Le
réalisateur saintais Xavier Roujas a filmé
durant un an dans l'Indre le quotidien d'une école
gérée par la Fraternité Saint-Pie
X. Entretien.
Diffusé
sur France 2 le 27 avril dernier, le documentaire «Les Infiltrés» s'attachait à montrer
les liens existant à Bordeaux entre le groupuscule
Dies Irae, l'école traditionaliste Saint-Projet
et la paroisse Saint-Éloi. Si les journa- listes
ont filmé en caméra cachée ce milieu
réputé hermétique aux médias,
il est possible de réaliser un film à
visage découvert. Un réalisateur saintais
raconte son expérience dans une école
à Châteauroux, dans l'Indre.
«Sud
Ouest Dimanche». Comment avez-vous procédé
pour filmer les traditionalistes de l'école Saint-Michel
de Châteauroux ?
Xavier
Roujas. Je me suis fait recommander par d'anciens élèves
de l'école, dont j'avais gagné la sympathie.
J'ai ainsi pu filmer[1]
en
toute liberté en 2003 et 2004 le quotidien de
l'école Saint-Michel, un établissement
hors contrat scolarisant environ 150 élèves
par an, de la sixième à la terminale.
Mon
but était de mettre au jour les tensions existant
entre l'Église de France et la Fraternité
sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), à travers les
différences perceptibles dans l'enseignement
professé.
Qu'avez-vous
découvert ?
Une
volonté farouche de redonner à la France
ses racines chrétiennes et de lutter contre l'anticatholicité
dont ils considèrent la République française
être porteuse depuis la Révolution. On
perçoit un goût de revanche sur l'air de: «Il faut sauver la France.» Ce qui les
amène à être en porte-à-faux
avec le monde contemporain, y compris avec les établissements
privés sous contrat.
Dans
le film, un prêtre indique ainsi «pousser
les parents à mettre leurs enfants dans une bonne
école, afin de sauver leur âme des écoles
publiques et privées». Que
reprochent-ils aux écoles privées classiques
?
D'être
dirigées par des laïcs alors que Saint-Michel
est régie par des prêtres. Et, sur le plan
de l'enseignement, ils ne se tiennent pas au programme
officiel prôné par l'Éducation nationale.
Vous
avez des exemples concrets traduisant cette affirmation
?
Les
professeurs apprennent aux élèves que
Voltaire et Rousseau, et plus généralement
les philosophes des Lumières, ont conduit la
France à la décadence philosophique, morale
et politique. L'égalité politique entre
les hommes née de la Révolution n'est
pas reconnue car elle est coupable, selon le corps enseignant,
de niveler les gens vers le bas. Pour eux, la seule
égalité qui existe est celle devant Dieu.
Il
faut tout de même souligner que cette dichotomie
dans l'enseignement de l'histoire fait l'objet de discussions
animées chez certains élèves.
La
Seconde Guerre mondiale fait-elle l'objet d'un traitement
à part ?
C'est
très subtil. Le général de Gaulle
est considéré comme un déserteur
en 1940, mais il apparaît aussi comme le vainqueur
de l'Allemagne aux côtés des Alliés
en 1945. Par
ailleurs, je n'ai pas constaté de révisionnisme
concer- nant le génocide juif ni vu d'enfant se
vantant de «fêter ses noces à Auschwitz», comme dans le documentaire de France 2.
Quel
regard portent les prêtres et les professeurs
laïcs sur leur enseignement ?
Le
préfet des études dit qu'il existe à
Saint-Michel «un suivi propre qui permet aux
enfants de comprendre chacune des périodes jusqu'au
bout, complètement».
Un
professeur d'économie admet dans le documentaire
qu'un double objectif est mis en œuvre: «Former
leur esprit, en leur apprenant le véritable rapport
à la réalité et à la vérité.» Mais aussi «les préparer à
la vie active en faisant en sorte qu'ils connaissent
leur environnement». Et qu'ils obtiennent une
bonne copie au bac, ce dont ils s'acquittent. «Je leur apprends ce qu'est le politiquement correct», ajoute l'enseignant.
Sont-ils
noyautés par des groupuscules d'extrême
droite ?
Il
est difficile de tenir un discours contre-révolutionnaire
et de ne pas être approché par l'extrême
droite. À Châ- teauroux, l'abbé Bétin
[2],
le directeur de l'école, veille à ne pas
tomber dans ces travers, via le recrutement des professeurs
laïcs. Si l'enseignement reçu est davantage
religieux que politique, la frontière est pourtant
mince sur le plan idéologique.
Ainsi,
tel conférencier est invité pour parler
de Tixier-Vignancour (NDLR: avocat et ex-candidat d'extrême
droite à l'élection présidentielle
de 1965). Tel autre est lié au journal «Présent».
L'extrême
droite apparaît-elle comme une voie d'engagement
politique ?
À
la sortie de l'école, c'est un débouché
naturel et de moindre mal, car la restauration monarchique
paraît irréalis- te. Il ne faut pas oublier
qu'ils vivent dans l'ostracisation de la République
et de l'Église. La volonté du pape Benoît
XVI de les réintégrer dans le giron de
l'Église catholique n'est pas anodine, car cela
permet de les cadrer. Le danger est représenté
par une frange dure difficilement localisable et en
dehors de tout contrôle.