Extrêmistes catholiques

École Saint-Michel de Châteauroux et la Fraternité Saint-Pie X

Le réalisateur saintais Xavier Roujas a filmé durant un an dans l'Indre le quotidien d'une école gérée par la Fraternité Saint-Pie X. Entretien (sudouest.fr - 16 mai 2010)

Video: Profitant de la peur de l’immigration et de la résurgence des tensions communautaires des jeunes sont récupérés par des extrêmistes en soutane ! (France 2 - 27 avril 2010)

Video: Débat sur l'extrêmisme religieux de certaines écoles catholiques (France 2 - 27 avril 2010)

Le pape et les intégristes (le-monde-des-religions.fr - 10 mars 2009)

Citation: Bernard Bertossa, ancien procureur général de Genève, donne son point de vue au sujet de l'Eglise et de la religion (Le Matin Dimanche - 27 décembre 2009)

Les traditionalistes de l'Indre filmés à visage découvert

Source: http://www.sudouest.fr 16 mai 2010
[Texte intégral]
 
Xavier Roujas : «Si l'enseignement reçu est davantage religieux que politique,
la frontière est pourtant mince sur le plan idéologique».   photo David Briand

Le réalisateur saintais Xavier Roujas a filmé durant un an dans l'Indre le quotidien d'une école gérée par la Fraternité Saint-Pie X. Entretien.

Diffusé sur France 2 le 27 avril dernier, le documentaire «Les Infiltrés» s'attachait à montrer les liens existant à Bordeaux entre le groupuscule Dies Irae, l'école traditionaliste Saint-Projet et la paroisse Saint-Éloi. Si les journa- listes ont filmé en caméra cachée ce milieu réputé hermétique aux médias, il est possible de réaliser un film à visage découvert. Un réalisateur saintais raconte son expérience dans une école à Châteauroux, dans l'Indre.

«Sud Ouest Dimanche». Comment avez-vous procédé pour filmer les traditionalistes de l'école Saint-Michel de Châteauroux ?

Xavier Roujas. Je me suis fait recommander par d'anciens élèves de l'école, dont j'avais gagné la sympathie. J'ai ainsi pu filmer[1] en toute liberté en 2003 et 2004 le quotidien de l'école Saint-Michel, un établissement hors contrat scolarisant environ 150 élèves par an, de la sixième à la terminale.

Mon but était de mettre au jour les tensions existant entre l'Église de France et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), à travers les différences perceptibles dans l'enseignement professé.

Qu'avez-vous découvert ?

Une volonté farouche de redonner à la France ses racines chrétiennes et de lutter contre l'anticatholicité dont ils considèrent la République française être porteuse depuis la Révolution. On perçoit un goût de revanche sur l'air de: «Il faut sauver la France.» Ce qui les amène à être en porte-à-faux avec le monde contemporain, y compris avec les établissements privés sous contrat.

Dans le film, un prêtre indique ainsi «pousser les parents à mettre leurs enfants dans une bonne école, afin de sauver leur âme des écoles publiques et privées». Que reprochent-ils aux écoles privées classiques ?

D'être dirigées par des laïcs alors que Saint-Michel est régie par des prêtres. Et, sur le plan de l'enseignement, ils ne se tiennent pas au programme officiel prôné par l'Éducation nationale.

Vous avez des exemples concrets traduisant cette affirmation ?

Les professeurs apprennent aux élèves que Voltaire et Rousseau, et plus généralement les philosophes des Lumières, ont conduit la France à la décadence philosophique, morale et politique. L'égalité politique entre les hommes née de la Révolution n'est pas reconnue car elle est coupable, selon le corps enseignant, de niveler les gens vers le bas. Pour eux, la seule égalité qui existe est celle devant Dieu.

Il faut tout de même souligner que cette dichotomie dans l'enseignement de l'histoire fait l'objet de discussions animées chez certains élèves.

La Seconde Guerre mondiale fait-elle l'objet d'un traitement à part ?

C'est très subtil. Le général de Gaulle est considéré comme un déserteur en 1940, mais il apparaît aussi comme le vainqueur de l'Allemagne aux côtés des Alliés en 1945. Par ailleurs, je n'ai pas constaté de révisionnisme concer- nant le génocide juif ni vu d'enfant se vantant de «fêter ses noces à Auschwitz», comme dans le documentaire de France 2.

Quel regard portent les prêtres et les professeurs laïcs sur leur enseignement ?

Le préfet des études dit qu'il existe à Saint-Michel «un suivi propre qui permet aux enfants de comprendre chacune des périodes jusqu'au bout, complètement».

Un professeur d'économie admet dans le documentaire qu'un double objectif est mis en œuvre: «Former leur esprit, en leur apprenant le véritable rapport à la réalité et à la vérité.» Mais aussi «les préparer à la vie active en faisant en sorte qu'ils connaissent leur environnement». Et qu'ils obtiennent une bonne copie au bac, ce dont ils s'acquittent. «Je leur apprends ce qu'est le politiquement correct», ajoute l'enseignant.

Sont-ils noyautés par des groupuscules d'extrême droite ?

Il est difficile de tenir un discours contre-révolutionnaire et de ne pas être approché par l'extrême droite. À Châ- teauroux, l'abbé Bétin [2], le directeur de l'école, veille à ne pas tomber dans ces travers, via le recrutement des professeurs laïcs. Si l'enseignement reçu est davantage religieux que politique, la frontière est pourtant mince sur le plan idéologique.

Ainsi, tel conférencier est invité pour parler de Tixier-Vignancour (NDLR: avocat et ex-candidat d'extrême droite à l'élection présidentielle de 1965). Tel autre est lié au journal «Présent».

L'extrême droite apparaît-elle comme une voie d'engagement politique ?

À la sortie de l'école, c'est un débouché naturel et de moindre mal, car la restauration monarchique paraît irréalis- te. Il ne faut pas oublier qu'ils vivent dans l'ostracisation de la République et de l'Église. La volonté du pape Benoît XVI de les réintégrer dans le giron de l'Église catholique n'est pas anodine, car cela permet de les cadrer. Le danger est représenté par une frange dure difficilement localisable et en dehors de tout contrôle.

 

(1) Son film sur l'école Saint-Michel n'a jamais été diffusé à la télévision.
(2) L'école Saint-Michel est aujourd'hui toujours dirigée par l'abbé Bétin.
 
 

Communiqué du diocèse de Bordeaux après l’émission «Les infiltrés»

L’Eglise catholique condamne «toutes formes d’antisémitisme, de racisme, de haine ou de violence», suite à la diffusion de l’émission «Les infiltrés» du 27 avril 2010 sur France 2.

http://catinfor.com/fr (30/04/2010)

A l'extrême droite du Père
 
Vidéo 1: «A l'extrême droite du Père»
 
(France 2 - 27 avril 2010)
 
Chants antisémites, cours d’histoire «revisités»
Un endoctrinement qui commence dès le plus jeune âge

Profitant de la peur de l’immigration et de la résurgence des tensions communautaires des jeunes sont récupérés par des extrêmistes en soutane !

Durant cinq mois, une équipe des «Infiltrés» a enquêté au sein de l’un de ces groupes nationalistes en formation et partagé le quotidien de ses militants. Cette investigation met au jour une inquiétante connivence entre le traditionalisme catholique et l’extrême droite la plus menaçante.

On découvre dans ce reportage que le groupe d’extrême droite bordelais, Dies Irae, fondé par Fabrice Sorlin, militant du FN entend revenir aux «racines chrétiennes de la France et de l’Europe». Ce groupe est composé de militants qui se disent proches du franquisme.

Les journalistes ont enquêté également sur une école catholique traditionnelle hors-contrat qui relève de l’Institut du Bon Pasteur (dont le supérieur général est l’abbé Philippe Laguérie, ancien curé de Saint-Nicolas du Chardonnet). L’école accueille 85 élèves de 3 à 15 ans.

Vidéo 2: «A l'extrême droite du Père»
Débat avec David Poujadas
 
(France 2 - 27 avril 2010)

Dans la deuxième partie le présentateur David Pujadas donne la parole a différentes autorités ou représentants de l'église catholique et à des experts des mouvements religieux.

Les invités sont: Caroline Fourest (journaliste), Frédéric Lenoir (journaliste), l'abbé Paul Aulagnier (ex-bras droit de Mgr Marcel Lefebvre), l'abbé de la Morandais, Mouloud Aounit (président du MRAP), Daniel Hamiche (catholique traditionaliste, journaliste à radio courtoisie), Gilles Savary (politicien - membre du parti socialiste)

 

Source de ce document: http://programmes.france2.fr/les-infiltres/saison-2/index-fr.php?page=les-videos-integrales&id_article=158

Le pape et les intégristes

par Frédéric Lenoir

http://www.le-monde-des-religions.fr/editos/edito-mars2009.htm - 10 mars 2009
[texte intégral]

La crise déclenchée par la décision de Benoît XVI de lever l’excommunication qui frappait les quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988 est loin d’être close. Que le pape fasse son métier en tentant de réintégrer dans le giron de l’église des schismatiques qui le demandent, nul ne saurait le lui reprocher. Le trouble vient d'ailleurs. Il y eut bien sûr le télescopage de cette annonce avec la publication des propos négationnistes odieux de l’un d’entre eux, Mgr Williamson. Que la curie romaine n’ait pas cru bon d’informer le pape des positions de cet extrémiste, connues des cercles avertis depuis novembre 2008, n’est déjà pas bon signe.

Que Benoît XVI n’ait pas assorti la levée d’excommunication (publiée le 24 janvier) d’une condition de demande immédiate de rétractation de tels propos (connues de tous le 22 janvier) et qu’il ait fallu attendre une semaine pour que le pape tienne un discours ferme sur la question est aussi inquiétant. Non pas que l’on puisse le soupçonner de connivence avec les antisémites intégristes - il a redit très clairement le 12 février que «l’église est profondément et irrévocablement engagée dans le rejet de l’antisémitisme» - mais ses atermoiements ont donné le sentiment qu’il avait fait de la réintégration des intégristes une priorité absolue, presque aveuglante, se refusant à voir à quel point la plupart de ces irréductibles sont encore enfermés dans des points de vue totalement opposés à l’église issue du concile Vatican II.

En levant l’excommunication et en entamant un processus d’intégration qui devait donner à la fraternité Saint-Pie X un statut particulier au sein de l’église, le pape estimait sans doute que les derniers disciples de Mgr Lefebvre finiraient par changer et admettre l’ouverture au monde prôné par le concile Vatican II.

Les intégristes pensaient exactement le contraire. Mgr Tissier de Mallerais, l’un des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre, déclarait quelques jours après la levée de l’excommunication dans une interview au journal italien La Stampa: «Nous ne changerons pas nos positions, mais nous avons l’intention de convertir Rome, c’est-à-dire d'amener le Vatican vers nos positions.»

Le même prélat affirmait six mois plus tôt, dans la revue américaine The Angelus, que la priorité de la fraternité Saint-Pie X était «notre persévérance à refuser les erreurs du concile Vatican II» et prédisait l’avènement de «républiques islamiques» en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou aux Pays-Bas; et à Rome, la fin du catholicisme, une «apostasie organisée avec la religion juive».

La fraternité Saint-Pie X est aujourd’hui au bord de l’implosion, tant les positions divergent sur la meilleure straté- gie à adopter vis-à-vis de Rome. Une chose est certaine, la plupart de ces extrémistes sectaires n’entendent pas renoncer à ce qui fonde leur identité et leur combat depuis quarante ans: refuser les principes d’ouverture au monde, de liberté religieuse et de dialogue avec les autres religions prônées par le concile.

Comment le pape peut-il d’un côté vouloir à tout prix inclure ces fanatiques dans l’église, et en même temps pour- suivre le dialogue avec les autres confessions chrétiennes et les religions non-chrétiennes ?

Jean Paul II avait eu la lucidité de choisir sans ambiguïté, et c’est d’ailleurs la rencontre d’Assise, en 1986, avec les autres religions qui avait été la goutte d’eau incitant Mgr Lefebvre à rompre avec Rome. Depuis son élection, Benoit XVI a multiplié les gestes envers les intégristes et ne cesse de faire reculer le dialogue œcuménique et interreligieux.

On comprend que le malaise soit grand chez les très nombreux catholiques, y compris les évêques, attachés à l'esprit de dialogue et de tolérance d’un concile qui entendait rompre, une fois pour toutes, avec l’esprit antimo- derne du catholicisme intransigeant, refusant en bloc la laïcité, l’œcuménisme, la liberté de conscience et les droits de l’homme.

«Benoît XVI est l'incarnation de tout ce qui m'a
fait abandonner l'Eglise et la religion»
 
Bernard Bertossa, ancien procureur général de Genève  
(Source: Le Matin Dimanche - 27 décembre 2009)