Les dérives liées à notre santé et à notre bien-être

 Le rapport 2009 de la Miviludes
 
De la séduction à l'emprise mentale à travers un discours
pseudo-thérapeutique et charlatanesque
 
On assiste à une véritable explosion de la culture New-Age dans laquelle s'engouffre des mouvements sectaires et des psycho-groupes dangereux. De telles dérives adviennent en partie à cause du manque de prévention au niveau scolaire et par le manque de connaissance de ce que sont les différents degrés et stratagèmes de la manipulation mentale. De plus en plus d'ex-adeptes de grandes sectes ont maintenant le champ libre pour manipuler nos concitoyens avec les méthodes qu'ils ont apprises; ne serait-ce que par simple mimétisme ou ritualisation excessive !

Centre info-sectes (Suisse)

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Les dérives liés à notre santé et à notre bien-être (Europe1.fr - 7 avril 2010)

Dérives sectaires: “risques pour la santé en croissance préoccupante”, selon G. Fenech (zemedical.com- 28 juin 10)

Témoignage-audio: Stage d'initiation à l'iboga. "C’était la fatigue et des rituels"

Témoignage-video: Le témoignage de Nathalie De Reuck, dont la mère est morte d'un cancer, victime de deux "thérapeutes" (TF1 - 7 avril 2010)

Rapport 2009: La Miviludes pointe les dérives sectaires du New Age (le Journal du Dimanche - 7 avril 2010)

Rapport 2009: La Miviludes s'inquiète du néo-chamanisme et des nutritionnistes (france24.com- 7 avril 2010)

Les sectes: un mal de civilisation

Les dérives liés à notre santé et à notre bien-être

http://www.europe1.fr/France/La-mode-du-bien-etre-profite-aux-sectes-171006/ - 7 avril 2010
[Texte intégral]

Vidéo: Le président de la Miviludes a dévoilé sur Europe1
les grandes lignes de son rapport annuel (7 avril 2010)

"Psychothérapie alternative", "régime nutrionniste"… "Il y a là des thématiques dans lesquelles les groupes sectai- res se sont engouffrés", a affirmé mercredi sur Europe1 Georges Fenech, président de la Miviludes (Mission inter- ministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), dont le rapport annuel doit être dévoilé mercredi matin.

On assiste à "une véritable explosion partout en France" "des centres psychothérapeutiques, des centres nutri- tionnistes qui attirent beaucoup", a expliqué Georges Fenech. "On voit ces centres proliférer et offrir à la carte toute sorte de psychothérapie alternative mais totalement charlatanesque", a-t-il affirmé.

Nous sommes là face à un phénomène, si on n’y prend pas garde, qui peut faire beaucoup de victimes", a ajouté George Fenech, avant d’appuyer son propos par les exemples de "régimes nutritionnistes extrêmement graves, à l'égard notamment des enfants", ou encore de "techniques dites du respirianisme", qui consistent à ne se nourrir "que d’air et de lumière".

La dérive sectaire "ne régresse pas, elle se développe incontestablement" selon Georges Fenech, qui a recensé "600 mouvements ou pratiques qui présentent des risques, alors que la mission d’enquête parlementaire en 1995 avait pointé 172 mouvements".

"Il y a sans doute quelque 500.000 de nos concitoyens qui sont touchés directement, et parmi eux une grande partie d’enfants", a poursuivi le président de la Miviludes.

Constituer une base de données

Pour limiter les dérives sectaires, "nous allons établir des dossiers dans lesquels nous rassemblerons tous les signalements que nous recevons", a poursuivi Georges Fenech. Ces dossiers seront "consultables à la Miviludes par les autorités publiques et les associations", a-t-il ajouté.

Autre nouveauté, "le ministère de la Santé a mis en place un groupe d’appui technique qui va référencer toutes ces pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique", a détaillé Georges Fenech, avant de conclure: "tout ce qui est naturel peut cacher en partie des dérives sectaires".

La nutrition, nouvel outil des sectes

La Miviludes consacre également un chapitre de son rapport annuel à la nutrition et à ses dérives possibles, sou- lignant les risques du jeûne excessif ou du régime exclusivement végétalien pour les enfants, de l'abandon des médecines classiques au profit de régimes censés guérir tous les maux, y compris le cancer, des stages associant le jeûne et la randonnée jusqu'à l'épuisement.

Elle propose notamment de développer l'expertise scientifique des produits autour de la nutrition, régimes et compléments alimentaires et de lutter contre les infractions au titre de l'exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie.

Des progrès enregistrés

Georges Fenech a également salué les avancées réalisées en 2009 : l'enquête sur l'éducation à domicile pour mieux connaître l'ampleur du phénomène et identifier le risque sectaire, mais aussi la formation des magistrats aux dérives sectaires ou encore la définition et l'encadrement du titre de psychothérapeute, suite à une loi du 21 juillet 2009.

Il s'est aussi félicité aussi des directives du ministère du Travail pour lutter contre le travail dissimulé, nombre de sectes faisant travailler leurs adeptes sans salaire ni couverture social. Georges Fenech a également souligné le progrès que constitue la création par le ministère de l'Intérieur de la Cellule d'assistance et d"intervention en matière de dérives sectaires (CAIMADES) au sein de l'Office central de répression des violences aux personnes.

Un discours pseudo-thérapeutique et charlatanesque

 
Audio: «Des régimes alimentaires peuvent avoir de graves conséquences»
 

 
Audio: De la séduction à l'emprise mentale à travers un discours
pseudo-thérapeutique et charlatanesque. Des chamans et supposés nutritionnistes
exploitent habilement leurs adeptes. La Miviludes dénonce ces dérives dangereuses.
 
Interview avec George Fenech, président de la Miviludes, et Raphael Liogier,
directeur de l'Observatoire du religieux. (France 5, Revu et corrigé - 10 avril 2010)
Dérives sectaires: “risques pour la santé en croissance
préoccupante ”, selon G. Fenech
http://www.zemedical.com/ - 28 juin 2010
[texte intégral]

ZeMedical – Les dérives sectaires inquiètent. D’autant plus que la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) en charge du dossier nous alarme: les sectes renforcent leur déploiement en France. Or, ce qui frappe au niveau des pratiques ou lors du recrutement, c’est que la santé et le thème alimentaire se placent en première ligne. Au point que cet avis soit relayé auprès du Conseil de l’Ordre des médecins: «nous ne pouvons pas rester ignorants de ce qu’il se passe, c’est pourquoi nous insistons auprès des conseils départemen- taux des médecins et auprès des associations à prendre en compte ces problématiques» insiste-t-on à la Milivu- des. De quels risques pour la santé parle-t-on ? Quelles sont les dérives visées et leur progression ? Comment et où se fait-on piéger par un charlatan ? Des questions posées à Georges Fenech, président de la Miviludes.

ZeMedical: Pouvez-vous nous préciser avant tout ce que véhicule le terme “dérive sectaire” dont vous dénoncez l’expansion récente ?

Georges Fenech: L’évolution sectaire actuelle s’explique par l’expansion d’un certain nombre de microstructures qui se construisent autour de gourous thérapeutiques, de guérisseurs capables de rassembler des personnes avec un mal-être ou des problèmes de santé et qui recherchent des soins complémentaires, alternatifs qu’ils pensent être la solution de leurs problèmes.

En France, cela correspond notamment à l’explosion des centres psychothérapeutiques. Les grandes organisations à caractère sectaire existent toujours bien sûr – Raéliens, scientologie, témoins de Jéhovah – mais il y a aussi un engouement des citoyens pour les médecines douces. Dans ces pratiques, il y a bien sûr des gens tout à fait respectables et professionnels mais également un grand nombre de charlatans qui «surfent» sur la mode et vont proposer des méthodes douteuses voir dangereuses. Par exemple, on constater le regain d’intérêt pour toutes forme de chamanisme * et néo-chamanisme. La fascination s’explique par un regain d'intérêt pour tout ce qui vient de la nature, selon le nouvel essor de la mouvance new-age.

* Pratique de guérisseurs reposant sur des systèmes spirituels et magiques avec une relation étroite à la nature et aux ancêtres.

ZeMedical: Sur quoi vous baser pour annoncer une progression des mouvements sectaires en France ?

Georges Fenech: Contre 172 en 1995, en 2009 on a recensé 600 mouvements ou pratiques d’une nature sec- taire. Sans que ça soit pour autant des sectes au sens commun du terme: il n’y a pas de définition de secte dans ce décompte, on parle plutôt de dérives sectaires répertoriées. Et il faut savoir aussi que nous ne sommes pas dans une logique de liste, même si certains le voudraient. Nous constituons plutôt des dossiers grâce aux signa- lements rapportés via les associations, les décisions de justice ou même directement.

ZeMedical: Quel est le profil d’offre faisant typiquement craindre pour la santé des français ?

Georges Fenech: En fait, le problème de la santé est commun à toutes les organisations à caractère sectaire. Par exemple, les scientologues se disent capables de traiter votre mal-être, d’améliorer vos performances physi- ques et mentales. Le contact va être noué avec l’organisation autour de ces motivations de la personne. Pour d'autres, la relation va se tisser à partir du soucis d’hygiène et du contrôle alimentaire, allant dans ce cas jusqu’à véhiculer des idées de nutrition «extrême» (de type “jeûne” notamment).

Et ce que nous observons au-delà de tout aujourd’hui, c’est l’explosion d’un véritable supermarché de la santé avec des rayons dans lesquels on va trouver toutes sortes de pratiques et de techniques pour qui veut. Au risque que le consommateur soit alors recruté à son insu. Des personnes vont se jeter tête baissée, en manque d'infor- mations et de sensibilisation sur les dangers de telles incitations et pratiques.

ZeMedical: Se dégage-t-il un type d’organisation ou de pratiques plus à risque ?

Georges Fenech: En premier lieu, il faut savoir que les “petites pratiques” sont encore plus dangereuses que les grandes organisations. Un gourou guérisseur va exercer une emprise directe et non-médiatisée et va créer une proximité avec sa dizaine de patients. Le cheminement est le même que pour les grands groupes sectaires. Ensuite, il convient de retenir qu’il existe de nombreux vecteurs d’infiltration sectaire: agences de voyage, centre de formation en entreprise, coaching, forums, clubs de passionnés et associations aux motivations diverses (nature, animaux, loisirs, spirituel, affectif...), etc.

Soulignons aussi que la formation professionnelle représente un enjeu considérable. Jusqu’à cette année, il suffisait de se déclarer en préfecture pour ouvrir un centre de formation professionnelle. 10 % des créations sont centrés sur le coaching et sur ces 10 %, une bonne partie est l’œuvre d’organisations sectaires qui ne disent pas leur nom mais distillent leurs méthodes au cours de stages.

Dans les agences de voyage, parmi les tour operator, il va y avoir un certain nombre proposant des voyages cha- maniques aux personnes en quête de sensations fortes et à la volonté de retour à la nature. Des jeunes partent et parfois, le voyage ne passe pas aussi bien que prévu: il y a déjà eu des décès après des séances d’ingestion d'iboga ou d’ayahuasca*. Et à ce sujet, on ne peut pas répondre à la question d’un chamanisme “acceptable” ou non. Ainsi il n’y aurait pas un chamanisme ancestral éprouvé et rassurant en opposition à un néo-chamanisme aventureux et mauvais.

Encore une fois, toutes les situations peuvent s’observer et ce n'est pas à la Miviludes de trancher par avance sinon à travers notre seul critère d'appréciation d’un risque. Les dérives se commettent au nom de ces pratiques de façon assez imprévisible a priori. En conclusion, sans tomber dans la paranoïa, il faut savoir que le risque existe avec de multiples visages. La dérive sectaire se cache derrière des pratiques plus ou moins éprouvées au degré de réassurance toujours adaptée à l’attente de la victime potentielle. Elle se cache derrière des enseignes qui parais- sent fiables ou sans rapport avec le sujet.

*.L'iboga est un arbuste dont la racine est utilisé sous forme de poudre ou de lamelles lors de rituels chamaniques dans certaines tribus Africaines. Elle contient en effet des alcaloïdes, substances hallucinogènes et psychostimulante.

* L'ayahuasca est un breuvage issu de lianes consommé traditionnellement lors de rituels chamaniques dans les tribus Amazoniennes, pour purifier le corps (rituel de guérison) ou pour entrer en transe (rituel divinatoire). L’ayahuasca a des effets hallucinogènes et provoque des nausées et des vomissements.

ZeMedical: Comment le charlatan piège-t-il la personne ?

Georges Fenech: Il n'y a rien de nouveau à ce sujet. On ne vous dira bien entendu jamais: « Nous sommes une organisation sectaire mais nous allons vous aider». Les moyens d’approches sont plus subtils mais souvent recon- naissables: test de personnalité gratuit en pleine rue, envoi de prospectus chez vous ou distribué dans les magasins «bio», livre invitant à prendre contact avec tel centre de psychothérapie ou de remise en forme… les techniques sont multiples et cette phase d’approche est indolore.

La phase suivante est celle de séduction où l’on vous vante les mérites de la méthode, on vous présente des gens satisfaits, on vous invite à faire une randonnée pour vous «détoxifier» en jeunant un peu… On enfonce le clou en vous montrant des photographies de stars qui ont suivi les mêmes cures. L’environnement est chaleureux, familial, souvent près de la nature, de la musique. Grâce à son offre de pseudosoin, le psychothérapeute autoproclamé va exercer une emprise mentale et une manipulation. La relation va se baser sur l’admiration du patient, allant jusqu’à la soumission. Ensuite, des groupes autarciques se constituent autour de communautés de soin. Après l'emprise mentale viennent les exigences financières exorbitantes, la rupture avec le milieu familial, avec le soin conventionnel, avec l’environnement professionnel. Le groupe devient l’existence même, la motivation de vivre. C’est la dépendance totale.

ZeMedical: Dans quelle mesure Internet sert-il ces dérives sectaires ?

Georges Fenech: Au delà de toute coïncidence, la progression des chiffres de dérives sectaires entre 1995 et 2009 peut être rapprochée de l’explosion d’internet dans la société, de l’exposition large des foyers à sa consom- mation. Et l’on constate alors qu’Internet a accéléré le processus, car il est pratiquement le seul moyen d’accès à ces centres pseudo-thérapeutiques. Il n’y a qu’à taper “nutrition” ou “psychothérapie” pour se rendre compte de la quantité de choses qui vont ressortir. À voir toutes les informations et les offres de psychothérapies sur internet, on mesure l’ampleur du marché. Parmi ces offres se trouvent les charlatans aux pratiques à risque pour la santé que nous dénonçons.

ZeMedical: Un profil psychologique spécifique de personne est-il plus exposé à ces risques ?

Georges Fenech: Non, il n’y a pas de profil psychologique particulier. Et dans la réalité, ça touche tous les milieux: employés et cadres, enseignants, sportifs, hauts fonctionnaires, artisans, médecins etc. Il n’y a pas un lieu de pouvoir, une catégorie sociale qui ne soit pas concernée. Et quelle que soit la réussite sociale, un Homme est aussi animé par ses interrogations existentielles, même s’il se sent très bien dans sa vie. Or, les réponses en ce sens se raréfient dans la société.

Le médecin de famille, qui pourrait être un confident espéré, ne va pas apporter les réponses attendues à ce sujet le plus souvent. Il faut donc se demander si notre système de santé, présumé l’un des meilleurs au monde, prend assez en compte la souffrance humaine et les réflexions psychologiques qui en découlent. N’est-ce pas ce potentiel manque qui fait qu’aujourd’hui, on a cette évolution exponentielle du nombre de ceux qui viennent dire: «Ici, nous prenons en compte toute la personnalité et pas seulement les organes malades» ?

ZeMedical: Justement, dans quelle mesure des médecins peuvent-ils être concernés par les dérives sectaires ?

Georges Fenech: L’implication des médecins est un sujet délicat à resituer dans son contexte. Dans certains cas, face à l’impuissance de la médecine, on peut imaginer que des praticiens vont se retourner par désespoir vers d'autres méthodes et se convaincre qu’elles sont bonnes alors que leurs conditions statutaires leurs interdit. Dès lors, il y en a qui se font volontairement radier de l’Ordre des médecins pour ne plus avoir à rendre de compte.

Sur le terrain, les médecins peuvent être concernés par plusieurs modes. Bien sûr, ils peuvent y croire vraiment mais on doit aussi envisager que quelques individus “roulent” leurs patients sans y croire: on est alors dans de l'escroquerie pure, avec à la clef un aspect lucratif évident. Un psychothérapeute qui va agréger un certain nombre de patients prêts à donner beaucoup d’argent a une activité beaucoup plus lucrative que le généraliste dans son cabinet. Et n’oublions pas que le médecin peut être à son tour l’homme et la femme qui sera piégé dans l'organisation sectaire, répondant aux mêmes motivations que nous avons évoquées chez chacun. Son étiquette médicale pourra même parfois servir à son insu, de caution à l’organisation.

ZeMedical: Par des discours et pratiques atypiques, des médecins connus peuvent-ils inciter des gens à des dérives à dénoncer ?

Georges Fenech: Si vous poser la question de discours médicaux potentiellement déviants et dangereux, dont l'impact est renforcé par l’autorité de la blouse blanche, l’étiquette de médecin “habilité”, il ne peut y avoir de réponse toute faite. L'essentiel est que les quelques discours en faveur de pratiques alternatives n'inci- tent pas à un refus ou à un abandon de soins conventionnels qui mettraient ainsi en péril la santé d'un individu: arrêt intempestif d'un antidépresseur devant une dépression avérée, de la chimiothérapie en réponse à un cancer répondeur... Nous y sommes vigilants.

Quant aux pratiques qui pourraient s'avérer en soi dangereuses, il conviendra de s'en remettre aux conclusions du GAT, le "Groupe d'appui technique" mis en place par le Ministère de la Santé dont le rôle est d'évaluer les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique et d'informer le public. Il faut savoir que leurs travaux sont en cours. (cf pièce jointe).

ZeMedical: Pour revenir aux victimes, combien de personnes sont concernées ?

Georges Fenech: Le marché de la santé exposé à la dérive sectaire touche tout le monde. Les régimes nutrition- nistes, très en vogue, sont une source majeure de charlatanisme. Citons à l’extrême limite, l’exemple du “respirian- nisme” – basé sur l’idée que l’on peut se nourrir uniquement d’air et de lumière – qui compte tout de même plusieurs milliers d’adeptes en France ! Et l’on estime qu’il y a environ 500'000 français touchés par le phénomène des dérives sectaires. Dont 60'000 à 80'000 enfants, touchés directement: cela peut être une mère adepte de régimes extrêmes très carencés mais qui continue d'allaiter son enfant. Pour montrer la portée du phénomène, il faut savoir par exemple qu'il y a des cas de décès d’enfants à cause d’insuffisance nutritionnelle, avec condamnation des parents...

ZeMedical: Quels sont les signes qui doivent alerter du danger ?

Georges Fenech: Les exigences financières, le fait de s’éloigner du soin conventionnel, la vie groupale exclusive, la séparation d’avec la famille, le rejet de la médecine traditionnelle, c’est tout ça, les signes. Et puis il y a le discours psycho-spirituel. On voit des organisations qui sont reliées directement à des grandes religions et qui soignent par l’invocation de l’esprit sain, dans des séances qui peuvent être très violentes. C’est redoutable.

ZeMedical: Comment réagir quand on se rend compte qu’un proche est pris dans l’engrenage ?

Georges Fenech: Le malheur, c’est que quand on s’en rend compte vraiment, en général il est un peu tard. La personne, une fois qu’elle est dedans, n’a plus conscience d’être sous emprise. Tout discours qui est agressif à l'égard du groupement est un discours qu’il faut rejeter, c’est ce qu’on lui inculque. Il faut donc être très patient, parler, ne pas braquer la victime, ne pas la brusquer et essayer petit à petit de sensibiliser. Mais la plupart du temps c’est très difficile. A vrai dire, c’est plutôt le rôle des associations qui vont expliquer les choses en donnant des exemples.

ZeMedical: Finalement, on pourrait penser qu’il faut se méfier de tout…

Georges Fenech: Les principales pratiques dont il faut se méfier sont répertoriées dans notre rapport annuel de l'année 2008. Parmi celles citées, on trouve l’hygiénisme, la kinésiologie, le respirianisme, l’instinctothérapie (crudi- vorisme), le végétalisme, la promotion du jeûn (hygiénithérapie), le chamanisme, la biorespiration, les compléments alimentaires, etc.

On surfe sur la vague de l’amélioration des performances physique et intellectuelles. Mais les médecins vous expliqueront que ce n’est pas par le jeûne que vous allez vous détoxiner, au contraire. C’est du charlatanisme total. En fin de compte, il ne faut pas croire que tout est mauvais partout, mais justement savoir éviter l'amal- game tout en se souvenant qu’il y a un risque.

Stage d'initiation à l'iboga:
«C’était la fatigue et des rituels»
 
Portrait. Il a fallu quatre années à Nathalie pour
se défaire des emprises d’une secte
http://www.europe1.fr - 07 Avril 2010
par Marion Sauveur avec Aude Leroy
[Texte intégral]
 

Audio: Interview d'une participante à un stage d'initiation

Au départ, c’est une méthode nouvelle qui attire. C’était le cas de Nathalie. La jeune femme d’une trentaine d'années désirait trouver une solution à ses cauchemars incessants. Elle s’est alors laissée berner par un mouve- ment néo-chamanique, un stage d’initiation à une plante miracle : l’Iboga, une plante venant du Gabon et qui est aujourd’hui officiellement considérée comme une drogue.

Effets dévastateurs

Projections de films, chants sacrés, danses rituelles, jeûne: les dérives sectaires étaient nombreuses. Nathalie a participé à tous ces rituels, jusqu’à ceux de l’absorption de la plante. "J’ai commencé à avoir des visions, plusieurs en fermant les yeux et les yeux ouverts. C’était l’horreur. J’avais l’impression d’être dans une sorte d’enfer dont je n’arrivais pas à sortir", explique-t-elle.

"Si on n’obtempérait pas on était des riens du tout":

Nathalie a quitté le groupe au bout de quatre ans. Elle a mis du temps à se défaire de son emprise physique et du conditionnement quasi-sectaire. "C’était la fatigue, les rituels.

On nous disait qu’on était des gens supérieurs et qu’on avait compris des tas de choses. Et le jour où j’ai voulu sortir un ami de ça, ils sont devenus super agressifs", raconte-t-elle.

Méfiance, c’est le maître-mot de Nathalie. Elle voit se multiplier les séminaires sur les plantes africaines et les mé- decines indiennes sur internet. Un constat également de la Mission Interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Elle rendra mercredi son rapport annuel consacré justement sur cette pratique de plus en plus courante: le tourisme néo-chamanique et les nutritions fantaisistes.

La face cachée du bien-être 

 
«ON A TUÉ MA MÈRE !»
Les charlatans de la santé
de Nathalie DE REUCK et Philippe DUTILLEUL
 
Préface de Guy Rouquet,
président de Psychothérapie Vigilance
Editions Buchet/Chastel - Janvier 2010

Jacqueline Stark est morte d’un cancer du sein qui n’a pas été soigné parce que des «thérapeutes» l’avaient convaincue qu’il n’en était rien, qu’elle n’en avait «que» les symptômes qui témoignaient de l’existence d’un «conflit» interne dont il fallait trouver l’origine. Pseudo-thérapie familiale, radiesthésie, magie noire, kiné- siologie, pendule… Tout était bon, sauf la médecine traditionnelle.

Le principal «soignant» opérait à distance, par téléphone, depuis le centre de la France, et se faisait régler par de petites coupures envoyées par la poste…

Quand elle comprit, deux mois avant de mourir qu’elle avait été bernée, Jacqueline Stark demanda à sa fille, Nathalie de dévoiler le pot aux roses et de faire rendre gorge aux charlatans, et elle lui a confié toutes ses notes, et surtout tous les enregistrements de ses conversations avec son «gourou»…

Nathalie De Reuck et le documentariste de la RTBF Philippe Dutilleul ont mené l’enquête. On a tué ma mère retrace l’histoire de Jacqueline Stark et fait la lumière sur les méthodes de ces escrocs de la santé qui se réclament à la fois de l’écologie, de la spiritualité et de la psychologie des profondeurs.

Un document choc, exceptionnel, sur la folie et la cupidité de ceux qui vivent du désarroi des gens en leur faisant miroiter des solutions magiques pour résoudre leurs problèmes de santé ou apaiser leur mal de vivre.

Nathalie De Reuck, fille de Jacqueline Stark, est journaliste en charge de chroniques judiciaires. Elle vit en Belgi- que. Philippe Dutilleul est journaliste et réalisateur de documentaires de télévision à la RTBF. Il est l’auteur de Tout ça ne nous rendra pas la Belgique, et il a publié l’an dernier «Un asile de flou nommé Belgique» chez Buchet/Chastel. Le livre est préfacé par Guy Rouquet, fondateur et président de Psychothérapie Vigilance.

Ed. Buchet – Chastel
Janvier 2010 - 288 pages - Prix: 21 €

Video: Le témoignage de Nathalie De Reuck, dont la mère est morte
d'un cancer, victime de deux "thérapeutes" (TF1 - 7 avril 2010)
 

Entretien

NATHALIE DE REUCK: SON COMBAT CONTRE LES
«CHARLATANS DE LA SANTÉ» QUI ONT TUÉ SA MÈRE

C’est l’histoire de sa mère, Jacqueline Starck, morte en 2007 d’un cancer du sein parce que des «théra- peutes» l'avaient convaincue qu’il n’en était rien. Pas de traitement, pas même d’aspirines. Ils l’auto- risaient juste à mettre du citron sur sa plaie à vif ! Elle avait tout juste 60 ans. Dans «On a tué ma mère !», Nathalie de Reuck, sa fille unique, a enquêté sur les pratiques de ces «pseudo-thérapeutes». Elle revient sur l’histoire de sa mère pour «ELLE.fr»

Propos recueillis par Claire HACHE

Comment votre mère est-elle tombée sous l’emprise de ces «charlatans de la santé» ?

Quand elle s’est découvert une petite boule dans le sein, elle en a parlé à son ostéopathe. Elle avait entièrement confiance en lui: il la suivait depuis dix ans, c’était même devenu un ami de la famille. Il lui a aussitôt déconseillé de faire des tests en clinique en lui affirmant que c’était juste la manifestation d’un conflit intérieur dont il fallait trouver l’origine. Progressivement, elle est tombée sous l’emprise de trois thérapeutes qui exercent comme kiné- siologue, géobiologiste ou homéopathe. Ce n’était pas un choix délibéré de sa part de ne pas se soigner. Elle voulait guérir.

Quelles conséquences leurs conseils ont-ils eu sur la santé de votre mère ?

Au départ, elle n’avait qu’une minuscule boule au sein. Au fur et à mesure, son cou est devenu gonflé de gan- glions, elle ne pouvait plus bouger le bras… A la fin, la tumeur est devenue une plaie béante de deux centimètres. Ils lui ont conseillé d’appliquer dessus du citron, de l’oignon… Elle s’est infligé des souffrances atroces car elle pensait qu’avec ça, elle allait guérir. Pourtant, avec ces techniques, elle n’avait aucune chance de guérison.

Pourquoi avoir décidé d’écrire ce livre ?

Deux mois avant de mourir, ils l’ont lâchée. Ils lui ont dit qu’ils ne pouvaient plus rien faire pour elle car elle «voulait» être malade. Maman a enfin accepté d’aller à l’hôpital. C’est là qu’elle a appris qu’elle souffrait d’un cancer, ce qui l’a beaucoup surpris. Elle m’a alors demandé d’empêcher que cela se reproduise.

L’idée n’est pas de la venger mais de dénoncer ces faits et ces dérives sectaires pour que les gens puissent garder un esprit critique. Ma mère avait enregistré certaines conversations, pris beaucoup de notes. Des docu- ments exceptionnels car dans ce genre d’affaire, bien souvent, il n’y a pas de preuves matérielles.

Allez-vous engager des poursuites contre ces thérapeutes ?

J’ai déposé plainte en septembre pour homicide. J’espère que leur responsabilité va être établie et que cela va les empêcher d’agir. Un des thérapeutes a eu depuis une tumeur au cerveau. Il a couru se faire soigner dans un hôpital très réputé. Il se demande même si les mauvaises énergies de ma mère ne lui seraient pas retombées dessus en le contaminant...

http://www.elle.fr/elle

Rapport 2009: La Miviludes pointe le New Age

http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/La-Miviludes-pointe-le-New-Age-184619/ - 7 Avril 2010
[Texte intégral]

La Miviludes a rendu mercredi son rapport annuel. La mission de lutte contre les sectes pointe du doigt les dérives auxquelles donnent lieu le phénomène New Age et le néo chamanisme.

Le New Age est aussi le nouvel âge du sectarisme. Le rapport annuel de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), publié mercredi, met l'accent sur ce phénomène, qui remet au goût du jour les pratiques ancestrales. Car c'est bien ce "néo-chamanisme" qui est visé. "Avec le fort développe- ment d’Internet, il est désormais présenté aux internautes toute une gamme de propositions pour découvrir les pratiques chamaniques dans les pays d’origine mais également en Europe", relève le texte. En prévenant tout amalgame avec des coutumes traditionnelles, la mission exhorte à la vigilance.

La recherche du bien-être par ce genre de rituels peut conduire à l'opposé à une mise en danger de la santé. Régime alimentaire, drogues, sujétion mentale, substances comme l’ayahuasca ou l’iboga… autant de risques pour les participants à certains stages.

La Miviludes décrypte les dérives sectaires. "À l’écoute de signalements de personnes qui ont elles-mêmes, ou bien des membres de leurs familles, participé à des rituels chamaniques, on constate que ces rituels évoquent des dérives identiques à celles constatées dans des mouvances sectaires bien connues", assure le rapport.

Déstabilisation mentale, rupture avec la famille, abandon du cursus professionnel, embrigadement des enfants… le processus est connu.

Un guide pour la protection de l'enfance

Par ailleurs, la mission présidée par Georges Fenech met en garde contre les dérives sectaires possibles dans les préoccupations hygiénistes croissantes. Le souci de bien manger, pour son corps, sa santé et sa planète, peut être exploité par des pratiques médicales alternatives.

Le rapport souligne le succès grandissant de la naturopathie en France. Mais le jeûne et le végétarisme peuvent, mal maîtrisés, faire émerger des risques.

Autre danger: les compléments alimentaires. "Ainsi, doivent être cités pour leur particulière dangerosité les produits à base d'herbes chinoises'. Présentés comme des compléments alimentaires et prétendument issus de la pharmacopée traditionnelle chinoise, ils sont préconisés pour des troubles variés dont l’obésité. Or l’origine de ces plantes et les modalités de leur transformation, par exemple sous forme de gélules, se sont révélées, dans un certain nombre de cas, dangereuses pour leurs consommateurs", note l'étude.

Enfin, la Miviludes consacre une grande partie de son rapport aux mineurs. L'enfant prend une place importante dans la mouvance New Age. Ainsi, les écoliers "précoces en situation d’échec scolaire face à un système éducatif pas toujours apte à gérer leur différence" seraient une cible privilégiée.

Ils seraient présentés comme des "élus". "Lorsqu’un individu peu scrupuleux parvient à persuader une famille que son enfant est doté d’une nature hors du commun, celle-ci peut être rapidement amenée à vivre dans un état de crainte savamment entretenu", alerte la mission. Des conséquences pour la famille, la santé et la scolarisation en découlent.

La Miviludes annonce qu'elle publiera au troisième trimestre 2010 un Guide pratique de la protection de l’enfance face aux dérives sectaires.

M.V. - leJDD.fr

Mercredi 07 Avril 2010

France: la Miviludes s'inquiète du
néo-chamanisme et des nutritionnistes
 
http://www.france24.com/ - 7 avril 2010
[Texte intégral]
 

 

Le président de la Miviludes, Georges Fenech, salue les avancées réalisées en 2009: l'enquête sur l'éducation à domicile pour mieux connaître l'ampleur du phénomène et identifier le risque sectaire, la formation des magistrats aux dérives sectaires ou encore la défini- tion et l'encadrement du titre de psychothérapeute.
(loi du 21 juillet 2009).

La Mission ne remet pas en cause le pouvoir du chaman traditionnel - "passeur" entre les esprits et les membres de son groupe - ni sa connaissance des plantes hallucinogènes locales.

AFP - Néo-chamans et nutritionnistes fantaisistes sont au coeur du rapport annuel de Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) publié mercredi et qui prévient des effets dévasta- teurs de ces pratiques en plein développement

La Miviludes relève que ces nouveaux guides prospèrent au nom de l'épanouissement spirituel, du développement personnel et de la purification du corps et souligne les dangers de techniques mal maîtrisées qui peuvent entrainer emprise psychologique et rupture sociale, deux caractéristiques de la dérive sectaire.

La Mission ne remet pas en cause le pouvoir du chaman traditionnel - "passeur" entre les esprits et les membres de son groupe - ni sa connaissance des plantes hallucinogènes locales.

Elle s'inquiète en revanche de l'action de gourous qui proposent le "voyage" sans avoir la maîtrise des techniques ancestrales, citant des cas de morts, de folie et de comas parmi des adeptes. Elle rappelle aussi que parmi les produits utilisés, l'iboga et l'ayalhuasca sont classés comme stupéfiants, que le datura et la "sauge des devins" sont des hallucinogènes.

La Miviludes consacre un chapitre à la nutrition et à ses dérives possibles, relevant les risques du jeûne excessif ou du régime exclusivement végétalien pour les enfants, de l'abandon des médecines classiques au profit de régi- mes censés guérir tous les maux, y compris le cancer, des stages associant le jeûne et la randonnée jusqu'à l'épuisement.

Elle propose notamment de développer l'expertise scientifique des produits autour de la nutrition, régimes et compléments alimentaires et de lutter contre les infractions au titre de l'exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie.

La Mission a étudié la situation des mineurs face au risque sectaire, au sein de la famille ou dans la société. Elle consacre un chapitre aux droits de l'enfant face aux convictions de ses parents et au rôle du juge dans une situation de conflit, particulièrement en ce qui concerne l'attribution de l'autorité parentale au moment d'une séparation.

Le président de la Miviludes, Georges Fenech, salue les avancées réalisées en 2009: l'enquête sur l'éducation à domicile pour mieux connaître l'ampleur du phénomène et identifier le risque sectaire, la formation des magistrats aux dérives sectaires ou encore la définition et l'encadrement du titre de psychothérapeute (loi du 21 juillet 2009).

Il se félicite aussi des directives du ministère du Travail pour lutter contre le travail dissimulé (nombre de sectes font travailler leurs adeptes sans salaire ni couverture sociale) et de la création par le ministère de l'Intérieur de la CAIMADES (Cellule d'assistance et d"intervention en matière de dérives sectaires) au sein de l'Office central de répression des violences aux personnes.

A l'avenir Georges Fenech veut développer la coordination au sein de l'Europe et propose la mise en oeuvre d'un "programme européen sur les dérives sectaires" qui pourrait être placé auprès de l'Agence européenne des droits fondamentaux.

Selon M. Fenech, les dérives sectaires, caractérisées notamment par l'emprise morale et la coupure avec l'environ- nement d'origine, touchent actuellement "500.000 de nos concitoyens, de manière directe ou par ricochet".

Le rapport annuel de la Miviludes est publié par la Documentation française et accessible sur via internet (www.miviludes.gouv.fr)

Sectes: des enfants à protéger

http://www.metrofrance.com - 7 avril 2010
[Texte intégral]

Plus de 13 500 enfants de 6 à 11 ans ne vont pas à l'école. 1900 ne suivent aucun programme d'éducation, selon un rapport de la Miviludes.

Vingt ans après l’entrée en vigueur de la Convention de New York sur les droits de l’enfant, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a étudié dans son rapport 2009 la situation des mineurs face au risque sectaire, au sein de la famille ou dans la société.

«La difficulté consiste à gérer la tension entre la liberté des parents d’élever leurs enfants selon leurs convictions religieuses, philosophiques et sanitaires, et la protection due aux enfants, objet du droit des parents, mais avant tout sujets de droit et dont la société tout entière porte la responsabilité», explique Georges Fenech, président de la Miviludes.

Selon une enquête menée par l’Éducation nationale, plus de 13.500 enfants de 6 à 11 ans ne vont pas à l'école, dont près de 1.900 ne suivent aucun programme d'éducation à distance. L'enseignement à domicile n'est pas interdit, mais doit répondre à plusieurs critères concernant notamment le niveau de connaissances et le contenu de l'enseignement. Quand plusieurs familles se réunissent pour faire l'école à domicile, elles sont tenues de le déclarer officiellement. On compte actuellement 4 millions d'enfants au sein de l'enseignement élémentaire.

Afin de renforcer la protection des mineurs, un service d’enquête spécialisé, la Caimades   (Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires) a été créée en septembre. Doté de six enquêteurs à temps plein, « ce service aide les magistrats dans l’élucidation d’affaires complexes », a rappelé Georges Fenech.

De plus, la Miviludes va recruter un médecin et envisage la création d’un pôle santé. Elle lancera prochainement une campagne d'affichage en direction des parents pour les appeler à la vigilance face à la prolifération de techniques prétendument thérapeutiques. Enfin, elle publiera à l'automne un guide pratique de la protection de l’enfance face au risque sectaire.

Comment faire respecter l'obligation scolaire ?

http://www.localtis.info/cs/ - 07 avril 2010
[Texte intégral]

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a pour mission non seulement d'informer le grand public sur les sectes, mais également de coordonner l'action des pouvoirs publics et de contribuer à l'information et à la formation des agents publics. C'est dans ce cadre qu'elle a publié en 2008 un guide intitulé "Les collectivités territoriales face aux dérives sectaires" (voir ci-contre). Si les néo-chamans et les nutritionnistes fantaisistes sont dénoncés dans son rapport 2009 publié le mercredi 7 avril, un thème abordé cette année concerne directement les collectivités : il s'agit de la protection des mineurs face aux dérives sectaires. Deux niveaux de collectivités sont en première ligne: les communes et les départements.

Protection de l'enfance: un guide pour la fin de l'année

Côté conseils généraux, la Miviludes pointe l'amélioration qu'a constitué l'adoption de la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l'enfance : elle estime que la législation en vigueur "permet en principe de circonscrire avec efficacité le phénomène sectaire lorsqu'il met les mineurs en danger".

Dans la pratique, l'application de ce texte "peut se révéler néanmoins délicate s'agissant d'un phénomène difficile à repérer et à analyser, aussi bien au niveau de la prévention que de l'enquête pouvant aboutir à des poursuites pénales. En effet, la situation d'un mineur en danger sectaire ne peut être appréhendée comme toute autre situation de risque ou de maltraitance avérée". Une seule solution : la formation de l'ensemble des intervenants. C'est dans cette optique que sera publié au troisième trimestre 2010 un "Guide pratique de la protection de l'enfance face aux dérives sectaires." Il fournira des repères législatifs, des outils pratiques et des études de cas concrets pour faciliter le travail de repérage, la prévention et le traitement de ces situations.

Niveau communal: contrôler les enfants instruits à domicile, "sans suspecter par principe"

Le rapport souligne également le rôle des maires dans le contrôle de l'obligation scolaire : outre l'établissement de la liste des enfants soumis à l'obligation scolaire, le maire doit suivre les enfants instruits à domicile. Pour chacun de ces enfants, la mairie doit réaliser une enquête dès la première année de non-scolarisation puis tous les deux ans. Celle-ci a pour but d'établir les raisons de cette instruction à domicile et de vérifier s'il est donné aux enfants une instruction compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille. Le résultat de cette enquête doit être communiqué à l'inspecteur d'académie.

13.547 enfants de 6 à 16 ans étaient instruits à domicile en 2007-2008 selon une enquête du ministère de l'Education nationale dont la synthèse est reproduite dans le rapport. La grande majorité de ces enfants (10.272) étaient inscrits au Cned (Centre national d'enseignement à distance) en classe à inscription réglementée (inscription après avis favorable de l'inspecteur d'académie). 1.392 étaient inscrits dans un organisme privé d'enseignement à distance ou au Cned en classe à inscription libre et 1.883 étaient instruits à domicile sans inscription déclarée dans un organisme d'enseignement à distance.

Pour le directeur de cabinet du ministre de l'Education nationale, "s'il doit être rappelé que la solution retenue pour ces enfants par leurs familles correspond en elle-même à l'exercice d'une liberté et ne doit pas être suspectée par principe, et s'il convient donc d'écarter tout amalgame entre instruction à domicile et risque de dérives sectaires, il faut cependant être conscient que la volonté de ne pas scolariser un enfant dans des structures publiques ou privées sous contrat peut, en de rares cas, ne pas résulter de considérations liées au bien-être et à l'épanouissement de l'enfant et s'avérer un terrain propice à la manifestation de risques de dérives sectaires" (lettre du 21 janvier 2010, rapport p.250).

En cas de problème, le conseil municipal peut créer, par délibération, un "Conseil des droits et des devoirs des familles" qui peut entendre la famille, l'informer de ses droits et de ses devoirs envers l'enfant, proposer des mesures d'aide à l'exercice de la fonction parentale (art. L141-1 du Code de l'action sociale et des familles). Si la situation est de nature à "compromettre l'éducation des enfants et la stabilité familiale", ce conseil peut proposer au maire de saisir le président du conseil général.

Le rapport propose enfin une étude de la jurisprudence actuelle sur ces questions ainsi qu'une liste complète des contacts utiles.

Hélène Lemesle

Le “respirianisme” - les “breatharians”

Courrier international, 19 mai 2003
("US News & World Report", Washington)
[Extrait]
 
Renoncer définitivement à la nourriture et à l’eau est une aberration. Une aberration mortelle.

Le "breatharianism" - le “respirianisme” - consiste à se nourrir uniquement d’air et de lumière. Les adeptes de la méthode citent les références au jeûne faites dans la Bible, ou certaines traditions extrême- orientales comme le qijong en Chine, qui compte parmi ses millions d’adeptes une poignée de personnes prétendant se passer de nourriture depuis plusieurs semaines, voire plusieurs années. Le reste, ils l’inventent au fur et à mesure. Certains respiriens croient que les extraterrestres qui ont jadis peuplé la planète vivaient d’air et de lumière.

Nous pouvons tous nous brancher sur la force nourricière, affirment les respiriens. Il suffit d’atteindre leur niveau de discipline et de sagesse - ce qui, admettent-ils avec un soupçon de condescendance, n’est peut-être pas à la portée de tous. “Les gens n’arrivaient pas à comprendre, alors j’ai arrêté d’en parler”, explique Wiley Brooks, qui dit avoir introduit le respirianisme en Occident.

Dans les années 70, en Californie, ses cours payants attiraient une foule d’élèves, jusqu’à ce que ses disciples le découvrent en train de s’empiffrer de "junk food". Ce qu’ils n’avaient pas compris, explique Brooks, c’est que la pollution diminuait ses capacités à absorber l’énergie de l’air et de la lumière. Agé aujourd’hui de 66 ans, il gère un site web respirien et a découvert que les hamburgers pouvaient neutraliser les effets nuisibles pour la santé des lignes électriques. “Je n’en tire aucun plaisir, explique-t-il. Pour moi, c’est comme prendre un médicament.”

Aujourd’hui, le chantre du respirianisme est Jasmuheen, une Australienne qui dit ne plus manger depuis 1993 et avoir modifié son ADN pour rendre la nourriture encore plus inutile. Apparemment, elle a fait fortune grâce aux livres, séminaires et retraites d’une semaine qu’elle vend sur son site web, où elle affirme avoir rallié plus de 10'000 personnes au respirianisme. Sa popularité a même survécu, il y a trois ans, à un programme de télévision australien, "60 Minutes", qui l’a mise au défi de vivre sous surveillance continue.

Le test prit fin quelques jours plus tard, lorsqu’un médecin donna l’alerte: la santé de Jasmuheen était en train de se détériorer. Elle accusa la pollution causée par une autoroute proche. Le scandale éclata après la mort par déshydratation en 1999 d’une Australienne retrouvée dans la lande écossaise avec un exemplaire d’un livre de Jasmuheen intitulé "Living on Light" [Vivre de lumière].

En 1998, deux respiriens australiens avaient fini en prison pour avoir laissé un autre initié mourir de faim, et le décès d’un Allemand l’année précédente est également lié à la pratique. Dans un e-mail signé “Amour, lumière et joie”, Jasmuheen a refusé toute interview sur le sujet. Elle a toutefois reproché aux victimes de s’être précipitées dans une expérience forte sans être bien préparées. Si sa méthode était suivie à la lettre, dit-elle, le monde ne connaîtrait pas la faim et vivrait dans l’harmonie.

«La tête de poisson - Les sectes: un mal de civilisation

Un livre de Roger Ikor

(Ed. Albin michel 1998)

Source: http://humanisme.canalblog.com/  27 avril 2010
[Texte intégral]
 
 
La tête du poisson - Les sectes un mal de civilisation - Roger Ikor
Editions Albin Michel -1998 - 234 pages

Introduction: des civilisations et des hommes

C’est par la tête que pourrit le poisson, assure un proverbe que nous dirons chinois. C’est par la tête, en tout cas, que pourrissent les civilisations. Selon Ikor certaines sociétés ont toutes chances de se perpétuer inaltérées jusqu'à la fin des temps. Avec l’Evolution, une civilisation qui réussit parfaitement son adaptation au milieu se fixe, n’ayant plus besoin d’évoluer, dans ses traits essentiels et se prolonge ainsi indéfiniment sauf accident extérieur. Tant que l’adaptation est imparfaite, l’évolution se poursuit. Les changements peuvent aller jusqu’à une transformation complète. En sort une civilisation nouvelle, pendant que l’ancienne s’évanouit.

La civilisation industrielle est devenue incompatible avec toutes les autres et elle est destinée à envahir la planète. Les civilisations peuvent succomber à deux types de causes accidentelles: l’agression brutale de l'extérieur, et la maladie. Lorsqu’une civilisation submergée par une autre persiste, parfois pendant des siècles, et resurgit en l’emportant sur celle qui politiquement la domine, c’est parce qu’elle se sent de qualité supérieure. Ainsi les Grecs gardèrent leur langue et les plus cultivés des Romains ont adopter le grec. La civilisation industrielle finira par se substituer à toutes les autres car elle propose une vie matérielle de niveau incomparablement plus élevé que tout autre.

1ère partie: détournement majeur

1 – un néo-totalitarisme

En 1981, Roger Ikor avait publié «Je porte plainte» un livre dans lequel il parlait déjà des sectes. Ce livre était adressé au président de la République. Mais les pouvoirs publics n’avaient pas réagi. Le fils d’Ikor était dans une secte, le Zen macrobiotique. Giscard n’avait pas pas répondu mais Mitterrand avait assuré Ikor de son soutien. Heureusement, les médias avaient relayé le cri d’Ikor. Ikor reçut beaucoup de lettres de victimes de sectes. Alors il décida de se battre en créant le Centre contre les manipulations mentales.

Ikor estimait à 600'000 le nombre des adeptes de sectes en France. Cela mérite considération, si on veut empêcher que le pourrissement ne devienne en lui-même dangereux. Mieux vaut étouffer Khomeiny ou Hitler avant qu’ils aient le pouvoir qu’après.

La secte attaque la jeunesse, les jeunes les plus altérés d’idéal. Les sectes prolifèrent. Le terrain social est réceptif. Le propre de l’esprit sectaire, c’est de chauffer l’individu au maximum. Ikor indique à quelles difficultés se heurte toute tentative de définir ce qu’est une secte. Mais Ikor estime que chaque homme a le droit au non-conformisme et qu’il combattrait toute loi qui se dirait spécifiquement anti-secte car on ne ruse pas avec la liberté.

Le droit à l’erreur de l’homme doit être sauvegardé si on ne veut pas sombrer dans un totalitarisme abominable. Il faut juger les sectes d’après leurs actes, non d’après leurs dogmes. Les Témoins de Jéhovah vous harcèlent avec des citations de la bible d’ailleurs neuf fois sur dix truquées: cela ne mérite pas les foudres de l’Etat. Mais quand ils refusent la transfusion sanguine qui sauverait leur enfant, il faut passer outre, cela est clair, et tant pis pour leur liberté.

Les sectes ont le droit de penser ce qu’elles veulent. Elles n’ont pas le droit de faire ce qu’elles veulent. Ikor distingue quatre motivation des sectes: foi religieuse, écologisme, politique et argent. Le quadrant religieux se subdivise lui-même en trois: chrétien , hindouiste et philosophique. Ikor évoque la secte Moon qui est un syncré- tisme chrétien mélangé de croyances orientales. Moon pratique un anticommunisme virulent. Moon est aussi une puissance financière.

Krishna est teinté d’hindouisme et de christianisme et de prescription diététiques. Ikor explique les mécanismes d'une secte en prenant l’exemple d’une communauté organisée autour d’un professeur de philosophie qui se serait retirée à la campagne, travaillant beaucoup et mangeant peu. Le professeur devenant gourou et partageant sa couche avec ses jolies disciples. Il est rare qu’on puisse décider avec certitude que cet homme-ci est un illuminé sincère, cet autre un escroc. Mais le plus cynique des gourous finit pas se prendre au sérieux. Ikor reprend l'exemple du professeur. Dans une salle de classe, l’esprit critique de ses élèves ne saurait être étouffé. Tout change quand le professeur se retire, avec les plus exaltés des jeunes gens, dans la solitude de sa campagne. Le groupe vit en vase clos et le monde extérieur devient l’ennemi. L’autorité vire en despotisme et la soumission des disciples est aveugle, la secte est née.

Quand le pouvoir enivre une tête aussi peu solide que celle d’un gourou déjà chauffé par un fanatisme religieux forcené, la démence éclate. Ikor évoque la secte de Jim Jones qui poussa près de mille personnes au suicide au Guyanna. Chez Moon et Krishna, le pouvoir du gourou n’est pas contesté. Il décide de tout pour le mariage, qui doit se marier, quand, la cadence des coïts. Ikor reste sans voix devant la totale soumission des esclaves. Toute secte s’inscrit dans le monde du totalitarisme. Tout est suspendu à un individu. Dans le Zen macrobiotique, le gourou s’appelle Professeur, le «professeur» Ohsawa. Rien, sinon sa conviction intime, ne l’a désigné pour cette fonction. Il s’est décerné tout seul, sans ombre de diplôme, le titre de professeur.

On compte plusieurs centaines de sectes, dont une quinzaine peut-être sont importantes. La secte a pour objectif de faire partager sa foi à l’humanité entière. Quand elle y sera parvenue, le gourou sera maître du monde. Seuls les élus auront droit au salut. Le reste ira au néant.

2. Un néo-obscurantisme

La persuasion se fonde sur la sensibilité. Elle prétend prouver mais ce qu’elle veut en réalité, c’est entraîner. Persuader n’a de sens que pour engager non pas l’esprit de l’autre, mais son âme et son corps. Ce qui importe pour le succès du persuadeur c’est l’impression qu’il donne, non la réalité qu’elle cède. L’insistance est un autre ressort de la persuasion. Le persuadeur ne se fâche jamais. Il garde en toutes circonstances le sourire pur et l’inaltérable suavité du martyr.

Ikor explique le fonctionnement de la manipulation mentale. Tout esprit vigoureux est enclin à peser sur un esprit plus faible et à emporter ses décisions. Le manipulateur use de techniques élaborées prêtes d’avance pour toutes situations et dont il fait application à chaque cas particulier qui se présente. Le manipulateur traite le manipulé en objet. Il s’estime supérieur à l’autre: la manipulation intervient toujours dans un contexte de maître à esclave. Il existe des techniques scientifiquement élaborées et délibérément employées.

L’homme manipulé se voit libre. Le prisonnier états-unien au Vietnam se croyait communiste. Les adeptes des sectes ont été infiltrés par un virus. Les sornettes qu’ils profèrent leur paraissent de ce fait prodigieusement vraies, les actes absurdes qu’ils commettent merveilleusement libres. Dans 99% des cas ce ne sont pas les adeptes qui vont à la secte mais la secte qui vient à eux. Chez Moon et Krishna, on use surtout de l’attaque foudroyante; à la scientologie ou à la Méditation transcendantale, de l’infiltration lente et sournoise. La sciento- logie distribue aux passants des prospectus proposant des tests gratuits de personnalité. Les Krishna ne se gênent pas pour distribuer des bonbons aux enfants et les amener ainsi au «temple»... en compagnie de leurs parents.

Chez Krishna, une fois la victime cueillie, jamais on ne la laisse seule, elle pourrait s’ennuyer ou se ressaisir ! Dans 'l’étape ultérieure, sera consommée la rupture avec la famille, avec les amis. La captation de la victime suit plusieurs procédés. Il y a le repérage de la victime correspondant à un profil préalablement défini, l’approche. Le sujet doit être traité à l’abri de toute interférence. Il doit ressentir que les méchants sont dehors. Il y a la pression de groupe qui à elle seule est suffisante pour réussir un premier conditionnement.

Il y a les procédés psychiques qui tendent à isoler le sujet. La scientologie baptise «suppressif» l’adepte fautif: l'excommunication se double ainsi d’une menace implicite de mort. Dans la plupart des sectes, l’adepte est imprégné en profondeur par une peur permanente : peur de fauter, peur d’être chassé, peur d’être dénoncé.

Il existe des procédés psycho-somatiques. L’un des principaux consiste à répéter interminablement des sons dénués de sens: ce qui produit un effet hypnotique. Chez Krishna, chaque adepte doit psalmodier chaque jour 1328 fois de suite la prière Hare Krishna. A la Méditation transcendantale il faut regarder fixement sans ciller pendant dix minutes la flamme d’une bougie. Les procédés somatiques sont la privation de sommeil et les carences alimentaires.

Ikor évoque les procédés de séduction de la scientologie. Elle prépare de multiples associations culturelles ou sur les droits de l’homme sans afficher son nom. Elle avance masquée. Le masque de la scientologie est aussi verbal. Hubbard a inventé un langage qui empêche l’adepte de réfléchir. De plus, chaque science a nécessairement son vocabulaire spécial; en ayant le sien, la scientologie se donne à bon compte une belle apparence scientifique. Selon Hubbard, la scientologie vise à libérer dans l’homme le «thétan» qui l’habite et qui, dégagé du corps et devenu «opérationnel», acquiert, ou plutôt retrouve des pouvoirs aussi extravagants que l’invincibilité ou la toute-puissance sur la matière.

Le manipulateur ne respecte pas l’authenticité de l’autre. Pour Ikor, les procédés techniques de la captation de retrouvent dans la publicité, dans la propagande des partis politiques et dans les religions.

3. Le piège écologiste ou la nostalgie des cavernes

La plupart des sectes imposent à leurs adeptes des régimes alimentaires rigoureux et carencés. Le sens critique est ainsi affaibli et ils acceptent la servitude sans se rebeller sans en avoir conscience. Les religions anciennes ont souvent imposé à leurs fidèles des réglementations alimentaires à base d’interdits. Avec le progrès des Lumières, les gens éprouvent le besoin de trouver des justifications raisonnables à ce qui n’en a pas. Jusqu’à une époque récente, le végétarisme n’avait aucun lien particulier avec le naturisme ou il était imposé par la pauvreté et accepté faute de mieux. Il relevait d’un choix personnel, de conscience ou de goût. Aujourd’hui, le végétarisme, cessant de se présenter comme une nécessité ou une obligation morale, prétend se justifier par la nature humaine et par la conformité à la loi de la nature.

Ikor condamne le végétarisme lorsqu’il est enrobé dans une gangue de de justifications pseudo-médicales, pseudo-écologiques. A nous les fausses sciences et les vraies superstitions, avec leurs bataillons de cuistres ignares, d’illuminés fanatiques, de guérisseurs intéressés et d’escrocs à l’affût de la bonne affaire. C’est ainsi qu’on rentre dans le domaine des sectes.

Le zen macrobiotique a été inventé par le Japonais Sakurazawa. Il eut une révélation; il comprit comment l’homme devait s’alimenter pour vivre une très longue vie dans la santé, la joie et le bonheur. Suffisait pour cela de renoncer aux vilaines nourritures occidentales et de revenir aux saines pratiques des ancêtres japonais. Il s’en fut répandre la bonne parole aux Etats-unis car les Japonais étaient séduits par les mauvaises nourritures occiden- tales. Sakurazawa enroba la «diététique» de ses ancêtres dans un voile religieux, un zen de sa composition. Il vint en France et changea de nom. Il s’appela Ohsawa. Il s’était déclaré professeur. A son ancestrale nourriture japonaise, il avait donné un nom tiré du grec: macrobiotique, grande vie. Il n’avait jamais suivi d’études médicales. La macrobiotique est l’art de manger et de boire pour guérir toute maladie, même incurable. Ohsawa distingue dix étapes de son régime pour finir par un régime tout simple: 100% céréales et boire le moins possible. Ikor cite des passages du livre d’Ohsawa pour démontrer sa bêtise et sa prétention. Curieusement c’est la librairie philosophique Vrin qui a publié son livre. Paris-Match en a fait la promotion. Comme tous les gourous Ohsawa pensait que ce qu’il croyait devenait parole d’Evangile.

Ikor en veut aux médecins de ne pas dénoncer la macrobiotique. La macrobiotique ne recourt pas au lavage de cerveau car il y a un terrain favorable dans la population à ses théories. C’est l’explosion de l’écologie qui a ouvert les esprits vers un mode de vie différent. D’étude de la nature, l’écologie est devenue une défense de la Nature identifiée au Bien. La ville, devenue Mégalopolis, se charge de tout le négatif de notre civilisation industrielle, la campagne, identifiée à la Nature avec majuscule, devient symbole du positif, santé, liberté, joie de vivre. Ikor reproche à cette nouvelle forme d’écologie son côté passionnelle et non raisonnée. Le bonheur n’est pas d’essence écologique; il tient à notre chair et à notre affectivité, non à notre intelligence. L’ignorer et emmêler le tout pousse très vite à dénoncer l’intelligence comme trouble-fête, à glorifier contre elle la part viscérale de l’être et finalement à renier l’homme dans ce qu’il a de plus haut, son effort pour échapper à l’animalité.

L’intelligence écologique nous dit que la vie, quelle que soit sa forme, animale ou végétale, est en elle-même pouvoir de compétition, de conquête et de destruction. Ikor distingue naturisme et écologie vraie. L’écologie exige de l’homme qu’il sache désormais se limiter lui-même pour assumer le gouvernement de la planète alors que le naturisme c’est renoncer à son pouvoir, à son intelligencen démissionner ainsi de sa qualité d’homme et redescendre à l’animalité; en somme, se suicider intellectuellement pour que la planète vive matériellement. C’est ce que veut la macrobiotique.

Trois traits principaux caractérisent le pays des sectes: le totalitarisme, l’internationalisme et le primitivisme. L'ensemble, parfaitement cohérent, se présente comme obscurantisme, mais alors radical. Bonheur animal ou joie humaine: le vrai débat pourrait bien être là.

2ème partie: l’inversion de courant

1. Du libéralisme au laxisme

Ikor évoque la liberté. Pour lui, la liberté ne tolère qu’une limite, celle que lui impose la loi. Dès que la liberté tombe sous l’emprise, si mince soit-elle, de la force d’un autre, elle n’est plus. Il condamne ceux qui prennent en otage des innocents pour que leur ennemi cède à leurs revendications. Ils usent de la force et ne respectent ni la justice ni l’humanité mais exigent que leur ennemi renonce à la force et obéisse à l’humanité et à la justice. La prise d'otage et le contraire du combat.

Ikor reproche à l’humanité de s’être enveloppée d’un duvet de souriante indifférence et de ne plus réagir aux actes odieux. C’est pour lui du laxisme. C’est une lassitude de notre courage. A trop s’abriter dans son duvet protecteur, chacun en vient à se replier sur soi, à ne se soucier que de soi, à n’obéir qu’à soi, à son intérêt, à ses pulsions; et le monde extérieur s’annule. Sous cet éclairage, le phénomène des sectes trouve un sens: dans quelle mesure leur attrait totalitaire ne tient-il pas à notre réaction instinctive contre le danger de dissolution du bien social même ? Quand le totalitarisme règne, l’exigence de liberté individuelle devient irrésistible; quand la société menace de se désagréger, une panique viscérale grandit et jette les hommes vers tout pouvoir qui se propose.

Ikor que la société est constituée par un étagement de groupes ou le plus étroit s’emboîte, physiquement, dans le plus large. Mais il pense que c’est le plus étroit qui l’emporte sur le plus large. C’est la primauté de l’intérêt sur le sens moral. Dans ce Grand ensemble qu’est la civilisation industrielle, les hommes sont de plus en plus isolés l’un de l’autre, de plus en plus solitaires au milieu de leur foule. Il n’ y a pas de solidarité si quelqu’un se fait agresser dans la rue. Ikor pense que l’existence de la morale dépend de celle de la société mais il affirme qu’il existe des sociétés sans morale et qu’elles sont viables. La loi de la force les régit seule. On les rencontre dans le monde animal. Les combats de contestations, sont soumis à des règles. Ils se terminent rarement par la mort du vaincu; tout un rituel de soumission permet au plus faible de reconnaître sa défaite, ce qui arrête instantanément l’attaque du vainqueur. Le modèle ainsi produit est clair. Inégalitaire dans son principe, il est de structure monarchique et féodale. A aucun niveau ni d’aucune manière il n’appelle à la libre adhésion de l’individu; il ne requiert que son obéissance.

Aujourd’hui, le mouvement de l’humanité vers l’animalité est plus descendant qu’ascendant; la morale universaliste recule et le code de la force s’affirme. Ikor estime que la recrudescence des manifestations les dessert et qu’à force elle emmerdent le populo. Il donne l’exemple de paysans bloquant la route un 31 juillet. Il parle de prise d'otage pour les grèves de transports ce qui est la rhétorique de droite contre les fonctionnaires. Il se met du côté de l’Etat contre celui du droit de grève. Cela est décevant concernant un homme qui se bat contre le totalitarisme des sectes. Il pense que l’intérêt des grévistes est un intérêt particulier contre l’intérêt général ce qui est faux car si les fonctionnaires ou les ouvriers acceptent de perdre leurs emplois ou leurs droits c’est toute la société qui se durcit et l’emploi qui devient fragilisé. Mais Ikor ne veut voir que l’usage de la force contre la justice (mais quelle justice ?). Il remarque que la foule d’automobilistes ne réagissait pas face à la poignée de paysans car une foule amorphe ne tient pas devant une unité sociale structurée comme l’étaient les paysans. Ikor évoque une autre secte naturaliste, Ecoovie, qui comme la macrobiotique affaiblit ses adeptes avec une alimentation carrencée. Il reproche aux autorités de laisser agir cette secte sans la condamner.