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Mort
au nom de Satan
- Source:
L'illustré - 3 novembre 2004
- Texte:
Patrick Baumann
- Photos:
Claude Gluntz
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- [Texte
intégral]
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Drame
du spiritisme
dans le Jura
Une
photo prise l'été 2004 en Valais. Michael
était un bon vivant. Le
portrait qu'en tracent ses pro- ches n'est pas celui d'un
déséqui- libré. «ll était
toujours gentil avec tout le monde et s'intéressait
aux exclus», confie
une amie d'enfance
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C'était
le vendredi,
après
les cours, que
Michael et ses
camarades avait
pris l'habitude
de se réunir
dans la tour
Réfous,
à Porrentruy,
pour faire tourner
un verre sur
les lettres
de l'alphabet.
D'après
le jeune homme,
les esprits
interrogés
lui auraient
affirmé
qu'il allait
mourir avant
17 ans
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Les
livres que Michael avait mis sur son site Internet.
On y trouve aussi «Grimoires secrets», de
l'abbé Schindelholz, exorciste jurassien. Est-ce
son attirance pour la culture et la musique dites gothiques
qui l'ont poussé à approfondir sa connaissance
du monde des ténèbres ?
C'était
un adolescent qui
venait de fêter ses
16 ans. Un solide gaillard
tout en sensibilité
qui aimait la vie. Quel- ques jours avant sa mort, il
avait encore dit à sa mère qu'il l'aimait
trop pour se suicider. Pourtant,
Michael s'est couché sur
la voie du train qui relie Delémont
à Boncourt le 18 octobre dernier.
En pleine nuit. Et on imagine
le degré de détermination qu'il
a fallu au jeune homme pour rester
jusqu'au bout, face aux phares
de la locomotive. Pourquoi ?
C'est aujourd'hui la question
qui hante et hantera toujours Michel
et Colombe, ses parents.
Des
gens dignes, de jeunes parents
de 44 et 42 ans qui ne comprennent
pas qu'un garçon qui
avait insisté pour refaire son année
scolaire au collège Saint-Charles,
à Porrentruy, en vue de rejoindre
le gymnase, ait pu mettre
fin à ses jours de telle façon.
Jeux
dangereux
S'ils
témoignent aujourd'hui, c'est
pour faire taire les rumeurs et
pour dissuader, comme ils l'ont écrit
en exergue de l'avis mortuaire
de leur fils, «tous ceux qui pourraient
comme lui suivre les règles
de ce que certains appellent
un jeu, dans lequel «les esprits»
prennent possession de toi.
Que ta disparition puisse au moins
éclairer tous tes amis.» Ils nous
l'ont répété dans leur maison
de Courtételle, qui accueille également
la boucherie, aujourd'hui
un peu déserte. «Les gens n'osent
pas nous parler, ils sont gênés»,
raconte Colombe. Qui n'en
finit pas de repasser dans sa tête
cette soirée où Michael est parti
comme d'habitude faire un tour
dans le village. Colombe et Michel,
inquiets de ne pas le voir revenir,
l'ont cherché de longues heures.
«Il a averti les ambulanciers
qu'il avait eu un accident de vélo,
mais il n'était pas à l'endroit indiqué
aux secouristes.»
Après son
suicide, les ambulanciers ont retrouvé
son natel à son côté. Il avait
laissé ce dernier message: «Je
vous jure, c'est pas un suicide, mais
je dois mourir.»
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Un
jeu d'adolescent qui a tourné
au cauchemard

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La
majorité de
ses copains qui
empruntaient comme
lui cet escalier
pour se rendre
à l'étage des rituels
prenaient ça pour
un jeu. Pas Michael,
persuadé d'être
la victime de Bloody
Mary, un esprit
relié à une légende
urbaine à l'origine
du film«Candyman».
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Dans
les bistrots, de Porrentruy à Delémont, on ne parle que de ce fait
divers. Surtout depuis qu'on a appris
qu'il était lié à des pratiques
ésotériques. Depuis plusieurs
semaines, en effet, le jeune Michael
se réunissait avec quel- ues
camarades dans une tour du château
de Porrentruy. Pour y faire
tourner les verres, convoquer
les esprits.
Rien de bien méchant
en apparence. Seulement
voilà, si la plupart n'y ont vu qu'un
jeu, Michael, lui, a acquis la conviction
qu'il allait mourir avant
ses 17 ans. «Les esprits le lui
avaient dit. Il m'a dit aussi qu'il avait
fait un pacte avec le diable.» C'est
Melinda, 15 ans, qui témoigne.
Son amie d'enfance, apprentie
coiffeuse à Porrentruy. Il
voulait prouver à ses parents que
tout ça était vrai, pas des hallucinations.»
Ce
dimanche 12 septembre, le jeune
homme profite de l'absence de
ses parents et de sa soeur pour pratiquer
un rituel destiné à faire venir
Bloody Mary, la Vierge sanglante.
Michael a éteint la lumière
et allumé des bougies, il a
tourné devant le miroir après avoir
pris quantité de médicaments
divers pour, disait-il, «se protéger
de l'esprit tueur». C'est ce
qu'il décrit en détail sur une page
de Blogs, un de ces sites internet
où les adolescents se racontent
leur vie en jargon S M S.
Les
pseudos sont d'ailleurs très révélateurs
de l'engouement pour ce
mouvement dit gothique: on se
donne
du Delemoniak, Dark Sun, Punk
anarchiste satanique 666.
Il
y a 27 pages pour Micha 136. Une
partie de son blog a été effacée,
mais on y lit encore ces lignes
datées du 22 septembre: «J'ai
perdu la tête et j'ai tout cassé dans
la chambre. Ma soeur m'a retrouvé
inconscient dans la salle de
bain. J'avais écrit sur le miroir et
par terre, il y avait des bougies allumées
partout.»
Plus
tard, sa tante Martine nous
confiera: «C'était comme si un
rouleau compresseur avait passé
par là. L'aquarium de 110
litres était brisé, il y avait de l'eau
partout.»
Michael
est interné à ]'hôpital psychiatrique
de Bellelay. Le psychiatre
qui le suit rassure les parents.
Il n'est pas mentalement malade.
«Il ira juste dit que je devais
le lâcher un peu», se rappelle
Colombe. Les parents découvrent
des lettres dans la chambre de
leur fils qui leur font froid dans le
dos. «J'ai trop convoqué les esprits,
côtoyé les morts, je dois payer !»
Ou: «Je suis possédé par Satan,
je dois mourir, à Yaide!»

Alertée,
la directrice du collège catholique
Saint-Charles, Josiane Pourchet,
convoque la bande de jeunes
spirites. «La plupart m'ont avoué
que ce n'était qu'un jeu. J'ai demandé
aussi à Michael s'il avait besoin
d'aide.» Au collège, tout le monde
est visiblement encore sous
le coup de l'émotion. «Des débriefings
ont été organisés avec les
élèves. Il y en aura aussi pour les
parents. Il est très
important de déculpabiliser les jeunes»
«Le
problème de Michael, explique
sa tante, c'est qu'il a toujours
tout fait intensément. Alors la
sorcellerie aussi. Quant une mère
d'élève lui a prêté des ouvrages
ésotériques, il s'est plongé
dedans!»


Une
idée fixe
Des
classiques: Le Grand Albert et Le
Petit Albert, Dialogues avec les morts,
Magie blanche et magie noire. Mais
aussi le fameux Grimoires secrets,
de l'abbé Schindelholz, un des
derniers exorcistes de Suisse, qui
est d'ailleurs Jurassien. L'exorciste
de Fahy a parlé au téléphone avec
Michael, nous a expliqué son père,
«mais nous aurions aimé qu'il
trouve le temps de voir notre fils.
Pour nous, c'était comme s'il y
avait deux Michael, comme si une
force lavait poussé à agir.» Les
époux
rien diront pas plus, dignité oblige.
Mais on sent dans leur regard
la douleur et l'incompréhension:
pourquoi mettre des livres
de cette nature dans les mains
d'un adolescent fragile ?
Pourquoi
l'exorciste officiel n'est-il pas
venu ? «Michael a-t-il ouvert une
porte sur l'au-delà qu'il n'a pas su
refermer ?» se demande sa tante
Martine. Dans le Jura, terre de
secrets, la sorcellerie est quelque
chose qu'on prend au sérieux.
L'abbé
Schindelholz nous a reçus dans
sa cure de Fahy. Un abbé qui tient
d'emblée à préciser que la pluppart
des cas qu'il rencontre sont d'origine
psychique. Depuis quarante
ans qu'il exerce, un seul cas de
possession à son actif, dont la description
n'est pas sans rappeler le
film L'exorciste.
«Je crois malheureusement
que Michael avait une idée
fixe contre laquelle on ne pouvait
rien faire. J'ai essayé de le voir avant
de m'absenter quelques jours,
mais je nai pu atteindre la famille.
Au téléphone, il m'avait dit que
c'était exaltant, la magie noire. Je
l'ai mis en garde en lui rappelant que,
dans l'Ancien Testament, on punissait
de mort les nécromanciens.
J'ai pénétré ce monde-là,
je sais
qu'il existe !» Une réponse par trop
brutale pour un adolescent déjà
fragilisé ? «Il fallait un traitement
de choc. Le spiritisme peut devenir
une drogue au même titre que
l'héroïne.»
Du
côté de la police cantonale, on
précise qui une enquête est en cours.
«On avance, dit le commissaire
Dubail, mais les enfants sont
très choqués et nous voulons les
préserver.» La conseillère d'État
Élisabeth Baume-Schnei- der,
ancienne assistante sociale, s'est
montrée très touchée par cette
tragédie. «J'ai craint un nouveau
Cheiry avec des adolescents.
L'adolescence
est une étape difficile.
Une passion exclusive peut entraîner
un ligotage émotionnel et
intellectuel très dangereux, il faut
maintenir le jeune en réseau avec
d'autres choses. J'ai un infini respect
pour Michael et sa famille.
Cela aurait pu arriver à n'importe
qui !»
Trois
de ses amies proches l'affirment:
si Michael pratiquait la magie
noire, il ne négligeait pas la
blanche. «Il essayait d'aider, de soigner
par ses rituels», dit Marion,
15 ans, de Courtételle. «Il
était toujours à l'écoute, c'était
un
ami joyeux, qui tendait la main»,
renchérit Farah, 14 ans, qui
n'a néanmoins jamais voulu suivre
son ami dans la tour Réfous. «Pour
moi, il croyait peut-être à Satan,
mais il ne mérite pas d'aller
en enfer. Il était comme mon frère,
dit Melinda. J'espère vraiment
qu'il est au paradis.»
P.
Ba.

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3
novembre 2004 - L'ILLUSTRÉ
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