Les groupes et églises évangéliques

La vague des nouveaux protestants

DOSSIER PRÉPARÉ PAR PHILIPPE BARRAUD ET SYLVIA FREDA

Armés d'une foi pure et dure, ils prennent la Bible à la lettre, arborent des poissons sur leurs voitures et pratiquent le culte «à l'américaine», avec un DJ pour les cantiques. Ils se réunissent en d'immenses séances de louange collective, forment des réseaux d'entraide et investissent les facultés de théologie. Les évangéliques, avec cent trente Eglises en Suisse, représentent désormais une force considérable face à l'Eglise réformée, qui se voit contrainte d'intégrer cette mouvance née dans ses marges. Plusieurs paroisses romandes sont tenues par des pasteurs évangéliques. Et le mouvement, loin de se calmer, attire toujours plus de jeunes. Les protestants suisses seront-ils, demain, tous évangéliques ?

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Les bras en l'air. Des louanges scandées interminablement. Puis petit à petit des corps qui s'agitent, tombent à terre. Des fous rires inextinguibles, des discours incohérents, tremblements et pleurs - c'est la transe, la preuve que l'Esprit saint est là et se manifeste.

Miami ? Las Vegas ? Non, Orbe, Berne, la Suisse de tous les jours. Mais qui sont donc ces évangéliques qui font trembler l'Eglise protestante sur ses bases ? Ils sont 3% de la population suisse, soit environ 200 000 personnes qui, chaque dimanche, participent assidûment au culte, et en semaine à des activités communautaires. Ils sont jeunes, viennent en famille, et parlent d'abondance de leur foi autour d'eux, arborant en guise de témoignage un poisson stylisé sur leur voiture. A l'intellectualisme un peu austère de l'Eglise réformée, ils opposent des cultes festifs, animés, pleins de musique. Car l'individu n'est pas pur esprit: par son corps, il peut aussi ressentir Dieu, et exprimer sa foi. A l'approche très cérébrale des protestants, les évangéliques opposent la réalité sensorielle, de l'émotion, la valeur de l'expérience corporelle. «La société contemporaine a besoin que soient pris en compte le corps et l'affect», dit Jean-Jacques Meylan, pasteur de l'Eglise évangélique de Meyrin.

Ces protestants d'un nouveau genre déchaînent les passions sur leur passage. Notamment lors des campagnes d'évangélisation dont ils ont la spécialité. Ils aiment les réunions de masse. Prosélytes, ils veulent toucher le plus grand nombre, convertir à tire-larigot. Tous les moyens sont bons pour répandre la Parole: les activités missionnaires dans les pays en voie de développement, la prise en charge d'anciens toxicomanes, l'administration d'écoles bibliques, l'organisation de concerts de hard rock ou de techno dance sanctifiés, l'ouverture de vidéo bars, l'entrée dans le monde des médias ...

Les pasteurs évangéliques ne s'en tiennent pas qu'à des prédications. Ceux qu'on appelle charismatiques, ou pentecôtistes, sont très attachés aux manifestations extraordinaires de la puissance de Dieu, celles que chacun peut personnellement éprouver. Ils organisent des soirées où les guérisons, les miracles, les exorcismes, la prophétie, le parler en langues, l'imposition des mains se bousculent, et laissent parfois l'impression à l'observateur de manipulation de masse et d'hystérie collective. Depuis 1994, une vague charismatique secoue les milieux évangéliques romands : la «Bénédiction de Toronto».

DE TORONTO À PENSACOLA

Ces manifestations, propres aux évangéliques dits charismatiques ou pentecôtistes, sont délibérément fondées sur l'émotionnel, la confession de foi individuelle, voire une véritable transe, induite par la musique, la parole, la chaleur, la durée très longue de ces célébrations, l'épuisement des participants. Le 13 janvier 1995, à Orbe, une soirée de «Bénédiction de Toronto», organisée pour un groupe de jeunes paroissiens, a suscité l'émoi de la population. Au cours des jours suivants, plusieurs jeunes ont manifesté des troubles psychologiques et physiques consécutifs à ce que le pasteur Paul Hemes décrivait alors comme «des démonstrations physiques très fortes de la présence de Dieu».

Dans une société assoiffée d'émotions fortes et de certitudes tangibles, cette manière purement physique de vivre sa foi fait mouche. Et si les «Bénédictions de Toronto» continuent à faire des adeptes - la prochaine Pentecôte verra se remplir le stade de glace de Malley, à Lausanne - d'autres manifestations concrètes de la présence divine émergent dans le monde.

Une des dernières en date, c'est le «Réveil de Pensacola». Dans une banlieue de cette ville de Floride se trouve l'Eglise de l'assemblée de Dieu de Brownsville (dont un pasteur sera à Malley). C'est là que, le 18 juin 1995, le pasteur Steve Hill a été «frappé» par Dieu. Pendant les semaines qui ont suivi, deux fois par jour, des cultes ont rassemblé chaque fois quelque 2500 personnes, jusqu'à 2 ou 3 heures du matin. Une participante, Beth McDuffie, témoigne sur Internet: «L'église ressemblait à un champ de bataille ! Il y avait des corps partout, des gens tremblant sous l'effet de la puissance de Dieu! Les uns avaient des visions, d'autres criaient, d'autres encore pleuraient toute l'eau de leur corps. Un jeune homme était sous l'emprise de la sorcellerie et de l'homosexualité, il en a été délivré !» Et les «miracles» se sont multipliés: toxicomanie, diabète, rien ne pouvait résister...

Mais tous les évangéliques ne se félicitent pas de cette surexcitation collective qui saisit les assemblées réunies par les leaders de la «Bénédiction de Toronto». Une évangélique qui s'y est rendue rapporte, hébétée, qu'elle se demandait sans plaisanterie si ce n'était pas plutôt le démon qui tirait les ficelles de ces soirées.

LES INGRÉDIENTS DU SUCCÈS

Longtemps, l'Eglise réformée a traité le phénomène évangélique par le mépris ou le rejet, fronçant le sourcil face à des conversions spectaculaires, devant ces corps prétendument secoués par l'action de l'Esprit saint, face à une théologie réputée simpliste. Mais voilà: les assemblées évangéliques font le plein, poussent comme des champignons dans la profondeur du pays, notamment sur La Côte vaudoise, et répondent de toute évidence à une soif intense de réponses claires et simples, de normes de vie, de chaleur communautaire. Sans triomphalisme, mais sans fausse modestie non plus, Jean-Claude Chabloz, pasteur de l'Eglise évangélique apostolique de Lausanne, revendique entre 400 et 500 fidèles chaque dimanche ! - de quoi démoraliser durablement les pasteurs de l'Eglise réformée officielle, qui prêchent parfois devant une poignée d'ouailles grisonnantes.

Pourquoi un tel succès? La mouvance évangélique offre un climat, un langage, une chaleur qu'on chercherait en vain dans un temple protestant. Un jeune scientifique d'Echallens, Philippe Thueler, et sa femme Laurence illustrent bien le parcours de l'évangélique. Sur la porte d'entrée de leur maison s'affiche le traditionnel poisson. «Nous venons de familles de tradition protestante, mais non pratiquantes. J'ai fait mon catéchisme, explique Philippe, c'était très bien mais je n'ai pas trouvé de place pour faire grandir ma foi. Il n'était pas possible d'en parler sans faire ricaner mes camarades, et à l'Eglise réformée, je ne me sentais pas à l'aise face à des adultes pour exprimer ma foi. Dans un groupe de jeunes que j'ai rencontré au gymnase, j'ai pu parler très librement avec de jeunes croyants car nous partagions les mêmes préoccupations.»

C'est dans des groupes de réflexion, les uns liés à l'Eglise officielle, d'autres interconfessionnels, que le jeune homme a trouvé à s'engager personnellement. C'est un des grands besoins actuels, auquel l'Eglise officielle répond mal: s'engager, participer, témoigner. «Les Eglises officielles s'essoufflent, constate Jean-Claude Chabloz, tout a terriblement vieilli. Les gens cherchent une foi plus libre, avec des engagements précis. Ils vivent une grande désespérance, une grande solitude, une recherche de Dieu. Les jeunes veulent une ligne, des limites.»

Comme beaucoup d'autres évangéliques, Philippe et Laurence Thueler ont trouvé une cohérence dans leur vie, une continuité entre le quotidien et la foi. Une foi dont ils témoignent sans fausse pudeur, au travail ou ailleurs : «Cela suscite des questions et ne laisse jamais indifférent, remarque Laurence Thueler. Mais les gens osent en parler librement, alors que pour la génération précédente, la foi restait quelque chose de très intime et de privé.»

RIEN QUE LA BIBLE

Cette ligne, ces limites, applicables dans la vie courante, les évangéliques les offrent à ceux qui les réclament. En particulier par une lecture à la lettre de la Bible: «On a cru plaire aux gens en mettant en doute la Bible, explique Jean-Claude Chabloz. Ce faisant, on l'a vidée de sa force. Chez nous, les gens trouvent une relation personnelle avec Dieu, et nous leur disons que la Bible dit la vérité: nous avons confiance en la Bible, pourquoi Dieu nous aurait-il donné un livre faux ?»

Il résulte souvent de cette lecture littérale de la Bible une morale très conservatrice, qui perpétue en particulier la condamnation de l'homosexualité. Cette lecture est forcément sélective, puisque ces quelque 1500 pages sont complexes et parfois contradictoires. Les Réformés ne manquent pas de reprocher aux évangéliques de ne prendre dans l'Ecriture que ce qui les arrange. Beaucoup d'entre eux, y compris dans le monde scientifique, s'en tiennent à la vision créationniste de l'histoire de l'univers: la Genèse au pied de la lettre.

Mais c'est aussi la chaleur que les adeptes apprécient dans leur communauté. Il y a d'abord le culte du dimanche, avec sa musique, ses choristes, sa vitalité. Sur La Côte, un papillon invitait récemment les jeunes: «Viens t'éclater avec nous, ce sera super!» Et de fait, selon le pasteur Virgile Rochat, «il y a une chauffe du tonnerre, avec un pianiste de jazz très expérimenté, une sorte de disc-jockey présente les cantiques et invite à la prière, les gens se lèvent, se mettent à onduler; cela s'appelle la louange et peut durer une heure; puis vient un témoignage très simple. Ensuite, le prédicateur invite à la repentance et à la mission. Incontestablement, il y a une certaine qualité».

Mais au-delà du culte, les activités qui émaillent la semaine jouent un rôle très important: réunions en famille de prière, lectures de la Bible, réseaux d'entraide - ce sont les «cellules de maisons». Selon une étude à laquelle a collaboré Serge Carrel, pasteur évangélique à Gland et journaliste, chaque semaine en Suisse quelque 700 groupes se retrouvent chez des particuliers. «Les cellules de maisons représentent un phénomène incontournable de la vie communautaire dans la mouvance évangélique», dit-il. Cet aspect communautaire est fondamental.

Chacun donne du temps et reçoit de l'attention, se sent reconnu en tant que personne, entouré dans un réseau de relations. Dans l'Eglise réformée, le respect de l'individu est poussé si loin qu'il ne se sent plus impliqué. Inversement, chez les évangéliques, les laïcs participent et peuvent même avoir une activité sacramentelle (mariages, services funèbres, Cène, cultes...). «Pour nous, explique Jean-Jacques Meylan, l'Eglise n'est pas une institution: les fidèles sont l'Eglise.»

La contrepartie de cette fraternité poussée très loin, ce peut être un sentiment d'enfermement, un contrôle social trop lourd qui conduit certains à se tourner vers l'Eglise réformée, pour respirer et aller plus loin sur le plan spirituel, tant il est vrai que la lecture évangélique de la Bible peut avoir quelque chose de frustrant, puisqu'elle en méconnait la richesse, les contradictions, les énigmes.

VENT DE PANIQUE

Un peu effarés, les protestants suisses ont pris la mesure du phénomène, et réalisent soudain que leur Eglise tout entière est en train, lentement mais sûrement, de «virer évangélique». Et l'hypothèse selon laquelle les évangéliques seront demain les seuls protestants n'émane pas de quelque pentecôtiste allumé, mais de théologiens et de sociologues très sérieux. Autre signe: la moitié sinon davantage des étudiants qui entrent en théologie à l'Université de Lausanne viennent de la mouvance évangélique, et rien n'indique qu'ils se laisseront imprégner par l'approche critique et historique de la théologie universitaire européenne. A la faculté de Genève, on évalue cette proposition à un quart.

Déjà, dans le canton de Vaud et à Genève, plusieurs paroisses réformées sont tenues par des pasteurs acquis à la mouvance évangélique, où les cultes se font «à l'américaine», pour le plus grand profit de la fréquentation dominicale. C'est le cas à Corsier, à Corseaux, à Orbe, à Cheseaux, à Gland, à Meyrin.

C'est qu'en quelques années, on est passé d'une profonde défiance à un dialogue intense - par la force des choses: la croissance du mouvement évangélique était trop forte pour que l'Eglise réformée pût encore la rejeter parmi les sectes. C'est pourquoi, aujourd'hui, les uns et les autres discutent et collaborent dans des groupes de réflexion, des actions communes, des réunions de prière, des campagnes d'évangélisation régionales voire romandes. A Echallens par exemple, la coopération va très loin puisque des actions et célébrations communes rassemblent protestants, évangéliques et catholiques - c'est un cas qui reste à peu près unique.

AU PIED DU MUR

Pour l'Eglise réformée, la question n'est plus d'être pour ou contre les évangéliques. La question est de savoir comment oeuvrer avec eux à l'unité de la famille protestante, autrement dit à créer un oecuménisme intra-protestant, malgré des difficultés théologiques irréductibles. En particulier, les évangéliques tiennent fermement à une lecture fondamentaliste de la Bible, et au baptême des adultes. Le baptême par immersion suit la conversion, moment où les croyants ont senti l'Esprit saint descendre sur eux, ce qui se manifeste souvent, selon les récits d'un grand nombre d'entre eux, par leur soudaine capacité à «parler en langues».

Il est très courant d'entendre les jeunes convertis dire qu'ils sont «nés de nouveau». Le baptême par immersion participe de cette nouvelle naissance et marque un avant et un après «la rencontre personnelle avec Jésus» qui est le point de départ d'une nouvelle vie.

Si l'Eglise réformée ne reconnaît pas certaines pratiques, comme la «Bénédiction de Toronto», elle n'est pas en mesure de dénoncer des hérésies, puisqu'il n'y a pas de dogmes auxquels se référer. Pour ne rien simplifier, les deux mouvances ont de la peine à se comprendre parce qu'elles sont de nature différente. Les évangéliques, éclatés en plus de cent trente Eglises qui vont du fondamentalisme le plus étroit à une ouverture quasi réformée, ne sont pas toujours très enclins au dialogue, et cultivent souvent une forme de repli exclusif sur leur communauté.

Cet exclusivisme devient choquant lorsqu'il émane de pasteurs en paroisse officielle: certains jeunes ministres de tendance évangélique osent affirmer qu'ils ne sont plus le pasteur du village, mais seulement celui «de ceux qui confessent Jésus-Christ». Tant pis pour les autres... «Or l'horizon doit être le monde, par la communauté ecclésiastique, s'emporte le professeur Pierre Gisel, vice-doyen de la faculté de théologie de Lausanne. Car la question de fond, c'est celle de Dieu qui appartient à tout le monde, c'est une question globalement humaine!»

En face, l'Eglise réformée doit par nature accueillir chacun: elle est multitudiniste. «C'est sa faiblesse, mais aussi une grande richesse, dit Olivier Rosselet, pasteur stagiaire. Elle met ensemble des façons de vivre sa foi très différentes les unes des autres.»

Paradoxalement, on a peine à discerner un climat de guerre ou de confrontation. L'Eglise réformée réagit en citadelle assiégée, face à des gens qui sont indifférents à son sort mais lui prennent ses forces vives. De toute façon, les évangéliques font aussi partie de l'Eglise réformée, qu'ils le veuillent ou non. C'est pourquoi la Fédération des Eglises protestantes de Suisse se lance résolument dans le dialogue. Pour Heinz Rüegger, délégué oecuménique au sein de la FEPS, le salut des protestants passe par l'intégration des préoccupations évangéliques, qui sont celles d'une partie de la population.
 

Tous Évangéliques ?

Est-il possible que demain, la plupart des protestants soient évangéliques, et que les minoritaires soient les réformés traditionnels, repliés dans des Eglises libres cultivant une approche plus intellectuelle de l'Evangile et du rapport à Dieu ? «Si l'Eglise réformée ne se modernise pas, c'est ce qui va arriver», prophétise Virgile Rochat (voir interview). Le risque de marginalisation est réel, particulièrement si l'on évoque une possible séparation de l'Eglise et de l'Etat en terre vaudoise : «L'Eglise réformée se demande si la question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat ne va pas lui être posée de manière très cruelle, estime Serge Fustier, responsable de la Commission de relation avec la mouvance évangélique. Une séparation de l'Eglise et de l'Etat va marginaliser l'Eglise protestante, qui sera dès lors mise en minorité par les assemblées évangéliques.

L'Eglise protestante agonise à Genève et à Neuchâtel où l'Eglise et l'Etat sont séparés. Notre Eglise vaudoise pourrait échapper à beaucoup de difficultés, si elle voulait bien se poser un certain nombre de questions et ne pas se cantonner, voire fuir dans le social. Le grand malheur, c'est qu'elle n'a pas su conserver l'apport positif de l'Eglise libre qui a fusionné avec elle en 1964.»

Pour Pierre Gisel, «nous vivons une crise d'identité aux niveaux individuel et collectif. Pour le christianisme, la recomposition religieuse sera plus importante, la crise des Eglises plus forte, et les mutations beaucoup plus profondes que ce qu'on imagine.»

Pour Heinz Rüegger, «le moyen de prévention le plus efficace contre les manifestations problématiques de la croyance évangélique est d'abord de faire nôtres ses préoccupations. Alors le mouvement évangélique sera ce qu'il a toujours voulu être: un mouvement constructif de renouveau dans les Eglises.»

Interprétation un peu tendancieuse, mais qui résume bien le problème que les évangéliques posent à l'Eglise réformée : ils sont devenus à tel point incontournables, que les protestants sont condamnés à intégrer leurs préoccupations. Sous peine d'être marginalisés.

Ph. B. et S. F.


Le credo des évangéliques

Qu'est-ce qui, sur le plan théologique,
différencie les évangéliques des protestants traditionnels ?
  • La normativité de la Bible. Souvent prise au pied de la lettre, elle est au centre de la vie quotidienne du chrétien.
  • L'importance d'une foi personnelle, expérimentale et confessante, généralement apparue au cours d'une expérience de conversion qui a valeur de nouvelle naissance. Elle est suivie d'un baptême par immersion chez les adultes, même s'ils ont déjà été baptisés enfant.
  • L'importance première de la mission et de l'évangélisation.
  • Le souci d'une vie personnelle conforme aux lois de Dieu et aux commandements.
  • La forte communauté spirituelle que forment ceux qui sont «nés de nouveau».
  • L'importance de la louange et des chants.
  • La méfiance à l'égard de l'Eglise catholique et du pape en particulier.
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Meyrin: fusion depuis 20 ans

Genève a connu une forte expansion des Eglises évangéliques, à la fois dans leurs effectifs et dans leur nombre : on en compte aujourd'hui une cinquantaine.

A Meyrin, on a depuis 1976 l'exemple sans précédent d'une fusion entre la communauté paroissiale réformée du village et une Eglise évangélique. Depuis plus de 20 ans, le même culte accueille les deux communautés et tout se passe bien puisque la chapelle de l'Eglise évangélique de Meyrin, de 120 places, s'avère trop petite.

Jean-Jacques Meylan est depuis 8 ans le pasteur de Meyrin. Lausannois d'origine, cet ancien ingénieur venu de la mouvance évangélique a fait ses études de théologie à la Faculté de Lausanne sur le tard, la quarantaine passée. «J'ai fait l'expérience des milieux pentecôtistes entre 15 et 30 ans. Puis j'ai ressenti ce milieu comme trop oppressant, manquant d'ouverture. J'en suis sorti et j'ai fait ma théologie. A Meyrin, j'ai pu vivre au mieux ma double identité: j'ai une sensibilité évangélique, mais aussi un énorme intérêt pour ce que le milieu protestant essaie de développer.»

S'il y a fusion, il n'y a pas confusion: «Nous tenons à garder notre identité, car nos différences sont constructives et complémentaires. Les réformés sont forts sur l'ouverture à l'ensemble de la population; nous, nous mettons l'accent sur la communauté confessante.»

 


Le salut par le hard rock

«J'ai eu une enfance vachement difficile. Parents divorcés. J'ai pas connu mon père. J'ai été élevé par un gars qui me tapait dessus. J'ai fait un apprentissage qui a foiré. J'ai commencé à me droguer. Je suis devenu alcoolique. J'animais une émission de hard rock dans une petite radio. A la maison, on disait que c'était pas Jésus-Christ qui remplissait le frigo. A l'époque où je zonais devant l'église du Valentin, j'ai rencontré un ami, croyant, qui m'a offert une Bible. Un mois après j'atterrissais en prison. J'avais cette Bible avec moi. J'ai commencé à la lire.»

Cheveux longs tombant sur les hanches, Thierry compte parmi les anciens toxicos qui rejoignent, assoiffés de famille, la mouvance évangélique. La Bible qu'il tient entre ses mains, il la lit et la relit, comme en témoignent des pages presque complètement détachées. Féru de hard rock, Thierry a rejoint le groupe de ses amis chrétiens, «les seuls qui sont venus me voir en taule ...» Aujourd'hui, six ans après «avoir rencontré Jésus», le jeune homme a sa petite notoriété dans les milieux évangéliques.
 

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 source : L'HEBDO N° 20, 15 mai 1997