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Au
milieu des musulmans, ils troquent le Coran contre la
Bible
Le
christianisme, et en particulier les mouvements évangélistes,
enthousiasment la Kabylie
- Le
Quotidien Jurassien • 28 juin 2004
- [Texte
intégral]
-
- Ici
avec son épouse, le pasteur protestant
Said Azzoug accueille chaque vendredi
- une centaine
de
fidèles, chez lui.
En majorité des hommes jeunes,
las d'une «lecture
- rétrograde»
de l'islam, que
les intégristes ont voulu
imposer en Kabylie. Photos
SAH
Les
successeurs des missionnaires ont assuré la continuité
de la présence catholique en Algérie.
Mais aujourd'hui, ce sont davantage des pasteurs protestants
qui convertissent à tour de bras des hommes et
des femmes qui étaient pourtant de fervents musulmans.
- DE
RETOUR DE KABYLIE • Sid Ahmed Hammouche
On
évoque souvent le «risque d'islamisation».
Et pourtant, en Algérie, ils sont nombreux à
fermer définitivement le Coran pour ouvrir
la Bible. A ne jurer plus que par Jésus. Ces
Algériens qui manifestent publiquement leur foi
chré- tienne sont difficilement quantifiables.
Selon des statistiques avancées par l'ONU en
2003, l'Algérie compterait environ 10 000 catholiques
et 5000 à 20 000 protestants, pour un total de
30 millions d'habitants. Et la tendance est à
la hausse'
Les
pères blancs et trappistes, restés après
l'indépendance algérienne, ont assuré
la continuité de la présence catholique
en terre d'islam, même s'ils ont longtemps limité
leur influence aux domaines de l'éducation et
de l'aide sociale. Néanmoins, le vent de christianisme
qui souffle sur le pays, et notamment sur la Kabylie,
est aujourd'hui protestant.
Pasteur
autoproclamé
Contrairement
aux catholiques, les missions méthodistes, évangélistes
et charismatiques implantées dans les années
1990 sont activement engagées dans la «conquête»
du plus d'adeptes possible. A tel point qu'à
l'heure actuelle, ces communautés se livrent
une concurrence féroce, particulièrement
en terre kabyle, où certains avancent le chiffre
de 8000 conversions depuis leur implantation.
Dans
les villages, des lieux de culte émergent dans
de simples maisons, des magasins ou même des garages.
Said Azzoug, converti au protestantisme en 1992, à
l'âge de 42 ans, est le pasteur autoproclamé
de la communauté de Draa-ben-Khedda. Originaire
de la région, il se targue d'être à
la tête de 600 fidèles fraîchement
convertis, dans une ville de 32 000 habitants.
Baptisés
dans la baignoire
Au
deuxième étage de sa maison, dans une
immense salle de bains, trône la baignoire. Pour
les baptêmes, quand il pleut. Par beau temps,
les cérémonies se déroulent autour
du bassin creusé au milieu du jardin potager,
sous les regards curieux et souvent sceptiques des voisins
musulmans. «Je rêve que tout le quartier
passe par mon bassin», confie le pasteur, qui
affirme baptiser en moyenne cinq ou six personnes par
jour. A ce rythme, le prédicateur de Draa-ben-Khedda
convertira toute la région en un temps record.
Mais Said Azzoug ne cache pas qu'une certaine discrétion
est souvent requise. Dans ce cas, les baptêmes
se font dans la mer.
Des
chants adaptés
Chez
lui, le salon fait aussi office de «temple».
Pourtant, la pièce est dépourvue de toute
imagerie religieuse. Ou presque. Des piles de Bibles
sont empilées sur les étagères.
Les livres sont quasiment neufs, mais les pages cornées
montrent qu'ils sont fréquemment ouverts. Said
Azzoug accueille 80 à 100 fidèles pour
le culte, chaque vendredi. Car le repos hebdomadaire,
la Djoumoua, est respecté par les chrétiens.
Tandis que les musulmans se rendent à la mosquée,
les chrétiens célèbrent «leur»
jour du Seigneur. Et — autre signe que le christianisme
s'adapte à la culture locale — de nombreux chants
protestants ont été adaptés en
berbère, afin que tout le monde comprenne le
message.
Said
Azzoug insiste sur la nécessité de former
de nouveaux pasteurs. Un évangéliste américain
a déjà ouvert, au début de l'année,
un centre pour l'enseignement de la théologie,
sis en plein coeur de Tizi Ouzou. Mais la plupart des
nouvelles Eglises s'organisent avec les moyens du bord,
avec le soutien de l'Eglise protestante d'Algérie
(EPA), en plein essor.
Surtout
des hommes
Mais
qui se rend dans ces églises ? Les cultes sont
fréquentés par une population majoritairement
masculine et jeune. Les femmes qui se rendent au temple
sont toujours accompagnées d'un homme de leur
famille. Si la plupart des convertis en Kabylie étaient
auparavant de fervents musulmans, d'autres ont longtemps
tâtonné à la recherche de spiritualité
dans une région minée par le conflit avec
le pouvoir central et les problèmes écono-
miques.
Les
Kabyles qui tentent de trouver du réconfort face
à une vie difficile dans un environnement rude
tombent en chemin sur des missionnaires français,
suisses, américains et maintenant algériens,
prêts à leur ouvrir une autre voie. Parmi
les femmes, beaucoup parlent d'une vision qui a précédé
leur conversion et disent avoir tout à coup reçu
la paix intérieure.
«Mon
mari est contre»
Rencontrée
dans la polyclinique de Draa-ben-Khedda, Djouhar, infirmière
de 54 ans, termine chacune de ses phrases par une louange
à Jésus. Pour elle aussi, la conversion
est venue d'une révélation. «Je
souffrais d'une maladie des yeux, j'étais plongée
dans la souffrance. J'ai consulté plusieurs médecins,
pris beaucoup de médi- caments, et j'ai prié
Dieu, en bonne musulmane, afin qu'il me délivre
de ce mal. Un jour, à l'heure de la sieste, j'ai
senti une main très fraîche se poser sur
mes yeux. Je me suis réveillée et j'ai
remercié Jé-sus, le Seigneur.»
«Jésus
m'a appelée», renchérit sa collègue
Malika, 50 ans. «Et j'ai répondu présente;
je suis toute dé-vouée à sa cause.»
Malika est la seule convertie de sa famille. «Mon
mari est contre ma conversion, mais mes enfants me comprennent
en voyant ma telle joie. Avant, j'étais triste.
Aujourd'hui, je reçois de l'amour. Je vis toujours
avec ma famille, mais je suis dans la lumière
et eux dans les ténèbres.» Malgré
tout, Malika ne perd pas l'espoir de voir un jour son
mari et ses enfants l'accompagner au temple.
Afin
de suivre à la lettre les paroles du Christ,
Djouhar comme Malika ont décidé de ne
plus mentir. Ce dans une société où
le mensonge, soulignent-elles, est une nécessité
vitale. «Aujourd'hui, si la voisine vient demander
un peu de lait, je lui réponds que j'en ai juste
assez pour moi, alors qu'avant j'aurais menti.»
Et sa voisine, assure-t- elle, apprécie cette
franchise tout comme le marchand de légumes et
le reste du quartier.
Un
choix inavouable
Pour
certains, le bonheur d'être devenus chrétiens
doit reste confiné dans les quatre murs de la
maison. «Impos- sible de faire par de notre choix
à notre famille ou nos voisins», explique
Sabri, un jeune Kabyle cadre d'entreprise «Ma
femme, mon fils et moi, nou vivons comme tout le monde:
on participe aux fêtes musulmanes tout en célébrant
les fêtes chrétiennes. Berbère,
j'appartiens déjà à une minorité
linguistique et ethnique. Les choses se compliquer encore
en intégrant une minorité religieuse.»
Karim,
converti depuis dix ans vit lui aussi sa foi chrétienne
en privé, chez lui, et refuse de participer aux
missions d'évangélisation. L'éveil
du christianisme en Kabylie remonte, selon lui, au début
de années 90. «En terre de saint Augustin,
la flamme s'est ranimée avec le renouveau culturel
berbère.»
(La
Liberté)
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Avec
des méthodistes
suisses
Une
église dans chaque village de Kabylie
d'abord, ensuite la naissance d'églises
dans le restant de l'Algérie et,
enfin, dans les pays voisins. Telle est
la vision qui guide l'Eglise méthodiste
d'Algérie. Erna, une Suissesse, et
Abdelkader Saïm, un Algérien,
sont connus dans toute la Kabylie. Ils ont
travaillé de nombreuses années
à la Mission méthodiste d'Ouadhia,
un village perché dans les montagnes
de la Kabylie.
Dans
leurs lettres destinées à
l'Eglise méthodiste suisse, Erna
et Abdelkader racontent leur vie de missionnaires
en Kabylie: «Nous vivons un temps
de réveil et d'ouverture à
la foi chrétienne. La Mission méthodiste
d'Ouadhia étant un lieu de culte
officiel de l'Eglise protestante d'Algérie,
nous nous sommes toujours efforcés
de laisser la porte largement ouverte. Ainsi,
au culte, se retrouvent des chrétiens
tous azimuts. Il y a aussi des curieux qui
viennent simplement voir comment se déroule
un culte chrétien dans un pays arabe.
En
moyenne, 60 à 100 personnes participent
au culte.» Erna explique que «les
nouveaux convertis connaissaient Dieu, Jésus
et Moïse, mais ils ont une compréhension
différente». Elle se plaint
du manque de Bibles mais précise
que la traduction de l'Ancien Testament
en kabyle progresse rapidement. Avec un
certain soulagement, elle signale que la
pétition lancée par les islamistes
pour fermer l'égLise d'Ouadhia n'a
pas trouvé beaucoup de signataires.
Le couple est donc parti poursuivre sa mission
à Constantine, où il a rouvert
l'église méthodiste. Il espère
y obtenir le même succès qu'en
Kabylie.
(sah)
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Remettre
la mosquée au milieu du village
Les
conversions pourraient constituer une réponse
aux années noires de la terreur islamiste, esti-me
René Robert, père blanc originaire d'Angers,
installé en Algérie depuis trois décennies.
«La région a subi dix ans de ravages et
de massacres. Plusieurs personnes se sont rapprochées
de nous, non pas pour devenir chrétiennes, mais
parce qu'elles refusaient
une lecture rétrograde de l'islam,
dans une région traditionnellement tolérante.
A ceux qui voulaient se convertir au catholicisme, nous
avons toujours conseillé de bien réfléchir
aux conséquences. Nous sommes dans un pays musulman.»
- Le
Père René, en Algérie depuis
trente
ans,
- craint que les
chrétiens
ne fassent à
- nouveau l'objet de persécutions
Le
spectre de La charia
A
mots couverts, le Père René Robert dénonce
certaines missions protestantes. Il s'inquiète
des répercussions d'une évangélisation
«trop agressive», alors que les catholiques
tentent de conserver un rapport de confiance avec la
société. Selon lui, protestants et catholiques
sont souvent mis dans le même sac. Et il craint
que, dans un avenir proche, protestants et catholiques
ne soient persécutés.
Nombre
de convertis partagent cette peur, et certains parlent
déjà de s'exiler en Europe. Le Père
René soupçonne d'ailleurs que la conversion
soit utilisée par certains comme prétexte
pour demander l'asile. Il faut dire que dans certains
villages, on ne laisse pas le choix aux chrétiens:
renoncer à leur religion ou partir.
Car
la colère des imams devient de plus en plus menaçante,
eux qui clament haut et fort que la charia (loi islamique)
condamne à mort ceux qui se rendent coupables
d'apostasie. Et le Gouvernement algérien risque
de tout faire pour limiter l'influence du christianis-me.
Inquiet, il a ordonné le recensement des nouveaux
convertis.
«Sectes
dangereuses»
Le
ministre du Culte Bouabdellah Ghollamallah a donné
le ton en déclarant dans la presse que la plupart
des évangélisateurs exerçant en
Algérie étaient des étrangers,
parmi lesquels «bon nombre ont été
des officiers de haut rang dans les services secrets
de pays européens». Les autorités
locales ont par ailleurs commencé à distribuer
gratuitement des milliers d'exemplaires du Coran, traduits
en tamazight (la langue berbère) et encou- ragent
l'éclosion de cellules de lutte contre l'évangélisation.
Une
partie de la presse, surtout arabophone, n'est pas en
reste: elle appelle les brebis égarées
à retrouver le chemin de l'islam et brandissent
ouvertement le spectre de la charia. Les journaux dénoncent
d'ailleurs les chrétiens, faisant valoir que
la majorité des personnes qui vont à la
messe «le font essentiellement pour profiter des
aides financières des missionnaires». Et
en parlant des missions évangélistes,
méthodistes et autres, les gazettes algériennes
n'hésitent pas à les qualifier de sectes
dangereuses.
Mais
il sera difficile d'empêcher les Algériens
de regarder, ne serait-ce que par curiosité,
les émissions religieuses diffusées par
des chaînes satellitaires arabes, françaises
et américaines. Des émissions conçues
pour convaincre.
(sah)
Index:
Les groupes et
églises évangéliques
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