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Le
Centre éducatif Wwasp des mormons condamné
La honte de Tranquility Bay
par
Caroline Gourdin
- http://www.lalibre.be
11/05/2006
- [Texte
intégral]
Deux ans et demi d'enquête dans l'univers des centres
américains de redressement pour ados «difficiles». Un documentaire édifiant et
terriblement efficace. Des témoignages bouleversants, sur France2, à 23 heures.
A 13 ans, David a passé huit mois à Tranquility Bay, un ancien hôtel
désaffecté de Jamaïque reconverti en centre de modification du comportement pour
jeunes Américains «à problèmes». Aujourd'hui, l'adolescent est trop «fragile»
pour pouvoir raconter son expérience... L'enfer.
Dans ce camp de redressement, géré comme cinq autres par la Wwasp (World wide
association of specialty programs), un puissant conglomérat financier américain,
les enfants sont enfermés des mois ou des années, victimes de violences
physiques et psychologiques répétées.
Il n'est pas rare qu'ils soient privés de
nourriture et de sanitaires, enfermés dans des «cellules d'observation» au
moindre faux pas, battus, couchés au sol des jours, des semaines, voire des mois
entiers. Il y a aussi les cages à chien ou le gaz paralysant... véritables
instruments de torture.
En caméra cachée
Les témoignages rassemblés au cours d'une enquête de deux ans et demi par
Jean-Robert Viallet et Mathieu Verboud concordent et suscitent la révolte.
Documentaire remarquablement construit, Les enfants perdus de Tranquility Bay
nous fait pénétrer l'univers de ces «goulags pour gosses de riches».
Les
seules images récupérées à l'intérieur de ces centres ont été tournées en caméra
cachée, ou par des parents lors de rares visites. L'enquête est menée
essentiellement hors des murs de ces prisons que les auteurs n'hésitent pas à
comparer à Guantanamo ou à Abu Ghraib. Cependant, la force du sujet ne peut que
nous amener à partager le désarroi de ces enfants abusés. Et de ces parents qui
pensaient benoîtement offrir un avenir à leur progéniture en investissant 25 000
dollars par an minimum dans ce programme de redressement, inspiré des méthodes
du psychologue comportementaliste Skinner et des valeurs patriarcales et
autoritaires de l'église mormone.
S'ils ont choisi pour fil rouge le combat de Paula Reeves, avocate et maman
de David, les enquêteurs français ont également réussi à rencontrer les
responsables de Wwasp et à les confronter aux récits édifiants des jeunes
victimes. Mais ces hommes d'affaires se sentent totalement à l'aise dans un pays
qui ne dispose d'aucune législation fédérale sur la protection de l'enfance.
Aucune
investigation n'a été menée dans les centres de Wwasp
Malgré plusieurs articles dans la presse et des rapports d'ONG, aucune
investigation n'a été menée dans ces centres. Résultat: plus de 1 000 sociétés
privées se partagent aux Etats-Unis ce juteux marché (60 milliards de dollars)
de l'éducation autoritaire façon «boot camp».
Basée en Utah, la Wwasp a ouvert
son premier centre en 1987, affichant des bénéfices record de 95 millions de
dollars par an, alors qu'à l'étranger, six centres Wwasp ont été fermés sur
décision des autorités locales...
L'Amérique serait-elle terrifiée par ses propres enfants? Se débarrasser d'un
enfant plutôt que d'affronter sa crise d'adolescence n'est pas sans
conséquences. «Ils ont démoli mon fils et menti», s'indigne la mère de Layne.
«Je croyais que ce seraient des vacances dans un lieu magnifique. (...)
Toute sa
vie, il sera sous médicaments. Psychologiquement, ça l'a détruit». Jusqu'ici, on
dénombre entre 15 et 20'000 enfants passés dans les mains de Wwasp.
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