) et à "l'enseignement pour personnes extérieures" (outsider).

Pour son image de marque, il est primordial pour un groupe que ses membres croient ce qu'on les oblige à croire. Des cultes destructeurs changent leur "foi" suivant les besoins de la situation et pensent que le but sanctifie les moyens. Le fait d'aider à "sauver" quelqu'un justifie mensonge et manipulation. En revanche, les organisations conformes à la loi ne modifient pas leur enseignement dans le but de tromper le public.

La qualité de membre

C'est le dernier critère, le plus décisif. Distinguons trois composantes:

    - Recrutement
    - Maintien dans le groupe
    - Liberté de quitter le groupe

Le changement d'identité, de ses relations, de ses buts et intérêts sont les premiers effets sur un individu qui devient membre d'un groupe. C'est là le domaine principal de mes investigations, quand je juge un groupe.

Le trait caractéristique de la plupart des manières de recruter est la duperie. Les groupes destructeurs ne se gênent pas de mentir. Ils travaillent en supposant que les gens sont trop bêtes et pas assez spirituels pour reconnaître tout seul ce qui est le meilleur pour eux. Ils se chargent ainsi de décider à la place des recrues. Lors-que l'esprit critique d'un individu est bien développé, les informations données par le culte sont parcimonieuses, dans le cas contraire elles sont plus explicites.

Duperie signifie mensonge, mais aussi dissimulation et information fausse.

La plupart des recruteurs nient leur intention de recruter. A la demande du but de leur action, ils répondent tout bonnement qu'ils désirent transmettre un message important pour eux et y intéresser d'autres personnes. Ils taisent le fait qu'ils ont un nombre obligatoire de conversions à présenter.

La pratique de tromper passe par l'intermédiaire d'organisation parallèles. CAUSA, C.A.R.P., Freedom Leadership Foundation, l'association internationale des cultures font partie du team Moon, Dianétique et Narconon de celui de la Scientologie. Dans la phase recrutement, le recruteur essaye d'obtenir le plus d'informations possibles pour trouver le chemin de la réussite. Il sait toucher les points faibles (problèmes avec le copain ou avec la copine, avec les parents, à l'école ou au travail, décès d'un proche, changement de résidence, etc).

Un bon recruteur sait se montrer agréable et soustraire des informations personnelles et confidentielles. Il ne dévoile que peu de sa personne et encore moins de son groupe, sauf en cas de nécessité. Ce sens unique du flux d'informations est un autre signal d'alarme. Le recruté a la plupart du temps, l'impression de gagner un ami. Dans la réalité, l'amitié a besoin d'un certain temps pour se développer.

Chacun donne et chacun reçoit et il n'existe pas de plan secret. Je répète : un culte dangereux recrute ses adeptes à l'aide du contrôle de la pensée. Ce contrôle est essentiel pour pouvoir détruire l'individu, l'endoctriner et rétablir selon le schéma du culte.

 
«Protégez-vous contre les sectes»
par Steven Hassan - Editions du Rocher, 1995.

Les 4 composantes du contrôle de la pensée selon Steven HASSAN

Simplicité et autoritarisme - Les deux mamelles des sectes

(Hors-série No 6 - Les sectes - Charlie Hebdo - dessins de Tignous)

Quels que soient ses allures et ses concepts, toute secte offre une grille de lecture du monde qui répond à deux conditions : simplicité et autoritarisme.

Simplicité

Pour comprendre ça, le mieux est encore de laisser la parole à Ron Hubbard: «La scientologie a révélé à l'homme qu'il est une âme immortelle. Elle a résolu l'énigme. Et apporté une réponse simple.» Un peu de bouddhisme, un peu de vernis pseudo -scientifique, on mélange et voilà, de l'origine de l'Univers aux rapports amoureux, vous avez tout compris ! C'est ça, une secte, tout expliquer avec un concept simple.

Pour les scientologues, il s'agit des pensées de Ron Hubbard; pour Raël, des «révélations» des extraterrestres; pour les apôtres du new-age, des messages des «maîtres ascensionnés»; pour les instinctothérapeutes, des méfaits de la cuisson, etc.

Pour un individu normal, c'est la connaissance,la culture au sens large qui permet de comprendre des fragments du monde.

Une connaissance qu'on peut acquérir à traversl'art, la science, ou la philosophie... Tout ce qu'on voudra, mais avec ça,à chacun de faire son chemin. Or la culture est complexe, elle vous remet parfois douloureusement en question. À l'opposé, toute grille sectaire est simpliste, et prétend apporter une explication universelle en mâchant le boulot de réflexion (tout en vous donnant l'impression d'appartenir à une élite d'«initiés»).

La vision sectaire du monde est à la culture ce que la pornographie est aux relations entre hommes et femmes: toutes deux offrent l'illusion d'un rapport simple au monde.

Autoritarisme

Les sectes n'ont pas de pire ennemi que la raison. Quand bien méme parodient-elles les habits de la science pour tenter d'acquérir une crédibilité (et surtout dans ce cas d'ailleurs). Les modèles qu'elles demandent de gober d'acquérir ne souffrent pas la moindre remise en cause. Et c'est justement

ce qui plait aux adeptes. Ça les rassure ! On dit parfois queles religionsclassiques sont des sectes qui ont réussi. Ces religions présentent quand méme une différence avec les sectes,au sens où elles laissent un peu de champ à l'interprétation. Pas beaucoup certes, mais un peu quand même.

Sans défendre les cathos pour autant, force est d'admettre qu'il y a des nuances entre les fans de Jean-Paul II et les chrétiens de gauche de la revue Golias. Par contre, chez Krishna, Hubbard et les autres, il n'est pas envisageable d'imaginer la moindre nuance. Cest pourquoi les sectes ont beau prôner l'amour et la tolérance, elles sont le cheval de Troie de la dictature dans la démocratie.
 

«Cherchez à toucher les points clés par n'importe quel moyen. La directrice du club féminin; le directeur du personnel d'une compagnie le leader d'un bon orchestre [. ..]. Maniez et améliorez les gens que vous rencontrez [...]».

Ron Hubbard (cité par Serge Faubert dans «Une secte au cœur de la République»)

Qu'est ce qu'une secte? Qu'est ce qu'un groupe nuisible ?

Définition d'une secte selon l'ADFI

Les critères de jugement ne sont pas au niveau idéologique des croyances mais au niveau des agissements et des comportements qui portent atteinte aux droits de l'homme, à la dignité et à la liberté de la personne humaine.

Une secte est un groupe dans lequel on pratique:

- une manipulation mentale qui entraîne:

  • endoctrinement,
  • contrôle de la pensée,
  • viol psychique.

- une destruction de la personne, sur un plan:

  • physique: alimentation carencée, manque de sommeil, travail intensif;
  • psychique: altération de la personnalité, du comportement et de l'esprit critique;
  • intellectuel: rétrécissement des champs de connaissances extérieures à la secte;
  • relationnel: régression des capacités de communication;
  • sociale: animosité totale envers le système global de la société;

- une destruction de la famille:

  • critiques,
  • attaques,
  • injures,
  • calomnies.
  • Éloignement,
  • rupture de la relation parents/enfants.
  • Séparations, divorces.

Voire une destruction de la société:

  • soit en empêchant les adeptes de participer à la vie sociale et culturelle de leur pays,
  • soit en demandant à des adeptes d'infiltrer tous les réseaux de la vie économique et politique.

Avec à la base: une escroquerie intellectuelle, morale et financière.

Source: «Guide Prévention Santé-Sud-Ouest/CJA» (supplément au journal n° 15369 daté du mars 1994). Il a été publié sous le titre «Définition d'une secte selon l'ADFI d’Aquitaine»
 

Sur le même sujet:
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Les manipulations douces
Les opportunités fortuites de tromperie permettent les manipulations douces
 
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Les opportunités de tromperie organisées localement préparent la manipulation dure
 
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Les opportunités de tromperie mondialement organisées précèdent la manipulation mentale écrasante
 
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